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ROUTE 16] SAN GIMIGNANO. — SIENNE

La roule court à niveau sur un plateau cultivé.

10 k. Petite cçlise de le Grazie, ou l'on croise une route qui conduit à g. à Quarto ja, à dr., à San Gimignano (V.

ci-dessus) .

11 k. 5. Campiglia. —La route descend dans la vallée du Foci qu'elle traverse pour remonter sur le versant 0. et atteindre un autre plateau. — A dr. on aperçoit San Giinignauo. -- Montées et descentes. — Le pays devient boisé. — Un monte.

17 kil. 5 Caslel San Gimignano, sur une éminence (vue très étendue). — ; On se dirige vers le Monte Miccioli (471 met.), hauteur boisée couronnée par une tour en ruine (elle est littéralement fendue en deux). On monte à travers des chênes verts et l'on passe au pied de la tour (à g.).

20 k. On atteint une crête, où l'on rejoint à g., la route de Casole d'Eisa et d'où l'on découvre une vue étendue à l'E. et à rO. — La route continue à monter en inclinant au N.-O.

-21 k. (2 h. 10). Fin de la montée. On est dominé à dr. par un sommet dénudé. En face de soi on aperçoit Volterra et tout un horizon de montagnes.

Laissant à dr. la route de San Gimignano, la route de Volterra tantôt suit des arêtes, tantôt descend, remonte en décrivant de grands contours, à travers cette contrée étraiigement mamelonnée qui entoure Volterra. On traverse une dernière arête pour monter à

29 k. 1/2 Roncolla, petit ham. à 345 met., où l'on remarque à dr. une villa avec façade «eculptée dans le style du xvni° s. — La route gravit, d'abord par une pente raide puis par une pente plus douce, le flanc S. de la colline qui porte

52 k. Volterra (R. 21).]

Au delà de Poggibonsi, le chemin de fer entre dans la vallée de la Staggia, traverse un petit tunnel et fraochit un vallon sur un viaduc de 10 arches. — À dr., château en ruine. — Le pays devient boisé et accidenté.

— On franchit quatre fois la Staggia.

— A dr., se montrent plusieurs châteaux en ruine. — On traverse par un assez long tunnel la montagne de San Dalmazzo,

96 kil. Sienne. — De la gare (voitures et omnibus) une rampe monte à la ville.

SIENNE

Sienne* (en latin Sena Jnlia^ en ital. Siena), V. de 24 000 hab., très [)ittoresquement située à 504 met.

d'alt., est une des villes les plus intéressantes de l'Italie.

Le plan de la ville a la figure d'une étoile à trois pointes, rayonnant d'une place centrale, place Viitorio-Emanuele (ancienne place del Campo), des plus singulières, et qui, par l'aspect de ses monuments, transporte la pensée au milieu des scènes et des luttes ardentes de la vie municipale au moyen âge 2. Cette disposition triangulaire vient probablement de ce que Sienne, dans le principe, fut divisée en trois quartiers {Terzi). Elle est assise sur trois petites collines, plus hautes que celles du voisinage. Elle doit à sa situation élevée de jouir d'un air dont on vante la salubrité.

Les températures extrêmes sont :

— 9%9 G. et + o7%8 ; la moyenne est de + 15%8. Mais cette position la privant de cours d'eau qui la traverse et de bons puits, il a été pourvu à ce manque d'eau au moyen de galeries souterraines {Bottini), traversant la ville en tous sens et ayant une étendue de 25 kil. A cause de la porosité du tuf sur lequel est bâtie Sienne, l'eau de pluie s'y écoule par filtration. Le plus ancien de ces bottini remonte à 1195.

Les rues, montant et descendant sans cesse, sont pavées, les unes de grandes dalles bien jointoyées, les autres de briques posées de champ.

Quelques petites ruelles ont une pente

1. On lira avec intérêt les livraisons du Tour du Monde (1892) que M. Eugène Mûntz a consacrées à la vilie de Sienne. Paris Ilachclle et Cie.

2. On dit que cette place était guelfe ; tous ses grands édilices ont été élevés après la chute des Gibelins.

rapide, on les appelle Costarelle (petites côtes). Sur plusieurs places on remarque une colonne surmontée d'une louve, armes de Sienne.

(( Les palais de Sienne offrent une grande unité, malgré la diversité des matériaux mis en œuvre. L'absence des saillies, tel en est le trait distinctif ; ni colonnes, ni frontons, ni balcons ; rarement même des pilastres. Les ornements en terre cuite qui enrichissent les palais de la Haute Italie font également défaut. Pour toute parure, des bossages à la florentine et des porte-torches. A peine si des volets peints en vert relèvent la nudité des façades. Et cependant quelle fierté dans ces lignes en apparence si simples ! )) (E. Miintz.)

