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DE BOLOGNE A FERRARE

.47 kil.— Chemin de fer, en 56 min., 1 h. 10 et 1 h. 50. — 5 fr. 35 ; 3 fr. 75 ; 2 fr. 40 (pour les trains directs, 10 p. 100 en sus).

Le chemin de fer de Ferrare (ligne de Bologne h Padoue et à Venise) se dirige au N. en laissant à g. (à la Stazione di Smistamento, ou gare de triage) la ligne de Plaisance et de | Florence.

FERRARE

[route 9]

7 kil. Corticella. — 10 kil. Caslel Maggiore, 4981 hab.

18 kil. San Giorgio cli Piano ^ 4700 hab.

[A 14 kil. env. 0. (chemin de fer projeté) Cento*, V. de 20 000 (avec la banlieue très étendue), lieu de naissance de Giovan Francesco Barbieri, dit il Guercino (le Louche, 1590-1666), peintre trop vanté peut-être et qui fut surnommé le magicien de la peinture, grâce surtout à sa connaissance profonde du clairobscur. — Les églises du Dôme, del Rosario, dello Spirito Sanio, de San Pietro, bâties ou reconstruites presque toutes entre le xvii« et le xvni® s., renferment quelques peintures intéressantes du Guerchin, des Gennari, de Cremonini, etc. — La Pinacothèque communale renferme une remarquable collection de tableaux parmi lesquels nous signalerons : le Christ mort (admirable morceau de peinture qui passe à bon droit pour un chef-d'œuvre), le St Jean- Baptiste, l'Apparition du Rédempteur, et la Chaire de Saint-Pierre, par Guerchin ; St François, par Lud. Carrache ; la Nativité, par Tebaldi; la Madeleine et quelques autres œuvres des Gennari, etc. — Bocca (château-fort) du xiv^ s. — Sur la Grand'place, entourée d'arcades, monument du Gucrchin (1862). — Quelques maisons anciennes, gardant la forme curieuse des habitations du xni'' et du xiv^ s., avec piliers en bois apparent. — Casa Galleani-Pannini (restes antiques).

Yis-à-vis de Gento, de l'autre côté du Reno, Pieve di Cenio , 5004 hab.

(au maître -autel de l'église Santa Maria Assunta^ belle Assomption du Guide].]

24 kil. San Pietro in Casale, 30 kil. Galliera, que Napoléon P' avait constitué en duché pour Joséphine, fille du vice-roi Eugène. — On , franchit le Reno.

J 34 kil. Poggio Renatico, 6 200 hab.

1 — On franchit le Cavo Tassone. — J Les regards sont attirés à dr. par la masse imposante du château de Fer- Y rare.

47 kil. Ferrare.

FERRARE

Situation. — Aspect général.

Ferrare* [Ferrara), V. de 28 000 hab. (avec la banlieue 77 000), située dans une plaine fertile, à 5 kil. du Pô, près d'un des bras du fleuve, dit di Volano, coulant au S. de la ville.

Elle a 11 240 met. de tour, sans y comprendre l'emplacement de la place d'Armes, à l'O. de la ville.

Les rues sont grandes, larges et droites ; la plus belle est au centre de la ville, la rue délia Giovecca, allant du S.-E. au N.-O. Dans une direction à peu près parahèle, et au N. de celleci, une grande rue traverse Ferrare depuis la Porta Pô jusqu'à la Porta Mare, et prend successivement le nom de corso di Porta Pô et de corso di Porta Mare. Celte partie de la ville est coupée à angle droit, entre ces deux portions du corso, par le corso Vittorio EmanuelCy qui va de l'ancien château des ducs, situé au centre de Ferrare, à la Portii degli Angeli.

Ferrare fut fondée au v^ s., quand l'invasion d'Attila refoula la population de l'Italie du N. Les Lombards s'en emparèrent au vni'^ s. En 743, elle fit partie de la prétendue donation faite par Pépin au pape Etienne.

Ferrare ne prit de l'importance que sous les princes de la famille à' Este [casa Estense), qui, dès le x'' s., est mêlée aux affaires de la ville. En 1208, celleci enleva Ferrare aux Torelli qui la possédaient depuis 1080; par suite de ses dissensions domestiques, elle la perdit en 1309. Elle la recouvra en 1337.

