ANDRÉ DE MANTE6NA
distingués du xv*" siècle, et Isabelle élevait le plus beau cabinet de statues antiques et de médailles de toute ntalie. Gonzague n'eut garde d'oublier André deMantegna, qu'il ut venir et à qui il donna une maison dans la ville, une ferme près de Milan, et qu'il eréa chevalier en échange des embellissements que le peintre avait faits à son palais de Saint-Sébastien et de la suite de tableaux qu'il lui laissait, représentant le Triomphe de César, que Vasari regarde comme le chefd'œuvre d'André.
Ces tableaux ont été gravés par le peintre lui-même, avec quelques changements du reste, et gravés depuis encore sur cuivre, par Van Oudenaerd, d'après une gravure sur bois exécutée en manière de clair-obscur par André de Mantegna.
Cette faveur de Gonzague n'avait pas peu contribué à augmenter la réputation d'André de Mantegna en Italie, et le pape Innocent Vin le fit demander au marquis.
En effet, en 1484, était mort Sixtç IV, le pape débauché, un an après Louis XI, le roi-bourreau, et, si la France gagna i la mort de son roi^ Rome ne gagna guère à la mort de son pape. Innocent VHI arriva au Mne pontifical escorté de ses bâtards, qu'il logeait dans te palais de Saint-Pierre; l'un épousa la fille de Laurent de Médicis, et les autres s'enrichirent avec les fonds des croisades turques. Le bruit courait qulnnocent Vin
avait été marié, ce qai ne changeait en rien la position des enfants; car» s'ils étaient légitimes par le mariage, ils redevenaient bâtards par l'élection de leur père à la papauté.
Du reste, tout avare et tout débauché qu'il était, il se trouva effacé, pour ces deux vices et pour bien d'autres, par Paul U, qui le précède, et par Alexandre Borgia, qui va le suivre.
Cependant, s'il n'eut pas pour Dieu le respect du pape, il eut pour ses églises le goût de l'artiste ; il en ût restaurer quelques-unes, et, comme nous l'avons dit, fit venir André de Mantegna à Rome pour lui confier les travaux du Belvédère.
Le peintre se mit à l'œuvre et peignit au Vatican ooe chapelle, en partie détruite aujourd'hui, dans laquelle domine encore l'imitation de l'antique, mais où l'on voit cependant les progrès qu'il dut aux che&-d'œuvre qu'il étudia dans la ville sainte. A compter de ce moment, sa manière va s'améliorant toujours. Ses fresques sont faites avec le fini do la miniature, avec une grande science du dessin et surtout avec une finesse de pinceau incroyable.
Le pape, comme nous l'avons dit, péchait fort par l'avarice, et il eût été assez aise d'enrichir le Vatican d'uDe chapelle qui ne lui eût rien coûté et dont Dieu seul, au jour des récompenses éternelles, eût tenu
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compte au peintre. Malheureusement, en attendant cette seconde vie que lui promettait le descendant de saint Pierre, André de Mantegna n'était pas fâché de rendre celle dont il jouissait le plus longue et le plus agréable possible. H travaillait donc toujours, semant les plafonds et les murailles de miniatures à faire envie à une fée, espérant qu'il \iendrait un jour où Sa Sainteté Innocent Vni penserait que l'artiste, pour conlinuer de pareils travaux, devait avoir besoin d'argent, et se souviendrait qu'elle ne lui en avait pas encore donné. Aussi, chaque fois qu'il voyait entrer le visiteur pontifical, l'espérance lui revenait au cœur; ouais le sainte-père quittait la chapelle sans laisser autre chose que des éloges qui, comme vanité, devaient satisfaire André, mais qui, quoiqu'ils vinssent du représentant de Dieu, ne pouvaient, dans aucune circonstance, remplacer la monnaie frappée à l'efiigie d'un roi temporel.
André était discret et ne savait quel moyen imaginer ponr demander au pape Targent dont il avait besoin, lorsqu'un jour qu'il peignait des figures représentant te Vertus, il lui vint à l'idée de mettre, parmi les plus faiinentes, la Discrétion, persuadé qu'Innocent Mil, svec sa double vue d'apôtre, devinerait le sens de cette allégorie pécuniaire.
En effet, quand Sa Sainteté entra pour voir si le
peintre avançait, cette nouvelle figure fut la prenuèie qui le frappa.
— Quelle est cette nouvelle Vertu ? dit-il à André.
— La Discrétion, reprit l'artiste avec un son de voix qui semblait exclure toute intention.
— £h bien, remarqua Innocent Vin, il faut la mettre à côté de la Prudence.
Et il continua d'admirer les nouvelles productions d'André, qui ne put rien ajouter, et se remit à attendre que la main du pape s'étendît vers lui pour autre chose que des bénédictions.
Il faut avouer, à la louange du succes^ur de Sixte IV, que ce moment ne se fit plus trop attendre, et que, lorsque le peintre revint à la cour de Gonzague, i il rapportait de la générosité d'Innocent Vni assez de présents et d'honneurs pour oublier qu'il les avait at-j tendus un peu longtemps. i
Parmi les plus belles choses qu'il laissa, on peut encore citer, outre le Triomphe de César, dont nous avons déjà parlé, et qu'il fit pour le marquis de Mantoue, VEnftmt Jésus dormant sur le sein de sa mère, qu1| exécuta à Rome. Le fond du tableau est occupé paruna| montagne percée de grottes où Ton aperçoit des on vriers qui extraient des pierres. Les moindres partil de ce précieux morceau, dit Vasari, sont exécutées avU une telle finesse, que Ton a peine à croire que ce ré<