A1V6E GADDI
Cet ÂDge Gaddi 6st le même' dont Vasari déplore si amentablement Tabjuratioa artistique. Petit-fils de Gaddo Gaddi, qui avait lé^é à sa famille le secret de la mosaïque; fils de Taddée Gaddi, qui voyait en lui un de ses meilleurs élèves et de ses plus dignes successeurs, Ange Gaddi, i l'âge de trente-cinq ans, se dégoûte tout à coup de la peinture, où sa Résurrection de Lazare lui a cependant conquis une des premières places, ouvre une boutique à Venise, acquiert d'immenses richesses, et meurt à soixante4rois ans, après avoir troqué le passé artistique de ses ancêtres contre l'avenir commercial qu'il laisse à ses enfants.
On comprend qu'avec cette disposition d'esprit, Ange Gaddi n'était pas fait pour arrêter la décadence dans laquelle la peinture du xiv^ siècle commençait à tomber. Déjà son père, Taddée Gaddi, plus coloriste que
tiiotto, mais moins dessinateur et surtout moins penseur que lui, avait eu peine à la maintenir à la hauteur où l'avait élevée son maître et parrain bien-aimé, et Ange Gaddi, qui sans doute connaissait sa faiblesse, ne prit pas même la peine de lutter.
En effet, quoique l'on reconnaisse, dans l'Annonr ciatiorij l'école de Giotto, ce tableau a'a pas l'allure magistrale des œuvres de ce grand peintre ; l'ange est gracieux^ il est vrai, mais il manque quelque peu d'expression et de sentiment; quant à la Vierge, elle est maniérée, ses bras sont visiblement trop courts, enfin les plis de sa robe sont maigres, et nulle part, sous 4^tte robe, on ne sent les formes qu'elle recouvre.
Ange Gaddi laissa à ses enfants plus de cinquante mille florins d'or; aussi le firent-ils enterrer en grande pompe dans le tombeau qu'il avait fait construire luimême à Sainte-Marie-Nouvelle.
Quant à son portrait, si l'on en croit Vasari, on le retrouvait, peint par lui-même, dans la chapelle des Alberti, à l'église de Santa-Croce : il s'était représenté 4e profil, avec un peu de barbe et un chaperon rose, dans le tableau de l'Empereur Héraclius portant sa croix.
La Présentation au temple^ sur bois, doit être du premier temps d'Ange Gaddi, alors que, tout imbu encore des traditions de ses ancêtres, il essayait de se soutenir à la hauteur paternelle. Il reproduisit, ainsi
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que rindique le titre du tableau, la présentation de Jésus au temple; Siméon s'avance vers le prêtre e» portant sur ses bras Tenfant divin, tandis que la Vierge, avec une sollicitude toute maternelle, essaye de cacher la petite main de son fils, et que, près d'elle, saint Joseph, qui l'accompagne, porte les tourterelles symboliques.
Les figures sont belles et ne manquent pas d'expression; mais déjà Giotto a passé par le chemin que suit Ange Gaddi, il l'a rendu difficile à l'endroit de ses successeurs.
Cependant il est juste de dire qu'il y a, dans tout l'ensemble de la composition^ un sentiment religieux qui fait passer sur les défauts du tableau, et le met au rang des œuvres remarquables du milieu du xiv" siècle.
Parmi les autres grands tableaux de Gaddi, il faut citer VÀdoration des bergers.
a Or, il arriva, en ces jours-là, qu'un édit fut publié de la part de César Auguste^ portant que tout le monde fût enregistré.
» Ainsi tous allaient, pour être mis par écrit, chacun dans sa ville. *
a Et Joseph monta aussi de Galilée en Judée, savoir de la ville de Nazareth en la cité de David appelée Bethléem, à cause qu'il était de la maison ^t de la famille de David,
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B PMr être enregistré avec Marie, la feumie qui lai arait été fiancée, laqaelle était enceinte.
» Et il anira, cooiiBe ils étaient là, que son terme pour aecoucber fut aoeomidi.
9 Et elle mît au monde scm fils {vemier-Dé, et Temmaillotta et le coucha dans une crèche, i cause qu'il n'y avait pas de place pour eux dans rbôtellerie.
B Or, il y avait, dans ces quartiers-là, des bei^ers conchant aux champs et gardant leurs troupeaux dans les veilles de la nuit.
