Messine
Arrfvée par mer. Les bacs à vapeur qui font la traversée de Villa S. Griovanni et de Keggio (v. y. 275 et .^91) abordent au quai près de la citadelle (pi. CD 41, à côté de la gare du port oi'i l'on trouve des voitures. Les voyageurs qui continuent sans s'arrêter trouvent ici les express de Païenne ou de Catane. — Avec les autres bateaux, on paye 50 c. pour débarquer, 1 fr. avec des menus bagages et 30 c. pour une malle; les prix sont assez souvent surfaits. On prend terre alors k la Scnla di M'arma, près de la baraque de la douane, derrière le Palazzo Municipale (pi. B 3).
La GARE CENTRALE (pi. 05) est au S.-E. de la ville. Les express continuent jusqu'à la gare de Megsina Porto, sur le quai, v. ci-dessus.
Visite superficielle des bagages par des employés de l'octrci. Portefaix: à la gare, valise 10 c, malle 20 c. ; jusqu'à l'hôtel, valise 25 c., malle bO c. jusqu'à 50 kilos.
Hôtels (s'informer des prix à l'avance), tous dans le quartier des baraques au S. de la ville, tous en bois excepté l'Excelsior, avec restaur. très fréquentés et très bons: Gr.-H. Regina Eletia (pi. a, B K), viale Roosevelt, à l'E. du vialo S. Martino, dans une situation dégagée, avec belle vue, maison confortable, 150 Ijts, chauff. central, bains particuliers et restaur., ouv. en 1911 (ch. dep. 4 fr., rep. 1.50, 3.50 et 5); Grand-Hôtel {anc. Paqliari : pi. b, A Bfî), viale S. Martine, à ','4 d'h. de la gare, avec terrasse (80 ch. de 4 fr. 50 à 5, déj. 1.25) ; //. E.rceUior (pi. c, B 5-fi\ dans la villa Cammareri restée debout, viale S. Martino (ch. 4 à 10 fr., déj. 1.50); H. Belvfidere (pi. d, B5), viale S. Martino (30 ch. de 2 fr. 50 à .S.50; pas de nourriture).
Voitures (à lehev.): la course 60 c., avec menus bagages 80 c., la nuit 1 fr. ; l"'» heure 2 fr., chaque heure suivante 1 fr. 50.
Tramway : dans la direction du S., pour Gazzi et le long de la côte orient, jusqu'à Giampiliert, 16 kil., 5 trains, trajet en 1 h. 21 min., départ de S. Martino. La ligne menant au N., au Faro (p. iî93) et le long de la côte septentr. jusqu'à BarceUoiia, n'a pas repris son service depuis le tremblement de terre. - Serv. autom. pour Ganzirri (p. 393), 4 fois par jour en 1 h. env. ; pour Massa S. Giorgio (près de Castanea, p. 394), 2 fois; pour Bordoimro, au S.-O. de Messine, 2 fois.
Poste (pi. B6), viale S. Martino. — Téi.égrapite, sur la place devant la gare centrale. — Joursai,, Gazzetta di Messina.
Bateaux a vapeur (service des chem. de fer de l'Etat et de la Società Nazionale di Servizi Marittimi): pour NajÂex. v. p. 277; pour Païenne, v. p. 376; pour Xoples-Gf^nes avec les bateaux venant d'Orient ou les grands paquebots (retards fréquents, s'arranger en conséquencol ; pour Catane, Syracuse, le Pirée, v. p. ,395 et 409; bacs à vapeur pour Reggio et Villa S. Giovanni, v. p. 394. Pour Lipari (Società Sicihana ai N'avigazione a Vapore), v. p. 382.
CoNsni.AT de Belgique, vice ■ consulats de Danemark et de Russie.
Agence de vovaoes: Mme Pearce (Anglai.se), via Primo Settembre, en face de la gare.
Situation. MESSINE. TU- H- 34. 387
Le CLIMAT de Messine est sain. La température moyenne de l'année est de 18° C, celle du printemps de 16^, celle de l'été de 27", celle de l'automne de 21', celle de l'hiver de 13^; le thermomètre ne descend que très rarement au-dessous de zéro. — Les poissons du détroit étaient déjà réputés dans l'antiquité, de même que le vin niamertin.
