‹ Italie méridionale, Sicile, Sardaigne, Malte, Tunis, CorfouChapitre 84 sur 127 · Girgenti · texte numérisé non relu

Girgenti

Hôtels (v. p. six): *Gr.-H. des Temples (prnpr. Suisse), à env. 1 kil. au S.-E. do la ville, sur le chemin des temples, maison de l" ordre, ouverte du 15 cet. au 15 mai, avec chauft'. central (fiO eh. de 3 fr. 50 à 8, rep. 1.50, 3.50 et 5, p. 10 à 16, omn. 1.50); — H. Agragas, plus rapproche de la ville, ouvert d'oct. à mai (30 ch. de 3 à 5 fr., rep. 1.25, 3 et 4.50 v. e., p. 8 à 12, omn. 1). Dans la ville, Alb. Belvédère (pi. c), à l'extrém. 0. et au-dessous de la via Atenea, belle vue sur les temples (80 cb. de 2 fr. 50 à 4, rep. 1.25, 3.50 et 4.50 v. c., ç. 8 à 12, omn. 1 fr.), Grande-Bretagne (pi. d), tout près, via Atenea (p. 8 à 10 fr.), deux bonnes maison.s à l'italienne.

Restaur.: Palermo, Boemia, tous deux à l'extrémité 0. de la via Atenea (n" 281, 228). — Capes: Savoia, Stella, au môme endroit.

Postes et téléguaphes, à l'extrém. occid. de la via Atenea, piazza Nicolo Gallo. — Antiquités, Vinc. Caltagirone, via Atenea, 4ti.

Agent consui-aire de Fkance, M. D. La Lumia, via Atenea, 181.

Chemin de pek pour Palerme, v. R. 28; pour Catanc, R. 30; eu construction pour Sciacca, v. R. 27. — Bateau a vapeur, pour Syracuse le mardi à 1 h. du m., eu 19 h.; pour Sciacca, le dim. à 3 h. du m., v. ]i. 351; agence, via Atenea. — Diligence pour Sciacca, v. p. 351; pour Favara, v. ci-dessus.

Voitures: de la gare eu ville, située à «/g h. -9/4 d'h., sur une hauteur, 2 fr. ; une place («posto»), 50 c, 1 fr. après le coucher du soleil; pour l'hôt. des Temples, 1 ii 4 pers., 3 fr., de nuit 5 f r. ; bagages, 25 c. — Station des voitures dans la ville, via Atenea, où l'on en trouve 1 h. avant le départ de chaque train. Voiture pour l'excursion aux temples, en 3 h., 5 fr. ; chaque heure en plus, 1 f r. 50. Pour Porto Empedocle, 7 fr. ; aller et retour, arrêt compris, 10 f r. ; prix réduit hors de la saison.

Un jour sulHt pour voir ce qu'il y a d'important à Girgenti, iv la rigueur même une matinée, en commen(,'ant de bonuc lieure et eu j)rcuant une voiture. Visiter d'abord les temples au S. et au retour (les piétons, au cours d'uuc promenade spéciale) S. Niciila, Casa Greca, S. Biagio, la Rupe Atenea et cutin la ville. A pied , il faut env. 2 h. '/« aller et retour, arrêt non compris, pour se rendre aux temples. — Guide, tout à fait inutile, 5 fr. par jour. Pour les temiiles d'Hercule et de Jupiter, tous deux entourés de murailles, on trouvera des gardions sur place. — Il faut s'armer de patience pour résister aux imiiorttinités des petits mendiants et des marchands qui, près des monuments, dierchent », vendre des antiquités d'une autlieiiticité plus que douteuse.

: Waiiicr K IVl... l..-.|./ig

Histoire. GIRGENTI. III- R- 25. 359

Girgenti (220-330 m.), VAcragas des Grecs et V Agrigentum (les Romains, l'évêché le plus riche de la Sicile au moyen âge, est maintenant une ville de 21990 hab. ; elle est de plus siège d'une préfecture, chef-lieu d'une circonscription militaire et l'un des centres du commerce du soufre en Sicile.