» Et voici que l'ange du Seigneur survint vers eax, et la clarté du Seigneur resplendit autour d'eux, fA Us furent saisis d'une fort grande peur.
> Mais l'ange leur dit :
c N'ayev pdnt peur ; je vo«is annoneemi grand snjcft » de joie qui sera tel pour tofit le penplew *
» C'est qu'aujourd'hui, dans la cité de David, vous » est né le Sauveur, qui est le Chnist, le Seigneur.
» Et voici la marque â laquelle vous le reconnaîtrez : 0 c'est que vous trouverez le petit enfant emraaiUotlé » et couché dans une crèche, n
» Et aussitôt, avec l'ange, on totendit toute l'armée céleste louant Dieu et disant :
«r Gloire soit à Dieu dans les Keœr très^hauls! Que » la paix soit sur la terre et la bonne volonté dans les D hommes I »
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]» Et il afrira que les bergers dirent entie eux :
« Allons donc josqa'à Bethl^m , et soyons cette » chose qni est arriTée et qne le Seigneur nous a àé^ » couverte. »
B> £t i)s atlèrent donc à grainde hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit eàSuA ecMicbé dans unA crèche. »
C'est cette scène, sublime de implicite sous la plum0 de saint Luc^ qu'Ange Gaddi a entrepris à son tour de raconter avec le pinceau.
Deux bergers, GCNoduitsi par deux anges^ sont en adoration devant l'Enfant Jésus, landi» qu'an troisième ange va réveiller un troiâième berger,, gardant son troupeau sur une hauteur.
Ce tableau, peint à la détrempe, appartient entièrement à l'école de Giotto.
Il en est de même de P Adoration des mages que Gaddi peignit ensuite.
Peu de sujets ont été plus souvent répétés par le pinceau que l'adoration des mages ; c'est que, aussi, peu de sujets offrent un plus merveilleux champ de peinture.
Que faut-il à un grand peintre pour faire un grand tableau? L'harmonie dans la composition, les contrastes dans les personnages, la variété dans les couleurs.
Or, quoi de plus harmonieux, de plus contrastant et de plus coloré qu'une belle vierge tenant un bel enfstht
dans ses bras, ayant derrière elle un grand vieillard calme et simple, tandis qu'à ses pieds trois rois s'inclinent, chargés de présents et accompagnés de leur suite.
Aussi, de Gaddi à Rubens, et de Rubens à noas, combien d'Adoration des mages!
Au reste, il ne faut pas confondre Ange Gaddi avec Tàddée Gaddi. On ne trouverait pas, dans le cœur do second, la même croyance que dans celui du premier, de même qu'on ne trouverait pas, dans le fils, le talent du père. Taddée Gaddi était un homme d'art, Ange Gaddi était un homme d'argent.
Un tableau d'Ange Gaddi n'en est pas moins, de nos jours, une chose extrêmement précieuse pour l'histoire de la peinture.
Jean Holbein, fils d'ua peintre assez médiocre, naquit à Baie en 1498. Ce fut son père qui lui donna les premières leçons ; mais il eut bien vite dépassé son niaitre. Sa jeunesse s'écoula sans incident extraordinaire, sans aventures exceptionnelles : jeunesse d'artiste, absorbée par l'étude, sanctiDée par la persévérance ; jeunesse d'homme qui avait la conscience de sa force dans le présent, de sa gloire dans l'avenir, et qui se fit tout seul ce qu'il devint, c'est-à-dire un des plus grands peintres qui aient existé.
Cependant, comme presque tous ceux dont les nobles aspirations ne sont pas aidées par leur état de fortune, Holbein eut à subir bien des épreuves, à supporter bien des misères, et le futur favori d'un roi dut plus d'une fois, du moins s'il faut en croire certaines chro-
niques, s'abaisser à peindre des devantures de boutique et des enseignes.
Un jour qu'il peignait l'enseigne d'un apothicaire, voici, dit-on, ce qui lui arriva :
n était quelque peu buveur, et souvent il laissait là le travail commencé pour aller se rafraîchir au cabaret. L'apothicaire r fui Oûnnaôssait cette habitude d'Holbein, — que ne connaissent pas les apothicaires 1— avait défendu à notre peintre, sous peine àe n'être pas payé, de descendre de son échafaudage avant que l'enseigne fût achevée, et, pour plus grande sûreté, il sortait de temp» ea temps de sa houliciue afin de s'assurer si l'artiste était touj/ooirs à Fcevmre.
