‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 19 sur 23 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Itha reste toujours la{ fidèle servante du Seigneur. ie

Henri ne pouvait assez remercier le Ciel de lui avoir si miraculeuséement conservé son Itha, et il ne revenait pas de l’étonnement que lui causait son air de santé et de satisfaction. Une autre pensée l’oceupait aussi fort vivement: il voulait tenir la promesse qu'il s'était faite, de réparer autant que possible sa fatale erreur en reconduisant Itha au château au milieu des honneurs et des réjouissances, en se consacrant tout entier au soin de lui faire oublier les souffrances par les commodités et les jouissances dont il l'entourerait. Itha prévoyait bien quelles seraient à cet égard les intentions du comte; mais elle avait pris d’une manière irrévocable la détermination de se dévouer au service de Dieu, elle ne voulait plus être elle-même servie par les hommes: elle n’hésita pas à déclarer à Henri le parti qu’elle avait pris, car elle connaissait son cœur et savait qu’il ne lui refuserait Pas son assentiment. ‘ Cher Henri, lui dit-elle 2ffectueusement, il n’est pasen mon pouvoir de vous suivre à Toggenbourg. Répudiée par le monde et si miraculeusement sauvée par Dieu,

je ne me suis plus considérée que comme étant de. venue la propriété de ce tout-puissant protecteur ; j'ai pensé que je n'appertenais plusau ionde par au

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cun lien, et je me suis donnée tout entière au Ciel ; j'ai fait vœu de dévouer le reste de mes jours à mon divin Rédempteur et de vivre loin du monde, m’occupant uniquement de glorifier ce Dieu qui m’a deux fois rachetée et délivrée. Ce ne pourrait être un avantage pour vous d’arracher au Seigneur celle qui est devenue sa propriété, et ce serait à moi une coupable ingratitude de violer ma promesse pour vous suivre dans votre château. J'espère donc de votre reconnaissance envers le Seigneur que vous ne chercherez pas à m’arrêter dans l’accomplissement de ma promesse, et que vous m’aiderez, au contraire, à acquitter les dettes sacrées que j'ai contractées envers Dieu.”

Ces paroles percèrent comme un glaive le cœur du comte ; mais il ne trouva cependant rien à y opposer, et la résolution de la comtesse ne fit que la rendre à ses yeux plus digne de respect et, d’admiration. Il reconnut que vouloir arracher Itha à l’exécution de ses vœux, ce serait empiéter sur les droits du Ciel, et il répondit: ‘‘ Bien que l’engagement que vous avez pris m'afflige au delà de toute expression et détruise mes projets d’avenir, je ne puis que le trouver louable et sacré. Repoussée par celui qui devait veiller à votre bonheur en ce monde, vous vous êtes jetée dans le sein de Dieu, et vous y avez trouvé secours et protection ; vous appartenez donc au Ciel, et je n’aï pas de droits sur votre personne. Mais au moins acceptez une demeure plus commode et plus saine, et nne nourriture qui vous permette d’adorer plus longtemps s&r la terre votre divin proiecteur ; vous ne refuserez pas le plaisir de vous procurer cet adoucisscment à votre Henri, qui voudrai: pouveir faire pour vous mille fois davantage.

Sc.

so ITHA

— 0 mon cher Henri, reprit la comiesse, rassurée Par ces paroles, ce n’est Pas dans une babitation plus agréable ni au milieu des commodités de la vie, mais bien dans une solitude obscure et loin du monde, que j'ai juré depuis dix-sept ans de servir Dieu constamment. Laissez-moi done dans cette humble retraite continuer ma vie habituelle, si Yous ne voulez pas m'empêcher d'accomplir ma

magnifiques istence mal-

moi donc, je vous en supplie, manifester dans celte solitude la

vive reconnaissance que m'inspirent les célestes bienfaits de la Providence. ”

Henri combattit encore ceile résolution ; mais ja pensée qu'en chassant viclemment cette femme si bonne, si pure et si ionocente, il avait perdu tout empire sur elle, l'empéchait d'insister plus fortement, et faisait toujours couler ses larmes, Jtha se montra inébranlable, et, même, comme le déclin rapide du jour annonçait l’approche de la nuit, efle

Lobscurité l’exposat à quelque accident. Henri renouvela encore sa prière, et le chasseur osa même joindre sa voix à celle de son maître pour engager sa maîtresse à reprendre son ancien rang ; mais elle répondit toujours que cela ne dépendait Plus d'elle, et Henri, se recommandant au saint souvenir de son

- épouse, se sépara d'elle et repritle chemin de Toggenbourg, non sans se retourner plus d’une fois vers le modeste ermitage.