Messine . . . n'est plus qu'un amas de décombres depuis le 28 décembre 1908. Dans cette journée uéfaste, le détroit et le versant occidental de l'Aspromonte (jj. 276) ont été le théâtre d'un tremblement de terre causé par des plissements de l'écorce terrestre (V. p. 206), provenant peut-être eux-mêmes de déplacements de masses visqueuses intérieures. La secousse dévastatrice se fit sentir à 5 h. 20 du m. et dura 32 secondes. L'ébranlement du fond de la mer eut pour suite un raz de marée qui, dans les parties basses des localités du littoral, ne contribua pas peu à augmenter le désastre; il atteignit à Messine une hauteur de 2 m. 50 à 3 m., à Reggio 3 m. 50, à Giardini et à Riposte près de 6 m. et fut ressenti à Malte à 7 h. 1/4. Dans le cours de la journée, on n'enregistra à C'atane pas moins de 50 secousses de plus en plus faibles; d'autres se succédèrent presque chaque jour jusqu'à la fin de février, suivies ellesmêmes de séismes intermittents jusqu'eu l'été de 1910. Pour l'étendue du cataclysme, v. p. 274; les pertes en vies humaines et en biens de toute nature furent particulièrement importantes à Messine et à Reggio qui toutes deux furent complètement détruites. A Messine, le rivage s'est abaissé de 0 m. 66, à Reggio de 0 m. 54. Pendant ce temps, l'activité de l'Etna et du Stromboli est restée la même. La catastrophe coûta la vie à 96 000 personnes env., tandis que 57 000 env. périrent en Sicile lors du tremblement de terre de 1693 et env. 30 000 en Calabre dans celui de 1783; seul le tremblement de terre qui eut lieu en Syrie en 526 apr. J.-C. est censé avoir dépassé ces chiffres, faisant 120000 victimes. La perte totale en biens immobiliers est évaluée à 165 millions de francs.
Messine, avant sa destruction, s'étalait en croissant au pied et à l'E. des mords Peloritani (p. 393), le long du port (p. 388) formé par une presqu'île en forme de faucille, et était divisée eu 5 parties par des lits de torrents ordinairement à sec. Les deux tiers des quartiers inférieurs de la ville reposent sur un terrain d'alluvion de formation récente (menu gravier) , tandis que les quartiers supérieurs de l'O. ont pour base un terrain d'alluvion plus ancien, de l'époque quaternaire (menu gravier, gravier dense, sable) ; la roche tertiaire, qui constitue partout les couches profondes, effleure la surface du sol sur les hauteurs voisines de Scoppo, de Oastellaccio (argile miocène, grès et conglomérat) et de Gonzaga (roche cristalline). Le tremblement de terre de 1908 s'est fait sentir dans toute la ville, plus particulièrement entre la via Cardines, la via Monasteri et le ïorrente S. Francesco di Paola, quartier aujourd'hui complètement en ruine, dans lequel se trouvaient la rue principale et la plus moderne dite via Garibaldi, le
388 III- H- :i-i- MESSINE. l'tut actuel.
corso Cavoiir plus ancien et les places principales devant la cathédrale et riiûtcl de ville. Deux des plut> jurandes maisons sont seules restées intactes, l'une, la villa Caniniareri (pi. c, li 5-G), à l'extréni. S., l'autre, la villa Lanzara, près de la piazza Vittoria (pi. B :i), à l'extréni. N., toutes deux à un seul étage; le théâtre lui-même (pi. B 'A) n'a soufl'ert que par l'écroulement des maisons voisines. Les effets du cataclysme lurent d'ailleurs différents suivant la nature du sol et la solidité de la nuK^onuerie souvent compromise par des secousses antérieures; des bâtiments se sont écroulés tout entiers; d'autres conservant debout leurs murs extérieurs ont perdu la toiture, les parois intérieures, les escaliers; tantôt des façades solidement bâties ont résisté, comme on peut le constater à la Palazzata ou rue du quai, qui, vue de la mer, semble avoir échappé à la destruction; tantôt au contraire les i'açades ont disparu pour laisser à nu les appartements qu'elles entouraient. Au surplus, tout ce qui est encore debout et porte encore toiture est tellement délabré qu'il n'y a pas moyeu d'eu tirer parti et de le faire servir à quoi que ce soit.
