‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 18 sur 23 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Heori vient visiter Itha,

Le chasseur vola plutôt qu'il ne courut jusqu’à Toggenbourg, et ceux des âteau qui le virent arriver av chir tc:1:5 les port

et, par un heureux ‘il fût hors d'haleine aussitôt, après s'être

un miracle à peine

F, VOUS apprendrez

8, parle, dit le comte

épouse. la comtes-

- je l'ai trouvée. elle est innocen-

te...” Et le pauvre homme, encore tout essoufflé, voulant tout dire à la fois, raconta confusément, en

ITHA Li]

se répétant et en s’embrouillant dans ses récits, comment il avait rencontré la comtesse ; comment il lui avait baisé la main ; comment elle habitait une hutte dans les bois, et comment elle était misérablement vêtue.

Le comte, qui l’écoutait avec un intérêt toujours croissant, ne put cacher la surprise que lui causait ce rapport ; mais il dit d’un ton froid et triste qui ne le quittait plus : ‘ I} n’est pas possibie que la comtesse vive encore après avoir été précipitée du haut de ces rochers.” Puis, bien que son cœur lui dît plus fortement que jamais qu’Itha avait toujours été innocente, il ajouta : ‘* Elle a d’ailleurs subi la juste punition de son crime. ” Mais le chasseur, qui était bien certain de ce qu’il avait vu, et qui ne souffrait pas que l’on révoquât en doute son importante découverte, affirma sur sa tête et sur sa vie la véracité de son récit. Profitant d’ailleurs de l'occasion qui lui en était offerte, il raconta à Henri l’histoire de l'anneau telle qu’il la tenait de la bouche de Kuno, et il fit si bien, que le comte prit la résolution d’approfondir lui-même tout ce mystère, et d’éclaircir enfin tous les doutes qui le tourmentaient depuis si longtemps. 11 ordonna à son chasseur de ne révéler à qui que ce fût tout ce qu’il venait de lui apprendre, et de le guider immédiatement vers la retraite de la comtesse. Pendant le trajet qu’il fit en traversant la forêt, Henri sentait son cœur agité des pensées les plus diverses et les plus rapides. ‘Que ferai-je, se demanda-t-il, si elle vit réellement et si elle est innocente ? .… Et certes elle est innocente, si le Ciel l'a conservée si longtemps et d’une manière si miraculeuse. Mais si cependant elle est coupable et reconnaît son crime, que devrai-je résoudre ? Non...

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elle n'est pas coupable ; j'en dois croire la voix de la. vérité, qui s'élève si souvent et si fortement en sa faveur dans mon âme. ” Tandis qu'il était plongé dans ces réflexions, le comte suivait presque sans s’en apercevoir son chasseur à travers des buissons, des broussailles, des fragments de roc et d'épais taillis. Enfin son guide s'arrêta tout à coup, et lui montra du doigt, en silence, la hutte de la comtesse,

Itba, qui l’attendait avec anxiété, s’aperçut aussitôt de l’arrivée d'Henri. Pleine de respect pour son époux, elle s’avança à sa rencontre, vêtue de ses misérables haillons, et le salua avec la douceur et la grâce prévenante qu’elle montrait loujours autrefois à son approche. Le comte l’avait immédiate. ment reconnue, et dès le premier coup d'œil il fut convaincu, par le calme de ses traits et la dignité de sa contenance, de l'innocence de la malheureuse Itha, innocence que sa conservation miraculeuse prouvait déjà suffisamment à ses yeux. Profondément touché et rempli de confusion par cet accueil amical et tranguille, il osait à peine lever les yeux sur son épouse et ne pouvait prononcer une parce, tant il était suffnqué par les sanglots. Il se précipite enfin aux pieds d'itha en lui disant : ‘ Pardonnez, oh ! pardonnes-moi, douce et pure victime!” Et comme elle lui tendait avec douceur ses mains pour le relever, il s’écria : ‘Non! vous ne pouvez me pardonner, je fus trop coupable. Vos innocentes mains ne peuvent toucher celles d’un barbare, teintes encore d'un sang irréprochable. L'injustice que j'ai commise est trop grande... Vous dans cet état 1... et c'est moi qui vous y ai plongée!.., Ah ! je ne suis plus digne de vous voir ni fouler cette terre où Dieu vous a si miraculeusement conservée...” Et

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des torrents de larmes s’échappaient des yeux du comte.

