‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 11 sur 23 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'innocente Itha est répudiée par son mari,

Henri, dont la fureur avait été plutôt excitée qu'assouvie par l’horrible exécution dont il avait été l'ordonnateur et le témoin, se rendit immédiatement à l'appartement de son épouse, accompagné jusqu’à la porte par Dosninico, ce mauvais génie qui s’attachait à lui jusqu'à ce qu’il eût rempli l’épouvantable mission qu’il s'était donnée. La comtesse, occupée à travailler au milieu de ses femmes dans une partie éloignée du château, n’avait aucune idée de la scène de sang qui venait de s’accomplir ; mais l'entrée brusque et impétueuse de son ari lui fit assez comprendre qu'il était en proie à un violent emportement. Elle se leva cepeudant, et vint à sa rencontre comme à l'ordinaire, pensant l’adoucir par ses té moignages de déférence et d'affection ; mais il la repoussa avec brutalité. Itha, tremblante de tous ses

membrcs et près de perdre connaissance, ne put répondre par un seul mot à ce grossier outrage. Mais Henri, l’apostrophant avec les expressions les plus injurieuses, s’écria : ‘ Femme sans honneur et sans foi, comment ai-je mérité l’infamie que vous jete sur mon nom | ”

Ces paroles de mépris pénétrèrent comme un trait de flamme l’âme innocente de la malheureuse Itha. Elle voulut défendre son honneur, prouver qu’elle était irréprochable, protester au moins contre la calommie qui brisait son cœur; mais sa bonche se refusail à prononcer un seul mot, elle balbutiait des

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paroles inintelligibles, et ne trouvait pour repousse l'horrible accusation qui s'élevait si brusquemer contre elle que des gestes désespérés et des sanglo convulsifs. Henri, toujours dominé par sa funes! passion, l’abreuvait des plus sanglantes injures n'écoutait ni les plaintes ni les gémissements. Enf Itha se précipita à genoux devant son époux, juran en levant les mains vers le ciel, qu’elle était innc cente et pure, et le suppliant de l'écouter un se instant. Mais Henri était incapable de rien entendre ses lamentations et ses serments ne parvenaient p jusqu'à son âme, en proie à la plus violente frénési à une espèce de démence ; furieux comme un tigr il saisit son épouse dans ses bras nerveux, en s” criant: ‘ Reçois la juste récompense de ton infa mie !” et il la précipita de la hauteur du château, de la hauteur bien plus considérable encore du roche à pic qui lui sert de base, dans l’horrible précipic béant qui s'ouvre au-dessous des fenêtres ouverte:

L'époux furieux, qui croyait par cet acte injus! et odieux avoir sauvé son honneur, ne pouvait pli suivre des yeux son innocente victime ; toujours ivr de rage, il quitta cet appartement, et l’on entend toutes les portes retentir violemment derrière lu jusqu’à ce qu’étant parvenu dans sa chambreil tomh épuisé sur un siège. Tout fuyait devant lui dans | château, et personne n'aurait voulu paraître devar ses yeux ; car celui même qui n'avait pas le plus lége reproche à se faire pouvait craindre d’être victime d Ja fureur du comte. Les femmes dela comtesse, touts hors d’elles-mêmes, consternées et presque privé. de sentiment, quittèrent en frémissant la chamb: d'où leur malheureuse maîtresse venait dedisparaît: si subitment; le silence lé plus profond régnait dar

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le château, et personne n'osait ouvrir la bouche. Ceux des domestiques qui ne connaissaient pas encore l’épouvantable catastrophe qui les avait privés d’une si bonne maîtresse, pressentaient bien qu'un grand malheur planait sur le château ; mais il ne pouvait se faire une idée de celui qui venait d'arriver, et ils n’osaient s‘interroger réciproquement. Quand ils connurent l’horrible vérité, tous fondirent en larmes, car aucun d’eux n'avait le moindre doute sur l'innocence d’Itha, et tous pensaient que le comte avait été abusé par de fausses apparences et entraîné par l’indomptable emportement de son caractère. Aucun des habitants du château ne pénétrait l'origine de cette épouvantable scène, et ceux qui connaissaient l’histoire de la bague ne pouvaient pas présumer que c'était la découverte de ce bijou qui avait causé le meurtre de Kuno.

Dominico cependant jouissait de voir sa vengeance complètement satisfaite, et, tandis que tout le château était plongé dans le deuil et la consternation, lui seul se réjouissait intérieurement, et allait avec délices repaître ses yeux des traces sanglantes que le corps du malheureux Kuno avait laissées sur les pierres et les ronces. Comment aurait-il pu pré« voir alors que l'innocence et la vertu pouvaient encore l’emporterici-bas sur ses infâmes artifices ?

Cependant il ne put longtemps supporter la vue de ce sang innocent, qui, comme celui d’Abel, semblait crier vengeance contre un impie meurtrier. Il quitta tout pensif la fenêtre à laquelle il s'était mis, et employa toutes les ressources de son esprit pour maintenir son maître dans la conviction qu’Itha et Kuno n'avaient subi que le juste châtiment de leur crime. Il s’empressa aussi de répandre dans le chà-

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teau et dans tout le comté le récit grossi et astu, sement raconté del’intrigue coupable quiavait n sité ce double châtiment. Quelques habitants cru à la vérité de ce récit, parce qu'ils aimaient seigneur et ne voulaient pas le croire coupable d telle injustice. Mais beaucoup d’autres connaiss: la passion dominante du comte et la fourberi, son favori Dominico, et, se souvenant d'ailleur la piété de la comtesse, ils ne purent jamais ajo foi à ces inculpations, ni regarder la vengeance comte comme légitime. Dans l'esprit du plus gr nombre, Itha fut toujours innocente, et plus d’ larme coula en sa mémoire.

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