De Messine à Catane. Taormine
95 kil. Chemin de per. Trajet d'env. 2 h. '/a pai' l'express, prix 12 fr. 25, 8 fr. 60 et 5 fr. 60, ou en 3 h. à 4 h. i/j en train omn., 11 fr. 05, 7 fr. 75 et 5 fr. Jusç[u'à Giardini-Taormina: 1 h. à 1 h. 3/4, 6 fr. 30, 4 fr. 40 et 2 fr. 85 ou 6 fr. 60, 3 fr. 90 et 2 fr. 55. Les express, en correspondance directe avec ceux de Naples et de Métapoute par les bacs à vapeur, partent du port de Messine pour la gare centrale, ou continuent de là jusqu'au port eu sens inverse. Wagon-restaurant (v. p. 365) dans le train du matin venant de Messine, dans celui de l'après-midi pour la même station, wagonsalon (suppl. 3 fr.) dans le train du matin qui vient de Messine et dans celui de nuit qui y va; train de luxe (le mercr., en sens inverse le vendr. ; suppl. 2 fr. 25), V. p. 271. — Il y a en outre des bateaux à vapeur entre Messine et Oatane, v. p. 409; trajet en 5 à 6 h.
Pour Taormine, on peut se contenter d'une demi-journée si l'on n'a que peu de temps à sa disposition. Dans ce cas, on fera bien de quitter Messine par le train de l'après-midi, pour voir à Taormine le coucher et le lever du soleil. Dans le cours de la journée, les effets de lumière sont moins beaux. Cependant, on ne regrettera point d'avoir consacré plusieurs jours à cet endroit, l'un des plus beaux de la Sicile.
La voie se tieut constamment dans le voisinage de la côte, passe sous 14 tunnels à travers des promontoires, franchit nombre de ruisseaux généralement à sec et offre de belles vues à dr. et à g. Au départ, on voit à dr. la Città Nuova avec son agglomération de wagons à marchandises servant de demeures et de baraques de 1 à 3 étages, puis le cimetière, avec sa blanche église gothique qu'on aperçoit de fort loin. — 7 kil. Tremestieri. — 8 kil. Mili. — 11 kil. Galati. — 14 kil. Ponte Schiavo. Sur une hauteur escarpée (155 m.; 20 min.) à dr., le grand couvent de S. Placido, auj. école d'agriculture.
16 kil. Giampilier'i , point terminus du tramw. de Messine (p. 386). — 18 kil. Scaletta Zanglea, résidence de la famille des Rnffo, princes de Scaletta. A dr., un peu en deçà de la gare, on aperçoit le pittoresque château. Suivent plusieurs tunnels. — 24 kil. Alï, bains d'eaux sulfureuses. On voit encore beaucoup de maisons écroulées et de nombreuses baraques, mais ou a dépassé la limite S. de la zone de dévastation (p. 274). Magnifique coup d'œil sur la pointe de Calabre. Plus loin, on voit à dr. Roccalumera (v. ci-dessous), sur la montagne. La voie traverse quelques grands torrents. — 27 kil. Nizza di Siàlia et les ruines du château des princes Alcontres. C'est dans les forêts voisines du Fiume di Nisi que l'empereur Henri VI fut atteint mortellement. — 29 kil. Roccalumera. — 33 kil. S. Teresa di Riva. On traverse de nouveau plusieurs grandes «fiumare» et l'on voit bientôt à g., le beau cap S. Alessio (36 kil.), avec un château abandonné, propriété du marquis de Moura à Letoianni, où l'on peut demander la clef. A dr., sur la hauteur, la ville de Forza d'Agrà (429 m.).
Eu remontant la Fiumara d'Agrô, au N. de la station de S. Alessio, ou parvient au bout de 5 kil. au couveut abandonné de 88. Pietro e Faolo dont l'église normande du xii^ s. est encore bien conservée.
Au delà du tunnel qui traverse le cap, apparaît la hauteur sur laquelle s'élève Taormine, avec les ruines de son théâtre. C'étaient
396 III- R' S5. TAORMINE. Rens. pratiques.
là les passages tauroiiiéuitaiiieus des anciens, et la limite des territoires de Messine et de Naxos. — 43 kil. Letoiamii-Gallodoru. Le sentier menant à Taorniine (1 h. à 1 h. ^j^, dont le trajet en sens inverse est décrit à la p. 400, se détache de la grande route à peine Y2 ^- P^^i^ ^"i" '*^i '^•i au-dessus du tunnel de la voie ferrée. 48 kil. Giardini-Taoriniiia. Uiardini est une localité de peu d'importance, dominée par des récifs recouverts d'une maigre verdure et dont les environs sont ravagés par la fièvre. C'est de la baie voisine que Garibaldi partit en 18G0 pour la Calabre. — Promenades en barque, v. p. 401.
