‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 16 sur 23 · ITHA LE · texte numérisé non relu

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cœur qui Jui fût dévoué, choisit Dominico pour le confident de ses neines intérieures. Cet infâme scé. lérat, malgré tous ses efforts, ne pouvait fournir au: comte des consolations durables ; car, lors même qu'il parvenait à colorer sa cruauté de l’apparence d’une légitime punition, il ne pouvait réussir à calmer les remords qui tourmentaient Henri, L'astucieux serviteur épuisait son adresse et son éloquence à rappeler au comte toutes les circonstances, qu'il savait adroitement 8rouper de manière à ne laisser aucun doute sur la culpabilité d’Itha. Comment, . disait-il, Kuno se serait-il trouvé posseseur de la bague s’il ne l'avait tenue de la comtesse? Comment aurait-il osé s'en parer publiquement si, dans son aveugle passion, il n’eût compté sur la protection de:sa complice ? Pourquoi enfin aurait-il, en mourant, invoqué avec tant d’ardeur le pardon de Dieu, . s’il n’eût été coupable du crime qu'on lui reprochait? *

Ces raisonnements et beaucoup d’autres du même gehre réussissaient à peine à tranquilliser Henri pour un moment. Toujours et toujours plus poignante re. venait cette pensée : Je l’ai condamnée, je l’aituée sans l'entendre et en colère. Cette terrible pensée, qui le poursuivait la nuit et le jour, détruisit toute la joie et tout le bonheur dans son cœur et altéra peu à peu les traits de son visage, autrefois si nobles et si réguliers. Souvent il croyait lire dans les

| yeux de ses serviteurs les justes reproches qu'ils lui adressaient dans leurs cœurs, et il fuyait leurs re. gards, qui lui sernblaient l’accuser. Quelquefois son imagination lui représentait l’innocente Itha com me une sainte entourée d’une clarté céleste et couronnée de l'auréole divine; et alors son âme était en proie

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aux plus violentes douleurs du repentir ; ou bien il

retombait sous l'empire des perfides suggestions de

Dominico, et alors il n’était pas moins malheureux et ne s'en reprochait pas moins la précipitation de sa vengeance.

Personne, depuis le funeste événement, n’avait pé. :

nétré dans la chambre d’Itha. Dominico lui-même s’en éloignait avec terreur, car il n’était pas non plus toujours exempt des remords et des tourments qui commencent ici-bas la punition des scélérats. Pour le comte, le séjour même de Toggenbourg lui devint insupportable ; car chaque pas qu'il faisait dans ce château, devenu si triste et si désert, lui rappelait trop cruellement son bonheur passé. Il s’éloignait donc de cette demeure et allait visiter ses voisins, ou de préférence ses amis éloignés, cherchant une distraction à ses chagrins dans les voyages, les parties de chasse et d’autres dissipations bruyantes.

Il voulut, avant de s’éloigner, prévenir les habitants de Kirchberg des malheurs de la maison de Toggenbourg ; mais il n’était pas sans inquiétude sur la manière dont il devait présenter cet événement et justifier sa conduite. Ce fut encore Dominico qui se chargea de ce soin ; il fit savoir aux parents d’Itha les épouvantables accusations auxquelles elle avait été en butte, et les leur rapporta comme des faits positifs, appuyés de preuves incontestables etrendus plus évidents encore par les aveux complets du chasseur Kuno, son complice. ‘‘ Le comte, ajoutat-il, ne pouvait, pour l'honneur de son nom et dans l'intérêt de la justice, laisser impunie cette infâme conduite, et il avait dû, quoique bien à regret, laver dans le sang de sa coupable épouse la tache faite à l'écusson de sa noble famille ; après avoir accompli

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ce triste et rigoureux devoir, il avait quitté son

. comté, et cherchait dans les voyages et auprès de ses amis l’oubli’de ses souffrances.” Les habitants de Kirchberg reçurent au milieu de la plus profonde douleur ces terribles nouvelles ; ils rougirent d'indi- ‘gnation en apprenant sous le poids de quelle accusation avait succombé leur bien-aimée Itha ; maisils ignoraient que le récit qui leur parvenait fût mensonger, et lors même qu’ils l’auraient su, ilsn’avaient pas assez de puissance pour songer à tirer vengeance du comte de Toggenbourg.

On imaginera facilement comment Dominico, cet homme sans honneur et sans conscience, se compor. tait au château de Toggenbourg, dont Henri l'avait laissé le maître absolu pendant son absence. Lui aussi avait besoin de dissipations, et il les cherchait dans les divertissements grossiers, dans les débauches ignobles, auxquels il se livrait aux dépens de son maître. Celui-ci revenait, après chaque voyage, plus triste, plus abattu qu'il n’était parti, et tout à fait incapable d'observer ce qui se passait dans son chàteau, et de veiller aux besoins de son comté. D'ail. leurs Dominico savait toujours se rendre nécessaire au comte, captiver sa confiance, et jui faire tout envisager sous le jour qui était le plus favorable à ses astucieux projets.

Ainsi s’écoulait l. temps à Toggenbourg:; dans son beau château, e uré de ses amis, au milieu des rich#sses et des plaisirs, Henri était malheureux. Itha, au contraire, vivait tranquille et satisfaite dans sa misérable cabane, au milieu des privations de toute espèce et dans le dénuement le plus complet, Ainsi une conscience pure et et sans reproche assure

toujours le calme et le bonheur de celui qui la pos-

Ha . #7 sède tandis que les remords remplissent d’amertume et empoisonnent tous les plaisirs. Tel est aussi

Henri choisit Dominico pour le confident de ses peines intérieures.

le danger de s’abandonner aux avis perfides d'an tonseiller criminel, qui sait l'emporter eur la voix de la conscience et empêcher le retour du pécheur à Dieu,

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