Des 167 000 hab. de Messine et des villages environnants, 70000 env. ont péri. La reconstruction de la ville à son ancienne place est chose décidée. Le jjoi't, un des meilleurs qui existent, le troisième de la Sicile pour l'exportation et l'importation, n'a pas été endommagé et est encore aujourd'hui des plus animés (en 1908, 3589 vaisseaux jaugeant ensemble 2 598 647 tonnes; exportation d'«agrumi», env. 100 millions de kilos; en 1910, 3148 bâtiments faisant 2 050 733 tonnes). Cependant, les travaux de déblayement prendront encore bien des années. L'université, qui comptait autrefois près de 650 étudiants, est fermée, à l'exception de sa faculté de droit; les plus importants manuscrits et incunables grecs de la bibliothè([ue ont été sauvés. Le musée (à côté de S. Gregorio, pi. A 4) est en ruine; le proL Salinas (p. 316) a retiré des décombres la plus belle toile qu'il possédait, une Vierge trônant d'Antonello da Messina (1473 ; maintenant à Balerme) restée intacte à part ses volets, ainsi que quelques autres toiles, de l'argenterie et 74 des plus belles majoliques d'Urbin (1568) et de Castel Durante. Une partie des œuvres il'art sauvées du désastre est exposée dans une petite maison près de la cathédrale (clef à la Soprintendenza, p. 390). On projette de reconstituer les collections au couvent de S. Salvatore dei Greci (p. 392). Le trésor de la cathédrale, très important, a trouvé asile au palais archiépiscopal.
Messine, fondée vers 730 av. J.-C, sur l'emplacemeut d'une ville sicule par des pirates de (Jumes et des Chalcidiens, fut appelée par ses haliitauts Zaucle, c'est-à-dire faucille, d'après la firme de sa presiju'île. Des fugitifs de Saiiios et do Milet s'emparèreut do la ville sans défense vers 49b, à l'instigation iV Aiiaxitcis de Uhogium. Mais bientôt a^>rès, i;elui-ci s'en rendit maître lui-même, y établit toutes sortes d'oiiiigres et l'appela JUesnaiia, parce qu'il était Messénion, comme beaucoup d'iiab. do
Histoire. MESSINE. UJ^- R- 34. 389
Rhegiirtn. En 420, la localité dut se renth-e aux Athéniens. Le Carthaginois Himilcon la prit en 39(j et la détruisit de fond en comble; une partie seulement des habitants réussit à se sauver. Denys la reconstruisit et conquit avec son aide la ville voisine de Rhegium. Hippoii, qui s'était emparé du pouvoir à Messana, s'allia aux Carthaginois contre Timoléon, mais il fut assiégé par ce dernier et mis à mort par les Messéniens eux-mêmes. Des mercenaires d'Agathocle, les « MaineHius» c'està-dire fils de Mars, licenciés par les Syracusains, s'en emparèrent par trahison en 288 et y tinrent bon contre Pyrrhus. Hiéron II de Syracuse les défit au bord du Longanus, en 21)9; mais ce fut ^l«Kt6rt/ qui recueillit les fruits de sa victoire en s'emparant de la citadelle. Les Mamertins implorèrent contre lui le secours des Romains, ce qui amena la première guerre punique. Assiégée par les Syracusains et les Carthaginois, la ville fut débloquée par Appixg Œaudiiis en 264 et resta depuis cité romaine, toujours favorisée par ses nouveaux maîtres, même par Verres. Dans la guerre entre Octave et Sextus Pompée, la ville, qui avait été durant des années le centre des flottes de Pompée, fut prise en l'an 3(5 et pillée par les soldats du premier et par ceux de sa propre garnison. Auguste y amena ensuite une colonie et Messine resta une ville importante, bien qu'elle n'exerçât point une influence aussi décisive sur la Sicile que Syracuse et Lilybée. Les Sarrasins la prirent dès 