Taormine est située sur une hauteui- escarpée à euv. 200 m. audessus de la station de Griardini. De la gare en ville (ou réciproquement): commissionnaire pour menus bagages 75 c. à 1 fr. (pour un arrêt de courte durée, laisser ses gros bagages à la gare). Diliyence 3 fois par j., 1 fr. à la montée et 50 c. à la descente, y compris 10 kilos de bag., et 20 c. de supplément jusqu'à 25 kilos. Voit. partie. (^/4 d'h. à la montée) à 1 chev. 1 pers. 2 fr., 2 ou 3 pers.
3 fr., 4 pers. 4 fr. ; la nuit 3 à 5 fr. ; à 2 chev. 3, 4 et 5 fr. ; la nuit
4 à 6 fr. ; 20 c. pour les bagages de 11 à 25 kilos (tarif; faire prix d'avance).
La ROUTE (5 kil.), riche en beaux points de vue, se détache de celle de Messine à 2 kil. environ à l'E. de la gare, au cap de Taormine, et monte doucement à g., en décrivant de grandes courbes. Près de l'hôt. Castello a Mare, elle traverse une nécropole de l'époque des Sarrasins et entre eu ville au N.-E. par la Porta Messina. — Il y a en outre un sentier escarpé à g., à mi-chemin du cap, encore dans Giardini, qui suit les lils télégraphiques, touche la chapelle de la Mudonna délie Grade et débouche sur le cours par la via Floresta; — le chemin de mulets qu'on prend ordinairement ('/a h. à pied), raboteux et sans vue, monte à quelques centaines de pas au S.-O. de la gare, en passant d'abord dans le lit du torrent de Selina et aboutit à la ville du côté S.-O. par la tour Sarrasine.
Taorxaiue. — Hotels (v. p. XIX), jouiâsaut d'une vue luagnitiquc et tous avec jardin; les maisons de !•'• ordre (fermées de tin mai à sept.), avec chauffage central, bains, éclairage électr. (comme du reste la plupart des autres), sont souvent combles au cœur de la saison, c.-à-d. de la mijanv. à la tin d'avril, de sorte qu'on n'est pas toujours sur d'y trouver uue ch., même eu la retenant d'avance: Stin Domenico Palace Hôtel (pi. a, A 2), dans un anc. couvent de dominicains, il l'extrémité S.-O. do la ville (p. 400; 70 cli. de G à 10 fr., rep. 1.50, 4 et «, p. 15 à 20, omu., sans bagages, 2.60; fréquenté par les Anglais et les Américains); *Or.-tl. Castello (t Mare (pi. c, C 2), bien situé sur la nouvelle route, i 1« miu. de la ville (75 ch. de 4 à 7 fr., rep. 1.50, 3.50 et 5. p. 10 à 15); *i/. Timeo (pi. b, C 2), vieille maison bien connue, au pied au théâtre (40 ch. de 5 ;\ 12 fr., rep. 1.50, 3.50 et t>, p. 12 à 15; beaucoup d'Anglais); * H. International (pi. i, A 2), viale Toselli (45 ch. de 4 à 5 fr., rep. 1.60, 4 et f.,
^ — Ji Teal.Romano(\ J!^ Corv.ii 1
Caslfillo • ^î-
TA.ORMINA
I JiTO Jdl' Orologio Bz
~-.^ PaJrtgxo Cûunpoli A 2
^<i Posta £TrlrqraJh X!
y. \IS Giusrnpi' R2
'» . \S .r.« «//?ri/i<i Bl
I eatro Greco
umj,.,..
Ci!ograi)h. Allât v. \V..
Rens. pratiques. TAORMINE. ^I^- R- 35. 397
p. 10 h. 14) ; *H. Villa S. Pancrazio (pi. r, B 1), aux portes de la ville, à l'E. (23 ch. de 5 à 10 tï., rep. 2, 3 et 5, p. dep. 10); *Gr.-H. de la Métropole (pi. d, B2; même propr. que l'hôt. Villa Politi à Syracuse), corso Umberto, 180 (45 ch. de 3 fr. 50 à 5, rep. 1.50, 3.50 et 5, p. 9.50 à 13); *H. Bristol (pi. 1, C 2), nouveau, au coin de la via Bagnoli Croci et de la strada Provinciale (40 ch. do 3 à 4 fr., rep. 1, 3 et 4, p. 8 à 10). — Maisons de 2» ordre, ouv. toute l'année: H.-P. San Giorgio (pi. k, A 2), piazza S. Antonio; H. Victoria (pi. f, Bl), corso Umberto, avec jardin, où il y a une dépend, et une terrasse, belle vue, très bon (35 ch. de 2 fr. à 3.50, rep. 1.25, 3 et 3.50 v. c, p. 7 à 9, pour plus d'une seni. 6 à 8); H. Naumachie (pi. e, B 1), corso Umberto, 86, très bon (30 ch. de 2 fr. à 2.50, rep. 1, 2.50 et 3.50 v. c, p. 6 à 8; dans le jardin, restes d'un réservoir romain dit naumachie) ; H. Villa Diodoro (pi. u, B 2), via Bagnoli Croci, avec chauff. central (25 ch. de 2 à 3 fr., rep. 1, 3 et 4 v. c, p. 8 à 10); H. Belvédère (pi. q, C 2), même rue, bon (20 ch. à 3 fr., rep. 1.25, 2.60 et 3 V. c, p. 7 à 8).
