‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 20 sur 23 · EF F FF · texte numérisé non relu

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#3 ITHA l'on pôt offrir à Dieu ; car le Père éternel n’a pas de plus grande joie que quand il voit un homme faire beaucoup de bien à sessemblables. Vous ne pouvez, respectable comtesse, remplir ces obligations sacrées dans cette solitude ; et si vous êtes résolue à consacrer le reste de vos jours au service de Dieu, c’est donc aussi un devoir pour vous de choisir une demeure où vous puissiez vous conformer à sa sainte volonté en servant votre prochain.”

Comme Henri n’avait rien trouvé la veille à opposer aux résolutions d’Itha, celle-ci n'avait à son tour rien à objecter à des représentations si fondées, surtout en les voyant appuyées sur la parole claire et précise du Seigneur, qui était pour elle le plus irrésistible des arguments. Henri jouissait déjà de son embarras ; cependant Itha se remit promptement et repartit : “ Malgré les grandes vérités que renferment vos paroles, et malgré tout le respect que je professe pour votre opinion, je me suis tellement accoutumée depuis bien des années à ne rien entreprendre sans avoir consulté Dieu lui-même dans une fervente prière, que je vous demanderai de ne rien décider dans une queslion aussi importante

sans avoir recours au meilleur des conseillers, et

demain je vous ferai connaître la détermination définitive qu’il m'auta inspirée.” Le chapelain consentit avec empressement à cette dernière épreuve, car il croyait être certain de son résultat ; il se disposa bientôt aprèsà retournerau château, pour laisser

à la comtesse le tem ps de se livrer sans crainte à ses

pieuses méditations.

Henri avait aussi, bien qu’à contre-cœur, quitté Itha en même temps que le chapelain ; mais en revanche il était le lendemain, dès la pointe du jour,

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en route avec ses deux compagnons, et ce ne fut pas sans une vive satisfaction qu’il trouva la comtesse Îtha décidée à abandonner sa sclitude. Il s’informa avec empressement du lieu qu’elle avait choisi pour sa résidence, et où il voulait Ii faire construire en toute hâte une habitation commode et agréable,

Îtha, qui avait profondément réfléchi à ce sujet dans sa pieuse méditation, désigaa pour son futur séjour le lieu nommé Au, non loin du couvent de Fischengen ; c'était dans une riante prairie, près d'une chapelle consacrée à la Mère de Dieu, que la sainte comtesse voulait vivre dorénavant; mais elle déclara de la manière la plus formelle à son époux qu'elle n’accepterait son offre qu’à la condition que la demeure qu'on allait lui construire serait petite, modeste, et ne présenterait que les commodités strictement nécessaires à la vie. Henri dut y consentir, bien qu'il eût mieux aimé faire davantage, et le chapelain s’engagea à surveiller lui-même iexécution des volontés de la comtesse.

Elle consentit aussi à accepter la nourriture qu'Henri lui enverrait, mais sous cette condition expresse que, si elle choisissait pour elle les mets Jes moius recherchés et parlageait le reste aux pauvres, on n’y mettrait jamais aucun empêchement. Tout lui fut accordé, sous la recommandation de ne pas trop affaiblir son corps par une rigueur excessive, et de conserver sa vie le plus longtemps possible, Itha avait encore une condition à exiger, et ce n’était pas la moins importante à ses yeux; cile voulut que, lorsque le logement d’Au serait prêt à la rece. voir, il n’y eût que le comte, le chapelain, le chasseur et quelques autres anciens serviteurs qui conaussent le jour où elle irait s'y fixer, et qui y

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transportassent ses immeubles et ses provisions ; car elle fuyait la vaine curiosité des hommes, et ne vou : lait vivre que pour adorer Dieu ou servir ses semblables. Le comte et lechapelain furentencore obligés de céder à cette exigence, bien que d'abordils y fussent assez peu disposés. Ainsi tout se trouva réglé, et, grâce à l'intervention deson pieuxaumônier, le comte se trouva presque avoir atteintle but qu'il désirait. .… Unautre désir s’était entièrement emparé du cœur de la pieuse Itha. Depuis longtemps elle »vait dû se contenter de son union spirituelle avec Dieu ; mais maintenant qu’elle se trouvait rapprochée des

hommes et qu’elle. rentrait ainsi dans l’Église terrestre, elle ressentait avec une grande ardeur le be. soin de s’unir visiblement à Dieu dans la divine Eucharistie, après avoir purifié son cœur dans le sacrement de la pénitence de toutes les taches qu’elle

y découvrait encore. Elle s’ouvrit au chapelain, en

présence du comte, sur cette pieuse soif des sacrements, et le supplia de satisfaire aux vœux de son âme. Le vénérable ministre des autels se prêta avec un grand empressement aux pieuses intentions de la comtesse, et lui proposa u2 l'entendre c: jour-là même en confession, de manière qu’elle pût recevoir le lendemain matin la très sainte communion.