Acragas, «la plus belle ville des mortels» selon Pindare, fut fondée par des colons venus de Grêla, en 582. Les historiens locaux admettent que l'anc. ville sicane Kamilcos et le château du roi Kokalos, construit par Dédale, étaient tous deux situés sur le rocher escarpé de la ville, tandis que les autres savants eu recherchent l'emplacement à Siculiana (p. 354), Sutera (p. 357) ou Caltabellotta (p. 353). Les colons doriens originaires eu partie de Rhodes, y apportèrent le culte de Minerve de Lindos et celui de Jupiter Atabyrius, c.-à-d. du Moloch du Mont-Tabor. Lorsqu'on lui éleva un temple de Jupiter Polieus (fondateur de villes), Phalaris, qui dirigeait les travaux, s'empara du pouvoir avec l'aide de ses ouvriers et en usa avec une cruauté proverbiale. Il offrait, dit-on, ses ennemis à Jupiter Atabyrius, en les brûlant dans un taureau d'airain rougi au feu. Il fut détrôné par l'Emménide Téléinaque, en 549, et alors commença une oligarchie qui dégénéra en tyrannie (488) sous Théron, descendant de Télémaque. Théron étendit le pouvoir d'Acragas jusqu'à la côte septentrionale de la Sicile, où il prit Hinière. Allié à son gendre Gélon, tyran de Syracuse, il battit les Carthaginois près d'Himère, en 480 (v. p. 376), et acheva la construction d'Acragas. Cette ville, établie sur une montagne très escarpée au N., mais s'ahaissaut doucement vers la mer au S., entre les rivières Acraçjag (S. Biac/lo) et Hypgas (Drago), se composait de deux parties: l'acropole, au N., et la ville proprement dite, au S. li'acropole contenait le temple de Jupiter Polieus dans sa partie 0., là où se trouve la ville actuelle. Les ruines des temples sont le long des murs de l'anc. ville proprement dite. Les prisonniers de la guerre de 480 (certains habitants en eurent jusqu'à 500) furent employés à la construction de vastes canaux souterrains. C'est alors aussi que l'on bâtit les temples. Ce fut une époque de grande prospérité pour Acragas. Le fils et successeur de Théron (m. 473), Thrasijdxus, ne lui ressembla pas; il fut chassé, et Acragas recouvra son indépendance. Einpédocle (m. vers 424) compléta sa constitution républicaine. La richesse et le luxe de la ville, qui était l'entrepôt du commerce avec Carthage, atteignirent alors leur apogée. Elle eut des citoyens qui déployèrent une magnificence princière, comme Autisthènes et Gellias ou Tellias. Le nombre des hommes seuls à cette époque est évalué à 200 000 et même à 800 000, chiffre qui ne peut être exact qu'en y comprenant les esclaves et la population des environs. La ville resta neutre dans la guerre entre Athènes et Syracuse. Ensuite, les (Jarthaginois ayant envahi la Sicile, leurs généraux Himilcon et Annibal soumirent cette ville riche et voluptueuse, trahie par ses mercenaires et abandonnée par ses habitants, l'an 406 av. J.-C. Himilcon la fit piller, envoya les objets d'art à Carthage et brûla les temples; on croit reconnaître des traces de l'incendie au temple de Junon. Acragas fut en partie reconstruite , mais ne recouvra jamais son ancienne prospérité, et resta sans importance jusqu'à Timoléon. Ce général y amena une colonie qui la releva bien vite; mais elle hésitait entre des tyrans et la suprématie carthaginoise. Daus la première guerre punique, elle mit 25 000 combattants à la disposition de Carthage, lorsque les Romains l'assiégèrent, en 262. Une bataille indécise fut livrée sous ses murs, mais les Romains eurent assez d'avantage i)our forcer les Carthaginois à retirer leurs troupes jusqu'à Héraclée. La ville, prise par les Romains, leur fut bientôt enlevée par le général carthaginois Carthalon. Dans la deuxième guerre punique, Acragas fut le point de la Sicile sur lequel les Carthaginois se maintinrent le plus longtemps ; elle ne tomba entre les mains des Romains que par la trahison des Numides. La ville, qui reçut alors le nom à' Agrigentum, resta sans

Bsedeker. Italie méridionale, lô^éd. 23

3G0 ///. H. 25. GIRGENTT. lemples.

importance. Sous les Sarrasins, qui s'en emparèrent en 828, elle devint la rivale de Païenne, parce que c'est dans ses murs que s'établiront do pn'fôrenco les liorbùre.s. En 108t!, elle fut prise par Roger I", qui y fonda un riolie évcelit', dont St Gcrlando devint le premier titulaire.

La route qui monte de la gare débouche près du Palazzo Provinciale sur la piazza VHtorio Emamiele ornée de parterres, ipii s'étend devant la Porta Atcvea, à l'E. de la ville. La grande route de Porto Enipedocle mène de là aux ruines, en passant au-dessous du passcggio Cavour (p. 364), longeant le rocher de Minerve (p. 364) et laissant à dr. les hôtels Agragas et des Temples. [Le sentier qui, au sortir de la ville, passe à dr. au-dessous de la caserne et arrive directement à S. Nicola, v. ci-dessous, est mauvais et même impraticable par un temps pluvieux.]