Pensions : Villa San Pietro (pi. n, C 2), à 12 min. de la ville, ouverte de nov. à la mi-mai, grand jardin, bonne (14 ch., p. 7 à 10 fr.); Schider (pi. s, B 2), via Bastione, dans un grand jardin, simple, mais bonne (18 ch., p. fi à 9 fr.); Beau -Séjour (pi. t, C 2), sur la route de la gare, à 17 min. des portes de la ville (10 ch., p. 7 à 10 fr.); Etna (pi. g, B 1), via Teatro Greco (12 ch., p. 8 fr.); Zuccaro (pi. z, A 2), au-dessous du cours (p. 6 à 8 fr.); Fichera (pi. m, A 2), corso Umberto, 220 ; Castello Taormina (pi. p, B 1), corso Umberto, 49.
Chambres meublées dans beaucoup de maisons du cours, pas toujours bonnes et souvent chères, surtout au tort de la saison. Il est nécessaire de visiter à l'avance et de s'entendre préalablement sur tous les détails, tels que lumière, chauffage, service, déjeuner.
Cafés: C. Nuovo, près de la tour d'horloge; Timeo, corso Umberto, 133. — Tea Boom, corso Umberto, 98.
Voitures: pour la gare, v. p. 396; pour Giardini, à 2 chev. 6 fr., aller et retour; pour les grottes 10 fr. (barque non comprise); pour Letoianni 12 f r. ; pour S. Alessio 16 fr., plus pourb. pour chaque course. — Anes, aller et retour, pour le mont Venere 5 fr., Castello Taormina 3 fr., Mola 3 fr., Giardini 4 fr.. Isola Bella 3 fr., Letoianni 5 fr., Postolione 6 fr., Sifone 4 fr. ; pourb. à l'ànier. — Guides: pour le mont Venere 3 fr., Sifone 2 fr., Mola ou Castello Taormina 1 fr. 50; pourb. en sus. — Dans les montagnes , les chemins sont très pierreux et exigent une bonne chaussure; ils sont des plus désagréables par l'obscurité et le mauvais temps. Ou gagne en somme fort peu de temps à, louer un âne, sans compter les discussions qu'on a à soutenir avec les àniers ; cependant en compagnie de dames, une monture est souvent agréable. On trouve en chemin guides et rafraîchissements. — On évitera de visiter en compagnie de guides, cochers ou portiers les magasins de curiosités, dont les prix sont souvent assez élevés et la marchandise, de mauvaise qualité et mal empaquetée.
Taxe de séjour, 50 c. et 1 fr. — Photographies: W. von Glœden (pi. GL, A 2), en face de S. Domenico (paysages, figures, atelier artistique, articles de photographie); Galifl-Gnqn, via Teatro Greco; Schuler, Palazzo Corvaia (pi. B 1), a aussi des antiquités. — Bazar: Anglo- American Stores (Pagano), corso Umberto, 115 (provisions de voyage). Des broderies siciliennes sont en vente à l'école des Cordelières, piazza Carminé.
Postes et télégraphes (pi. 3, A 2), près de la cathédrale. — Agences DE voyages: Brancati (v. p. 409), corso Umberto, 80; Orlandi & Mefante, corso Umberto, 100 (font aussi le change). — Hôpital: Ospedale S. Vincenzo (pi. Osp., A 2), à l'O. de la ville (5 ch. pour étrangers, env. 10 fr. par jour). — Médecins (parlant français): les Drs Licciardelli, Cacciola- C'artella, Famà (électrothérapie). — Pharmacie: International Pharmacy, près de S. Agostino (pi. B 2).
Le théâtre grec (p. 398) est accessible gratuitement toute la journée. Pour voir d'ici le lever du soleil, on préviendra les deux gardiens la
398 III- K- 35. TAORMINE. Histoire.
voille et on leur dounoiii un jiourboiie le matiu. Ils out aussi la clef du ^rand réservoir antique au-dessus du couveut des capucins (pi. B 1) et de divers restes de pavements eu mosaïque.
