VII. — Saint-Pierre, le Vatican et la cité Léonine
C'est presque toujours par le pont Saint-Ange [V. ci-dessous) que l'on passe pour se rendre du centre de Rome à Saint-Pierre. Lorsque le pont Vittorio Emanuele sera achevé il servira à réunir plus directement la place de Venise à celle de Saint-Pierre, mais ce sera toujours par le pont Saint- Ange que l'on passera si Ton vient du Corso, de la place Colonna, etc.
Le pont Saint-Ange {ponte SanC Angelo; PI. C, 5) s'appelait du temps des Romains pons JElim, d'un des noms de l'empereur Adrien qui le bâtit en 156 vis-à-vis de son mausolée. Par son antiquité et par la richesse de sa décoration c'est le plus intéressant des ponts de Rome. A l'époque du jubilé de 1450, il y eut une telle foule sur ce pont que les parapets cédèrent, et que 172 personnes furent noyées. Le pont fut réparé et, en 1530, Clément VU érigea, à Fentret!
(du côté de la ville) et h la place de deux petites chapelles, les statues de St Pierre et de St Paul (par Lorenzetto et par Paolo Romano), Au xvip s., il fut mis par le Bernin dans l'état actuel et décoré de dix statues colossales d'anges, conçues dans le plus mauvais goût de cette époque.
— De ce pont (restauré en 1892-95), on a une belle vue sur le Pincio et la villa Médicis à l'E.
Le pont aboutit en face du château Saint- Ange (Cas/e/ Sanf Angelo), le célèbre Mausolée d'Adrien (Moles Hadriani;P[. iA) que cet empereur fit ériger pour lui et ses successeurs et qui fut achevé en 159 ou 140, par Antonin le Pieux.
Adrien voulut que ce mausolée surpassât cû magiiificetice tout ce qu'il avait vu. Il devint aussi le tombeau desAntonins et de leurs successeurs jusqu'à Sep-
time Sévèi'c. Use compose d'une rotonde sur un soubassement massif. La partie supérieure est moderne. Les murailles sont d'une épaisseur extraordinaire.
L'entablement était surmonté de statues (le superbe Faune Barberini, actuellement à Munich, le Faune dansant, de Florence, en taisaient partie). Sur le sommet s'élevait la statue colossale d'Adrien, dont la tête est au musée du Vatican.
Ce mausolée se conserva inlact jusqu'en 557. Les Grecs, en s'y défendant contre les Gotbs de Vitigès, lancèrent les statues contre les assaillants. Suivant la légende, St Grégoire le Grand, pendant une procession pour obtenir la cessation de la peste, vit au sommet du mausolée l'archange St Michel remettant son épce dans le fourreau, ce qui lit donner au monument le nom du Château Saint-Ange. Au moyen âge, il lut démantelé et ruiné. En 025, la célèbre Marozia, qui l'habitait, y fit étoutïer le j)ape Jean X. Crescentius, neveu de Mnrozia, y fit étrangler lepape Benoît YL En 1499, Alexandre VI en augmenta les fortifications et le fit communiquer avec le Vatican par un passage pratiqué dans les murs de la cité Léonine. C'est pnr là que Clément VII put chercher un refuge quand il soutint, en 1527, le siège du connétable de Bourbon, qui y fut tué d'un coup d'arquebuse dont s'e?t vanté Benvenulo Cellini. En 1020, Urbain VIII fit compléter la défense du château par (les travaux extérieurs. L'intérieur a été déblayé en 1825. etplus tard, sous Pie IX, les ouvrages de défense avaient été aug-^ mentes, mais, après 1870, la château cessa d'être une forteresse et une prison, et devint un simple quartier pour les troupes d'artillerie et du génie.
On entre dans le château (visible t. 1. j.) par une porte moderne, bâtie par Pie IV et reconstruite par Urbain VIII. Dans la cour, en face du pont, on peut encore voir l'ancienne enirée du mausolée, découverte en 18*25 et murée depuis, et d'où une rampe douce, montant en spirale, conduisait, en contournant le moimmcnt, à la chambre sépulcrale, vide aujourd'hui et oii il ne reste plus
ghatp:au saint-ange.
nue les niches dans lesquelles étaient déposées les urnes.
Un escalier moderne monte auxolages supérieui-s ; il est décoré de la statue en marbre de St Michel par Raffaello da Montelvpo (la tète est antique), qui se trouvait jadis au sommet du château. On visite successivement : — hi gi'ande salle, dite de Paul III, décorée d'arabesque-; et peinte à fresque par Pierino del Vaga; — le cabinet du bain (fresques très endomma«ïées de Jules Romain); le cachot où auraient été emprisonnées Béatrice Genci et sa belle-mère (F. jralerie Barberini) : — le prétendu cachot de Bcnvenulo Cellini etceluide Cagliostro; __ des oubliettes, cachots voûtés dans lesquels on descendait par en haut les condamnés; les Français y ont fait pratiquer des portes. — Dans une rotonde supérieure, fermée par de doubles portes, on voit un énorme colTre où Sixte-Quint conservait son trésor. Autour de la salle sont des armoires où étaient disposées les archives secrètes. — Enfin on arrive sur la plate-forme, dominée par la statue colossale en bronze de St MieheL modelée par Verschaffelt et que Benoît XIY fit ériger à la place d'une statue en marbre par Raffaello da Montelupo. La vue est très belle surtout du côté du Vatican.