En prenant le chemin carrossable à g., aussitôt après le débouclié du chemin latéral qui (;'i dr.) mène à l'hôt. des Temples, et en prenant encore à g. !i un carrefour (à dr., la route du cimetière), on parvient en '/4 d'h. au bord du plateau et au petit temple grec, dit temple de Cërès et de rroserpiiie, qui, déjà du temps des Normands, avait été transformé en église S. Biaglo. C'est une ,,cella" à vestibule (à l'endroit occupé par l'abside), mais sans colonnes, dont la fondation remonte au milieu du v^s. De S. Biagio, en suivant le bord N.-E. de la ville antique, jusqu'à la roche de Minerve, Va h., v. p. 304. — Revenu à la grande route, on la suit jusqu'à un coude où l'on prend à g. pour être bientôt à la fontaine des Grecs («Sorgiva Bonamurone»), source antique, où la ville s'approvisionne encore d'eau potable. En continuant tout droit, ou parvient à un chemin creux qui existait déjà dans l'antiquité, et par où l'on montait de la rivière. Pour aller aux grands temples, on revient à la route, qu'on suit en passant à S. Nicola.

La grande route conduit par un vaste circuit à S. Nicola, petite église goth., à ^/.^ h. de la ville. Fondée au xv* s. avec les matériaux provenant d'un antique édiiice, elle a un portail restauré et un intérieur bien conservé (clef à dr. à côté). Derrière, dans le jardin (pourb. 30 à 40 c), l'anc. couvent dépendant de l'église, entièrement modifié; derrière le couvent, une terrasse* dont le mur en hémicycle est orné d'un entablement corinthien en marbre provenant d'une rotonde antique. A l'O. de l'église, le prétendu oratoire de Phalaris, «cella» presque carrée, précédée autrefois à l'E. de quatre colonnes doriques ou ioniques (ii* s. av. J.-C.) et transformée ]dus tard en cliapelle normande. De là, beau panorama. — La 2® rue latérale (ju'on rencontre à g., avant d'arriver à S. Nicola, débouche, au bout de 200 pas, près des restes d'une maison anti(iue, dite Casa tirera, qui n'est pas fermée et où sont encore quelques mosaïques.

La route atteint plus loin l'anc. enceinte S. de la ville, où sont les temples. En de(;à, au bout de 10 min., on suit le petit chemin carrossable qui se présente à g., pour passer devant le temple de la Ooncorde (p. 361) et arriver, en ^j^ d'h., au temple de Junon.

lit" * 'temple de Junon Laeinienne se dresse majestueusement à l'angle S.-K., sur un escarpement, à t2ttm. d'altitude (vues). Il n'a reçu ce nom ipie par suite d'une confusion avec le temple de Junon à Crotone, faite à propos du portrait d'Hélène (|ue le peintre

Temples. GIRGENTI. HI- R- 29. 361

Zeuxis exécuta pour ce dernier. Il date de la meilleure époque dorique (v* s. av. J.-C). 34 colonnes (6 sur 13, celles des coins comptées deux fois), reposant sur un soubassement de 3 marches, entouraient la «cella», précédée et suivie d'un vestibule. Le calcaire conchylien jaunâtre autrefois revêtu de stuc, qui a servi à la construction de ce temple, comme de tous ceux de Girgenti, est aujourd'hui dans un état de dégradation avancé. 25 colonnes entières sont encore debout, 9 autres ont été restituées jusqu'à mihauteur; celles du côté N. portent encore l'architrave extérieure. Elles ont 20 cannelures ; leur hauteur est égale à cinq fois leur diamètre. La façade orient, était précédée d'un perron à l'E. duquel, à 12 m. de distance, se trouvait le grand autel des sacrifices (30 m. sur 10 m. 50). De l'autre côté, une citerne antique.

Du temple, ou a un coup d'œil d'ensemble sur le côté S. du mur d'enceinte, composé de blocs de rocher gigantesques. Il y a des tombeaux antiques dans le rocher sous le temple.

Le prétendu **teniple de la Concorde, à l'O. de là, un peu moins ancien que celui de Junon Lacinienne, mais presque analogue par sa grandeur et ses dispositions, est un des mieux conservés de l'antiquité, parce qu'il servit d'église au moyen âge, sous le vocable de S. Gregorio délie Râpe (St-Grégoire-des-Navets). C'est de cette époque que datent les ouvertures cintrées du mur de la cella. Ses 34 colonnes (6 sur 13, composées chacune de 4 tambours) sont encore debout avec l'architrave et les frontons; l'angle dr. du fronton de l'E. et la façade occid. de la cella ont été restaurés; les entailles des poutres sont aussi presque toutes plus modernes. Des escaliers dans les angles orient, de la cella conduisent au sommet (faire ouvrir par le gardien du temple d'Hercule).