Le ouuAT de Taormiuc est doux, comme sur toute la côte de Sicile ; les jours de pluie y sont encore moins nombreux que sur la côte septentr. ; vers le milieu de la journée, la température descend rarement audessous de 10" C. dans le cours de l'hiver; cependant il fait souvent du vent et le «greco» (N.-E.) s'y fait parfois désagréablement sentir.
Taormine, en ital. Taormina (205 m. d'alt.), l'anc. Tauroinerdum, est une ville de 4110 hab., composée d'une longue rne et de plusieurs ruelles latérales, dans un site splendide, avec de vieilles fortifications, dominée par les ruines d'un vieux château, bâti sui- les rochers (398 m.). Au-dessus se voit encore la hauteur de Mola (450 m.) et plus loin le mont Venere (884 m.).
Le château est l'ancienne acropole de Tauromenium, ville fondée par les Siculcs en 39f; av. J.-C, après la destruction de Naxos (v. p. 401). Les habitants, alliés aux Carthaginois, résistèrent à Denys lor qui s'empara de la ville en ,392 et y établit des mercenaires. Cependant AndromachuH, père de l'historien Timée, né i Tauromenium, y amena en 358 les restes de la population de Kaios. En 312, la ville tomba entre les mains d'Agathocle et, après sa mort, entre celles du tyran indigène Tyndarion, qui appela Pyrrhus en Sicile et le fit aborder à Taormine (278). Lors lie la paix conclue entre Rome et Hiéroa II de Syracuse, la ville échut à ce dernier, et jouit d'une tranquillité passagère. S'étant déclarée pour Pompée, elle fut réduite au rang de colonie par Auguste. Taormine était encore très importante à l'époque de Strabon. Sa forte situation la garantit pendant longtemps des attaques des Sarrasins, qui essayèrent de la prendre par surprise en 869 et furent repoussés. Mais le féroce Ibrahim Ibn Ahmed s'en rendit maître le 1»^ août 902, après avoir battu la garnison au bord de la mer. Mola même fut prise d'assaut par les Maures, ses habitants massacrés et la ville incendiée. Néanmoins Taormine se releva bientôt après, et le chef des Faiimitea fut obligé de l'assiéger de nouveau en 962, et de .la reprendre d'assaut. Il y établit une colonie musulmane et l'appela Moitesziya, du nom de son souverain. Les Normands s'en emparèrent à leur tour en 1078, et lui rendirent son ancienne prospérité. Un parlement s'y réunit en 1410 et chercha en vain un souverain national pour la Sicile. Les Français prirent Taormine et Mola en 1676, mais le 17 déc. 1677, 40 soldats courageux se firent monter au sommet du rocher de Mola au moyen d'une corde, à l'endroit où le sentier de Taormine passe sous la falaise, et suriirirent la garnison. Taormine fut également évacuée après divers combats. Plus tard enfin, le 2 avril 1849, les Napolitains, ne la trouvant défendue que par quelques soldats commandés par Saitta Bosalia, y pénétrèrent sous la conduite de Filangieri. «duc de Taormine».
On exploite dans les environs de Taormine neuf espèces différentes de marbre. Comme curiosité botanique, il faut mentionner la centaurea tauromenitana, de la famille des bluets, qui croît sur les vieilles murailles et dans la montagne.
Le *théâtre grec (214 m.; entrée, v. p. 397), de beaucoup la curiosité la plus remarquable de la ville, est accessible par la via del Teatro Greco (pi. B 1 C 2), qui y conduit en 3 â 4 min. de la piazza Vittorio Kniannclo, à l'extrémité K. du corso Umberto qui est la rne principale.
Ce théâtre, d'origine grecque, doit sa forme actuelle à une restauration des Romains, qui ont refait surtout la scène. D'après une inscription derrière la scène, il aurait été dévasté par les Sarra-
Théâtre. TAORMINE. /-f^- R- 35. 399
sius et imparfaitement restauré en 1748; ce fut plutôt le duc de S. Stefano qui en prit les marbres pour son palais. L'espace réservé aux spectateurs est disposé en hémicycle et pratiqué dans le roc ; ses seules parties en brique sont dans le haut et sur les deux côtés. Son diamètre est de 109 m. ; celui de l'orchestre, de 35 m. Les constructions de la scène, qui datent de l'époque romaine, sont particulièrement bien conservées; le mur du fond, à deux étages, dont la décoration a été partiellement rétablie en 1840 (à savoir: quatre des colonnes de granit à chapiteaux corinthiens et un fragment de l'entablement de marbre), montre encore les trois portes des acteurs, avec trois niches dans chacun des intervalles et une à chaque extrémité, toutes garnies autrefois de statues. La scène proprement dite est étroite, il n'en subsiste plus que les fondements en brique; au-dessous se trouve un fossé ou canal voûté pour l'écoulement des eaux. Les grands bâtiments latéraux de la scène contenaient les loges des acteurs et les machines du théâtre. Les rangées de sièges étaient divisées en neuf secteurs (cunei). On a supposé que les 36 niches sur la précinction supérieure renfermaient des appareils acoustiques, mais c'est douteux, car l'acoustique de l'édifice est si bonne, qu'on entend encore facilement en haut tout ce qui se dit sur la scène. Dans le haut était, à l'époque romaine, un double portique. On a relevé les restes de six de ses 45 colonnes anciennes, auxquelles correspondaient autant de pilastres au mur. — Audessus de l'extrémité S. du portique, on a réuni en un petit musée (pourb.) dans la maison du gardien, une tête d'Apollon provenant du théâtre, des inscriptions, un sarcophage et divers fragments d'architecture.