On vante la beauté des femmes de Sienne. La célèbre Roxelane, femme de Soliman II, appartenait à la noble famille siennoise des Marsili.

Histoire.

On ne connaît pas bien l'origine de Sienne ; Ptine et Tacite en parlent comme u une des 28 colonies établies en Italie au temps d'Auguste. Quoique placée au cœur de la Toscane, elle ne possède auc.m vestige d'antiquité étrusque. Ce n'est qu'au moyen âge qu'elle a acquis de la célébrité, comme une des républiques indépendantes de l'Italie, et comme la rivale la plus redoutable de Pise et de Florence. — C'est an xii^ s. qu'elle se constitua en république. Ses consuls «'iaient nommés pour un an. Leurs d soendants étaient nobles; et cette distinction fut le principe d'une division funeste. Les consuls sont romJacés en 1212 par une autre magistrature. — Pendant les luttes entre le sacerdoce et l'Empire qui désolèrent l'Italie, Sienne resta fidèle au parti de l'Empereur.

Aussi accueillit-elle, m 1258, Farinata degli Uberti et ses adhérents quand ils furent exilés de Florence. En 1260, les Siennois et les réfugiés florentins, aidés par Manfred, roi de Naples, remportèrent sur l'armée guelfe de Florence la grande bataille de Monte Aperto (à 8 kil. de Sienne), si désastreuse pour Florence. Mais les rivalités entre les

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classes, celles entre les familles puissantes (Malavolti, Tolomei, Piccolomini, Salimbeni), et les troubles excités par les bannis, étaient des causes incessantes de luttes intestines. — En 1301, la population était de 70 000 hab. — En 1548, la ville fut dépeuplée par la peste

En 1355, Sienne proclame son seigneur l'empereur Charles IV, descendu en Italie; mais il ne peut réussir à apaiser les divisions entre le peuple et les nobles. Le gouvernement est plusieurs fois modifié, tantôt dans le sens aristocratique, tantôt dans le sens démocratique. L'empereur Charles IV, avec ses soldats, est chassé de Sienne, et peu s'en faut qu'il ne soit massacré. A la suite de discordes civiles fomentées par les Florentins et favorisées par la division de la cité en cinq factions : des gentilshommes, des neuf, des douze, des réformateurs et du peuple, une guerre acharnée éclate entre Sienne et Florence.

En 1399, la république de Sienne, épuisée, conclut un marché des plus honteux en déférant la souveraineté à Jean Galéas Visconti, duc de Milan; elle reprend à sa mort (1402) la liberté qu'elle avait aliénée; mais elle ne s'en sert que pour se j( ter dans une suite de séditions et de luttes intestines, provoquées par les divisions des ordres. Pa7idolfo Petrucci, rentré en libérateur, en 1487, devient gouverneur de Sienne; Machiavel le cite comme le vrai type des usurpateurs artificieux; il gouverne avec habileté au milieu des dangers dont le menaçaient les Florentins, ou César Borgia, ou le roi Louis XIL — En 1510, Machiavel vint, comme ambassadeur florentin, réclamer Montepulciano, qui fut restitué à Florence. — Petrucci mourut en 1512. Le parti populaire reprit encore une fois le dessus ; mais la discorde éclata de nouveau. Sienne fut vendue 30 000 ducats par l'empereur Maximilien à Jules II. La république traversa encore des crises terribles, un régime de terreur et de proscrif)tions en masse. Son agonie se prolongea avec des alternatives d'affaissement et de convulsions bien avant dans le xvi^ s., jusqu'à l'établissement définitif du despotisme. — Au milieu de tant d'oscillations et de désastres, on ne saurait trop admirer que le génie des arts ait conti-

[route 16] SIENNE : — HISTOIRE DE L'ART.

nue à produire des œuvres remarquables pour l'embellissement de la cité. — Les Français et les Espagnols furent tour à tour les maîtres de Sienne. En 1554, Cosme l" de Médicis essaya de s'emparer, au nom de rempercur Charles-Quint, de la ville défendue par Pierre Strozzi, lieutenant du roi de France en Italie, et qui brûlait de venger sur les Médicis le sang de son père. Strozzi fut bientôt battu en bataille rangée. Biaise de Montluc, commandant au nom de Henri II, s'enferme dans Sienne avec quelques Français (V. les Commentaires de Biaise de Montluc). La malheureuse ville, malgré l'héroïsme de ses habitants, pressée par la famine, dut se rendre à Cosme P"", le 17 avril 1555.

