‹ Italiens et FlamandsChapitre 22 sur 24 · ALEXANDRE BOTTICELLI · texte numérisé non relu

ALEXANDRE BOTTICELLI

ce Dans le temps où yivait le vieux Laurent de Médicis, temps qui fut le véritable âge d'or du génie, florissait Alexandre, nommé Sandro^ suivant le diminutif florentin, et surnommé Botticello ou Botticelli, pour le motif que nous allons dire tout à l'heure. Il était fils de Mariano Felipepi, qui Téleva avec soin et lui fit apprendre tout ce que Ton enseigne ordinairement aux enfants avant de les mettre en apprentissage.

» Sandro était doué d'une grande facilité ; mais son imagination inquiète ne lui permettait pas de se contenter des leçons de lecture, d'écriture et d'arithmétiqne que lui donnait son maître d'école. Fatigué de son exigen-ce^ son père le plaça, en désespoir de cause, chez Tin de ses amis, nommé Botticello, qui exerçait avec distinction l'état d'orfèvre.

» Ck)mme il existait^ à cette époque, de fréquents rapports entre les orfèvres et les peintres. Sandro commença par se livrer tout entier à l'étude du dessin, et finit par se prendre d'un bel amour pour la peinture. Son père,^ alors, pour ne point contrarier sa vocation, ]e conGa, selon ses désirs, aux soins du frère Philippe Lippi del Carminé, Tun des plus célèbres peintres du temps.

» Sandro imita si parfaitement son maître, que celui-ci le prit en affection et le poussa de telle sorte, que le jeune artiste dépassa bientôt, et de beaucoup, les espérances qu'on avait conçues de lui. »

Voilà ce que dit Vasari d'Alexandre Botticello ou Botticelli.

Alexandre était donc un grand peintre; — ce que prouverait, dans tous les cas, même en l'absence du témoignage de Yasari, le tableau dont nous allons parler.

C'était, comme on l'a vu, sous Laurent de Médicis, et au moment de la renaissance grecque ; or, quoique Botticelli, peintre idéaliste par excellence, dût adopter plus tard la réforme de Savonarole, un jour, il lut, dans un des Dialogues de Lucien, la description du tableau d'Apelles intitulé la Calomnie, et son imagination d'artiste ne lui laissa dès lors plus de ti*ève qu'il n'eût essayé de le reproduire.

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Voici la description de ce tableau :

« Sur la droite de la composition est assis un homme à longues oreilles, à peu près semblables à celles de Midas; il tend la main à la Délation, qui s'avance de loin; près de lui sont deux feinmes,' dont Tune parait être l'Ignorance, et l'autre la Suspicion. La Délation a la forme d'une femme parfaitement belle ; son visage est enflammé ; elle parait violemment agitée et transportée de colère; d'une main, elle tient une torche ardente, et, de l'autre, elle traîne par les cheveux un jeune homme qui lève les mains au ciel ; un homme pâle et défiguré lui sert de conducteur; son regard sombre et fixe^ sa maigreur extrême, le font ressembler à ces malades exténués par une longue abstinence ; on le reconnaît aisément pour l'Envie. Deux autres femmes accompagnent aussi la Délation, l'encouragent, arrangent ses vêtements et prennent soin de sa parure : Tune est la Fourberie, l'autre la Perfidie; elles sont suivies de loin par une femme dont la robe noire et déchirée, dont la douleur annoncent le repentir; elle •détourne la tête, verse des larmes, regarde en arrière, -et voit avec confusion la tardive Vérité qui s'avance. »

Le beau tableau dans lequel Botticelli reproduisit cette allégorie fut fait pour messer Fabio Segni, gentilhomme florentin, ami intime du peintre; il porte, en guise de légende, les quatre vers suivants :

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Judicio qaemquam, ne faiso Icedere tentent

Temmin reges parca taMIa moaet ; Haie aimilem iEgypti régi donavit ÂpeUes;

Rex fuit et dignus, munere, munus eo.