843, et elle fut aussi la première ville qui tomba au pouvoir des Normands. Les croisades, qui touchèrent en partie à la Sicile, favorisèrent la prospérité de Messine. Mais elle souffrit de nouveau en 1189, lorsque Richard Cœur de Lion et Philippe-Auguste y prirent leurs quartiers d'hiver et que Richard lui livra l'assaut. Cependant, c'est aussi de cette époque que datent les grands privilèges qui en firent, jusqu'en 11578, une espèce de ville libre et le centre de l'opposition nationale contre la domination étrangère. Charles d'Anjou l'assiégea en vain en 1282. La bravoure de son commandant Alaimo et le courage de Dina et de Chiarenza sauvèrent la ville et toute l'île. A plusieurs reprises, les citoyens de Messine ont fait preuve d'un grand héroïsme. La ville était en pleine prospérité vers la fin du xve s., mais sa jalousie fi l'égard de Palerme fut cause de sa décadence. Au xvi'î s., elle reçut l'empereur Ohnrtes-Quint avec une munificence incomparable et le combla de présents; elle donna à l'une de ses rues le nom de Do)i Juan d' Atit riche, fils naturel de l'empereur, et lui érigea une statue, lorsqu'il y rentra, à l'âge de 24 ans, après sa glorieuse victoire de Lépante (1571). Mais la rivalité des nobles (Malvizsi) et du parti démocratique (Merli), attisée par le gouvernement, depuis longtemps jaloux des privilèges de la ville, amena la chute de Messine (1672-1678). Les premiers appelèrent finalement Louis XIV à leur aide. Ce monarque envoya une armée et une flotte à la conquête de l'île, mais en vain, malgré la victoire de Duguesne sur les flottes espagnole et hollandaise réunies sous les ordres de Ruyter. Les Français quittèrent la ville presque secrètement en 1678, et sa population, jusque l;i encore de 120 000 âmes, fut réduite au dixième. Toute révolte ultérieure fut alors prévenue par la construction d'une citadelle. Sa prospérité fut entravée au xviii« s. par des maladies terribles: la peste y enleva 40 000 personnes en 1740. A cela s'ajoutèrent encore des tremblements de terre (1783), qui la détruisirent presque en entier. Le terrible bombardement du 3 au 7 sept. 1848 y causa également des ravages affreux, et le choléra y fit 16000 victimes en 1854. Le tremblement de terre de 1894 y a laissé des traces bien visibles ; celui du 28 déc. 1908 vint mettre le comble à tant d'horreurs.
Le chitfre de la population actuelle de Messine, y compris les nouveaux immigrants, s'élève à env. 80000 hab. qui ont provisoirement établi leurs demeures dans des baraques en bois (10 000 env.). Le quartier principal, la Città Nuova, s'étend dans la région appelée Mosella, au S. de la ville en ruine, entre la mer et le grand
ayO ///. n.34. MESSINE. Cathédrale.
cimetière (p. 392), des deux côtés du viale S. Martino |tnJlougé. C'est le long de cette artère principale qu'où trouve des hôtels et (les cafés, de modestes magasins, des lieux de divertissements publics et des églises provisoires. Les baraques sont disposées d'après uu plau régulier, plus spacieuses et plus commodes qu'à Keggio. Le quartier Lombardo au S. du torrent de Zaera, et à Î'U. du viale S. Martino, les uombreux asiles pour eulants créés par uu comité de secours d'Allemagne, ainsi que les maisons en bois élevées par les Suisses dans le Villaggio Svizzero (p. 393), se distinguent particulièrement par leur aspect agréable et leur solidité; les maisons du quartier Lombardo, comme aussi quelques bâtiments publics, écoles, etc. ont uu et même deux étages.
