‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 14 sur 23 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Itha dans la solitude,

Au lever de l’aurore, Itha sortit de ce so fortifiant, et sa première pensée fut, comm les jours, un acte de remerciement élevé x ciel ; ce jour-là toutefois, sa prière avait un tère inaccoutumé de solennité. Les nombre:

seaux réunis autour d'elle accompagnaient s tions de grâces de leurs aimables mélodies, e que la prière qu’elle adressait à Dieu dans l’ef de son cœur fût prononcée à voix basse, elle lait comprise par les petits oiseaux, et l’on dit que les louanges du Seigneur étaient ré au milieu du feuillage par un chœur de ces p vierges qui consacrent dans la solitude leure innocentes à la gloire du Très-Haut. H n'yave un arbre, pas un rameau, pas un buisson qui couvert de ces chantres ailés du matin, en qu'ils paraissaient s'être réunis là pour fêter | nement de la nouvelle hôtesse de la forêt et pc consoler en disant: ‘* Regarde- nous, faibles et : rants oiseaux que nous sommes, etapprends à naître la sollicitude paternelle du Tout-Puis qui daigne pourvoir à tous nos besoins. Nous : semençons ni ne moissonnons, nous n’avons p provisions amassées dans les granges, et cepen la bonté divine veille à ce que nous ne soyons dépourvus du soutien nécessaire à notre inutile Pourquoi donc cette même puissance etcette m bonté ne viendraient-elles pas à ton secours ? P

ce sommeil

comme tous levé vers le ait un caracombreux oiaient ses acdies, et bien ns l’effusion e, elle seml'on zæurait nt répétées e ces pieuses leurs voix n’y avait pas n qui ne fût n, en sorte fêter l’évét et pour la les et ignoends à cont- Puissant, Nous n’envons pas de | cependant soyons pas inutile vie.

cette même urs ? pour-

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quoi ne te conserveraient-elles pas, toi bien plus chère et bien plus précieuse à ses yeux ?”

Ranimée par ces pieuses inspirations, Itha se leva et s’occupa de chercher un endroit qu'elle pût approprier pour en faire sa demeure habituelle. Non loin du lieu où elle avait passé la nuit, un ruisseau limpide et clair comme le cristal coulait du haut d’un rocher, au pied duquel se trouvait un espace assez large couvert de gazon et de mousse, et renfermé entre de touffus sapins. Itha résolut de s’arrêter là et d'y construire une petite hutte sous le plus épais de ces sapins, dont les branches inclinées touchaient presque la terre. Mais comment une faible femme, une noble comtesse, pourra-t-elle construire le plus simple abri avec ses mains délicates sans le secours d'aucun instrument ? La nécessité apprend à prier, dit un vieux proverbe allemand : elle enseigne également à travailler. Itha ne perdit pas un instant dans l'inquiétude et l’hésitation ; mais, fortifiée par sa prière matinale et parla confiance qu'elle plaçait dans le :ecours de Dieu, elle chercha à réunir les matériaux nécessaires à sa construction, et alla ramassant de tous côtés des branches sèches, des rameaux veris, des feuilles, de l’écorce, si bien que dès le premier jour elle avait amoncelé au pied de son vieux sapin un dépôt assez considérable de toutes ces provisions,

Après un travail aussi rude et aussi nouveau pour la malheureuse comtesse, il était naturel que le besoin de nourriture se réveillât en elle, et bientôt il devint extrêmement pressant. Itha, qui dès le matin avait puisé dans la vue des oiseaux de la forêt une confiance sans bornes dans la bonté paternelle du Créateur, recourut à la divine Providence dans cette

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nouvelle nécessité, et, quand elle eut achev oraison, elle se sentit arcesi rassurée sur ses be que si elle eût vu devant elle une table abon ment servie. Conduite par la main de Dieu marcha au hasard, et se trouva au bout de que pas sur un terrain incliné et exposé au sole midi, où mûrissaient en grande adondance les belles fraises qu'elle eût jamais vues. Bien qu corps fût avide de nourriture, elle commenc:

élever son âme reconnaissante vers Celui à qu devait évidemment cette précieuse décou ‘“ O Dieu tout-puissant et miséricordieux ! s’éc elle, jamais dans mon château je n'aurais appris bien que dans cette solitude à connattre toute l’ due de votre divine sagesse et l'immensité d bienfaits. Oui, Seigneur, vous êtes miraculeux vos décrets, et plus miraculeux encore est :

amour infini pour les créatures 1”

