‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 19 sur 140 · MENU D’UN DINER · texte numérisé non relu

MENU D’UN DINER

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« Car le puissant Jupiter enlève la moitié de la va- « leur à l’homme, lorsque le jour de l’esclavage l’a « saisi. »

Aussi je puis dire que jamais de ma vie, je n’ai mangé avec plus d’appétit qu’à ce repas frugal, au château d’Ulysse.

Après le déjeuner, mes ouvriers se reposèrent une heure et demie, tandis que moi, la pioche à la main, je sondais le terrain sur l’emplacement du palais et entre les murs d’enclos, pour voir s’il n’y aurait pas plus de découvertes à faire. Partout où la nature du terrain admettait la possibilité de trouver quelque chose, je fis des marques pour y opérer des fouilles avec les ouvriers. Ceux-ci se remirent au travail à deux heures , et nous travaillâmes jusqu’à cinq heures , mais désormais sans le moindre succès. Voulant cependant continuer les fouilles le lendemain matin, nous laissâmes les instruments en haut, et nous retournâmes à Vathy, où nous arrivâmes à sept heures du soir.

Les deux aimables demoiselles Triantafyllidès s’empressèrent de me préparer le dîner ; mais quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsqu’elles m’apportèrent des pommes de terre en robe de chambre, du sel et du pain, et rien de plus ! Je leur demandai si elles voulaient se moquer de moi ; à quoi elles s’écrièrent avec surprise : « Comment donc! vous êtes chrétien, et vous

LES JOURS DE JEUNE STRICTEMENT OBSERVÉS. 35 voulez faire gras le vendredi? — Mais, par tous les dieux de l’ancienne Grèce ! » répliquai-je, « si vous craignez de perdre mon âme en me donnant de la viande, pourquoi ne me donnez-vous pas au moins du poisson ? — Mais a-t-on jamais vu un chrétien, » répondirent-elles, « manger du poisson les jours de jeûne ? Et quand même nous voudrions vous donner des mets gras, nous ne le pourrions pas ; car aucun pécheur ne tend ses filets le vendredi ni le mercredi, vu que personne ne lui achèterait son poisson, et aucun boucher n’ouvre sa boutique ce jour-là, parce qu’on l’insulterait. »

L’air sérieux avec lequel elles me donnèrent ces explications me prouva jusqu’à l’évidence que c’était leur profonde conviction, et qu’elles regardaient comme un crime d’enfreindre les commandements de Dieu en faisant gras les jours de jeune. Je ne répondis donc plus rien , et je sortis aussitôt à la recherche d’un peu de jambon ou de beurre ; mais j’appris dans plusieurs boutiques où j’allai qu’il n’y avait rien de tout cela dans l’ile d’Ithaque. Ce fut même avec beaucoup de peine que je réussis à acheter un peu d’huile d’olive pour y tremper mes pommes de terre. Mais cette nourriture plus que modeste ne dérangea nullement mon estomac ; en effet, je ne me suis jamais mieux porté dans mes voyages que lorsque je n’avais rien à manger que du pain et rien à boire que de l’eau.

Le lendemain u juillet, je me levai à quatre heures du matin, et je partis de nouveau avec les quatre ouvriers pour le mont Aétos, surla pente sud duquel*

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