LA SICILE
se trouvèrent arrêtés dans lear invasion, tout en soumettant encore la plupart des Sicules à l'E. de l'île.
Des dissensions éclatèrent bientôt parmi les habitants des villes grecques, qui devini'ent très peuplées; elles se virent imposer diverses législations, surtout celles de Charondas (Catane), et furent dominées par des tyrans. La Sicile fut dès lors le pays classique des tyrans, dont le plus fameux fut Phalaris d'Agrigente. Vers 500, nous trouvons également les villes les plus importantes gouvernées par des tyrans, parmi lesquels Géloti de Syracuse et Théron d'Agrigente, beaux-frères et alliés, préservèrent la domination grecque des dangers dont elle était menacée lorsque, à l'époque de la deuxième guerre médique, les Carthaginois se jetèrent aussi sur les Grecs de l'Occident. La victoire (VHiinera (480) sauva ceux-ci, de même que la victoire de Salamine, les Grecs de l'E., la même année. La Sicile grecque eut alors, mais pour un temps assez court, sa période de prospérité, interrompue seulement par la destruction des villes chalcidiennes de la côte orientale par Gélon et Hiéron. Une grande partie des temples et des aqueducs de Syracuse , de Girgenti, de Sélinonte, d'Himera, etc., dont nous admirons encore aujourd'hui les ruines, s'élevèrent de 480 à 450. Mais des luttes intestines dans les différentes villes, les transformations en démocraties, l'antagonisme toujours renouvelé des cités dorienues et ioniennes -achéennes, amenèrent une catasti'ophe que prépara la grande expédition d'Athènes contre Syracuse, de 415 à 413. Même avant cette époque , les Grecs avaient eu un ennemi formidable à vaincre dans la personne de Ducétius, qui, de 461 à 440, avait soulevé les villes sicules contre eux et n'avait succombé que sous les forces réunies de Syracuse et d'Agrigente.
La première puissance de l'Afrique fut plus heureuse là où les Sicules avaient échoué. Alors commencèrent les plus terribles attaques des Carthaginois. Sélinonte et Himera furent détruites en 409, Agrigente prise en 406, Gela et Camarina également prises en 405 et rendues tributaires de Carthage, Messana rasée en 396. Ces événements favorisèrent l'ambition de Denys l'Ancien de Syracuse (406), qui, de son côté, agrandit et fortifia cette ville, et qui, après une alternative de victoires et de défaites, repoussa en 382 les Carthaginois au delà de l'Halycus (Platani). Denys garda dans ses mains jusqu'à sa mort, en 367, les destinées de Syracuse et en même temps celles de toute la Sicile. La majeure partie de la Grande- Grèce fut aussi soumise à son influence; il influa même plusieurs fois considérablement sur les destinées de la Grèce proprement dite. Syracuse n'a jamais été dans la suite aussi puissante que sous son règne. A sa mort, la décadence recommença. Denys le Jeune ne ressembla point à son père; Dio7i n'était qu'un bon philosophe. L'ordre ne fut rétabli que par Timoléon, de 343 à 336; il battit les Carthaginois au bord du Crimise, en 340, et les refoula jusqu'à
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l'Halycus à l'O. Toutefois sou exeuiple ue suflit pas pour électriser ce peuple ilégéuéré, uon plus que eelui iVAgathvcle (317-289), qui défendit bien la ville contre les Carthaginois (310) et fit en Afrique une cxpùditiou brillante. Vint ensuite Pyrrhus (p. 430) qui arracha aux Carthaginois toute l'île justju'à Lilybée; mais la situation désespéri"^e dans la(|uelle se trouvait le pays, le décida à retourner en Italie (278-271)).
