MASACCIO DE SAN -GIOVANNI
C*est l'habitude de la nature, dit Vasari, lorsque, iians un moment d'amour, elle forme un homme qui doit exceller dans un art quelconque, de préparer en quelque sorte sa venue, en l'entourant d'autres hommes qui peuvent faire valoir ses qualités par les exemples qu'ils lui donnent, ou par l'émulation qu'ils lui inspirent: et voilà pourquoi, après avoir créé Philippe Branellesco, Donatello , Laurent Ghiberti, Paul Uccello et frère Angélique de Fiésoles, elle mit au jour Masaccio.
Celui pour lequel, dans sa prévoyance maternelle, la nature avait pris la peine de faire an si magnifique entourage, naquit au commencement du xv'' siècle à CastelMi-San-Giovanni in Val-d'Arno^ petit village situé à dix-huit milles de Florence, ou, du temps de Ya- ^9 on voyait encore des dessins qu'il avait faits dans
sa première jeunesse. Comme toutes les personnes préoccupées d'une seule idée, il était d'une distraction étrange, marchant vers son but sans voir ce qui se passait autour de lui, pensant à peine à s'habiller, tant il était préoccupé sans cesse des choses de l'art. Ce qui fit que, de Thomas, qui était son nom» selon Thabitude italienne, on fit Masaccio: non point qu'il fût méchant, c'était, au contraire, la bonté en personne; non point qu'il fût laid, car^ au contraire encore, il joignait à d'assez beaux traits cet air de mélancolie qu'on remarque presque toujours empreint sur le visage de ceux qui doivent mourir jeunes ; mais parce qu'il était si négligé, qu'on voulait lui faire une honte de ce peu de soin qu'il avait de lui-même.
Ses premières études, quoique ce fussent les produits d'un art diflTérent du sien, eurent pour objet les œuvres de Brunellesco^ de Donatello et de Laurent Ohiberti, que sa jeunesse trouva tous les trois dans leur virilité ; puis, après eux, il prit de Dello ses étades du nu, et de Paul Uccello ses travaux sur la perspective. Seulement, en homme de génie qu'il était, il trouva du premier coup les derniers mots de chacun de ces deux arts que les autres avaient inutilement che^ chés.
En effet, dès les premiers essais de Masaccio, on s'aperçut que Tart avait fait un grand pas ; car tous les