Dans la position eà ae trouvait Holbein, on ne poovaii,; d'en base, apercevoir que se» deux janabea; niais c'était assez ftour le brave apothieaûiire,. qui supposait, avec raison, que k peintre poarrait difdciiement aller am eabarei sans ses jaariftesu Aler» Bolbein , fae eette surveillance eontinme Be faisait quf altérer davantage, evbt l'idé» de feindre lesdiles jjana'bes smr le mur en façon de trompe-l'œil ; ce' qvi'il fit avec tant de succès, qu'à moins de les toucher, il eûi; été impossible de les reeeiuiaitre' poisr faussesw Puis il aUa tranquillemeiit s'asseoir au cabaret voisin*.
Qfn peatetoire oiï usost cetie avBnÉure,, qpii'oa laeonlt eneerBi à Bàle» et qdi a'est pas; plus iimaîsemblaid»
que bien d'adirés dont oa ee plait à charger h mémoire des grands faommes; mais ce qu'il y a de eerCain, c'est qu'au milieu de tout cela, Hdbeia faisait des études sérieuses et suivies.
Les premiers tableaux qull «Kécula fmi^irt dissémi* nés, vendus ou donnés à des étrangers, et Ton Ignore ce qu'ils sont derenus. Il en est trop soufrent ainsi pour les peintres ; de sorte que^ lorsqu'on veut reconstraire la Tie d'un artiste, relever pour la postérité cet édifice de gloire, il est rare que l'on puisse retrouver les premières assises posées par sou génie. L'histoire y perd quelquefois les choses les plus curieuses de l'existence d'un grand homme, ses premiers essais, ses premières ébauches^ cette première forme qu'il a donnée à ses rêves ; elle est forcée de prendre son héros tout couronné, mais aussi de ne le montrer qu'en
Or, l'historien ne doit pas, suivant nous, borner sa tâche à placer sur un piédestal une figure de bronze ou de marbre ; il lui faut encore expliquer cette figure, l'animer, ia faire revivre poulr ainsi dire, par tous les détails intimes que lui ont procurés ses recherches, ou que la tradition peut avoir coaservés. Combien de fois, lorsqu'après avoir fait connaître l'artiste, il veut faire connaître l'homme, lorsqu'après avoir raconté ce qui appartient au public, il veut soulever un coin du voile
qui cache Texistence intérieure de cet homme, combien de fois, disons-nous, sous la couronne qui ceint le front glorieux, ne découvre-t-il pas quelque plaie secrète I combien de fois ne voitr-il pas, à côté de cette existence de poète ou de peintre, qui doit être faite de pensées, de rêves, de calme et de solitude, quelque autre existence que la fatalité a jetée au milieu de ses pensées, de ses rêves, de son calme et de sa solitude pour empoisonner sa vie et peut-être gêner l'essor de son génie I
Tel fut, malheureusement, le sort réservé à Holbein.
Il avait épousé une femme qu'il aimait, dans laquelle, sans doute, il avait cru trouver l'idéal que poursuivent si avidement tous les artistes, et cette femme, au lieu d'être l'ange de la maison du peintre, en devint le démon, et lui, qui, comme tous les hommes forts par i le talent, était faible par le cœur, se courbait passive- I ment sous le joug odieux que lui imposait cette mégère. i
Pourtant, le ciel mit un jour sur sa route un saint ' homme, un ami qui, en lui montrant la gloire dans Pavenir, lui faisait oublier les misères du présent. Hol- i bien s'était lié avec Érasme, à l'époque où celui-ci vint i Bàle, et souvent tous deux, seuls dans l'atelier du peintre, s'entretenaient de ces grandes idées qui forliGent ; l'âme, et, quand Holbein rentrait dans sa vie inté-
rieure, si sa blessure n'était pas guérie, au moins la sentait-il moins cuisante.