Les troupes impériales y entrèrent. Biaise de Montluc sortit avec les bonneurs de la guerre; un certain nombre d'habitants sortirent avec lui.

Par un traité de 1557, Philippe II céda l'État de Sienne à Cosme I", qui en avait fait la conquête à ses frais. La population de Sienne tomba alors de 40 000 habitants à 6 000 seulement. A dater de cette époque, Sienne, ayant perdu son indépendance, est restée réunie à la Toscane.

Sienne a vu naître, au xiv^ s., saint Bernard Tolomei, le fondateur de l'ordre des Olivétains, et 67e Catherine (1347- 1580);auxv'^s.,5/5grnrt?-rfm(1380-1444), le réformateur de l'ordre de St-François et le fondateur de l'ordre de l'Observance. En outre elle a donné le jour à six papes (Alexandre III, Pie II, Pie III, Paul V Borghèse et Alexandre VII, Chigi), non compris Grégoire YII, le fameux Hildebrand, né dans la province à Soana.

Histoire de l'art.

Longtemps on a cru, sur la foi de Vasnri, qu'à Florence >eule appartenait la gloire d'avoir régénéré la peinture ; une critique plus approfondie u fait, dans les de; niers temps, une plus large part à la république de Sienne. Ici, comme pour d'autres villes d'Italie au moyen âge, l'essor du génie artistique coïncide avec le dévtdoppement de la liberté politique. L'admirable chaire du Dôme, exécutée par ?sicoias de Pise, éveilla le génie des sculpteurs siennois. De même, la façade de cette église, élevée en 1284

par son fils Giovanni, communiqua une impulsion à l'architecture.

Architecture. — Un des habiles architectes siennois de cctt^ époque est Lorenzo Maitani, qui donna le dessin de la cathédrale d'Orvieto (1290). On nomme aussi G?'oi;a?în/ da Stefano, qui, de 1573 à 1375, fut architecte en chef de la cathédrale d'Orvieto ; Ansano di Matteo, qui le fut également de 1407 à 1425, etc. Le plus grand architecte siennois est Baldassare Peruzzi (1481-1537), un des artistes les plus célèbres de l'Italie (F. Rome : Palais Massimi).

Sculpture. — Après les artistes des premiers temps [rino di Camaino, •\'['^7)9,Agoslino di Giovanni et Agnolo di Ventura] nous nommerons d'abord Jacopo délia Quercia (1371-1438), un des plus grands sculpteurs de son temps, l'énmle de Ghiberti et de Donatello « dont le style forme un compromis entre le style gothique et la Renaissance » (Mùntz). Il se vit obligé de quitter Sienne, sa patrie, par suite du bannissement de son protecteur Malavolti, qui avait combattu les serviles résolutions des Siennois, appelant la tyrannie de Yisconti. Rio considère Jacopo délia Quercia (F. San Petronio, à Bologne) comme le précurseur de Michel-Ange pour la représentation des sujets bibliques, comme Gliiberti fut celui de Raphaël. — Lgrenzo del Vecchietta (1402-1482) fut plus célèbre comme sculpteur que comme peintre (tabernacle du Dôme de Sienne). — En général les architectes et les sculpteurs ont Iravaillé dans l'esprit de l'école de Pise, d'où ils étaient sortis. — Auxix^s,, nous mentionnerons le staluaire G/ovanni Bupré {{'^MA^^I).

Peinture. — Lanzi caractérise amsi l'école de Sietme : « Une école riante au milieu d'un peuple toujours gai, tel est le spectacle que présente l'école siennoise. » Si elle n'atteint pas à la pureté de dessin de l'école florentine, elle l'emporte sur elle par le sentiment et l'expression. La série de ses peintres commence à Guido, qui travailla jusque dans les premières années du xui^s. Il ne reste de lui que la Madone de l'église San Domenico, ouvrage qui a été pendant un temps considéré comme un titrô décisif de l'antériorité de l'école de Sienne sur celle de Florence. On a également conservé les noms des peintres

Mino et Guarnieri Nezi, frères de Guido, et à'Ugolino (fils de Guarnieri), qui resta fidèle jusqu'à sa mort (1349) à la manière archaïque, malgré les exemples du style nouveau. A ces époques primitives, l'école de Sienne rivalise avec celle de Florence. — Un rare talent de la même époque, le seul rival à opposer peut-être à Giolto, est Duccio di Biioninsegna, qui peut être regardé comme le père de l'école siennoise. On est frappé de l'ordonnance de ses compositions, de la vérité et du style de ses figures (Opéra del Duomo). Un très petit nomlare de ses ouvrages ont survécu, mais ils' suffisent pour donner la mesure de son talent. On voit déjà apparaître, chez lui, le sentiment et la forme de l'art itahen. Ceux qui viennent ix\irès, Segiia di Buoninsegiia et les frères Pietro et Ambrogio di Martino (dit par erreur :

Lorenzeiti), d^]OViieni quelques qualités nouvelles, mais restent fidèles à sa manière.