Aussitôt que le comte fut arrivé, il fit appeler le chapelain du château, espérant trouver auprès de ce digne ministre de Dieu des conseils et des consolations. Ce fut la première personne devant laquelle Henri ouvrit son cœur sur cette affaire si intéressante pour lui. Il lui fit le récit, souvent interrompu par des sanglots, de toute l’histoire d'Itha, ei il s’attendrit surtout en lui dépeignant la bonté avec laquelle elle l’avait assuré de son pardon, et la douceur avec laquelle elle l'avait accueilli ; il lui fit part ensuite de l'intention qu’elle avait prise de denieurer dans la solitude, lui exprima combien il était aflligé de cette détermination, et lui rapporta ‘ous les efforts qu'il avait vainement tentés pour l'en faire changer. H pria ensuite instamment le chapelait de l'aider à adoucir le sort de la malheureuse Itha, ét lui procurer tous les moyens de réparer son injustice ; il l’invita aussi à venir le jour suivant visiter avec lui la comtesse, car il comptait beaucoun

sur l’intercession de cet homme respectable sou

obtenir l’adhésion d’Itha à ses projets.

Le chapelain consentit très volontiers à tout ce que lui pr sposait Henri, et il ajouta ses consolations à celles que le comte avait reçues d’Itha elle-même ; puis, comme la nuit était déjà avancée, il l’engagea à chercher du repos et du calme dans le sommeil. Henri obéit ; mais il put à peine fermer l'œil de le

buit, et, aussitôt que l'aurore annonça le jour, il se

leva et chercha des vêtements qu'itha lui avait de-

mandés, ef se disposa à retourner dans ja forêt. Le chapelain, rajeuni par la joie et par le désir de re-

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voir la bonne comiesse, se trouva prêt aussitôt qu* lui. Le chasseur, qui portait les habits de la comtesse et quelques aliments, leur servit encore de guide, et tous les trois se mirent ainsi en route dès la pointe du jour, sans avoir informé personne du but de leur course matinale,

Îtha, qui était prévenue de cette visite, s'était aussi acquittée de bonne heure de son premier devoir envers Dieu, et elle achevait sa prière au moment où elle entendit Je comte et ses compagnons auprès de .sa hutte, Aussitôt qu'elle eut revêtu Jes habits qu'on lui avait apportés, elle sortit et salua avec empressement les trois visiteurs ; mais elle manifesta surtout une grande joie à la vue de son pieux aumônier, Henri s’étant aussitôt informé si elle avait passé une bonne nuit et si elle avait changé de détermination, elle répondit que Dieu lui avait accordé Un repos salutaire, mais que sa résolution était in: variable, et qu’il n’était plus en sa puissance de revenir sur l'engagement sacré qu’elle avait contracté. Le chapelain, prenant alors la parole, pria la comtesse de Jui faire connaître les vœux qu’elle avait faits, pour qu’il lui fût possible d’en apprécier l'étendue. La comtesse, pleine de vénération pour le digne ecclésiastique, lui €xposa foul ce qu’elle avait déjà dit à son époux, et ajouta en terminant 5‘ Vous Voyez, mon père, qu’une telle promesse est sacrée et que je ne puis la violer sans offenser Celui envers qui je me suis engagée.

— Cela est vrai, répondit le chapelain après Y avoir mûrement réfléchi, cette promesse est juste et respectable ; elle a sans doute été acceptée au ciel, et vous devez l’accomplir fidèlement. Cependant vevil. lez prêter l'oreille aux observations que j'ai à vous

ITHA d ] soumettre, et vous jugerez ensuite vous-même si cette promesse ne peut pas s’accomplir dans un autre lieu aussi bien et avec plus de fruit que dans celui que vous avez choisi. Vous avez juré de servir Dieu dans la solitude ; mais ne pouvez-vous donc vivre solitaire dans un lieu où vous serez moins éloignée de vos semblables, et où vous pourriez par conséquent recevoir leurs secours en cus de néces- € sité ? De même que tous les hommes, vous êtes obligée de conserver votre existence comme un présent de Dieu le plus longtemps qu'il sera en votre pou- Hs] voir; car, plus nous vivons, plus nous pouvons x amasser de mérites et d'œuvres pieuses pour assurer le bonheur de notre éternité. Ainsi, non seulement il vous est permis de vous rapprocher des hommes, maintenant que vous le pouvez sans danger, mais c’est même un devoir, afin de pouvoir plus longtemps servir Dieu sur la terre. Quelle est, en effet, continua le chapelain, la meilleure manière de servir Dieu ? Lui-même nous l'indique, et vous ‘êtes trop bien instruite de votre religion pour l'ignorer. Rappelez-vous ce que nous lisons dans le saint Evangile relativement à un homme qui s’approcha du Sauveur et lui demanda : * Que dois-je faire pour # mériter la vie éterhelle ?” Jésus lui répondit : ‘ Aime Dieu par-dessus tout : c'est le premier et le ‘ plus grand des commandements ; aime ton pro- # chain comme toi-même : c’est le second comman- ‘ dement, semblable en tout au premier; et si tu ‘6 obéis à ces deux commandements, tu obtiendras ‘6 Ja vie éternelle.” Plus d’une fois, et dans d’autres circonstances, l’Homme-Dieu répéta ces saints préceptes en disant que les œuvres de charité et de miséricorde étaient le plus agréable holocauste que

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