LA POKTE AUX LIONS
un peu vers les deux extrémités, est placée une pierre triangulaire de [\ mètres de long, de 3 m 34 de haut et de o m 67 de profondeur, sur laquelle sont sculptés en bas-relief deux lions, debout sur leurs pattes de derrière, et tenant leurs pattes de devant sur un autel rond, qui se trouve entre eux, et. qui est surmonté d’une colonne avec un chapiteau formé de quatre cercles renfermés dans deux chapelets parallèles.
D’après Müller (Dor., il, 6, § 5), cette colonne est le symbole habituel d’Apollon Agyieus, le protecteur des portes.
Nous en trouvons la preuve dans la tragédie d’Électre de Sophocle, où la scène se passe devant cette grande porte de l’acropole de Mycènes, et où, dans les vers 1376-1 383 ( édition Tauchnitz), Electre invoque Apollon :
Âva£ ÀiroXXov, tXew % auroiv xX>ié,
È(A 0 tJ T8 irpô« T0UT0K71V, >1 <J£ lïoXXà &J),
À<p’ wv é'yoïiu, XtTîapït" irpotïcT7iv yept.
NCv w Auxei’ ÂiroXXov, i\ oïwv eyu,
AÎtw, irpoit»Tvw, Xîaaopiai, ytvoiï irpd<ppwv Hu.îv ccpuyof tüvSe twv PouXeujAcéTuv,
K ai detlov cw9pw7ro'tciv TaxtTi'pua Trç iïuaoeëitaç oia ^wpoùvTai âtot.
« Roi Apollon, écoute-les avec faveur, ainsi quë « moi, qui t’ai souvent adressé de mes mains sup- « pliantes des offrandes de ce que j’avais. Maintenant^ à Apollon Lycien, je t’offre tout ce que j’ai, je të
100 l’intérieur de l’acropole.
« supplie, je me prosterne devant toi, je t’en conjure, « assiste-nous dans cette entreprise, et montre aux « hommes quellè punition les Dieux réservent à l’im- « piété. »
Les susdits bas-reliefs des lions sont exécutés avec beaucoup de grâce et de finesse; et, comme ils sont les seules et uniques reliques de l’art plastique de l’âge héroïque en Grèce, ils sont d’un intérêt immense pour l’archéologie.
Dans le linteau et dans le seuil de la grande porte, on voit distinctement les marques des verrous et des gonds, et dans les grandes pierres du pavé les ornières des roues de chariots.
Il y a du côté nord-est une porte poterne de 2 m 34 de haut et de i”66 de large; elle est également formée de trois pierres, mais sans sculpture.
Toute la surface de la terre dans la citadelle est couverte de morceaux de tuiles et de poterie ; et, comme j’ai eu occasion de le voir dans une fosse, creusée par un paysan dans un but que je n’ai pu connaître, on trouve de ces débris jusqu’à une profondeur de six mètres. Il n’y a donc pas le moindre doute que toute l’acropole n’ait été dans l’antiquité habitée, et, vu sa position imposante et sa grande étendue, il faut croire qu’elle a contenu les palais de la famille d’Atrée. La tragédie d’Electre montre évidemment que Sophocle a eu la même opinion.
Je me rendis ensuite à la Trésorerie d’Agamemnon, vulgairement appelée « Toépo; ’Ayagipovoî » (Tombeau <T Agameninon ) , qui se trouve à un kilomètre de la
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citadelle, creusée dans la pente d’une colline, en face d’une profonde ravine. Un passage de 5o mètres de long et de 9 mètres de large, formé par deux murs parallèles de 10 mètres de haut et construits de pierres taillées avec art, de i"34 à i m (>7 de long, et de o“ 67 à i mètre de large, conduit à la grande porte d’entrée qui a 4”3o de hauteur, et 2 m 83 de largeur à la partie supérieure; mais sa largeur augmente graduellement et est de 3 mètres en bas.
Cette porte est couverte d’un seul bloc de pierre magnifiquement taillé, de 9 mètres de long sur i”5o de haut, au-dessus duquel il y a une ouverture triangulaire de 4 mètres de haut et d’autant de large à la base. La curiosité m’ayant fait escalader cette porte, j’ai trouvé dans l’ouverture triangulaire des indices qui 11e me laissent pas de doute que des statues ou de petites colonnes n’y aient été placées. Il y avait autrefois de chaque côté de la grande porte une colonne avec base et chapiteau et enrichie d’élégants ornements sculptés, qui selon Leake ( Morea , vol. Il, page 374), n’avaient aucune ressemblance avec d’autres sculptures de l’ancienne Grèce ; mais qui approchaient du style des sculptures de l'ersépolis.
On voit dans la grande entrée les trous des verrous et des gonds des portes, et sur la même ligne que ces trous une série de petits trous ronds d’environ 5 centimètres de diamètre et d’environ 2 centimètres de profondeur, et au fond de ceux-ci deux tout petits trous, qui ont évidemment contenu des clous de bronze, car dans plusieurs on en voit encore les res-
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tes ; sans aucun doute ces clous retenaient les ornements de bronze fixés dans les trous ronds.