En sortant du château on laisse à g. leLungo TevereCastello et le nouveau quartier des Prati di Castello (PI. G, D, 2 et 3) où un vaste Palais de Justice est en construction (devant monument de Cavour, par Galletti, 1893) ; ce quartier est relié au centre de la ville par deux ponts modernes :
le pont Umberto Primo (V\. D, 3), construit par la société de Fives-Lille et qui s'ouvre en face du pnbis de justice : — le beau pont Margherita (PI. D, 2), qui conduit de la place délia Libéria au Lungo Tevere in Augusta et a la place du Peuple.
A dr. du château Saint-Ange est la place del Plebiscito yadis Pia), ornée d'une fontaine et d'où parlent quatre rues dans la direction derO.Ici commence le Boryo ou cité Léonine, (dont l'origine et le nom remontent au, pontificat de Léon IV, en 852.
La rue à g., vers le Tibrej on Borgo
San Spirito, passe devant le grand hôpital de San Spirito (à g. ; 1500 lifs env.), fondé par Innocent 1I[, rebâti sous Sixte IV (1471) par Meo délia Caprina, et un des plus importants édifices du commencement de la Renaissance à Rome: on passif ensuite devant V église de San Spirito in Sassia (beau clocher du commencement de la Renaissance rappelant ceux du moyen âge) ; plus loin la rue prend le nom de Borgo San Michèle et aboutit à Saint-Pierre (F. ci-dessous).
Les deux rues à g. et à dr. de la fontaine conduisent directement de la place del Plebiscito à la place de Saint-Pierre. On suivra de préférence celle de dr., le Borgo Nuovo, dans laquelle se trouve, à dr., V église de Santa Maria Traspontina, du xvii'^ s.
On arrive ensuite à la petite place Scossacavalli, dont le centre est orné d'une jolie fontaine. A dr. est le palaîs Giraud (aujourd'hui Torlonia, p. 482). — Sur le côté E. de la place, Véglise de San Giacomo Scossacavalli doit son nom à une légende pieuse.
L'impératrice Hélène , mère de Gonstantin, avait envoyé à Rome quelques reliques précieuses (la pierre sur laquelle J.-G. fut circoncis ; la table de marbre qui avait été préparée pour le sacrifice d'isaac. etc.), avec l'ordre de les placer dans Saint-Pierre ; mais, quand le char c|ui les portait passa devant Saint-Jacques, il fut arrêté par une main invisible, et les chevaux presque renversés du contrecoup. De là le nom de Scossacavalli donné à Saint- Jacques, qui eut les reliques.
En face du palais Giraud est le palais des Pénitenciers (p. 483) et, en face de San (liacomo, le palais des CoHVotendi (beau balcon h l'angle de la place et du Borgo Nuovo), qui occupe l'emplacement du palais bâti par Bramante, dans lequel mourut Raphaël le 0 a vri M 520.
Plus loin, dans le Borgp Niiovo; a
dr. (n"" 101), est un peiii palais, bâti, pour Jacques Bresciani, médecin de LéonX, par 5a/d. Peruzzi [ou, dit- ou, par Raphaël) ; des remaniements récents en ont altéré Faspect primitif.
On atteint la place Rusticucci qui sert, en quelque manière, de vestibule à la place de Saint Pierre. Pour la description de la place et de la basilique de Saint-Pierre, V. p. 404.
A g. de la colonnade, vers la Basilique est la rue delta Sacristia. On y arrive aussi par l'arcade à g. de la façade de Saint-Pierre, qui débouche sur une petite place où se trouvent, à g., V hospice des Allemands et des Flamands et le petit cimetière des Allemands avec l'inscription " Teutones in pace'\ C'est, dit-on, le plus ancien cimetière chrétien de Rome, dont la création remonterait à Constantin et qui aurait été rempli de terre du mont Calvaire: depuis 1779 il a été réservé par Pie Vil à la sépulture des Allemands.
On passe sous les voûtes qui réunissent la sacristie de Saint-Pierre à réglise et l'on débouche sur la place délia Sacristia (rédifice isolé à g.
est le palais de rArchiprêtre ; derrière est \e Séminaire): on contourne
la partie postérieure de la Basilique (à g., petites églises de Santa Marta et de San Stefano degli Abissini, avec porte du moyen âge et renfermant plusieurs sépultures avec des inscriptions en arabe et en amarique) et, par la rue délie Fondamenta, qui contourne l'abside de Saint-Pierre, on débouche sur la cour del Forno ; à dr. un petit poste de gardes suisses indique l'entrée (interdite au public) du palais du Vatican (V. p. 439); plus loin, une arcade donne accès au vialone del Belvédère qui monte entre le jardin et le palais du Vatican et aboutit au pavillon servant d'entrée au Musée Pio-Glementino et aux autres collections d'antiques (p. 450).
Revenant à la place del Plébiscite il nous reste à mentionner la quatrième rue qui s'en détache h dr., le Borgo SanV Angelo, qui suit la direction du corridor réunissant le château Saint-Ange et le Vatican; avant Pie LV c'était ici que finissait la cité Léonine ; à son extrémité 0., le Borgo Sant'Angelo débouche sur le Borgo Nuovo, près de la place Rusticucci, au N.-N.-O. de laquelle la rue de Porta Angelica conduit h la Porte de ce nom et au nouveau quartier des Prati di Castello,