1264-93. Le marquis Obizzo détesté pour sa cruauté, est étranglé par un de ses fils. Dante l'a placé dans son Enfer (xu, 110). — 1293-1308. Azzo nomme pour lui succéder son petit-fils naturel, Foulques (Folco), aux dépens de ses frères, François et Aldovrandino ; ce qui donne lieu à une longue rivalité. — En 1352, Obizzo III meurt en laissant une dizaine d'enfants naturels légitimés de Filippa Ariosto, que l'Arioste, fier d'être

[route 9] FERRARE : — HISTOIRE DE L'ART.

sorti de la mémo lamille, a célébrée sous le nom de la hella Lippa (xiii, 75). — INicolas III (1595-1440), bâtard léi^itimé de son prédécesseur Alberto, fait mourir un grand nombre d'individus soupçoimés de conspirer contre lui. Il fait trancher la tête à Parisina Malatesta, sa seconde femme, et à Hugues, son fds naturel, convaincus d'un commerce criminel. Les femmes ferraraises convaincues ou soupçonnées d'adultère, ont également la tête tranchée. Il eut vingt-deux^ enfants illégitimes. Il nomme l'un d'eux, Lionel, pour son successeur (1441-50), aux dépens de ses fils légitimes. Lionel fait élever en face de la catbédrale une statue équestre à Nicolas III. — 1450- 71. Borso d'Esté, autre bâtard de Nicolas, succède à Lionel. — En 1471, le pape Paul II érigea Ferrare en ducbé, en faveur de Borso, déjà nommé, en 1452, duc de Modène et de Reggio par l'empereur Frédéric III. — Hercule P'" (Ercole; 1471-1505) succède à son frère Borso. Un des fds d'Hercule P"" fut le fameux cardinal Hippolyte d'Esté, revêtu de la pourpre au sortir de l'enfance. C'est ce cardinal qui fut loué par rArioste dont il méconnut le génie. Il était frère du duc suivant : — Alphonse P*" (1505-1554), marié en secondes noces à Lucrèce Borgia, iille du pape Alexandre YI, et qui en était alors à son quatrième mari (le chevalier Bavard poussa son admiration pour elle jusqu'à porter ses couleurs), eut à lutter contre les attaques des papes Jules II, Léon X et Clément YII. Ses frères Ferdinand et Jules ayant conspiré contre lui en 1506, Alphonse sévit cruellement contre les coupables et les suspects. Il eut, comme ses devanciers, le goût des constructions dispendieuses ; Dosso Dossi, Jean Belin et le Titien (1514) travaillèrent pour lui à Ferrare. — Son fils Hercule II lui succéda (1554-1558). La duchesse Renée, fdle de Louis XII et d'Anne de Bretagne, femme d'Hercule II, accueillit à Ferrare Calvin et Marot, et elle y embrassa le calvinisme. — Alphonse II, fils du précédent (1558-1597), fit emprisonner le Tasse. Alphonse II, mourant sans enfants, reconnut pour héritier César (1597-1628), fils naturel et légitimé d'Alphonse P'' et de la belle Laura Dianti, fille d'un chapelier, qu'il avait épousée après la mort de Lucrèce Borgia. César, marié à une fille de Cosme Ps duc de Florence, est

forcé de remettre au pape Clément YIIl Ferrare et ses possessions de la Romagne , dont il conserve les alleux. Il se retire à Modène et se contente du titre de duc de Modène et de Reggio.

César est la tige des ducs de Modène, de la maison d'Esté, éteinte en 1805.

Durant le xv^ et le xvi° s., les princes d'Esté, par leur magnificence, firent de Ferrare une des cités renommées de l'Italie, et de leur cour une des plus brillantes de l'Europe. Ferrare est alors comme le berceau de la poésie épique parmi les modernes. On y trouve le Boiardo, l'Arioste, le Tasse. — Les papes possédèrent Ferrare jusqu'en 1796, époque à laquelle les Français s'en emparèrent. — En 1805, elle fut incorporée au royaume d'Italie napoléonien, puis rendue par le congrès de Yienne au Saint-Siège, qui la posséda jusqu'en

Histoire de Tarf.

Ferrare, illustrée par les lettres, tire aussi un certain lustre de son école de peinture. Elle eut une suite de bons peintres d'un nombre bien supérieur à sa fortune et à sa population. Une des choses, dit Lanzi, qui ont le plus favorisé les progrès de cet art à Ferrare est sa situation locale même. Yoisine de Yenise, de Parme, de Bologne et de Florence, elle a offert à chaque artiste la facilité de choisir entre les écoles de l'Italie la plus conforme à son génie particulier. Les églises que Giotto et ses élèves avaient embellies à Ferrare sont aujourd'hui détruites. Au commencement du xvi^ s., il n'y a pas encore de peintres ferrarais célèbres. — Cosimo Tiira [Cosmè; 1406-1469), peintre de la cour au temps de Borso d'Esté, est à peu près le seul qui mérite d'être cité (belles miniatures des livres du chœur de la cathédrale). — Ercole dl Roberto Grandi ou de /«wèer/es (-J-1515) se révèle comme un des plus heureux imitateurs de Mantegna. — Lorsque h) Pérugin et avec lui le Francia ouvrirent la période de perfectionnement qui marque la limite entre l'école primitive et la Pienaissance, leur influence se fit sentir aussi à Ferrare. Lorenzo Costa, Erc(»le di Giulio Grandi et Domenico Panettl (1460-1512) doivent être cités parmi les imitateurs du Francia. — Lo-