Pour bien juger le talent de Botticelli, il faut mettre en face Tan de l'autre un de ses tableaux: religieux et un de ses tableaux mythologiques, et alors onyerra que la commande d'un seigneur riche, qui préférait les nudités du paganisme i la chasteté des compositioas religieuses, pouvait bien changer le sujet, mais non rexécution, et que, chei fiottkdli, le génie idéalisle était le même, qu'il peignit la Madone en adoiatioii devant son Fils, ou Vénus adorée par les Heures et caressée par les Zéphyrs.

£n effet, Botticelli, quoiqu'il nous ait laissé une douzaine de tableaux païens, n'en est pas moins, par le sentiment, un des peinties les plus religieux du moyen âge.

La Madomey V Enfant Jésus H six Anges est un des chefis-d'œuvre du maître; grâce des attitudes, charme des figures, ajustement des habits, expression ^i harmonie avec le sentiment, tout y est. L'auteur a réoni dans le divin èoM^'iio la douMe nature, matérielle de l'enfant et idéaliste du Dieu; il joue avec une grenade d'une main et il bénit de l'autre.

Au reste, le dessin est peut-être plus par£ait dans

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cette œnvre de BoUicelli que dans aucune antre du même maître.

Judith, tableau snr bois, n'est pas tel, qu'il puisse ajouter à l'a renommée de son auteur; car il est certainement bien au-dessous de la Calomnie^ par exemple^ et de tant d'autres.

Judith \ient de trancher la tète à Holopherne, et elle retourne vers Béthulie, tenant d'une main un rameau de laurier, de l'autre nn sabre ensanglanté. Elle est suivie de sa servante, qui porte sur sa tête la tête d'Holopherne. Le dessin est souvent incorrect; le coloris est terne et manque d'effet.

En Voyant le tableau qui fait pendant à cette composition, et qui reprfeente Holopherne décapitéy couché sur son lit et entouré de ses soldats effrayés, tableau charmant de coloris et d'expression^ on serait tenté, au premier abord, de nier que le même peintre pût être l'auteur de deux œuvres d'apparence si différente ; cependant, en examinant la Judith avec attention, on finit par retrouver les qualités distinctives de Botticelli; on ne peut surtout méconnaître l'originalité du peintre qui, pour représenter des sujets connus, savait trouver des formes nouvelles et frappantes, ainsi que l'on en Toit un exemple magnifique dans le tableau i*Holopheme, que nous nous plaisons à citer encore. L'attention des artistes, en peignant la mort d'Holopherne,

s'était toujours arrêtée au moment décisif où le général de Nabuchodonosor vient d'avoir la tète tranchée, et ils avaient toujours regardé cette scène comme la fin du drame. Botticelli s'est écarté^ en cela, de la route sui?ie par ses prédécesseurs; il a cru comprendre que ce même drame pouvait avoir un développement plus grand encore, s'il y appelait des officiers et des soldats assyriens; son génie ne Ta pas trompé, et il nous a laissé un petit chef-d'œuvre d'invention et de sentiment.

De même, l'idée exprimée dans le tableau de Judith est neuve et saisissante : Judith marche en avant, pressée de se soustraire aux périls qui la menacent en traversant le camp ennemi, après le meurtre qu'elle vient de commettre, et les guerriers qu'on voit au loin dans la campagne attestent qu'elle a raison de craindre et de se hâter; en se retournant vers sa servante, qui plie sous le poids de la tète énorme d'Holopherne, Judith a l'air de la gourmander sur sa lenteur. L'expression est on ne peut plus naturelle. Sous ce point de vue, le tableau de Judith ne manque pas de mérite et d'intérêt.

La Madone et l'Enfant Jésus au milieu des Anges^ 4ableau sur bois, est une des œuvres les plus estimées de Botticelli. On y reconnaît cette habileté de composition, ce soin des détails» cette riche et capricieuse recherche de vêtements qu'Alexandre Botticeiti avait puisés à

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récole de Lippi, son maître, et peut-être aussi dans les ateliers d'orfèvrerie où il fit ses premières études.

La galerie des Offices de Florence fit Tacquisition de ce tableau en 1784.

Alexandre Botticelli est, en outre, l'auteur de trois compartiments peints par lui à la chapelle Sixtine, et gui représentent, l'un, Moïse défendant les filles de Jéthro; l'autre, le Châtiment de Coré^ de Dathan et d'Abiron^ et le troisième^ la Tentation du Christ dans le désert.

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