Simonne Memmi (1285-? j- ^5^^) et Lippo Memmi, son beau-frère, furent les premiers imitateurs de Giotto. Simone Memmi est supplanté, à Sienne, par son rival Ambrogio Lorenzetti^ que Ghiberti considère comme lui étant supérieur. Une grande partie de ses ouvrages et de ceux de son frère, Pietro Laurati (V. Campo Santo), ont péri.

Ambrogio Lorenzetti est le dernier représentant de la grande école siennoise, au moment où la peste de 4348 va étendre ses ravages sur la ville. Pendant la dernière moitié du xiv^ s., les artistes figurent plus ou moins activement dans les révolutions qui ensanglantent la république. A la môme époque, les peintres forment, à Sienne, une corporation civile, et ils fournissent quelquefois des magistrats à la république. C'est ainsi qu Andréa di Vaiini fut tour à tour magistrat (1368) et ambassadeur de la république. Ste Catherine de Sienne, dans une de ses lettres, donne à ce maître de l'école siennoise d'excellentes directions sur la science du gouvernenient. — Un des plus grands maîtres de cette époque, qui semble avoir cherché à San Gimignano, où il mourut vers 1381, un refuge contre la tourmente révolutionnaire qui agitait Sienne, fut Berna (Barna, selon Ghiberti). Ses nombreux ouvrages ont péri ; mais ses fresques de San Gimignano, et surtout celles d'Ascia-

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no, mieux conservées, sont, sous le rapport du sentiment et de la grâce, audessus de son siècle et de son école. — Sous l'influence délétère des dissensions politiques et des malheurs de Sienne, l'école est frappée de décadence pendant la première moftié du xv^ s. — Parmi les peintres médiocres du temps, on distingua cependant des artistes de talent, tels que Taddeo di Bartolo (1363-1422), que Yasari fait à tort fils de Bartolo ai Fredi [V. Institut des Beaux-Arts et San Gimignano), et Domenicodi Bartoli, un des premiers peintres siennois de son temps ; il mourut vers 1449 (F. Hôpital). — Dans le cours du xv^ s., l'école de Sienne, malgré ses efforts pour marcher de pair avec l'école de Florence, reste en arrière. Parmi les peintres renommés à cette époque, il faut citer Giovanni di Paolo, Lorenzo del Vecchietta (célèbre surtout comme sculpteur), Matteo di Giovanni et Ansano ou Sano di Pietro (f 1483), que ne nomme pas Yasari, et qui eut une immense popularité comme peintre de madones ; il se rapproche du sentiment de Fra Angelico.

Pinturicchio fait de Sienne sa patrie adoptive (F. Dôme : Libreria). Giacomo Pacchiarotii (1474-1540) aurait pu devenir un grand peintre, mais il mania le glaive plus souvent que le pinceau.

En 1539, il fut banni à perpétuité avec promesse d'impunité à celui qui le tuerait. (Pour ses œuvres, F. Institut des Beaux-Arts, Carminé, etc.) — On a confondu avec lui Girolamo del Pacchia ou Pacchiarotii (1477), qui lui fut bien supérieur, et a été, par suite de cette erreur, privé jusqu'à nos jours de la juste renommée qui devait lui appartenir (F. Institut des Beaux-Arts, San Spirito^ etc.). — Giovannantonio de Bazzi (1474-1549) est connu sous le sobriquet injurieux de Sodoma. On prétend que, dans une intention épigram^matique à l'adresse des Florentins de son temps^ il fit un jour crier publiquement ce nom par les enfants, comme étant celui de son cheval, vainqueur à la course. Quoique né à Verceil (Piémont), il vécut à Sienne et y acquit le droit de bourgeoisie; Yasari dit à tort qu'il y mourut à l'hôpital. C'est le plus grand peintre de Técole siennoise, et en même temps un des grands artistes de l'Italie, dont le nom n'est pas aussi

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