Hiéi'on II devint maître de Syracuse en 274. Comme il assiégeait Jlessana, dont s'étaient emparés par trahison des «]Vlamertins», mercenaires campaniens cpi'on avait licenciés, ceux-ci appelèrent les Romains, qui prirent alors pied dans l'île et y engagèrent la lutte avec les Carthaginois, venus de leur côté au secours de Hiéron. Cette guerre, favorable tantôt à liome, tantôt à Carthage, et dont l'objet était la Sicile, dura de 2G4 à 241. Hiéron, ami des Romains depuis 263, conserva après l'expulsion définitive des Carthagiuois un petit royaume indépendant. Mais son successeur, Hiéronyme, ayant pris parti pour Ânnibal, Syracuse fnt assiégée de 214 à 212 par Marcellus, prise et saccagée, et toute la Sicile devint la première province romaine en 210, après la prise d'Agrigente; elle fut alors divisée en deux questures: Lilyho'tana et Syraetisana.
IP pÉuioDE. - — D'abord, les Romains cherchèrent à relever l'agriculture qui avait beaucoup souffert pendant les longues guerres de l'époque précédente, mais uniquement dans le but d'en tirer eux-mêmes un plus grand profit. Ils firent exploiter les terres par des colonies d'esclaves, à l'exemple des Carthaginois, et la Sicile devint le grenier d'abondance de l'Italie; mais ce système y provoqua aussi les guerres des Esclaves (135-132 et 103-99), qui ravagèrent l'île encore bien pdus que les guerres puniques. Elle déclina de plus en plus sous les gouverneurs romains, surtout sous le fameux Verres, qui l'épuisa (73-71).
La guerre civile entre Octave et Sexfus Pompée, qui s'était emparé de la Sicile (43-36) et qui fut vaincu par Agrippa dans la .bataille navale de Nauloque (près de Milazzo, au N. de l'île), accéléra la décadence, de sorte qu'Auguste fut obligé de venir en aide à la Sicile par l'envoi de colonies, et d'en rebâtir des villes. Son histoire est dès lors peu connue.
Une nouvelle guerre des Esclaves étant venue désoler l'île (259 apr. J.-C), Syracuse éprouva dès 278 les premières suites des invasions des Barbares du Nord: elle fut pillée par une horde égarée de Francs. Déclarée la première des 10 provinces sénatoriennes lors de la division de l'empire par Auguste, l'an 27 av. J.-C, puis dépendante du diocèse d'Italie sous Dioclétien, la Sicile fut rattachée en 395 à l'empire d'Occident. IjC roi des Vandales, G'ensério, parti de Carthage, assiégea Palerme en 440 et prit Lilybée (Marsala) ; Odoacrc domina sur la Sicile, qui tomba ensuite au pouvoir des Ostrvgotlis; Bélisaire la soumit eu 535 à l'empire d'Orient, qui la
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garda jusqu'à la conquête par les Arabes. Constance II trausféra même le siège de l'empire d'Orient à Syracuse, en 663, mais il fut étfanglé en 668, et les Arabes pillèrent la ville l'année suivante sans pouvoir toutefois la garder.
La propagation du christianisme dans l'île nous est racontée dans une quantité de légendes et de martyrologes. St Paul, se rendant à Rome, s'arrêta trois jours à Syracuse, comme le rapportent les Actes des Apôtres (xxviii, 12). Les monuments, d'accord avec la tradition locale et en contradiction avec les prétentions élevées plus tard par Rome, attestent une action directe de l'Orient, dans laquelle Syracuse paraît avoir joué un rôle. La Sicile fut promptement convertie à partir de la fin du iii* s., surtout pendant le règne de Constantin le Grand; juais il y avait encore des païens au vi« s. L'église catholique avait de grandes possessions dans l'île et le pape Grégoire I^"" lit beaucoup pour elle en fondant quantité de couvents. D'autres couvents, aussi nombreux, furent créés par les basiliens grecs.