Telles étaient les pensées qui rem plissaient 1 d'Itha lorsqu’. le s'inclina, pleine d’une douce s faction, ver. <s précieux dons de Dieu. Un peu loin elle d'-vuvrit encore des airelles en très gr quantité, et se trouva ainsi pourvue d'aliments | plusieurs jours. Ce simple repes, préparé par la voyance de Dieu, et ces fruiis qu’elle cueillait même, lui parurent mille fois plus savoureux ne lui avaient jamais semblé les mets de la t seigneuriale, préparés avec tout l’art des cuisini Combien les actions de grâces qu’Itha adressa au après ce premier repas fait dans la forêt ne fur: elles pas ferventes 1 Puissent tous les hommes connaître comme elle le faisait tous les présent: Dieu, et ne pas les profaner par de coupables ab Qu'ils en jouissent toujours avec un cœur aussi

achevé son ses besoins abondam- Dieu, elle de quelques u soleil du nce les plus ien que son imença par ii à qui elle

découverte.

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connaissant que le sien, et la bénédiction divine s’étendra sur eux comme une abondante et précieuse rosée.

Itha, fortifiée par cette nourriture que le Ciel lui avait accordée, consacra encore le reste de !a journée au travail, et la nuit tombante la trouva occupée à ranger et à disposer tous les matériaux qu'elle avait réunis. Ses membres fatigués éprouvaient un grand besoin de repos et de sommeil ; Mais Jtha ne pouvait terminer autrement que par une ardente prière ce premier jour passé dans sa nouvelle demeure, et pendant lequel la protection céleste s'était si merveilleusement manifestée à elle ; ce ne fut donc qu'après s'être pendant longtemps agenouillée en présence de Dieu qu’elle se livra au repos, au pied de son vieux sapin, où elle avait déjà pour reposer sa tête un oreiller composé de tendres rameaux de sapin et de mousse sèche,

Ainsi le sommeil ferma les paupières d’Itha pour la seconde fois depuis qu'elle n'avait plus d'autre appui dans le monde que sa confiance dans la divine Providence. ‘

Le jour suivant, le soleil ne se leva pas aussi radieux que la veille derrière les hautes montagnes es Alpes; l'aurore était sombre et sembiait annoncer une journée pluvieuse, Ilha cependant se réveilla aussi remplie de calme et d'un doux contentement; après avoir terminé avec son recueillement habituel sa prière du matin, dans laquelle elle appela la bénédiction divine sur elle-même et sur le travail auquel elle allait se livrer, elle commença la construction de sa petite cabane.

D'abord elle fixa en terre aussi droit et aussi solidement qu'il lui fut possible de fortes branches de

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sapin, qu’elle lia par le haut avec les rameau dants de son vieux sapin, qui étaient assez pour former une espèce de toit ; elle remplit « l'espace qui se trouvait entre ces pieux av branches moins longues, entrelacées les une les autres et attachées avec de l’osier et d' plantes flexibles, Ainsi elle vit à sa grande j quatre murailles s'élever l’une après l'aut bientôt elle se trouva enfermée de tous côtés. vrai qu'au commencement cette nouvelle habi était encore bien peu solide, et que le treillag elle était composée était loin d’être suflisan serré ; mais chaque jour ce travail devenait plu fait, car Itha entrelaçait constamment de jeun Meaux avec ceux qui étaient déjà placés, e rembourrait les parois de sa hutte avec de la m et de l'écorce, jusqu’à ce qu'elle fût en ét: l'abriter complètement contre les atteintes du Quant au toit, qu’une pluie forte et prolongée! trait facilement, elle parvint à le garnir telle de fortes branches placées régulièrement et su plan incliné, que, lorsque l‘automne amena les miers fioids de la saison rigoureuse, cette dem pouvait parfaitement protéger celle qui l’hal contre la pluie et le vent, la neige et toutes les b rasques de l'hiver. Dans la paroi qui regarda midi, se trouvait une ouverture assez élevée, laissait pénétrer le jour et Ja chaleur bienfais du soleil. Au-dessous était pratiquée une autre verture plus grande, et destinée à servir de po elle était si basse, que pour entrer ou sortir il fa se courber beaucoup et écarter à chaque fois branches qui se croisaient, etqui, reprenant d'e mêmes leur place par l'effet de leur élasticité, maient immédiatement l’eutrée.