La **vuE qu'on a du haut du théâtre est une des plus splendides qu'offre l'Italie. Assis au sommet sur l'escalier devant la maisonnette du musée, on voit à dr., à ses pieds, le théâtre bien conservé; à g., la pyramide gigantesque de l'Etna, s'élevant majestueusement du sein de la mer; au premier plan, à g., dans la vallée de l'Alcantara, les montagnes de Castiglione, puis les cimes derrière le théâtre : de g. à dr., d'abord la Maestra, ensuite la Madonna délia Rocca (ermitage), le château de Taormine; au fond, la montagne de Mola et le mont Venere, encore plus haut; à l'endroit où cette montagne s'abaisse au N., le cône rocheux de Lapa et ensuite à dr. le mont Ziretto, avec ses pentes abruptes et ses carrières de marbre, au delà du torrent. La vue est encore plus belle le matin, lorsque le soleil se lève au-dessus de la Calabre, ou au-dessus de la mer en hiver, couvrant d'abord le sommet neigeux de l'Etna d'une teinte rosée et dorant ensuite les cimes rocheuses au-dessus du théâtre. En restant là quelque temps, on peut contempler des effets de lumière incroyables.
Si l'on a encore du temps disponible, on visitera aussi les autres curiosités de la ville. Sur la piazza Vittorio Emanuele, mentionnée
400 irr. n. sô. TAORMINE. mvirons.
p. 398, se trouve le pahds Corvaiu (1372), édifice goth.; dans la cour (entrée k l'O.), à l'escalier, un bas-relief du xiv* s.: la Création d'Eve, la Chute du premier homme, Adam et Eve travaillant la terre et lilant. A g. du palais, l'église S. Caterina et les restes d'un petit théâtre romain (odeum; entrée par l'église) déblayé en partie en 1893, ainsi que ceux des marches d'un temple grec de l'époque postérieure.
Tout le long du cours, on rencontre des portes et des fenêtres gothiques, des crénelures et incrustations en pierre noire (lave) et blanche rappelant l'architecture mauresque. Le palais Ciampoli (pi. 2, A 2) est peut-être le plus ancien de ceux de Taormine. Près de l'extrémité occid. du cours, s'élève à g., la cathédrale, qui a au N. un beau portail gothique du xiv^ s. A dr. du maître-autel, une statue de la Vierge du xv« s. Devant l'entrée principale, une fontaine monumentale. — A dr. (au N.) de cette fontaine, ou monte aux belles ruines d'un édifice goth., la Badia Vecchia (entrée 25 c.) ; à g., on descend à l'anc. couvent de S. Domenico, aujourd'hui le S. Domenico Palace Hôtel, dans un beau site; on y remarque deux cloîtres bien conservés et dans l'église, les belles stalles eu bois sculpté, la chaire, et l'ornementation des parois de la sacristie, de 1602 (pourb.). — A une centaine de pas plus loin, en deçà de la Porta Catania, aussi appelée Porta del Tocco, le vico Spucches mène à g. du cours au palais goth. de /S*. Stefano (1330), dont la voûte est supportée par une colonne de granit (pourb.). Plus loin encore à l'O., au delà de la piazza S. Antonio, la Torre Saraceiia (tour Sarrasine) et son passage rectangulaire; en deçà, à g., le viale Toselli qui offre des vues charmantes.
