‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 37 sur 140 · ANCIEN CHEMIN TAILLÉ BANS LE ROCHER · texte numérisé non relu

ANCIEN CHEMIN TAILLÉ BANS LE ROCHER

fenêtres des deux côtés, mon thermomètre indiquait trente-cinq degrés à minuit. Je ne pouvais pas dormir à cause, soit de la grande chaleur, soit de la trop grande quantité de vin que la soif m’avait fait boire. Je me levai donc à deux heures du matin, je sortis avec ma robe de chambre que je déposai sur le rivage, immédiatement au-dessous de mes fenêtres, et je saulai dans la mer dont la température n’était pas audessous de trente-et-un ou trente-deux degrés. Rien de plus agréable qu’un bain à cette température, dans une mer très- profonde, calme et contenant six pour cent de sel , de sorte qu’on nage presque sans se mouvoir. Je traversai et retraversai le magnifique golfe, et il était quatre heures lorsque je retournai dans ma chambre.

Mes gracieuses hôtesses avaient déjà préparé mon déjeuner, et à quatre heures et demie je partis avec mon guide pour visiter de nouveau le petit plateau audessus de l’Aréthuse, où se trouvent les ruines de la basse-cour d’Eumée, et pour aller de là, par l’ancien chemin , visiter la partie nord de l’ile.

Ce chemin n’a que 66 centimètres à i mètre de large et il fait le tour du mont Néion (appelé à présent mont Saint-Etienne) à une hauteur d’environ 66 mètres au-dessus du niveau de la mer; il est presque entièrement coupé dans le rocher, et on reconnaît à première vue qu’il est très-ancien. Selon le dire de tous les vieux habitants, ce chemin était autrefois la seule voie de communication entre le sud et le nord de l’ile , car la nouvelle route a été construite

LE CHEMIN AHHE ET KABOTECX.

il y a une trentaine d’années seulement par les Anglais.

Sans aucun doute c’est par ce chemin , appelé par Homère ( 0< /., XIV, t) : « Tpr/Ewv âvapirov » (âpre sentier'), et (Od., XVII, 204 ) ■ «ô5àv — ai—aXÔEçcav » (chemin raboteux), qu’Ulysse, après son arrivée dans le port de Pfiorcys , alla trouver le fidèle gardien de ses troupeaux , et par ce même chemin aussi que le roi et Eumée allèrent ensemble au palais sur l’Aétos. En effet il répond parfaitement aux qualificatifs âpre et raboteux que lui donne le poète, car ses pentes sont si rapides, et il est si inégal et si glissant, qu’en maints endroits on ne peut pas passer à cheval.

Après trois heures de marche nous arrivâmes au pied du mont Aétos, où l’ancien chemin se bifurquait jadis en deux sentiers, dont l’un conduisait du côté est au palais d’ülysse, et l’autre dans la partie nord de l'ile. De ce dernier, toute trace a été effacée par la nouvelle route qui va dans la même direction. Mais du premier, j’ai retrouvé de nombreux vestiges en descendant de l’Aétos.

A l’endroit de l’ancienne bifurcation , il y a une source abondante, dont la maçonnerie intérieure atteste une haute antiquité. On peut reconnaître dans cette source celle décrite par Homère (Od., XVII, ao4- 1 1 1 ) :

ÀXX’ ôte Sr, ctsi^ovte; àèôv xata raiTCoXoeacav A<moç èyyùî ecav, -/.ai s ici xpvivviv «çixovTO Twt r,v,xaXXipoov, cÆev û&peüovTO xoXîrai,

66 FOUILLES SUR LE MONT PALÆA MOSCHATA.

Tvjv TîotTKj’ ÏÔaxo; xai Nvipiro; vÎè LIc/X'jxTwp •

Àptçt ap’ aiytipwv ùiïaTOTpsçeidv ■rçv âX <70 navTOTE xuxXoTsps'ç, xatà 5 è t|/u£pôv f 55V Yjioflev sx Tîtrpx; ■ pcoptô; 8' èipuTcepÔe têtuxto N upiçàtov, oOt TCavTEî £7ti^pé^EOXOv ôâtTat.

« Mais lorsque, en allant dans le rude sentier, ils fuit rent prés de la ville, et arrivèrent à la source au beau « cours, bien enchâssée, où les citoyens puisaient « leur eau, et qui fut établie par lthacos et Néritos et « Polyctor ; en cercle autour d’elle était un bosquet « de peupliers aimant l’eau ; du haut d’une roche « coulait de l’eau froide et au-dessus de la fontaine « était construit un autel des Nymphes , où tous les •< voyageurs avaient l’habitude de sacrifier... »

C’est donc à cette source qu’lilysse et Eumée rencontrèrent le pasteur des chèvres , Mélanthe , fils de Dolios ( Od . , XVII, 212-216).

Nous montâmes ensuite sur le mont l’alæa-Moschata qui est immédiatement au nord du mont Aétos, et qui n’est qu’une continuation de celui-ci. Nous avions loué, moyennant cinquante centimes, deux houes à un paysan dans la vallée, et nous fîmes de nombreuses petites fouilles sur le sommet de la colline et sur la pente jusqu’au rivage de la mer.

V une profondeur de 20 à 4° centimètres nous trouvâmes partout des débris de tuiles et de poterie, ce qui prouve jusqu’à l’évidence, qu’une ville a existé dans cet endroit, et il me parait certain que c’est la capitale homérique dont il est question

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