Le quartier eu pierre attenant aux baraquements, au N., est encore en dehors de la zone principale de dévastation. La via Primo Settembre, qui mène au S.-E. à la gare centrale (pi. G 5) et au N.-O. dans l'intérieur de la ville, a encore de nombreuses maisons qui, bien que crevassées, logent des magasins dans leurs rezde-chaussée; sur la piazza Eelice (Javallotti {pi. B V 5), au milieu du quartier, un autre groupe de baraques. En suivant la via Primo Settembre au N.-O., on croise la via (Jardines au bout de 5 min. ; de là, dans la direction du port, on aperçoit l'abside, ornée d'arcades à colonnes, de iS. Annunziata dei Catalani (pl. B4), la plus ancienne église normande de Messine (xiii* s.), qui venait d'être restaurée dans sa forme primitive peu avant le tremblement de terre. Elle a été épargnée eu partie, tandis que toute la partie S.-O. de la via Oardines n'offre que des ruines.
La PIAZZA DEL DuoMo (pi. B 4), à 2 min. de distance, est au centre de la destruction.
La cathédrale, la Matrice, date de l'époque normande. Ravagée par uu incendie en 1254, lors des obsèques de l'emperem- Conrad IV, elle eut a souli'rir des tremblements de terre de 11)38 et de 1783 qui nécessitèrent des travaux de réfection considérables dans ses parties principales. Aujourd'hui, elle est presque entièrement détruite; il ne reste plus que la partie inférieure des murs d'enceinte, la grande abside et celle du N. à mosaïques du xui« s. (nettoyées en 1905) et le coin de g. de la façade goth. en marbre avec la porte de g. et un reste des plates-bandes de bas-reliefs. On reconnaît encore, sur les murs mis à uu, des traces de l'ancieuue décoration de la façade. A l'intérieur (entrée par la «Soprinteudeuza dei Monument!»; v. p. 388), on a placé entre les immenses monceaux de ruines les restes du plafond peint sur bois de 12G0 env., la chaire renaissance en marbre et d'autres sculptures. — La fontaine d'Orion (pi. 2, li4), richement décorée, œuvre (1547-1551) de Fra Giov. Ang. Montorsoli, élève de Michel-Ange, est restée intacte à l'excejjtion des groupes de Mgures qui surnuintaieut la vasque supérieure; sur le bord du bassin, les statues allégoriques
Phare. MESSINE. m. R. 34. 39I
du Nil, de l'Ebre, dn Tibre et du Camaro, ruisseau voisin de Messine.
C'est au N. de la place de la cathédrale et depuis le rivage jusque bien loin au S.-O. et à PO. que s'étend la zone la plus éprouvée par le cataclysme (v. le plan). On a évacué en grande partie les masses de décombres qui obstruaient le passage, si bien qu'on peut maintenant parcourir les anciennes rues principales qui mènent vers le N. : à g., le corso Cavour (pi. A 4; B 4-3) où l'on admirait jadis de nombreuses églises et palais des xvi® et xvn« s. et où l'on voit encore debout la statue de Don Juan d'Autriche (pi. 3, B 3; p. 389), exécutée en 1572 par Calamech; à dr., la large VIA Garibaldi (pi. B 4-1), la rue principale qui se développe en ligne droite en passant entre le Municipîo (pi. B 3) , construit de 1784 à 1819, mais détruit par un incendie après le tremblement de terre, et la place du même nom; encore à dr., la rue du quai, dite corso Vittorio Emanuele (pi. B 4-2), qui portait aussi le nom de la Palazzata; les lourdes façades des palais commencés au XVII'' s. et rétablis après le tremblement de terre de 1783 sont encore debout en partie, tandis que l'intérieur,* plus légèrement bâti, s'est effondré. Dans cette dernière rue, en face du Municipio, se dresse intacte, la fontaine de Neptune par Montorsoli (1557), surmontée d'une statue de Neptune (remplacée jadis par une réplique) entre Charybde et Scylla (réplique).