Érasme avait beaucoup étudié, beaucoup vu, beaucoup souffert. Â dix-sept ans, ruiné par ses tuteurs, il était entré au monastère de Stein ; puis il était passé en Angleterre, où il était devenu Tami de Thomas Morus et d*Henri VUI, alors prince de Galles. De là, il avait été à Bologne étudier la théologie ; mais, pendant la peste de 1516, pris pour le médecin des pestiférés, il avait été poursuivi à coups de pierre par la populace et avait couru risque de la vie. Il s'était réfugié à Venise, avait vu ensuite Padoue et Rome, puis était retourné en Angleterre et enfin était venu à Bâle, où il avait fait la connaissance d'Holbein.
Comprenant tout de suite ce que le peintre souffrait, Érasme avait résolu de lui faire quitter sa patrie, et, un jour qu'il posait pour son portrait, il demanda à Holbein pourquoi il ne voyageait pas.
— Où voulez-vous que j'aille? lui répondit l'artiste. Toute ma famille, toutes mes affections sont à Bâle. Je ne suis pas heureux, c'est vrai ; mais on s'habitue à la douleur, et à présent j'y suis à peu près fait. Du reste, il faudrait quB mon voyage eût un but, que je fusse sûr au moins de trouver autre part plus de bonheur que je n'en ai ici.
— Mais, avec le talent que vous avez, avec les re-
ttt ITALIEIfS ET FLAMANDS
eommaodations que je pourrais vous donner, moi, pourquoi n'iriez-vous pas en Ângieterre? Woos y trouveriez un puissant protecteur, Thomas Moms^ mon ami, le ministre de Henri Vm. Partez seul; vous aurez rindépendance qui fera votre I)onheiir, le travail qni fera votre gloire. Ici, toutes ces douleurs domestiques, toutes ces souffrances quotidiennes, vous fatiguent, vous tuent. Tôt ou tard, votre géuie finira par se ressentir de ces tourments du cœur. Croyez-^moi, partez l
Il n'était pas diflidls de convaincre Holbetn, quisen* tait bien qu'Érasme avait raison; mais il lui fallait prendre une résolution pour rompre cette^ chaîne pe* sante, et, malheureusement, les hommes à» génie n'ont que la volonté de leur imagination et deiear art ; et ceux qui exercent sur la foule le pouvoir de l'intelligence, sont souvent eux-mêmes les esclaves de quelque être nul ou méchant.
Cependant le portrait d'Érasme s'acheva ; Holbein se laissa persuader tout à fait et partit, emportant pour Thomas Morus des lettres et le portrait de son ami.
Alors Holbein entra véritai>Iemeatdans une vie nouvelle, vie d'artiste, libre, joyeuse, errante ; alors, comme le prisonnier qu'on libère, il marchait heureux, le cœur dégagé, avec l'espace et l'avenir devant lui, n'ayant plus d'autre souci que sa gloire, d'autre rêve qu'un grand nom, d'autre pensée que l'art.
JBHK HOLBEIN IKSS
Q arriva à Loodres^ Thomas Horus le reçat d'abord comme on reçoit un homme iilastfe, puis, bientM, comme on reçoit un ami. Trois ans, il le garda près de lui, le faisant travailler dans un seul but, sans doute; car, un jour, il donna une fête à Henri VIII, en lui promettant des merveilles ; pais, lorsque le roi fut arrivé, Morus lui montra tous les tableaux qu'Holbein avait peints depuis trois ans ; et, comme Henii admirait ces chefsnd'œuvre, il le pria, de vouloir bien en accepter l'hommage.
Henri Vlli était comme sont tous les rois, comme fut Louis XIY vis-à-vis de Fouquet, jaloux qu'un homme, dans son royaume, possédât une gloire qui ne dépendait pas de lui, sachant bien qu'il ne faut souvent qu'un grand artiste pour faire rayonner toute une époque. Aussi voulut-il avoir Holbein à son service; Morus le lui présenta. Henri YIU demanda au protégé d'Érasme s'il trouvait l'Angleterre assez poétique et assez hospitalière pour vouloir rester auprès de son roi et devenir peintre en titre de la cour ; et, quand Holbein eut accepté, il se tourna vers Thomas Morus, en lui disant :
*— Vous pouvez garder les tableaux que vous venez de m'offrir, puisque désormais j'aurai l'auteur.
