GUÉRARD BERCK-HEYDEN
C'était Job qui produisait Guérard; Job, confiant dans son rêve, ne doutait plus de rien, et la terre même lui semblait bien étroite pour renfermer sa gloire à venir.
Mais un rêve fit crouler tout ce bel échafaudage de grandeur qu'un rêve avait bâti I A. Cologne, Job songea qu'en traversant une forêt il restait suspendu aux branches d'un arbre. Cette fois, ce ne fut plus Torgu^il qui lui parla, ce fut l'humilité ; et l'humilité lui dit tout bas qu'il serait arrêté au milieu de sa carrière par quelque désastre qui l'empêcherait d'aller plus loin. Dès ce jour, une timidité étrange s'empara du pauvre Job ; et ce fut Guérard qui prit les rênes du gouvernement fraternel, tenues jusqu'alors par son aîné. Aussi faible qu'il avait été confiant. Job suivit à son tour son frère à la remorque; 'et Guérard le conduisit ai-nsi à Coblence, à Mayence, à Mannheim et à Heidelberg, Là, quelques instances que Guérard fît à son frère, celui-ci refusa toujours de se produire À la cour de l'électeur palatin, qu'ils étaient cependant venus chercher; ils restèrent donc <5on fondus -dans la foule, au lieu de ^e faire présenter comme c'avait été ieur intention. Cependant, presque tous les jours, les deux frères se trouvaient sur le passage de rÉlecteur; le plus souvent, c'était lorsqu'il partait pour la chasse ; car l'Électeur était, comme N«minwl, un grand chasseur devjmtDieu,
aimant passionnément les chevaux, les cluens et les faucons, trois choses fort pittoresques et qui font admirablement bien dans les tableaux. Aussi^ à leur retour dans l'atelier, les deux frères esquissaient-ils, chacun de son côté, force sujets de chasse, comme le Lancer j le Rmbûcher et VHallalù
Si bien qu'un jour Job et Guérard, après avoir iait une esquisse unique de toutes leurs esquisses séparées, se mirent de leur mieux à couvrir une toile, plaçant aa premier plan l'Électeur et les seigneurs de sa suite, tous si ressemblants, qu'il n'y avait point à s'y tromper. Le tableau fini, il se trouva que c^était un des meilleurs qu'ils eussent jamais faits.
Alors Job, toujours réconforté par Guérard, reprit quelque courage ; il fut décidé, non pas qu'on offrirait le tableau à l'Électeur, — car Job était devenu trop craintif pour permettre à son frère une pareille hardiesse, — mais qu'on placerait le susdit tableau sur la route du prince, afin qu'il pût le voir en passant.
Le jour où ce plan fut exécuté. Job se sauva delà ville et se cacha dans un petit village, afin d'être pte à même de gagner les champs, si, selon les prévisions sinistres qui ne l'abandonnaient plus, les choses Tenaient à mal tourner.
Tout alla pour le mieux : le prince, en passant, se reconnut: les seigneurs qui raccompagnaient se reooD-