Au S. du port, est la douane ou Dogana (pi. C4), à l'endroit où était jadis le palais royal. Après l'avoir laissée derrière soi, on arrive à l'E. au débarcadère des bacs (approdo ferry-boats; pi. C 4) et à la gare de Messina Porto (p. 386), à côté de la citadelle (pi. D 4), construite par les Espagnols en 1679, entourée par la mer et des fossés et d'où l'on tire un coup de canon à midi précis. Plus loin, dans la presqu'île, les cimetières français et anglais où reposent dans quatre fosses communes les premiers milliers de victimes du tremblement de terre; puis à 20 min. de la douane, le grand phare (Faro di S. Ranieri) où il est pourtant plus commode de se rendre par barque en partant du «sbarcatoio» près du Municipio (aller et retour 1 à 3 fr. pour 1 à 4 pers. ; on débarque au N. des dépôts de charbon; sur la presqu'île même, il est rare de trouver des barques). Du haut du phare (le gardien demeure en bas; pourb., 50 c), on jouit d'un panorama vraiment magnifique: à l'O., la ville en ruine; au S.-O., les baraquements et les montagnes qui s'élèvent derrière, dont la plus haute cime à g. est l'Antennamare (p. 394; à dr., le mont Ciccia, p. 394); à l'E., les montagnes de la Calabre, qui paraissent extrêmement rapprochées lorsque l'air est pur.
Du phare, on peut le mieux observer le Garofalo («œillet», aiusi nommé d'après sa forme), le plus violent de ces tourbillons qui ont fait localiser dans le détroit de Messine les gouffres de Charybde (du côté de la Sicile) et de Scylla (p. 275). C'est là que se précipita, sous le règne de Frédéric II, le plongeur Cola Pesce, de Catane, ce qui a fourni à Schiller le sujet de sa ballade du «Plongeui».
Baedeker. Italie méridionale. 15« éd. 25
392 JJI- R- 34. MESSINE. FmviroHS.
La vue est encore plus étendue de l'ancien fort de *Ca8tellaccio (140 ni.), qui domine la villeàl'O. On en fait l'ascension avec quehjue difficulté en ^/^ d'h. : du Torrente Portalegni (pi. B5, A4) et par le lit de ce torrent, monter le long des maisons en ruine, puis devant le jardin botanique, traverser la piazza Venti Settenibre (pi. A4) et continuer tout droit par la via Castellaccio très escarpée, où le tremblement de terre ne s'est fait sentir que faiblement. Cette hauteur était déjà fortifiée dans l'antiquité, puis sous Charles-Quint. La vue embrasse les montagnes de la Calabre, le détroit et la malheureuse cité dont l'état de ruine est particulièrement impressionnant le long du port; au S., les rangées de baraques de laCittà Nuova. — En face, sur la colline au S., le fort Gonzaga (150 m.) bâti en 1540 et qiai a conservé sa destination première.
A l'extrémité S. du quartier des baraquements, le grand Camposanto (cimetière), établi de 1865 à 1872, occupe une hauteur en pente douce. Des iîgures de marbre brisées, des colonnes renversées bordent les chemins qui, serpentant à travers des tombes récentes, mènent au grand portique ionique, le Panthéon des Messiniens célèbres. C'est là que se trouve, entre autres monuments, celui de l'historien La Farina (1815-1863), qui, en 1860, contribua le plus à l'annexion de l'île au Piémont. 16000 victimes du tremblement de terre ont trouvé un dernier asile sur la hauteur, dans des fosses communes ou dans les rangées ordinaires. Tout en haut, une église moderne de style gothique. Vue admirable.
Les environs de Messine ont été de tout temps célèbres, grâce aux pentes verdoyantes «t sillonnées de vallées des monts Peloritani, comme à la vue incomparablement belle qu'ils offrent sur le détroit et les montagnes de la Calabre.
*ExcuRSioN AU PHARE, 12 kil. ; le tramway n'étant pas encore rétabli (p. 386), on prendra l'autobus pour Ganzirri (p. 386) ou bien une voiture (6 à 7 fr., 1 h. ^j,,; s'entendre à l'avance avec le cocher, surtout sur la durée de l'arrêt). La route passe au pied des hauteurs escarpées dans le voisinage de la mer. Après avoir laissé derrière soi des rangées de baraques, des cabanes épargnées par la catastrophe, et des maisons de campagne abandonnées, on arrive d'abord par la contrée dite al JRingo à l'ancien couvent de Salvatore dei Greci, de l'ordre de St-Basile, qui fut fondé par Roger I*'" à l'extrémité de la presqu'île du port et transféré à l'endroit actuel en 1546. On y vent installer le musée (v. p. 388). Derrière, les grands baraquements dits Villaggio Elena, placés sous le protectorat de la reine et se distinguant par leur propreté et leur solidité. La vue sur la Calabre s'embellit à mesure que le détroit se rétrécit. Plus loin, la riante contrée qu'on appelle Paradiso, le groupe de maisons de Contemplazione, presque complètement épargné en 1908, et le village de pêcheurs de Pace. Puis on passe au portique de l'église de la Grvtta.