C'est, pour ainsi dire, de cet instant même que date l'amitié plutôt que la protection qu'Henri VÏÏI accorda
à Holbein, amitié d'artiste à artiste, de majesté à majesté, du roi qui comprend qu'il doit autant au peintre qui lui donne ses œuvres que le peintre doit au roi dont il est l'hôte.
Cette amitié se manifesta dans plusieurs circonstances, et surtout à propos d'une aventure assez bizarre qu'Holbein eût avec un gentilhomme anglais.
Holbein avait, comme tous les peintres, comme tous les poètes^ ce qu'on pourrait appeler la pudeur du travail , la coquetterie du talent : il lui répugnait de travailler devant des témoins, et surtout devant des indifférents. Or^ un jour, certain comte qui était assez incrédule et qui, comme saint Thomas, voulait toucher pour croire, se présenta à la porte de l'atelier d'Holà bein. Celui-ci s'excusa avec toute la politesse possible, disant qu'il ne pouvait travailler devant personne, et que, du reste, il y avait à Londres des choses bien autrement amusantes que de voir un peintre brosser un tableau. Malheureusement, le grand seigneur était aussi insolent que notre artiste était poli, et trop infatué de son rang et de son nom pour croire que, quand les portes des plus nobles et des plus grandes maisons s'ouvraient devant lui, un peintre pût avoir l'audace de lui fermer la sienne. Mais l'artiste ne se laissa point intimider et persista résolument dans son refus ; si bien qu'il en résulta une querelle assez vive, à laquelle Hol-
bein, qui était pressé de se remettre au grand portrait de Henri Vin qu'il venait de commencer, mit fin en jetant le comte du haut en bas de Tescalier ; après quoi, il rentra dans son appartement comme Achille dans sa tente. Mais, toute réflexion faite^ il pensa que le grand seigneur, par suite de sa chute aventureuse, devait être aussi fortement blessé au moral qu'au physique ; que ce même grand seigneur avait autour de lui des amis puissants et des domestiques nombreux, tandis que lui^ Holbein, était seul avec sa palette et ses pinceaux ; ce qui rendait la lutte par trop inégale. 11 aima donc mieux prévenir le coup que de l'attendre, et il alla se jeter aux pieds d'Henri YIU, lui demander sa grâce, sans toutefois lui expliquer son crime, se doutant bien qu'il l'obtiendrait difficilement s'il commençait par avouer à Sa Majesté qu'il avait détérioré sa noblesse.
Puis, quand le roi lui eût pardonné une faute dont il ignorait la nature, Holbein, confiant dans la parole d'Henri VÏÏI, lui dit en quoi consistait cette faute.
— Ainsi, le comte voulait étitrer malgré vous? demanda le roi.
— Oui, sire.
— Et quelle raison donnait-il ?
— Son nom.
— Par exemple 1... Et que lui répondiez-vous?
— Le vôtre, sire, dont je me faisais une protection.
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-- Et il a insisté?
— Oui, sifa --Et alors?,,,
-*- Alors, conuae j'étais pressé de travailla an portrait da roi, que la discosBioa m^avait forcé d'interrompre, j'ai repoussé le conai», et je lui ai faii deswB^ un peu trop vite la rampe de l'escalier* .«
— Mais il n'est pas tué?
-^ Oh ! non, sire..* Pourtant, ee doit être, à l'iieaie qu'il est« un noble bien endommagé..*
£n ce moment, on vint annoncer .au m\ qu'on gentilhomme blessé et meurtri avait une plainte à exposer devant lui.
Henri pria Holbein de ne pas sortir que l'affaire ne fût terminée, et ût entrer oU plutôt apporter le malheureux Iwd.
Celui--ci^ aussitôt en présence du roi, se mit à exposer ses griefs avec une telle vivacité et une telle hauteur, qu'Henri VQl ne tarda pas A perdre patience.
— Assez, monsieur I «'écria4-iL Je vous défeods sur votre vie d'attenter à celle de mon peintre. La difierence entre vous deux est trop grande 1 De sept paysans, je puis faire sept comtes comnae vous^ et de sept comtes comme vous, je ne saurais faire un Holbein. Maintenant, oubliez c^te aventure, et je consens à oublier ce que vous m'avez dit.
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Le ecMnte fat bien foreé de se courber sous la Tolonté royale j il promit de ne tirer aucune vengeance d'Bolbein, comprenant que ce serait foKe de vouloir lutter contre un homme* si puissamment protégé.
