‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 17 sur 23 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Itha est découverte.

Peu de temps après la mort de l'innocent Kuno, Dominico avait confié les fonctions de chasseur à un autre serviteur du château, qui avait été l‘ami intime du malheureux auquel il succédait, et qu'il avait souvent accompagné à la chasse. Kuno lui avait même raconté toute l’histoire de l’anneau qui lui fut si fatal. Ce nouveau chasseur Parcourait souvent la forêt de Rabenstein ; mais la Providence ne permit jamais qu’il apprechât de la retraite que s'était choisie Itha; et Ja comlesse resta ainsi pendant dix-sept années dans la solitude sous la protection du Ciel, sans que personne en eût connaissance,

Il fallait tout ce temps pour purifier par des épreuves pénibles et continuelles l'innocence d’Itha de toutes les souillures de la faiblesse hu maine, pour la fortifier par une prière de tous les instants afin qu'elle pôt briller aux yeux du monde du plus vif éclat et annoncer la gloire de la toute-puissance de Dieu. 11 fallait aussi tout ce temps à Henri pour qu'il trouvât dans les reproches de sa conscience la punilion de ses fautes, pour que ses péchés fussent effacés par ses larmes, et pour que la miséricorde de Dieu lui fût complètement acquise, Enfin Dieu, dans sa paternelle longanimité, avait accordé tout ce temps à Dominico pour qu’il abandonnât la voie du péché, pour qu’il amendât sa vie et revint à des

entiments de religion, avant que sa honte ne fût

ITHA Li

révélée aux yeux des hommes, et sa perte accomplie pour le temps et pour l'éternité.

Un jour, le chasseur était allé dès la pointe du jour battre la forêt, et avait lâché ses chiens dès qu'il y fut arrivé. Ceux-ci pénétrèrent aussitôt dans les fourrés les plus épais, et le chasseur se trouva entraîné sur leurs pas jusque dans le cœur de la forêt, dans des profondeurs qu'il n'avait jamais fouillées. Quelle fut sa surprise en découvrant, dans un endroit où la terre avait été amollie, des traces qui avaient été imprimées par des pieds humains! Il ne pouvait concevoir qui avait récemment pénétré dans ce désert âpre et sauvage, et où lui-même, chasseur expérimenté, n'avait pu parvenir qu'à grand’peine au milieu des rochers escarpés et des épais buissons. Un coup de sifflet eut bientôt ramené les chiens à ses côtés, et le chasseur les mit sur la piste de ces vestiges, qui semblaient empreints depuis

peu sur le sol, et lui-même les suivit avec eux. Les

chiens, qui couraient en avant, furent bientôt arrivés à la hutte d’Îtha sous le vieux sapin, et le chasseur l’aperçut aussi ; mais il la prit au premier moment pour un rocher couvert de mousse, En approchant cependant, il reconnut que c'était une , misérable cabane ; il pensa d’abord qu'elle appartenait à quelque pieux anachorète, et il osait à peine regarder dans l’intérieur 4e la cellule, au fond de laquelle Itha, tout effrayée, restait immobile, se recommandant au Ciel par une fervente prière dans cette circonstance inattendue,

Lorsque le chasseur plongea ses regards dans la butte par la petite ouverture qu'il avait découverte, il aperçutune créature humaine qui lui parut singulièrement vêtue. En eflet, les habits de la com-

Li] ITHA

fesse s'étaient usés à Ja longue, malgré tout le soin qu'elle avait mis à les Conserver, malgré l’adresse avec laquelle elle les raccommodait au moyen des fibres les plus délicates des plantes ; elle n’en avait plus à cette époque que quelqnes lambeaux à peine suffisants pour vêtir son corps, et qui laissaient ses pieds et ses bras à découvert. Itha, plongée dans un profond recueillement, n'aperçut le chasseur que lorsque celui-ci la salua d’une façon bienveillante et lui demanda ce qu'elle faisait là et s’il pouvait lui rendre quelque service. Elle tressaillit violemmentau bruit de la voix humaine, qu’elle n'avait Pasentendue depuis si longtemps, et, le remerciant par un geste silencieux, elle ne savait ce qu’elle devait répondre, Les privations et les fatigues qu’Itha avait éprouvées dans sa solitude avaient imprimé leurs traces sur ses traits amaigris, mais sans les défigurer : son visage était toujours animé d’une expression douce et touchante ; depuis dix-sept ans elle s'était empreinte des signes d’une vieillesse respectable ; mais elle n'était pas changée au point d’être méconnaissable. Dès les premiers regards que le chasseur avait jetés sur elle, il avait eu la pensée que ces traits ne lui étaient pas inconnus ; mais il ne savait où il les avait vus précédemment. A la vue de ces. Yêlements en lambeaux, mais qui faisaient reconnaître le rang élevé de celle qui les portait, il se disait : 4 Si notre bonne comtesse existait encore, ce pourrait bien être elle ; ” puis, cette réflexion l'ayant éclairé comme un trait de lumière, et un coup d'œil plus altentifayant complété sa conviction, il s'écria : « Oui, vous êtes notre noble et excellente maitresse, que nous avons tant regrettée !.… Comment se fait-il que je vous retrouve vivante au mi-

lieu de ce désert, quand depuis tant d'années tout le monde croit que vous êtes au ciel, après avoir perdu la vie sur ces horribles rochers qui ont dû vous mettre en pièces | ”

Itha, qui reconnut aus 21 ancien serviteur, voyant bien qu'elle ne pouvait songer à se cacher plus longtemps à ses yeux, lui dit enfin : ‘ Sans doute ma mort semblait sûre et inévitable aux yeux des hommes ; mais Dieu, à qui mon innocence était connue et qui accueillait, dans sa miséricordieuse bonté, mes ardentes prières, a voulu me conserver saine et sauve. Ainsi préservée d’un horrible danger par le 'fout-Puis:an!, j'ai résolu de lui consacrer le resie de mes jours dans cgtte solitude.” Le chasseur, qui ne pouvait se lasser de contempler la comtesse, reprit avec ie plus profond respect : ‘ Noble dame, votre malheur, aussi grand qu'immérité, m'a fait répandre bien des larmes, ainsi qu’au :4.:5 grand

nombre de vos fidèles serviteurs ; m2:: i *:::: pou voir affirmer qu’il a été plusdouloui à15 neore our le cœur de votre nobie époux, ei ;: 5 iuis 118 qu’il n’emploie aujourd’hui tous le: :::%:::

pouvoir pour reconnaftrehautement 1: votre intagense et réparer l'injustice qu’il a commise k vüire syarde

J'ai maintenant à porter au château de sois une nouvelle aussi heureuse qu'inespérée, et je ne dois y mettre aucun retard. Que Dieu vous protège jusqu’à mon retour !” En prononçant ces derniers mots, il saisit respectueusement la main de la comtesse, qu’il arrosa de ses larmes, et s'éloigne sans attendre la réponse d’Itha, qui était encoreindécise sur ce qu’elle devait décider, et qui était à peine revenue du trouble et de l’effroi qu’elle avait éprouvés.

Une seule crainte restait à Itha, c'était celle de ne

me ‘

1 ITHA

Pouvoir accomplir le vœu qu’elle avait fait de rester

séparée du monde et de vivre uniquement pour Dieu,

Elle ne savait si elle devait chercher dans la forêt

une retraite plus impénétrable, Ou attendre l’arrivée pensée qu'elle

Re

Page 1