Toujours douce et indulgente, Itha pleurait avec lui; elle ne voulait pas souffrir qu'il restât à ses pieds, et lui disait : O mon Henri, je n’ai jamaiconservé de ressentiment contre vous; je connaissais trop votre bon cœur pour vous croire capable d’une pareille action, si l’on ne vous eût séduit et abusé. Écoutez votre Itha, qui vous aime toujours, si vous consentez à l’aimer encore. Voyez, je suis bien portante, Dieu m'a conservée avec la vie mon contentement intérieur et ma sérénité; aujourd’hui que je vous revois, je voudrais vous retrouver aussi heureux et aussi consolé que moi. ” Mais Henri entendit à peine les paroles d’Itha, et il n’avait pas le courage de la regarder. ‘OO mon Iiha, disait-il, vous avez la candeur et la bonté des anges, et moi, je ne suis qu'un barbare et un infâme indigne de votre pitié, Votre belle âme peut bien oublier mes torts ; mais Dieu, qui juge chacun suivant ses œuvres et dont le sévère justice atteint toujours le criminel, Dieu pourra-t-il me pardonner?

— Oui, Henri, dit Itha, lui aussi te pardonnersa ; car sa miséricorde est sans bornes pouriles pécheurs repentants, et son amour ineffable s’étend sur tous ses enfants. Ce n’est pas aujourd’hui seulement qu'il oublie vos fautes, et depuis longtemps vos larmes ont effacé vos péchés aux yeux de la justice divine. Tout cela, d’ailleurs, n’a pu arriver que par la velonté de Dieu, qui savait que ces épreuves nous seraien! salutaires. Tous les deux, heureux dans notre châtess, au milieu du benheur et de l'opulence, nous aurions pu oublier et abandonner le chemin de la vertu ; notre perie éternelle aurait pu résulter

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des abondantes bénédictions qu'il répandait sur nous. Sa bonté nous a séparés afin de nous conserver tous les deux pour le ciel. Nous devons reconnaître sa sagesse infinie, le-remercier de ses innombrables bienfaits, le louer et l’adorer sans cesse. C'est encore moi qu'il a le plus favorisée et qu'il a le plus rapprochée du ciel en m’amenant dans cette solitude.”

Henri ne résista pas plus longtemps à ces douces etconsolantes paroles; son cœur dut croire à ce qu'il Osait à peine espérer, et il fat convaineu enfin qu'il avait obtenu du Ciel et d’Itha l’entier pardon de ses fautes. Pressant les mains d'Itha dans les siennes, il les éleva ensemble vers les cieux, en disant : “Que des grâces éternelleste soient rendues, Ô Dieu tout-puissant, pour ta miséricorde infinie et pour cet instant que ta bonté m'accorde, et qui est le plus heureux de ma vie.” Implorant encore une fois son pardon de la comtesse Itha, il lui promit de consacrer {oute sa vie à lui faire oublier les souffrances que son injustice lui avait causées ; mais en même temps il jura qu’une mort terrible le vengerait du monsire qui l'avait poussé à commettre ce crime.

Itha, qui devint toute tremblante et recula d’ef. froi à ce terrible serment, lui dit avec douceur : ‘Avez-vous done oublié déjà, mon cher Henri, combien de regrets ont suivi souvent chez vous les desseins conçus et exécutés dans un moment de colère ? Où serions-nous tous, si Dieu avait fait suivre chacune de nos fautes d’une aussi prompte punition ? Vous ne refuserez pas aujourd’hui d’exaucer la prière de votre Itba, et vous vous montrerez miséricordieux comme Dieu l’a été à votre égard. En vous pardonnant, j'ai aussi pardonné à tous ceux

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qui ont contribué à me jeter dans ce malheur apparent; une seule goutte de sang ne doit donc pas être répandue à cause de moi. Pardonnez-lui les offenses qu’il a commises à mon égard, et Dieu vous pardonnera celles que vous avez commises envers lui.” Henri ne pouvait rien refuser à la comtesse ni résister à cette pieuse prière ; et ainsi Itha voulut encore une fois sauver celui qui avait voulu attenter à son honneur et qui avait conspiré contre sa vie.

Mais l'intercession d’Itha ne fut d’aucune utilité pour Dominico ; car, lorsqu'il eut appris que sa victime vivait encore et que le comte était convaincu de l'injustice qu'il avait commise, ce monstre tomba dans le plus complet désespoir. Les crimes dont il avait souillé sa vie ne lui permettaient aucun espoir d'échapper à la justice humaine, et depuis longtemps il avait cessé de compter sur la miséricorde divine pour son salut éternel. L’horrible pensée du suicide s'empara seule de son esprit, et, comme tant de scélérats endurcis, il finit une vie criminelle par le plus grand et le plus irréparable des crimes. Par une espèce de justice qu'il se fit à lui-même, il choisit le genre de mort qu'il avait voulu imposer à l'innocente Itha, et se précipita du haut des tours du château dans l’abime qu’elles dominaient ; et comme le Ciel, las de ses crimes, ne lui prêta pas le même secours qu’il avait prêté à Itha, son corps fut broyé dans sa chute et déchiré sur les pointes du roc. Ainsi les grands coupabies préviennent souvent les vengeances de la justice humaine. Q vous, âmes faibles et malheureuses qui avez des fautes à vous reprocher, arrêtez-vous donc, il en est toujours temps, sur le penchant de l’abîme ; car si vous vous shandonnez aux perfides séductions du vice, vou

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