‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 4 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Itha, heureuse épouse.

Jusqu'à présent nous avons vu Itha, avant son mariage, observer avec la plus consciencieuse exactitude iss devoirs d’une vierge chrétienne, et s’amasser ainsi, par son innocence et sa piété, des trésors de bénédictions pour l’avenir ; elle ne chercha pas avec .aoins de zèle à remplir les saintes obligations que lui imposait sa position d’épouse, et contin'\a ainsi à se rendre digne des grâces de la divine Providence. Elle se rappelait sans cesse avec respect les paroles sacrées par lesquelles le prêtre, en bénissant son mariage au nom du Dieu toutpuissant, lui avait recommandé d’être soumise à sn mari, comme l’Église est soumise à son chef Jésus- Christ, de lui vouer amour et fidélité, et de se montrer pour lui obéissante, respectueuse et dévouée jusqu'à la mort. Elie trouvait tous les devoirs de

ITHA

l’état du mariage exprimés dans ce peu de mots, et les grava dans sa mémoire, résolue à accomplir ces maximes divines avec une inviolable fidélité. Comme elle avait toujours strictement observé les règles de l'obéissance filiale dans la maison paternelle, il ne lui fat pas difficile de se plier à la soumission conjugale, d'autant plus que le généreux Henri ne commandait pas en maître impérieux, mais en mari prévenent, rempli d'amour pour son épouse ; c'était avec ménagement qu'il exprimait ses désirs, et il ne demandait que ce qui était juste et utile pour leurs intérêts communs.

Malgré ces rares qualités, les deux époux n'étaient cependant que des créatures humaines, et, comme tels, ils devaient révéler en eux plus ou moins par quelques faiblesses la tache indestructible que le péché originel a imprimée sur notre débile nature. Henri particulièrement était enclin à Ja colère, et rarement il avait assez de force pour comprimer les orages que celte passion fougueuse élevait dans son sein. Ttha n'avait pas tardé à reconnaître ta mauvaise habitude qu'avait son mari de s’abandonner à ces mouvements de violence ; mais l’amour véritablement chrétien qu’elle lui portait lui faisait un devoir de la condescendance ; elle pensa donc qu'elle devait céder à ses emportements plutôt que de les augmenter par la contradiction, et se borna à faire tous ses efforts pour calmer par l’aimable douceur qui lui était naturelle le caractère irascible d'Henri ; lorsque sa colère éclatait, elle tâchait d'en neutraliser les effets, etsuppor'ait avec une patience angélique les chagrins qui en résultaient pour elle-même, En effet, c'est aux époux particulièrem -1e s'appliquent les admirables conseils que at Paul

ITHA “ adiesse à tous les hommes ; ce sont eux surtout qui doivent supporter patiemment les défautes l’un de l’autre, et se montrerréciproquement lechemin avec douceur. C’est enseconformant à cette doctrine qu'ils accompliront la loi sainte de l'Évangile, qui dit au chrétien : Aime ton prochain comme toi-même, et agis envers lui comme tu voudras qu'il agît à ton . égard.

Itha réglait sa conduite sur ce précepte; aussi sa vie intérieure comptait-elle peu d'heures fâcheuses contre beaucoup de jours agréables et sereins. Elle vivait avec son Henri dans l'accord le plus heureux ; ce que l’un voulait, l’autre le voulait aussi, et le soubait que l’un de ces époux exprimait, l’autre l’accomplissait avec joie et empressement. Loin des

plaisirs bruyants du monde, ils jouissaient dans leur

château solitire du bonheur que donne une union parfaite, et si parfois un accès d’humeur colère vepait assombrir le front du comte, Itha savait dissiper ce nuage par un regard doux et amical ou par un propos enjoué, et Henri l’en remerciait en confessant son tort.

Au milieu de ce bonheurtemporel, ces deux époux religieux n’oubliaient pas le soin bien plus impor. tant de ieur félicité céleste. Non seulement chaque jour, mais à chaque heure du jour ils rapportaient à Dieu tous les biens qu’il leur accordait ; agenouillés l’un auprès de l’autre, ils s’associaient ious les matins au divin nystère de notre rédemption en assistant au saint sacrifice de la messe, et, tout en remerciant Dieu des bénédictions qu'il répandait sur eux dans le monde, ils imploraient surtout de sa bonté paternelle les félicités impérissables de la vie à venir. La pieuse Itha, conservant toujours ses

Li ITHA louables sentiments de dévotion, descendait de Châleau aussi souvent que le temps et ses oce tions domestiques le lui permettaient, pour ass au service divin que l’on célébrait solennellen au couvent de Fischingen ; quelquefois aussi visiiait l’église de la très sainte Vierge Marie à d'autres lieux agréables à Dieu. Elle s’approcl fréquemment et avec le plus profond recueillem du saint sacrement de l'autei, cherchant dans saints exercices le secours de Dieu et la force : Cessaire pour remplir exactement tous ses devo: et pour supporter avec une constance chrétienne adversités qu'il plairait à Dieu de lui envoyer. C’ ainsi qu’elle voulait assurer le calme de sa cor cience ici-bas et son salut éternel après la mort. | outre, elle consacrait plusieurs heures par jour à méditation solitaire : elles’ylivraitsurtoutlorsqu’e avait à supporter quelque peine et quelque souc elle renfermait ces souffrances dans son cœur, et ! les révélait qu’à Dieu dans la prière, et à son dire, teur spirituel dans la confession ; aussi les consols tions divines ne lui manquèrent jamais, Ainsi Ith observait exactement le double précepte de l’Écri

Rien, dans l’histoire d'Henri et d’Itha,

n'indiqu, qu'ils aient eu des enfants. La divine Providence:

avait, dans sa sagesse paternelle, destiné ces deux époux à de grandes infortunes ; or le cœur d’une mère, si plein de sentiments brûlants, n’aurait pu

résister à la douleur que lui aurait causée l'éloigne-

dait de son es occupaur assister nellement aussi elle irie à Au, pprochait eillement dans ces force nédevoirs, ienne les rer. C'est sa consnort. En jour à la rsqu’elle e souci ; ur, et ne n direconsolaasi Itha : l'Écririères à nd cela xemple exciter

ndique idence s deux d’une ait pu oigune-

ITHA LU

ment des objets de son amour ; et le père, en proie aux reproches de sa conscience, aurait négligé les soins nécessaires au corps et à Jl’âme de ces malheureux orphelins. 11 semble donc que la volonté du Ciel frappa ce mariage de stérilité devant les hommes, pour le rendre plus fécond en œuvres de sanctification devant Dieu.

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