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Environs. MESSINE. IH- R- 34. 393
Les deux lacs salés de Pantani, dont le premier porte aussi le nom de Logo di Ganzirri, communiquent avec la mer par des canaux. Il y avait là jadis un temple fameux consacré à Neptune. A Granatari, la route se bifurque: le chemin de g. mène le long de la côte septentr. (le tramw. allait jadis jusqu'à Barcellona, p. 381), celui de dr. prend fin près du phare au bout de 2 kil.
Faro ou Torre delFaro, village de pêcheurs à l'extrémité de la langue de terre qui termine la Sicile au N.-E. (proraontorium Pelorum), doit son origine aux fortifications que les Anglais y établirent (1809-1812) afin d'empêcher les Français, commandés par Murât, de faire une descente en Sicile. A la pointe du promontoire s'élève un phare épargné par le tremblement de terre. Du haut du phare, *vue admirable (200 marches; 50 c. au gardien).
En face, de l'autre côtiî du détroit (v. p. 278) se dresse Scilla sur son rocher; à g., on aperçoit Bagnara, puis le mont Elia, dont la haute croupe en saillie est couronnée d'une petite chapelle. A g., au-dessous du sommet, scintille Palmi; plus loin, la baie de Gioia et le promontoire de Vaticano qui s'avance bien loin vers l'O. Au N. et au N.-O., les îles Lipari et la pleine mer.
On fera avec intérêt une excursion au Colle S. Rizzo, col (9 kil.) que franchit la route provinciale de Gesso (strada Provinciale, pi. B 1) ; une voiture (à 1 chev. 5 fr. env. pour 1 pers., aller et retour 6 fr. 50; à 2 chev. 8 fr. et 10 fr., souvent aussi moins cher) atteint la hauteur en 1 h. ^|^ à 1 h. 1/2 (pour les piétons, v. p. 394). La route passe au S. et au-dessus (v. p. 394) du torrent à^Abhodiazza, nommé aussi torrent de S. Francesco di Paola ou Fiumara di S. Leone, en touchant d'abord au grand quartier de baraques dit Giostra, vis-à-vis duquel monte le petit Villaggio Svizzero de l'autre côté du torrent. Aux ^/g env. de la hauteur, aux Casazze (5 kil. 2), débouche à g. la route militaire qui du S. de la ville monte par le fort Gonzaga (p. 392). Le col, Colle S. Rizzo (524 m.), ofl:re une vue étendue, qui est encore plus belle du haut de la Torre S. Rizzo, tour délabrée située 10 min. plus haut: aux pieds du spectateur, le détroit de Messine; à g. le phare, et en face de ce dernier, Scilla en Calabre ; puis sur l'angle saillant. Villa S. Giovanni, et plus à dr. Reggio ; au-dessus, les forêts du haut Aspromonte; au premier plan, en bas, le port de Messine, en forme de faucille; à l'O., la presqu'île verdoyante de Milazzo, qui précède la côte N., et en pleine mer, les îles Lipari. La strada Provinciale descend ensuite au N.-O. à Gesso (p. 382). — Au sommet du col, la grande route militaire (strada Mîlitare), reconnaissable à ses nombreux fils télégraphiques, bifurque au S.-O. Cette route, reliant entre elles les nouvelles fortifications, décrit un large circuit autour de la ville, du Campo Inglese à V Antennamare (p. 394), en restant sur la crête des monts Peloritard, l'anc. mons Neptunhis, et continue ensuite vers le S. jusqu'à la route de Furnari à Novara et Francavilla. Elle est accessible aux piétons sans aucune formalité et offre de tous côtés des coups
394 tll- />•• •''•*• MESSINE. Environ».