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C'était donc dans cette misérable hutte, qui n'avait pas même, à proprement parler, de porte ni de fenêtre, au milieu d'une forêt sauvage et loin de toute société, que faisait maintenant sa demeure cette jeune et noble comte:s:, qui quelque temps auparavant était souveraine d’un vasie comté, habitait un magnifique château, et commandait à de nombreux domestiques qui l'adoraient presque comme une divinité. Mais l'innocence respire plus à l'aise dans une misérable cabane, au milieu de la solitude, que dans les plus magnifiques palais où elle se voit en butte aux tentatives du crime; aussi liha éprouvait bien plus de satisfaction dans sa chétive demeure que dans les derniers temps de son séjour au chàteau de Toggenbourg. La petite croix qu’elle avait formée de deux bâtons liés ensembit, et qu'elle avait altachée dans l’intérieur de sa hutte, lui rappelait à chaque instant l’ineffable amour de son Sauveur, sa vertu sublime et les grandes souffrances qu'il a éprouvées ; il lui semblait qu’elle l’entendait Jui crier du haut de sa croix que c'était aussi par des souffrances supportées avec résignation dans ce monde qu'elle obtiendrait de jouir auprès de lui des éternelles délices que le Ciel réserve aux élus. Au dehors de sa cabane, ltha svait aussi élevé une croix plus grande, au pied de laquelle elle venait faire à genoux ses méditations lorsque le temps le permettait. La croix était douc pour cette pieuse solitaire le guide constant dans le chemin du Ciel, et la plus puissante consolation dans les peines de cette vie ; elle aurait la même vertu pour tous les hommes, s'ils * savaient se conformer aux intentions paternelles de Dieu.

L 0 ITHA La patience qu’Itha déployait dans ses souffra et la résignation avec laquelle elle acceptait le versités, ne l’empêchaient Pas de profiter de les moyens que Dieu lui suggérait pour fortifie Corps ef pour le conserver au service du Créa Entre autres soins de ce genre, elle ramassa très grande quantité de mousse fraîche qui cro de toutes parts dans la forêt, et s’en forma ur après l'avoir fait sécher au soleil. Mais où trou: t-elle la nourriture nécessaire pour un long h durant lequel la terre gelée et couverte de n reste pendant plusieurs mois sans porter at fruit ? Cette pensée aurait pu inquiéter graver Îtha, si, mettant trop sa confiance dans la bonté vine, elle avait passé tout l’été dans l'oisiveté, : songer à se prémunir contre les rigueurs et les vations de la mauvaise saison ; mais Itha, touj: soigneuse et prévoyante comme une bonne mèr, famille, s'était, dès le commencement de l'été, cupée de se préparer à l’hiver qui devait venir, ] avait ramassé une grande quantité d’airelles à r sure qu'elles approchaient de leur maturité, et avait fait dessécher à la chaleur du soleil ;ellep vint aussi à conserver des fraises de celte maniè Plusieursplantes lui fournissaient des racines épais et charnues, qu’elle retirait soigneusement de te à l’aide d’un bâton pointu, et qu’elle faisait és lement sécher pour les conserver pour l’hiver. I poires sauvages, les mûres qu'elle trouvait au n lieu des buissons épineux, et les belles prunell bleues qui mûrissent un peu plus tard, lui fonrnire encore une nourriture abondante, et elle fit d« aliments une si ample provisiuu. que sa hutte devi * froppetite pour ca . ir saut ee 1": Ileavait ramass

souffrances, tait les aditer de tous fortifier son a Créateur, imassa une ui croissait ma un lit, à trouveraong hiver, e de neige ‘ter aucun gravement | bonté di.

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Elle pouvait donc voir sans crainte l'approche de l'hiver ; car elle avait de quoi fournir aux besoins du corps, un logement pour la défendre contre les intempéries de la saison, et son âme confiante se remettait pour le reste aux soins bienveillants de la divine Sagesse.

Même pendant l'hiver, Itha ne voulut pas rester oisive ; elle avait, en effet, beaucoup de choses utiles à faire : son industrie devait suppléer aux instruments, aux vases, à tous les objels qui Jui manquaient ; d'ailleurs elle savait qu’un travail convenable est fort utile à la santé. Elle avait, pendant l'automne, recueilli une grande quantité de mousse tendre et beaucoup de brins d’osier et de baguettes flexibles ; l’aide de pierres pointues et tranchantes qu'elle avait ramassées, elle détachait l'écorce des troncs d’arbres,et la faisait tremper dans l’eau pour en enlever de tendres fibres, qu’elle faisait ensuite sécher à l’air. Quand la température le permettait, elle s’asseyait au soleil et utilisait tous ces matériaux ; elle était parvenue à former, avec la mousse tendre et les filaments les plus mous qu’elle trouvait dans l'écorce, une espèce de tissu dont elle fit des couvertures qui la garantissaient du froid ; elle tressa aussi de jolis paniers et des corbeilles avec son osier et creusa avec ses pierres aiguës des morceaux de bois dans lesquels elle puisait l’eau de ses repas. La nécessité lui avait appris à fabriquer elle-même un grandnombre d’ustensiles grossiers qui lui rendaient les plus grands services.