Holbein, sût désormais de Faffection du roi, ne s'occupa plus que de la conserver. Il se remit donc à l'œuvre, el, atï bout de quelque temps, eut fini ce beau portrait en pied d'Heffri Vin, qu'il a copié plusieurs fois. L'original fut placé au pa:laâs de Whitehall, avec ceux du prince ÉdûuaTd et des princesses Marie et Élisabetb.
Benrï VIII venait souvetrt voir Fartîste dans son atelier, et causer avec lui pendant qn^il travaillait. Pour le roi, la consigne était levée, et Holftein n'avait aucune répugnan€e à travafllef devant hri. Plus d'une fois, sans doute, quand ils étaient seuls, le roi ramassa le pinceau* du peintre, comme Charles-Quint celui dii Titienr.
Après le portrait d'Henri VHI, ffolbein fit natuTeiïément tous ixm. des grands et des dames de la cour, mais fioufl ignorons si^ dans ce nombre, se trouvait celui du: cdmte qu'il avait si mal reçu.
VetB le Bïême temps, il exécuta encore deux autres tableaux : le Trkmpfie de la Kiehesse et la Récompense de tw Pioewvrefé^ qui' semblent avoir été faits pour des plafettdi!. Bans ces detcttoiïes se révèlent véritabfeuient
toute l'habileté d'exécution du peintre et tout le génie du poète.
Un riche amateur de Londres, André de Loo, rechercha tout ce qu'il put trouver des ouvrages d'Holbein et s'en forma un cabinet. Il avait ce beau portrait de maître Nicolas Lallemand , astronome du roi ; celui de M. Cromwell, habillé en docteur; celui d'Érasme et celui de l'archevêque de Cantorbéry; une grande composition à la détrempe^ qui renfermait les portraits de Thomas Morus, de sa femme et de ses enfants. Après la mort d'André de Loo, ce tableau, un des plus beaux d'Holbein, fut acheté parle neveu de Thomas Morns.
Il y avait autrefois à Amsterdam une fort belle toile d'Holbein représentant une reine d'Angleterre, dont le vêtement, de drap d'argent, était admirable de brillant et de vérité.
Florence avait aussi quatre portraits de lui : Luther, Morus, Richard Southewal et enfin Holbein lui-même.
Dans le musée de Dusseldorf , on voit une Femme en bacchante^ un Paysage et le portrait d'un personnage inconnu. On a encore d'Holbein le portrait de Jeanne de Gléves, un Homme tenant une tête de mort, le Sacrifice d* Abraham, le portrait d'une femme habillée de noir, ^ et le portrait d'un négociant, Georges Oisein.
A Bâle, sa patrie, on conserve la Danse des Payscms; la Passion du Seigneur ^ en huit compartiments, le por-
trait du père d*Holbeiii ; un grand Christ mort; le portrait d'une femme qu'HolI^in a peinte une seconde fois en courtisane, parce qu'elle avait refusé de lui payer le prixconvenu pour le premier portrait, vengeance d'artiste à laquelle on doit un petit chef-d'œuvre de plus ; enfin, sur les murs du cimetière de Saint-Pierre, se voyait autrefois la célèbre Danse des morts.
Cette dernière composition, attribuée à Holbein dans sa patrie même, lui est contestée par quelques savants. — Les savants contestent toujours! — En tout cas, comme l'auteur inconnu appartient évidemment à l'école d'Holbein, comme l'œuvre est de l'époque où Holbein habitait Bâle, et que, puisqu'on la lui conteste, c'est qu'il y a des raisons pour qu'elle soit de lui, nous aimons mieux la lui laisser jusqu'à ce que l'auteur anonyme se fasse connaître, et nous allons emprunter à l'une des mille copies qui en ont été faites^ la description de cette Danse des morts ^ copie dont nous reproduirons les explications simples et naïves.
La Danse des morts fut retouchée, en 1568, par Rlauberj puis en 1616, en 1658, en 1703, et elle fut enfin détruite en 1805.
Le premier groupe représente un prédicateur avertissant les hommes de toutes les conditions, qu'un jour sonnera l'heure du jugement. Voici la traduction, ou, si vous voulez, le commentaire que nous donne la copie :