Entre le temple de la Coucorde et celui d'Hercule, à g. du cheiuiii, avant un mur blauc, se trouve l'entrée de la grotte des Franyapani, (clef chez le gardien du temple d'Hercule). Ce' sont d'anc. catacombes clirétienncs, qui ont au centre une salle ronde, avec plusieurs rangées de tombeaux voûtés. Un autre étage, situé plus bas, ne se visite actuellement qu'en partie. L'origine de ces catacombes semble remonter au ii" s. de notre ère. Quant aux nombreux tombeaux creusés dans le roc aux environs, ce sont des sépultures chrétiennes du v« s.

Plus loin à l'O. (à g., dans la partie entourée d'un mur; le gardien ouvre), les restes du prétendu temple' d'Hercule, de la fin du vi« s. De ses 38 colonnes (6 sur 15) et de la cella, seul un fût formé de trois tambours est encore debout. Le fond de la cella a été divisé en trois du temps des Romains. Ce temple renfermait, dit-on, le célèbre tableau d'Alcmène par Zeuxis, et la statue d'Hercule que Verres tenta d'enlever pendant la nuit. A 42 m. à l'E., les restes de l'autel des sacrifices.

Entre le temple d'Hercule et celui de Jupiter (p. 362) est la porte du port de la ville, la Porta Anrea ou porte Dorée, par laquelle passent les routes de Porto Empedocle et du port antique

3G2 III- li- 29- GIRGENTI. Temples.

situé juste au S., près de l'euiboucbure du Fiume S. Biagio. C'est par là que les Komains pénétrèrent dans la ville en 210.

En dehors de la Porta Aurea, se trouve à g., le prétendu tombeau de Théron, qui, coninie l'oratoire de Phalaris, date de l'époque romaine.

On peut se restaurer d'un verre du vin dans la maison à g. devant la porte. — Il y a encastrés dans la Casa S. Gregorio, entre le tombeau de Thérou et le confluent de l'Acragas et de l'Hypsas, où était postée l'armée romaine pendant le siège, des restes d'une cella à vestibule et demi-colonnes encore visibles devant la paroi du fond. Comme on admet

féuéralement qu'il y avait dans cette contrée un temple d' Escidape, renermant la statue d'Apollon de Myrou, on est porté à eu voir là les ruines.

Au N. de la Porta Aurea sont les ruines du *tertiple de Jupiter, qu'ouvre le gardien qui demeure à côté. Ce vaste édifice, construit dans la première moitié du v« s. av. J.-C, est resté inachevé. C'était un immense pseudopériptère, le plus grand de l'antiquité grecque, à 38 demi-colonnes (7 sur 14), chacune de G m. 50 de circonférence, si bien qu'un homme peut se tenir debout dans chaque cannelure. L'espace intérieur était divisé en trois nefs par deux rangées de l'2 piliers carrés chacune. Le plafond et la toiture sont restés inachevés. On n'a pas encore bien déterminé de quel côté se trouvait l'entrée du temple. Il est probable que c'est entre les demi-colonnes, sur une corniche à mi-hauteur, que se trouvaient comme supports de l'entablement les gigantesques télamons ou atlantes, dont l'un, mesurant 7 m. 75 de haut, a été reconstitué. A l'E., était représenté au tympan le combat des dieux et des géants; à l'O., la prise de Troie. Des pans entiers des murs latéraux, consistant, comme les demicolonnes et autres parties, en blocs de taille nombreux et relativement de petites dimensions, sont tombés en dehors oi'i ils gisent sur le sol dans l'ordre primitif; on remart|uera les rainures qui servaient à assembler les pierres ou à les soulever. En 1401, il existait encore des restes importants de ce temple; une grande partie des matériaux aujourd'hui disparus ont été employés à la construction du môle de Girgenti. — A 47 m. à l'E. se trouvait l'autel des holocaustes dont la largeur répondait à celle du temple.

A peu de distance au N.-O. du temple de Jupiter (sentier), on a restitué l'angle d'un édifice appelé ordinairement temple de Castor et Pollux qui avait probablement 34 colonnes (G sur 13) sur son pourtour. Les parties principales datent du v* s., tandis que la cymaise est de beaucoup plus récente. On distingue encore sur l'entablement des restes de stuc et de peintures. — Près de là au S. sont les soubassements d'un autre édifice antique (probablement d'un p(irtique).

Plus loin au N.-O., au delii d'une dépression très escarpée qui, dans l'antiquité, semble avoir été nn vivier (pisciiia), on voit dans un jardin les restes d'un prétendu temple de Vtdcuin. Belle vue d'eusemble sur les temples. Au N. de lu se trouvait probablement

Cathédrale.

Page 1