renzo Costa (1460-1535) quitte Ferrare pour Bologne et Mantoue, et attire autour de lui des élèves, ses compatriotes. Son école se confond avec celle de Francia. Parmi les élèves de Costa on peut nommer : Ercole di Giulio Grandi (1465? - 1531 ) ; le miniaturiste Lod.

]}/« 2îo/i«o (1481-1530), les deux frères Dossi. — La brillante période de l'école de Ferrare est due principalement à Dosso Dossi et au Garofalo.

Dosso Dossi dont le véritable nom est Giovanni De Lutero (1470-1558), peintre coloriste et fécond, et le plus célèbre des deux, se rapprocba de la manière du Titien. Il peignit des scènes mythologiques pour les ducs Alphonse €t Hercule, et embellit la somptueuse demeure qu'Alphonse fit construire pour sa maîtresse, Laura Dianti. Il fut lié avec l'Ariostc dont il a fait le portrait. Son frère Jean-Baptiste fut surtout habile paysagiste. Il peignit en commun avec son frère, avec qui il était toujours en querelle.

Benvenuto Tisio, de Garofalo, village du Polésine (1481-1559), dit il Garofalo ou le Raphaël de Ferrare (il met souvent un œillet [garofano] dans ses tableaux), peignit beaucoup pour les églises et les couvents. Le duc de Ferrare, Hercule II, « fit violence à la pieuse imagination de l'artiste, » en lui l'aisant peindre, dans les dernières années de sa vie, des bacchanales, sujet mal assorti à la chaste correction de son pinceau.

J.-B. Benvenuti, dit VOrlolano (1467- 1525), fut contemporain et compatriote du Garofalo, avec les ouvrages duquel les siens furent confondus. — Parmi les principaux peintres qui leur succèdent, il faut citer: Girolamo da Carpi (IbOl- 1568), élève du Garofalo, maisqui imita l'école de Parme et fonda une école éclectique ; — Ippolito Scar sella ^ dit lo Scarsellino (1580-1651), et surnommé le Paul Yéronèse ferrarais; — Camillo Bicci (1580-1618), son élève et émule. — Giuseppe Mazzuoli, dit le Bastariiolo, est surnommé le Titien de Ferrare. En 1589, avancé en âge, il t se noya dans le Pô. Son élève Carlo i Bonone (1569-1632) fut le plus célèbre ] des imitateurs des Carrache à Ferrare.

^ Principales curiosités.

i Dôme (p. 65). — Château (p. 62).

— Palais dei Diamanti (galerie de tableaux; p. 64). — Palais Schifanoja (p. 06).

N. B. — On peut visiter Frrare en quelques heures : on commencera par le Château (extérieur et intérieur avec peintures des frères Dosso Dossi) et le Dôme (façade d'une architecture intéressante ; à l'intérieur, peintures du Francia et du Garofalo), on jettera un coup d'œil sur la place du Marché, la plus pittoresque de Ferrare, puis on se rendra h la Pinacothèque (toiles de Cosimo ïura, de Dosso Dossi et du Garofalo) installée dans, le beau palais dei Diamanti. — Si l'on a le temps, on pourra encore aller visiter le palais Schifanoja (fresques intéressantes), à Pextrémité S.- E. de la ville.

Description.

De la gare, une avenue conduit, à g., vers la ville; avant d'y arriver, elle bifurque : à g. elle conduit à la Porte Pô, donnant accès au corso di Porta Pô; à dr., elle aboutit à la barrière où commence le viale Cavour, boulevard planté d'arbres dont la prolongation, formée par la rue Giardini longe, à dr., un petit square servant de promenade (en été, musique le soir) et aboutit au château, au centre de la Tille.

Le Château (Castello ; PL 10), jadis résidence des ducs de Ferrare, est une masse carrée, flanquée de tours, qui attirent de loin les regards, et isolée par des fossés remplis d'eau, sur lesquels sont jetés des ponts. Il s'y rattache des souvenirs poétiques et dramatiques, comme la tragique histoire de Parisina, qui a inspiré lord Byron.

L'intérieur (occupé par la préfecture et le bureau du télégraphe; pour le visiter s'adresser au custode, à dr. en entrant ^diV Isl piazzetta dei Castello; sonner à dr., sous la tour d'entrée) a été refait à neuf. Il reste encore trois

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