IIP PÉRIODE. — Les Arabes ou Sarrasins, appelés par le gouverneur byzantin Euphémius, commencèrent leur conquête de la Sicile en 827. Venus du N. de l'Afrique, où les Aghlabites, originairement gouverneurs des califes de Bagdad, avaient fondé un royaume indépendant, ils prirent terre à Mazara, sous la conduite d' Asad-ibn-al-Forât. Quatre ans après, ils s'emparèrent de Palerme, qui resta depuis capitale de l'île. Successivement devenus maîtres de toutes les villes importantes, ils s'installèrent dans l'île, prirent Syracuse qui, en 878, se rendit à Ihrahim-ibn- Ahmed, mais ne purent rétablir définitivement la paix, bien que les chrétiens ne se maintinssent que dans l'angle N.-E. de l'île, et que Taormine eût succombé en 902 et Rometta en 965. L'antagonisme des vainqueurs, Arabes et Berbères, dégénérait sans cesse en luttes sanglantes et les changements de dynastie venaient encore attiser la discorde. Sons les Fatimites, qui avaient succédé aux Aghlabites, la Sicile devint un émirat indépendant. La 2^ moitié du x« s. fut pour elle l'époque la plus heureuse de la domination mahométane. Mais plus tard , la lutte sanglante des Sunnites et des Chiites se transporta d'Afrique en Sicile, et la révolte de plusieurs villes accéléra la ruine de la domination arabe. Néanmoins la richesse du pays s'accrut considérablement à cette époque. L'agriculture, l'industrie et le commerce se relevèrent, de sorte que de nouveaux conquérants, les Normands, y trouvèrent un riche butin.
Robert et Roger de Hauteville, fils de Tancrède, de Hauteville en Normandie, étaient venus en Italie, appelés par leurs frères aînés, qui s'étaient proclamés comtes de Fouille. Robert, surnommé plus tard Chiiscard, c'est-à-dire le Rusé, força le pape à lui conférer l'investiture du duché de Fouille, et commença avec son frère Roger la conquête de la Sicile, en 1061. Ibn-Thinma de Syracuse avait
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déjà une fois imploré leur secours, et le Grec Georges Maniacès avait vainement essayé de s'emparer de l'île, de 1038 à 1041. Leur première expédition, partie de Mileto, ne fut pas couronnée de succès; mais dix ans plus tard, ils revinrent et en 1090, toute l'île était soumise. Lors(|ue la postérité de Kobert Guiscard s'éteignit en 1127, le second iils de Kogcr, le comte Roger II, réunit toutes les possessions normandes sous son sceptre. Il se lit couronner roi à Païenne en 1 1;}0. La Sicile prospéra jiendant son règne et ses Hottes Ijattirent les Arabes et les Grecs, auxquels il prit une partie de l'ancienne Grèce (la Remanie). Son Iils Guillaume, appelé le Mauvais par les chroni(iueurs, lui succéda eu 1154; puis vint Guillaume II, le Bon, tils de ce dernier, qui régna de 1166 à 1189. Guillaume II ayant donné sa tante Constance, fille de Koger, en mariage à un prince de Hohenstaufen, Henri VI, fils de Frédéric Barberousse, celui-ci éleva des prétentions au trône. Les Siciliens se déclarèrent pour Tancrède de Lecce, fils naturel de Koger; mais ce prince étant mort, son fils Guillaume III fut facilement vaincu par Henri VI (1194), qui ne jouit néanmoins de sa conquête que jusqu'en 1197, où il mourut à Messine. Il eut pour successeur l'empereur Frédéric II (Frédéric I*"" de Sicile), qui fit prospérer la Sicile. Son fils Conrad régna de 1250 à" 1254, puis ce fut Mainfroi ou Manfred, jusqu'à la bataille de Bénévent (1266). Enfin Charles d'Anjou fit décapiter en 1268 Conradiv, le dernier des Hohenstaufen.