Au milieu de ses occupations, elle nt souvent son cœur ému par le souvenir de ses bons parents, et elle éprouvait pour eux une vive reconnaissance lorsqu'elle se rappelait les sages conseils qu’elle avait

se | ITHA

reçus d'eux. Elle croyait encore les entendre dire

‘ Apprenez tout ce que vous pourrez, mes che

enfants; ne négligez aucune Connaissance, car o

ne sait pas ce qu’on peut devenir et ce dont on aur besoin. Accoutumez-vous à aimer le travail ; il vau mieux à lui seul que tous les trésors du monde, ca Nous pouvons facilement perdre nos richesses, et c n'est qu'un Iravail assidu qui peut assurer notre existence.” Itha éprouvait maintenant toute la sa. gesse de cet avis, que les Parents prudents ne peuven trop répéter à leurs enfants. Si dans la jeunesse elle eût méprisé ces conseils et eût trop compté sur la fortune qui lui semblait assurée ; si elle eût passé son temps au milieu de divertissements, au lieu de le consacrer à l’étude de choses utiles, elle aurait infailliblement péri dans Ja sauvage forêt où elle se trouvait abandonnée. On ne peut donc s'appliquer trop tôt au travail et à l'étude ; car souvent il arrive que notre industrie et nos Connaissances peuvent seules nous garantir de la misère ou même de la mort.

Cependant il arrivait quelquefois qu’Itha restait plusieurs jours et même dés semaines entières sans Pouvoir travailler, à cause du froid continu! et excessif : ce n'était même qu'à grand’peine qu’elle Pouvait conserver, au milieu de la couche épaisse de neige qui couvrait la terre, un sentier pour aller à

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était tellement rempli de ses pieuses pensées, qu'elle oubliait souvent de puiser dans ces corbeilles sa nourriture corporelle. Dans tout ce qui l’entourait, même au milieu de la désolation de la nature, elle trouvait malière à ces saintes réflexions : un léger flocon de neige, une goutte d’eau glacée qui brillait sur les buissons dépouillés, étaient à ses yeux d'aussi grandes merveilles et d'aussi précieux dons de la

toute-puissance divine que les fleurs du printem ps

ou les fruits de l’été ; aussi tout excitait son âme à la louange et à l’adoration du Très-Haut. Avec quel bonheur n’accueillait-elle pas ensuite les premiers beaux jours du printemps, quand elle voyait les arbres révêtir leur verdoyante parure et toute la nature se ranimer aux vivifiants rayons du soleil! Sa ferveur et sa piété trouvaient de nouveaux aliments dans le gazon qui couvrait la terre, dans les feuitles qui s’épanouissaient sur les rameaux, et dans les fleurs odoriférantess dont se couvraient les buissons : une douce gaieté, une force nouvelle, s’emparaient de son cœur à ce ravissant speciacle, et Itha se croyait presque entourée des célestes délices ; de sorte qu'on pouvait avec raison lui appliquer ces belles paroles du prophète Isaïe: 4 Le Seigneur transforme leur désert en paradis et leur solitude en jardin de Dieu; la joie et l’allégresse y habitent, et l'on n’y entend retentir que des hymnes de reconnaissance et des cantiques de louange. ”

Il ÿ avait cependant une privation qui pendant longtemps causa à la pieuse solitaire de profonds regrets: c'était l'impossibilité ou elle était d'assister aux prières de l'Église, de é’associer au service divin, de participer aux sacrements de grâce et de sanclification. Mais elle se consolait en considérant

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chaque point de sa forêt comme un temple élevé À grandeur de Dieu, que chaque saison ornait d plus magnifiques Ouvrages de sa toute-puissanc Elle apprenait ainsi à adorer le Créateur dans Je Ouvrages de ses mains ; etcomme ses Prières appor

Pouvait se passer de fout secours humain; car les Consolalions célestes. remplissaient son âme, adoucissaient chacune de ses souffrances, et maintenaient son esprit calme et serein. Bien des heures, des

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