Promenades aux environs. De la piazza Yittorio Emanuele par la Porta Messina (au N.-E. de la ville) à l'église S. Panerazio, cella d'un temple grec orné de colonnes seulement devant la façade orientale, et consacré plutôt à Sérapis qu'à Apollon Archagète; puis par la grande route (strada Provinciale), que remontent les voitures qui se rendent de la gare à la ville (p. 396) ou de S. Panerazio par la rue parallèle au N.-E., en 8 min. au Belvédère vers le S.-E., non loin de l'hôt. Castello a Mare, ensuite aux tombeaux sarrasins (p. 396), et de là, retour à la ville par la via Bagnoli Croci ; en tout, une promenade de '/j '^•i toujours à plat. — De S. Panerazio, au lieu de prendre par la route, on peut continuer jusqu'au cimetière qu'on atteint en 12 min.; prendre là à g., puis à la deuxième bifurcation à dr., et descendre en 25 min. sur la route du littoral, qu'il faut suivre à dr. (à g. on irait à Letoianni, v. p. 402) pour passer devant le cap St-André et rejoindre la route carrossable (p. 396) par laquelle on rentre àTaormine; promenade d'une bonne heure. — Autres promenades moins longues, mais par des chemins escarpés: au café Fontana Vecchia (p. 402), sur le chemin du mont Ziretto, '/j h. env., aller et retour; au château de Taormine (p. 401), 1 h. '/j à peu près,
Environs. TAORMINE. III- R- 35. 401
aller et retour. — Descente à Giardini (voit, et ânes, v. p. 397) et de là en bakque (1 h. 1 fr. à 1 fr. 50; faire prix), de préférence le matin, de 9 h. à 11 h., en contournant à l'E. la côte déchiquetée et les caps de Taormine et de St- André, surtout pour aller voir les quatre belles grottes. On peut continuer en barque jusqu'au cap S. Alessio (p. 395; 3 h. env. à partir de Giardini) et revenir par le train; cependant la promenade en voiture, sur la grand'route qui borde la mer, est de beaucoup préférable (env. lOkil.; voit., p. 397, aller et retour 3 à 4 h.).
Une PROMENADE A MoLA est aussi très intéressante: 1 h. de montée exposée au soleil dans la matinée; guide inutile; chemin pierreux; âne, v. p. 397. On tourne à g., à l'intérieur de la ville, à la Porta Messina (p. 400), dans la direction d'une fontaine, puis on prend à dr. de celle-ci pour longer l'aqueduc, passer sous une arcade, à côté d'un couvent de capucins transformé en orphelinat, monter à g. (degrés) 4 min. plus tard près d'un petit regard à porte de fer ornée de chérubins, et continuer jusqu'au col entre le château et Mola. Un autre chemin montant immédiatement à la sortie de la Porta Catania (p. 400), rejoint au col celui qui vient d'être décrit et celui qui passe à l'ermitage (v. ci-dessous). De là, ou gagne par de courts lacets la grande dépression derrière Mola, puis on monte dans la direction du S. Le village de Mola (450 m.; café, près de la terrasse-belvédère), bâti sur un rocher escarpé, offre une vue grandiose, surtout des ruines du château (entrée, 40 c). On redescend d'abord par le même chemin, puis on tourne à dr. au bout d'env. 20 min., veis la croupe qui descend à dr. à la Fiumara délia Décima et à g. au Torrente di Fontana Vecchia, et l'on monte à g. un peu avant l'ermitage de la Madonna délia Rocea, pour arriver au château de Taormine (398 m.) on il y a toujours quelqu'un dans la saison (sinon, clef chez le gardien du théâtre), La vue n'est guère moins belle que celle de Mola. On redescendra ensuite par un sentier en lacets près de l'ermitage.
On voit aussi très bien de la citadelle l'emplacement où Théoclès de Chalcis établit, en 735, la plus ancienne colonie grecque de Sicile, Naxos, située sur le promontoire entre l'embouchure de l'Alcantara et la baie de Giardini. Aujourd'hui, c'est un grand champ de limoniers, dont le propriétaire demeure à Schi.sô, dans la maison surmontée d'une tour qui est sur la côte. L'autel d'Apollon Archagète, protecteur des colons, sur lequel les Grrecs de Sicile avaient coutume d'offrir un sacrifice avant de partir pour les fêtes helléniques, se trouvait entre la rivière et la ville de Taormine. Naxos, soumise avant 490 par Hippocrate de Gela, privée par Hiéron de Syracuse de ses habitants, qui durent aller repeupler Léontiura (476), reconquit plus tard sa liberté après le rétablissement de la démocratie à Syracuse^ et se déclara pour Athènes; le général Nicias y eut ses quartiers d'hiver en 415-414. Denys b détruisit en 403.
L'ascension du mont Venere (884 m.; âne, v. p. 397) demande 5 à 6 h. aller et retour, et peut se faire commodément en un jour, en même temps que l'excursion à Mola. A l'endroit où le chemin de Mola monte finalement vers le S. sur le rocher (v. ci-dessus), il
402 m- fi- as. TAORMINK. Jànviroiis.
laut ipour le mont Veuore (encore 1 h. '/a tic montée) prendre à dr. (N.-O.), suivre le mur du cimetière et rester sur le chcniiu rocailleux qui longe la crête en serpentant, ilafraîchissements au petit café du Mont-Venere à '/j h. au-dessous du sommet (chemin cavalier jusque-là). Du sommet (20 c), vue étendue sur la nier et du côté de l'île, sur la vallée de l'Alcantara (v. ci-dessous), Castiglione, liandazzo, etc. On repartira de bonne heure pour ne pas être surpris en route par l'obscurité.