1V« PÉRIODE. — Charles d'Anjou et de Provence, à qui le pape Clément IV avait accordé la Sicile, n'y conserva que peu de temps son empire. Les Vêpres Siciliennes (1282) vinrent venger la mort de Conradin. Messine repoussa héroïquement l'attaque de Charles, et Pierre d' Aragon, gendre de Mainfroi, devint maître de l'île. C'est de cette époque que date la décadence de la Sicile. Elle fut ravagée l)ar les longues guerres avec les princes de la maison d'Anjou qui régnaient à Naples, et la noblesse (les Chiaramonte, les Ventimjglia, etc.) s'arrogea une puissance incompatible avec le bon fonctionnement de l'Etat. A partir de 1410, la prospérité de l'île fut encore entravée par le fait qu'étroitement liée à des Etats plus puissants, Naples et l'Espagne, elle ne conserva plus qu'une ombre d'indépendance; encore cette indépendance lui devint-elle pernicieuse, car elle ne lui était accordée que pour ses attaires intérieures, tandis que sa défense contre les Barbaresques était négligée. Toutes les tentatives qu'elle entreprit pour sa libération furent rapidement étouilees par les Espagnols. Ce n'est qu'en 1812 que la Sicile fut délivrée du régime féodal. Les troupes anglaises l'occupaitut alors pour la défendre contre Napoléon; leur général, Bentiuck, fit adopter par les Ktats de Sicile une constitution à l'instar de celle d'Angleterre, qui fut toutefois abolie en 1815. La mauvaise administration des Bourbons et la haine contre Naples amenèrent en juillet 1820
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lin soulèvement, qni fut répi'imé par les généraux napolitains Florestan Pepe et Colletta. Il y eut aussi des troubles lors du choléra de 1837, dont on rejeta la cause sur le gouvernement. L'île se donna en 1848, lors de la révolution du 12 janvier, un gouvernement particulier, avec le noble Ruggiero Settimo pour chef, et elle défendit pendant dix-huit mois son indépendance contre Naples. Le peuple eut alors pour principaux chefs le marquis Torrearsa, le prince Butera, Stabile, La Farina et les frères Amari. Messine fut en partie détruite en sept. 1848 par la flotte de Ferdinand II («re Bomba»), Catane soumise en avril 1849 et Palerme en mai 1849. Ces combats avaient éveillé chez les Siciliens l'idée nationale, et quand le nord de l'Italie fut réuni en 1860 en un Etat sous la dynastie de Savoie, il y eut encore des troubles à Messine et à Palerme. Garibaldi débarqua le 11 mai, avec 1000 volontaires («i mille»), à Marsala, fut vainqueur à Calatafimi et s'empara de Palerme, le 27 mai. L'île tout entière fut conquise en quelques semaines et annexée à l'Italie par un plébiscite du 21 oct. 1860.
Voici les principales dates de cette dernière période: I. 1282-1285. Pierre cV Aragon, roi de Sicile. 1285-1296. Jacques le Juste.
1296-1337. Frédéric II.
1337-1342. Pierre II, corégent depuis 1321. 1342-1355. Louis.
1355-1377. Frédéric III, le Simple, frère de Louis. 1377-1402. Marie, fille de Frédéric III, mariée à Martin
d'Aragon depuis 1385.
1402-1409. Martin I", roi de Sicile, marié à Blanche de Castille.
1409-1410. Martin II, père de Martin P'-. 1410-1412. Interrègne.
II. 1412-1416. Ferdinand le Juste, roi d'Aragon et de Castille. 1416-1458. Alphonse le Magnanime, roi d'Aragon, et de
Naples depuis 1442.
1458-1479. Jean d'Aragon et de Navarre.
1479-1515. Ferdinand II, le Catholique, roi de Naples depuis
1516-1554. Charles-Quint. — Révolte de Squarcialupo à Palerme, en 1517.
1554-1598. Philippe II.
1598-1621. Philippe III.
1621-1665. Philippe IV. — Révolution à Palerme en 1647;
Gius. d'Alessi.
1665-1700. Charles II. — Messine à la France de 1672 à 1678.
III. 1700-1713. Philippe F de Bourbon, ensuite roi d'Espagne.