La Trésorerie contient deux chambres, dont la première, de forme conique, a 16 mètres de diamètre et i6 m 67 de haut; elle communique par une porte avec une chambre intérieure quadrangulaire, qui n’a que 7 “66 de long et de large, et est grossièrement creusée dans le rocher.
Cette dernière était parfaitement obscure, et par malheur je n’avais pas pris d’allumettes avec moi ; je dis au garçon qui m’avait accompagné de Charvati d’en aller chercher; mais il m’assura qu’il n’y en avait pas dans tout le village. Étant sûr que même dans les villages du Péloponnèse il y a des allumettes, je lui criai que je donnerais une demi-drachme (environ o fr. 4 o c.) pour trois allumettes. Ce garçon resta stupéfait et ébahi d’une telle libéralité, et il n’y pouvait pas croire d’abord. A trois reprises il me demanda si réellement je lui payerais cinquante lepta s’il cherchait des allumettes : deux fois je lui donnai une simple réponse affirmative, mais la troisième fois je le lui jurai sur les cendres d’Agamemnon et de Clytemnestre. A peine eus-je prononcé ce serment que l’enfant part à toutes jambes pour Charvati, distant de plus de deux kilomètres du trésor d’Agamemnon, et en revient bientôt tenant dans une main un faisceau de broussailles et dans l’autre une dizaine d’allumettes. Je lui demandai pourquoi il avait apporté trois fois plus d’allumettes que je ne lui avais commandé ; il me donna d’abord des réponses évasives ;
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mais, pressé de questions, il avoua enfin qu’il avait eu peur que quelques-unesdesallumettes ne fussent mauvaises et qu’il en avait apporté dix au lieu de trois, pour se garantir contre toutes les éventualités, et pour remporter la récompense promise quoi qu’il arrivât. Il alluma aussitôt dans la chambre intérieure un grand feu, dont la lueur effaroucha les milliers de chauves-souris qui y avaient établi leurs habitations et qui firent un bruit aigu en tâchant de s’échapper. Mais, aveuglées par l’éclat de la flamme, elles ne purent trouver la porte, voltigèrent sans cesse d’un côté de l’appartement à l’autre et nous ennuyèrent beaucoup en nous volant dans la figure et en s’accrochant à nos habits.
Cette scène me rappela vivement les beaux vers d’Homère (Orf., XXIV, 6-10), où Mercure conduit les âmes des prétendants de Pénélope dans l’Enfer, et elles le suivent en bruissant :
il? 8’ ot 4 vuxTîpiàe; [L'jyù ctvTpou Ôtoreoioto Tpî^oucai roTsovTai, irai xs tu; âiro7té<npoiv ÔppiaÔoOi ex rtrp'/i;, àva t’ âMifripaiv èyovTar il; ai TETpvyutai au.’ riia av • t, pys 8 ’ âpa a<ptv Épixeta; àxax/jTa xat’ eùpwevva xêXeuôa.
a Comme au fond d’un antre divin les chauvesa souris voltigent en faisant un bruit aigu, lorsque « l’une d’elles tombe de la roche où toutes ensemble a elles sont attachées : ainsi les âmes marchaient en « bruissant. A leur tête était Mercure le bienfaisant, « qui les entraînait vers les sombres chemins. »
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La grande salle, ou le dôme, est construite en pierres taillées avec art, de 33 à 70 centimètres de long et de 3o à 60 centimètres de large, mises l’une sur l’autre sans ciment. Dans chacune de ces pierres, il y a deux petits trous contenant les débris des clous de bronze qui y ont été enfoncés, et on voit même encore des clous entiers dans les pierres de la partie supérieure du dôme. Ces clous ne peuvent avoir servi qu’à attacher une doublure dans tout l’intérieur de l’édifice, car, quand même nous voudrions admettre que ceux d’en bas, jusqu’à une hauteur de 4 mètres, aient servi à suspendre des armures ou d’autres objets, il est complètement inadmissible que ceux qu’on voit dans les pierres du haut du dôme aient pu être employés dans le même but. En outre la construction de cet édifice montre jusque dans ses moindres détails un art et un soin merveilleux. Après avoir défié les ravages du temps pendant trente et un siècles, il est encore à présent dans un état de conservation aussi parfait que s’il eût été récemment bâti; il n’y a donc pas le moindre doute qu’il n’ait été orné de la manière la plus splendide. Ainsi je suis parfaitement sûr que tout l’intérieur de la grande salle a été revêtu de plaques de bronze ou de cuivre polies, d’autant plus que nous voyons, dans plusieurs des anciens auteurs, que les Grecs avaient dans la haute antiquité des maisons ornées de cette manière; car nous 11e saurions expliquer autrement les maisons et les chambres d'airain dont les anciens poètes et historiens font mention.