CORNEILLE BE6A
Corneille Bega vécut à Harlem, et fut élève de van * Ostade. Son père se nommait Pierre Begeyn ; mais^ quelques folies de jeunesse l'ayant fait chasser de la maison paternelle, il prit le nom de Bega, pour que le scandale de ses folies ne retombât point sur sa famille. Ce fut donc sous le nom de Bega qu'il devint célèbre.
Sa vie fut courte et peu accidentée ; elle se partagea entre Tamour et l'art.
Lors de la peste de Harlem, Bega se trouvait près de sa maîtresse, attaquée de cette maladie ; tout le monde avait abandonné la pauvre femme, lui seul resta près d'elle, fut atteint du même mal qu'elle, et mourut le lendemain du jour où elle était morte, le 27 août 1664.
Les deux seuls tableaux de Bega que nous connaissions font partie de la galerie de Florence ; ils portent
la date de 1664, et ont, par conséquent, été achevés l'année même de la mort du peintre.
Ces deux tableaux, peints sur bois, représentent un homme et une femme jouant du luth.
A cette époque, Bega,.pour vouloir être plus grand qu'il n'avait été, perdait quelque peu de sa valeur. En essayant de donner k ses figures plus d'expression et plus de grâce, il avait taarné à l'afféterie, et, à force de chercher l'union des couleurs, le charme des détails, et ce qu'on appelle le fini, il était tombé dans la monotonie, dans le précieux, dans la sécheresse.
Cela n'«mp6che pcânt que les tableaux de Bega n'aient une valeur que iear rareté rend plus grande encore.
FRANÇOIS KIËRIS
La galerie de Plorence est une des plus riches en tableaux de ce maître, car elle en possède neuf.
En effet, le grand-duc de Toscane se trouvait en Hollande à l'époque où la réputation de Miérîs était à son apogée, c'est-à-dire vers 1672; cette réputation était telle, qu'on lui payait ses tableaux un ducat rheur€|. Le grand-duc lui offrit trois mille florins de sa Femme évanouie^ et ne put l'obtenir. Mais il ne se découragea point pour cela. A la place du tableau que Miéris refusait de vendre, il lui en commanda un dont l'ébauche l'avait frappé, et, ce tableau fini, il le paya mille rixdalers, et lui en commanda trois autres.
L*un de ces trois tableaux représente deux vieux Hollandais qui mangent : composition simple, comme toutes les compositions de Miéris, et dont le mérite est dans une couleur charmante, dans des détails exquis,
et daDS des expressions de physionomie parfaites. Ainsi, rien de plus vrai que le sentiment peint sur le visage de rhomme, qui, sans parler, et de son seul regard, demande à la femme qui boit s'il lui a bien assez coapé de pain comme cela.
Les tableaux de Miéris sont d'autant plus précieoi, que le peintre mourut jeune^ usé qu'il était par les débauches nocturnes qu'il faisait avec son confrère et ami Jean Steen.
Un soir que les joyeux compagnons se quittaient, ivres tous deux, Miéris tomba dans un égout que des maçons avaient laissé ouvert, et il y serait mort suffoqué, si un savetier et sa femme, qui demeuraient dans le voisinage, n'eussent entendu ses plaintes et ne fussent venus à son secours. On tira Miéris du cloaque, on le lava, on lui donna un coup de vin, et on le mit dans le seul lit de la maison, où il passa la nuit, tandis que ses hôtes dormaient sur une chaise.
Le lendemain, avant qu'ils fussent éveillés, Miéris, reposé par la bonne nuit qu'il avait passée, se leva, s'habilla et sortit; de façon que, quand les braves gens vinrent pour prendre des nouvelles de la santé de leur hôte, ils ne le trouvèrent plus.
Un mois se passa sans que Miéris donnât de ses nouvelles à ceux qui lui avaient cependant rendu un si grand service; mais, un soir, comme le savetier et sa
FRANÇOIS MIËRIS 261
femme allaient se coucher, ils virent entrer le même homme, lequel tenait à la main un petit tableau.
— Tenez, braves gens, leur dit l'étranger, prenez cette peinture en mémoire d'un individu à qui vous avez rendu un grand service que vous avez sans doute déjà oublié, mais dont lui se souviendra toujours^ et, si jamais vous voulez vous défaire de ce tableau, portez-le à M. Paate, qui vous en donnera un bon prix.
Et, à ces mots, sans attendre leurs remerciments, il prit le chemin de la porte et disparut.
Le savetier montra le lendemain ce tableau au bourgmestre Jacques Maas, qui reconnut que c'était un Miéris, et qui, au grand étonnement du brave homme, l'invita à ne point donner le petit morceau de toile à moins de huit cents florins.
C'est effectivement la somme qui fut comptée au savetier, en échange du cadeau que lui avait fait son hôte.
Aujourd'hui, les tableaux de Miéris n'ont pas de prix. •