(i'tieil admirables. En la suivant vers le S.-O., on passe d'abord audessous des t'ortilications du Colle Molinicnti pour monter doucement le long de la crête et arriver en 2 h. '/j env. à la chai)elle de la Vierge du mont Anfennamare (1130 m.), où l'on est à l'abri du vent. Vaste panorama.
Les piétons mouteiout au cul de. S. Rizzo d'abord par la strada Provinciale. Au bout de 2 kil., la nouvelle église S. Maria di Gesù Sup'eriore et ses vieux bâtiments conventuels qui servent aujourd'hui d'hôpital, restent à dr., au delà du torrent d'Abbadiazza (v. p. 393). A une bonne Vï h. (2 kil. 6; on recommande d'aller en voit, jusqu'ici) du commencement de la strada Provinciale, à l'endroit où elle est dégarnie de maisons sur un petit espace, à dr., et où elle court tout près du bras mérid. du torrent qui s'est divisé en deux eu amont de S. Maria di Gcsù, on quitte cette route pour monter dans le lit du torrent pendant 20 min. et arriver aux ruines de S. Maria délia Scala ou delta Valle, communément appelée l'Abbadiazza, auc. église conventuelle fondée au xii^s. par les Normands, abandonnée au xvi» s. et avec le temps ensablée par le torrent. La fenêtre de l'abside du chœur sert maintenant d'entrée (un paysan qui demeure à côté ouvre aux visiteurs, 25 c.); à l'intérieur, on a dégagé deux des chapiteaux. — En suivant de IJi le télégraphe, on atteint en 25 min. env. le point culminant du col de S. Rizzo (v. p. 393), en partie par le vieux sentier pavé qui mène de Messine à Milazzo. On peut descendre du col à Gesso (p. 382; 1 h. '/s) et retourner à Messine par le chem. de fer. — Pour l'excursion au mont Antennamare, v. ci-dessus.
Si l'on a du temps disponible, on poursuivra au N. du col de S. Rizzo par la route carrossaole jusqu'à Castanea (Trattoria), localité bien située, sur le versant N.-O. du mont Ciccia (609 m.), dont l'ascension est recommandable: pour ce faire, on prend, à 40 min. au N.-E. du col et à 20 min. avant Castanea, en vue de la nouvelle église à tour inachevée, une route militaire à dr. pour suivre ensuite, au bout de 20 min., un sentier qui monte à dr. près du petit viaduc. Vue fort étendue. La route militaire continue en décrivant de nombreux lacets, se bifurque 35 min. plus tard en deux bras, dont celui de dr. conduit à Messine et celui de g. à Curcurace et Faro Superiore en passant devant le Campo Inglese (v. p. 393). Pour aller directement de Messine au Ciccia, on monte ordinairement par le lit d'un torrent (Torrente di Paradiso) , qui débouche dans la route du phare à 4 kil. au N. de Messine; il faut 2 h. Va- On recommande tout particulièrement la traversée de Messine EN Oalabre, surtout le matin, quand le soleil éclaire les côtes de Sicile; la vue de la chaîne de montagnes de l'île et de la haute pyramide de l'Etna est alors vraiment grandiose. L'excursion est facilitée par les bacs à vapeur («ferry-boats», v. p. 275, 268) qui font 5 fois par jour le trajet de Messine à Villa S. Giovanni en 1/2 h. env. (1 fr. 10, 80 c, 50 c, aller et ret. 1 fr. 70, 1 fr. 25, 90 c.) et à Reggio en 50 min. (1 fr. 75, 1 fr. 25, 80 c). A Messine (v. p. 386) comme à Villa S. (fiovanni et à Kcggio (p. 275), ils accostent au quai; le retour du dernier bateau a lieu à 7 h. ou à 8 h. Y4 du s. La traversée de Messine à Villa S. Giovanni (env. 8 kil.) est plus courte que celle de Messine à Reggio (env. 15 kil.) et procure la correspondance avec les trains de Naples.
La traversée de Messine à Villa S. Giovanni est également plus commode pour les excursions, p. ex. à Scilla (p. 274; 20 min. de chom. de fer; en voit., (i à 7 fr. aller et retour, arrôt compris; faire prix), ou à Palmi ot au mont Elia (p. 274; env. 1 h. '/i de chem. de fer).