Uue excursion au mont Ziretlo (700 m. env.) est moins longue: le cliouiiu continue tout droit à 4 min. au delà du couvent des capucins (p. 401), et descend d'abord en passant h. g., 7 min. plus loin, au petit café Fontana Vecchia (entrée, 25 c), dans la vallée du torrent de ce nom; il croise ensuite, 20 min. plus tard, le ruisseau qui coule au fond de la gorge, tourne brusquement à g., 12 min. après, avant la maison construite sur une saillie et monte enfin le long du versant S.-O. du mont Ziretto au col entre ce dernier et le mont Vonere; de là, encore 20 min. jusqu'au sommet. On peut redescendre vers l'O. et rentrer à Taormine en passant au-dessous de Mola.
Plusieurs mauvais sentiers conduisent au Sifone, grotte d'où jaillit une source de la Fiumara della Décima (aller et retour en 2 & 3 h. ; v. la petite carte).
Pour le cas où l'on prolongerait son séjour, on n'aurait que l'embarras du choix pour d'autres excursions intéressantes. Les bons marcheurs s'eu iront p. ex. au PostoUone en descendant de S. Panorazio sur la grand' route qu'ils suivront à g. jusqu'à la station de Lctoianni (p. 39(5) pour remonter, au delà, le torrent du même nom. Au bout d'env. 2 h. '/g» ou arrive à la grotte et à la cascade de Postolione. Puis on gravit par un sentier en escalier la pente de la cascade et l'ou atteint le sommet, d'où la vue embrasse d'un côté la mer, do l'autre la haute vallée fermée à l'arricre-plan par le mont C.ilfo et occupée par les deux villages de Meliu et de Mongiiiffi. On y va sans monter davantage et, au besoin, on trouvera un gîte chez le syndic. Au-dessus de la cascade, on prend à g. pour redescendre à Taormine, après avoir franchi deux vallées latérales profondément encaissées de la Fiumara di Letoianni et traversé la contrée qui s'étend entre le mont Ziretto et le mont Venere. — Ou pourra égalemeut faire en 2 h. et pour le prix de 8 à 10 fr. une jolie promenade on voit, à PiediiHoutc (p. 405) sur le chem. de fer de ceinture de l'Etna, en franchissant la rivière d'Alcautara et en passant au-dessous de Calatabiauo. — De Griardini; une route intéressiinte remonte la vallée de l'Alcantara par (ttkil.) Kayyi, {22 ki\.) Francavitta di Sicilia (simple auberge; dilig. jusqu'ici eu 3 h. de Giardini, prix 2 fr. 50), d'où l'on jouit d'une vue superbe sur l'Etna, et (32 kil.) Moio (p. 405) pour tinir à (iO kil.) Jioccella l'^aldemone, localité perchée sur uue colline de 818 m. d'alt. et présentant les restes d'un château barounial et, dans la Madrechiesa, uue grande Naissance du Christ par les Gagini. De Francavilla, où les Impériaux battirent les Espagnols en 1719 et les forcèrent de céder la Sicile à l'Autriche (1720-1733), une route franchit l'Alcantara et conduit à Castiglione (p. 405) situé à 4 kil. au sud.
Ligne ue Catane (suite). -Vu delà de Giardini, la voie ferrée traverse la contrée envahie par les coulées di lave de l'Utna. Sur le premier de ces torrents, au N., s'élève le <•■ château» de Schmi, à l'endroit on était située Na.\os(v. p. 401). — 52k\\. Alcantara, immédiatement en deçà de VAlcanfara, VAcési/iès des anciens. AKantara ou plutôt el-Kanfara est un mot arabe qui signifie «le pont».
De Messine à Cafane. ACIREALE. HI- R- 35. 403
Plus loin en amont, la rivière alimente une usine électr. qui produit une énergie de 7000 chev.-vap. et fournit, avec celle de Cassibile (p. 374; 3000 chev.), par une conduite de 250 kil., la force nécessaire à toutes les localités de la côte orient, de la Sicile. — 54 kil. Calatàbiano, stat. pour la petite ville de ce nom, située sur la hauteur à dr. La contrée est infectée par la malaria. Le torrent de lave, qui se jetait ici dans la mer et sur lequel s'élève auj. la colline de Calatàbiano avec son château, empêcha le général carthaginois Himilcon de marcher directement sur Syracuse en 396 av. J.-C., après la destruction de Messine, et le força de tourner la montagne au N. (v. p. 405). aujourd'hui, la route de Catane par Piedimonte, Randazzo et Adernô (R. 36) prend encore au même endroit, près de (57 kil.) Fimnefreddo. Ensuite on traverse les champs fertiles de (63 kil.) Mascali. — 65 kil. Giarre- Riposta, point de jonction de la ligne de l'Etna (R. 36).