Le bonheur ineffabie dont jouissent les anges peut seul donner une idée du contentement sans pareil qui s’empara de la comtesse à cette proposition. Elle se retira aussitôt à l'écart pour se préparer à recevoir les consolations de la pénitence, qui lui étaient depuis si longtemps inconnues, et appela ensuite le chäpelain pour qu’il accomplft envers elle son pieux ministère. Le lendemain, ce fut avec le Plus profond recueillement et la plus douce joie

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qu'elle reçut letrès saiat sacrement de l'autel, en présence du comte et du chasseur, qui avaient encore accompagné le chapelain. Elle trouva daus la présence de son Sauveur une source de grâce tellement abondante, que les signes en étaient visibles dans loute sa personne, et les témoins de cette scène touchante croyaient voir briller dans ses traits tous les témoignages de la céleste béatitude.

Ce jour-là, le comte et le chapelain prolongèrent leur visite plus longtemps que de coutume ; ile voulaient visiter l’intérieur de la hutte d’Itha et connaître d’une manière plus précise sesaliments ordinaires. La comtesse leur ouvrit donc sa demeure, où ils ne purent pénétrer qu'avec beaucoup de peine, et qui leur offrit le spectacle de la plus complète indigence. Une pauvre couche composée de mousse, servant de lit pendant la nuit et de siège pendant le jour, deux couvertures tressées avec beaucou p d'art, des morceaux de bois creusés pour servir de vases, de grands paniers d’écorce pour conserver les provisions, et deux jolies corbeilles d’osier composaient tout le mobilier de cette misérable cabane. La petite e-'x de bois grossièrement façonnée qu’'Henri aperç fixée à l’une des parois lui inspira plus de respect et plus de pensées religieuses qu’il n’en avait jamais ressenti à la vue des plus précieux crucifix de sa chapelle ; il se mit à genoux devant ce divin signe denotrerédemption, et remercia Dieu, quiavait si miraculeusement arraché son Itha à la mort, et lui avait aiusiassuré à lui-même le pardon deses péchés.

Îtha leur offrit ensuite un peu de sa nourriture or. dinaire, et ces mauvaises baies, offertes par la main de cette femme qu'ils vénéraient tous les deux comme une sainte, leur parurent plus délicieuses

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que les mets les plus recherchés qui eussent jamais paru sur la table du château. Henri, bien convaincu de l’in-rcence et de l'inébranlable vertu de son épouse, zaitencore mille explications à lui demander ; il avait appris comment le malheureux Kuno se trouvait possesseur du fatal anneau, mais il ne savait pas encore comment il avait été perdu. Itha lui raconta toutes les circonstances, qui dessillaient à mesure les yeux du comle et lui faisaient comprendre tout ce qui lui avait autrefois paru si évident sous un autre aspect. Dans le cours de son récit, Itha laissa par mégarde échapper un mot qui faisait allusion à sa première aventure avec Dominico. Le chapelain demanda aussitôt des éclaircissements sur ce fait, qu’Itha aurait voulu cacher, dans son désir de ne pas révéler les fautes d'autrui ; cependant, par déférence pour les prières du pieux ecclésiastique, elle raconta sa rencontre avec Dominico dans la forêt et les coupables tentatives de cet infâme criminel. Cette aouvelle circonstance acheva d'éclairer les deux auditeurs et de leur dévoiler les motifs secrets de cette haine mortelle que Dominico avait vouée à Itha et à son défenseur Kuno.

Cependant le soleil s’abaissait à l'horizon et s’inclinait rapidement vers le couchant ; il fallut qu’Itha le fit remarquer à ses hôtes et les engageât à se mettre en route avant que la nuit eût rendu dangereux leur voyage à travers la forêt. Avant de se séparer d’elle, l comte lui demanda la permission de venir souvent la visiter, tandis que l’on préparerait son nouveau logement ; et cette faveur lui fut accordée. Il s’engagea d’ailleurs à ne revenir qu’accompagné du chapelain et du fidèle chasseur, et cette promesse fut également accueillie avec joie par Itha

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et parles deux compagnons du comte. Enfin il fallut se séparer, et, apres s'être de nouveau recommandés aux prières de la pieuse solitaire, ses trois amis reprirent le chemin de Toggenbourg, où ils arrivèrent pleins d’une sainte consolation.

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