I.A CHARMANTE SOCIÉTÉ EN GRÈCE
de voyage grecs, de la classe supérieure ; car ils étaient au plus haut degré sociables et sympathiques, aimables et prévenants, instruits et intelligents, et ce qui m’enchantait peut-être encore plus que toutes leurs autres qualités, c’est que je rencontrais toujours en eux un vif enthousiasme pour leurs glorieux ancêtres et une grande admiration pour leurs divins poètes de l’antiquité, enthousiasme et admiration que je ressens moi-même.
Ainsi il m’arrivait toujours que, malgré tous les défauts des bateaux à vapeur grecs et en dépit de leur lenteur extrême, les voyages me paraissaient toujours trop rapides et trop courts, et j’aurais désiré qu’ils fussent cent fois plus longs. Je n’ai malheureusement pas pu prendre note des nombreux, charmants et intelligents passagers à bord du bateau à vapeur I onia , et je ne me rappelle à présent que les noms du célèbre lexicographe et directeur des écoles en Grèce, Sparlatos D. Byzantios, d’Athènes, du directeur du collège à Sparte, Théodore Boukidès, et du directeur du collège à Tripolis en Péloponnèse, Angélos Kappotas, dans la conversation desquels je trouvais un intérêt tout particulier.
Nous partîmes de Poros à midi , et nous arrivâmes à deux heures et demie de l’après-midi à Égine, où je débarquai pourvoir le pays. C’est sans Contredit une des villes les plus célèbres de la Grèce. Homère fait déjà mention d’Egine(//., II, 56a); Strabon écrit sur Égine : « Qu’ai-je besoin de dire que l’ile d’Égine est une des « plus célèbres ? car on dit qu’Éaque et sa postérité
128 l’ilk d’égink.
« en sont originaires. C’est elle aussi qui dominait « jadis sur la mer, et qui, dans la bataille de Salamine « contre les Perses, disputa aux Athéniens le premier « rang. » ( Strabon , VIII, page 207, ed. Tauchnitz.')
L’ile fut peuplée par les Doriensd’Ëpidaure, et elle avait une flotte très-puissante. Elle devint surtout célèbre par la bataille de Salamine, dans laquelle les Éginètes se distinguèrent par leur bravoure au-dessus de tous les autres peuples grecs. Après avoir été pendant longtemps la rivale d’Athènes, elle succomba à celle-ci en 456 avant Jésus Christ, et devint province athénienne. Mais Périclès, qui craignait avec juste raison le ressentiment des habitants de l’ile, qu’il appelait l’abcès de l’œil du Pirée, expulsa en 43 1 avant Jésus-Christ toute la population de l’île et la remplaça par des colons athéniens. Les Spartiates établirent alors les Éginètes à Thyréa et leur restituèrent leur île d’Egine à la fin delà guerre du Péloponnèse; mais ils n’ont jamais pu reconquérir leur puissance ni leur prospérité antérieure.
La ville d’Égine est située à l’extrémité nord-ouest de l’ile, sur l’emplacement de l’ancienne ville, lequel est marqué par une colonne dorienne solitaire. Au sud de cette colonne on voit les traces d’un ancien port de forme ovale, protégé par deux anciens môles, entre lesquels il n’y a qu’un passage étroit. Un peu plus au sud on découvre les traces d’un autre port de forme ovale, qui a bien deux fois la grandeur du premier. J’ai pu voir les ruines de la muraille de l’ancienne ville du côté opposé à la mer.
l’île d’égine.
Égine était jadis célèbre par le nombre et la splendeur de ses monuments; mais rien n’en reste, excepté la colonne sur le rivage, quelques tombeaux mutilés et quelques vestiges de puits.
Il paraît certain qu’Égine a déjà été dans la haute antiquité très-industrieuse et très-opulente, et qu’elle a eu un grand commerce, car sur tous les points de la Grèce et des îles Ioniennes on trouve de nombreuses monnaies d’Egine, en argent, des septième et huitième siècles avant Jésus-Christ, et ainsi de plusieurs siècles plus anciennes que les plus anciennes monnaies des autres Etats de la Grèce. Elles forment presque une demi-boule et ont d’un côté une tortue et de l’autre trois ou quatre incisions en forme de pointes de flèche. Celles qui portent quatre incisions sont les plus anciennes.
Je crois à propos de dire à cette place qu’avec notre manière de vivre, nous ne sommes en état de nous faire aucune idée de la manière de vivre des anciens Grecs et Romains. Égine était déjà, aux septième et huitième siècles avant notre ère, très - florissante ; mais l’emplacement de son ancienne ville, bien indiqué par les ruines des anciens murs, ne laisse pas place à la supposition qu’elle ait jamais pu avoir plus de vingt mille habitants ou i /2000 e de la population de la France. Le commerce d’Égine était grand, et pourtant il ne peut pas s’être élevé à un cent millième de l’importance du commerce de la F rance. En outre, l’argent était encore très-rare au septième et au huitième siècle avant Jésus-Christ, car on commença