Giarre (buffet; Alb. Venezia) est une ville de 13592 hab. — Riposto (hôt. Patria, assez bon, faire prix), ville de 8171 hab., à g. au bord de la mer, fait un commerce de vins très actif. — On peut se rendre de Giarre à dos de mulet, en 5 h., aux cratères d'éruption de 1865 et à la Valle del Bove (v. p. 423).
Au-dessus du hameau de S. Alflo, à 7 kil. de G-iarre, sur le flanc de l'Etna, sont les restes insignifiants du châtaignier gigantesque de Cento Cavalli.
70 kil. Carruba. ■ — 74 kil. Mangano. La voie traverse des champs de lave. Belles vues sur l'Etna et la mer. Trois tunnels près l'un de l'autre et un quatrième plus loin.
81 kil. Acireale (161m.; Grand-Hôtel, non loin de la gare, ch. 2 fr. à 3.50, rep. 1.50, 2.50 et 5, p. 8.50 à 10.50, diversement apprécié), en sicilien lad, ville riche de 26 638 hab., presque entièrement reconstruite après le tremblement de terre de 1693, repose sur différents torrents de lave. Son climat est préférable à celui de Catane. A g. de la gare, un grand établissement de bains, dit Terme di S. Venera, permet d'en utiliser les eaux thermales sulfureuses, chlorurées-sodiques et iodurées (bain d'eau minérale, 2 fr. ; bain de vapeur, 2 fr. 50). Les sources, le Pozzo di S. Venera, avec restes de bains romains, se trouvent à ^/^ d'h. de distance. Très belle vue sur l'Etna et la côte des beaux jardins de l'établissement et de la Villa Belvédère (giardino pubblico), située à 25 min. de la gare, au N. de la ville. L'église S. Sebastiano, sur la place, a une charmante façade de style baroque.
Les géologues et même les touristes pourront faire des excursions intéressantes à pied ou en voit, à Valverde, Viagrande, Trecastagni et Blandano, endroits situés sur le versant de l'Etna et entourés d'une végétation luxuriante (v. la carte, p. 414). Acireale est le théâtre du mythe de la belle nymphe Galatée et de son amant Acis, écrasé sous un rocher par son rival Polyphème et changé en
404 Itl- li- S5. AGI CASTELLO. ^« Messine rt. Catane.
ruisseau par la nymphe, mythe que chantèrent ïhéocrite et Ovide (Métam., xiii). Un chemin escarpé, la Scalazza, descend à l'embouchure de VAcis.
Jolios excursions, à l'O., il Nicolosi (p. 420; voit, à 1 chev., 15 f r. ;
- h. ^/4 pour ralliT, 2 h. pour le retour) par S. Antonio, où se trouve le palais et le lieau jardin du prince Carcaoi, et par Trecastagni (p. 42:î) ; et à Catane, au S., par la route (voit., 12 fr.). — Jolie promenade aussi, en barque le long de la côte, jusqu'aux îles des Cyclopes (v. ci-dessous).
Le chemin de fer se rapproche ensuite de la mer. Un peu avant d'atteindre Aci Castello, on remarque à g., dans la mer, les sept îles des Cyclopes, Scogli de' C'icl<^pi ou Faraglioid, rochers que Polyphème aveuglé lança contre Ulysse. Le plus beau de ces rochers, qui s'élève au S. de la pins grande île, VIsolad'Aci, a près de 70 ni. de haut et env. 700 ni. de circonférence; il se compose de colonnes de basalte entremêlé de beaux cristaux, et est recouvert d'une couche calcaire renfermant de nombreux coquillages fossiles. La côte s'est encore exhaussée à cet endroit d'env. 14 m. dans les temps modernes. C'est près de là que le général carthaginois Magon battit, en 396, la flotte syracusaine commandée par Leptine.
88 kil. Aci Castello, avec les ruines pittoresques d'un château (un enfant appelle le gardien) dans lequel les partisans de Roger Loria se défendirent, en 1297, contre Frédéric II et Artale Aragona.
— 89 kil. Cannizzaro. Ensuite on contourne la baie A'Ogninn, qui passe pour être le portus Ulixis décrit par Virgile (En., m, 570) et comblé au xv* s. par un torrent de lave. Enfin, à droite,
95 kil. Catane (p. 408).