DÉJEUNER SUR LE MONT AÉTOS
Rien n’cxcile plus la soif que le rude travail des fouilles, par une chaleur de cinquante-deux degrés au soleil. Nous avions apporté trois immenses cruches d’eau et une grande bouteille contenant quatre litres de vin. Levin nous suffisait, parce (pie le produit des raisins d’Ithaque est, je le répète, trois plus fort que le vin de Bordeaux; mais notre provision d’eau fut bientôt épuisée, et deux fois nous fûmes obligés de la renouveler.
Mes quatre ouvriers eurent terminé la fouille de la maison posthomérique en même temps que je finissais de creuser le petit cimetière circulaire. J’avais eu plus de succès qu’eux ; mais je ne leur en voulais pas, car ils avaient bien travaillé, et plus de mille ans peuvent se passer avant que leur fouille soit recouverte par la poussière atmosphérique.
Il était midi, nous n’avions rien mangé depuis cinq heures du matin ; nous nous mimes donc à déjeuner sous un olivier, entre les deux murs d’enclos, à une quinzaine de mètres au-dessous du sommet. .Notre repas consistait en pain sec, en vin et en eau, dont la température n’était pas au-dessous de trente degrés. Niais c’étaient les produits de la terre d’Ithaque que je consommais, et je les consommais dans la cour du palais d’Ulysse, et peut-être à l’endroit même où ce roi pleura en revoyant son chien favori Argos, qui meurt de joie en reconnaissant son maître après vingt ans d’absence, et où le divin porcher prononça les célèbres vers {Od., XVII, 3aa- 3a3) :