LE COI HS OIT SCAMANDRE
Je marchai ensuite le long du bord du Scamandre, appelé Mendéré, comme je l’ai dit plus haut, en suivant toujours le même chemin cjue les deux héros auraient dù parcourir trois fois.
Les hauteurs de Bounarbaschi, sur lesquelles on place l’ancienne Troie, descendent presque à pic dans le fleuve, et sa rive gauche a si peu de largeur, qu’un sentier très-étroit l’occupe souvent tout entière. La largeur du lit du fleuve est, selon les localités, de 70 à 100 mètres; il a en août un faible courant de 10 à 16 mètres de large et de 3 o à 80 centimètres de profondeur ; mais ses bords escarpés de 3 à 4 mètres de haut et les nombreux arbres déracinés, qu’on voit çà et là arrêtés aux sinuosités de ses rives ou aux îlots formés dans le lit fluvial même, attestent la grande violence de son cours en hiver et au printemps, et la fréquence de ses inondations.
Le Scamandre descend de l’Ida, comme le remarque justement Homère (//., Xü, 19-22) ; son cours est très-tortueux, mais en ligne directe il serait de 64 kilomètres.
IL traverse d’abord une grande plaine dans l’intérieur, puis il se fait jour par une vallée étroite à travers les montagnes basses de l’Ida, et parcourt ensuite la plaine de Troie; il a un courant constant par suite des nombreux ruisseaux et sources qui sont ses tributaires.
Le Scamandre coulait jadis plus à l’est dans la plaine, et se joignait au Simoïs, appelé à présent Doumbrek-Sou, à 1,700 mètres au nord-ouest d’His-
LE KIMAR-SOU ET LE POEMBREK-SOÜ. 149
sarlik ( llium-Nwum ), Son ancien lit et sa jonction avec l’autre fleuve est encore très-visible. Pendant l’hiver ce lit sert à faire écouler l’excès de ses eaux.
A son entrée dans la plaine de Troie le Scamandre reçoit les eaux du fleuve Kimar-Sou. Le premier de ces mots est une corruption du mot grec « xaitapa », « voûte ». Il porte ce nom à cause d’un grand aqueduc de 1 8 mètres de large, reposant sur des arches, qui le traverse à 3o mètres au-dessus de son lit, à dix kilomètres au-dessus de son confluent avec le Scamandre.
Je suis étonné de voir que dans un ouvrage sur la plaine de Troie, qui a paru à Paris l’année passée, Nicolaïdés ait reconnu dans ce petit fleuve le Simoïs. J’espère pouvoir fournir des preuves évidentes que le Simoïs ne peut être autre que le Doumbrek-Sou, que je vois sur plusieurs cartes appelé Thymbrius, qui a sa source dans les collines à l’est, près du village de Rinkoi, qui parcourt la plaine, et qui, en arrivant près d’Hissarlik {lliurn-Novuni), tourne brusquement vers le promontoire de Rhétée, où il se jette dans la mer. Il est appelé In-Tcpé-Asmak depuis son détour vers le nord. Ce fleuve tire son nom Doumbrek-Sou du village de Doumbrek , situé sur sa rive, à l’extrémité de la belle vallée qui s’étend de l’ouest à l’est entre deux chaînes de montagnes, dont l’une au nord est appelée la cbaine d’In-Te'pé et l’autre au sud , chaîne de Chiblak.
Comme le Scamandre est l’unique débouché pour toutes les eaux qui descendent des montagnes de l’Ida'
150 LKS H1VKS I)L SCAUANDKE.
pendant la saison pluvieuse, il monte aussitôt que les pluies commencent, et, comme ces pluies continues remplissent rapidement les conduits souterrains des montagnes et les sources, ce fleuve se gonfle promptement; il inonde la grande plaine entre les montagnes, et il se jette avec une telle impétuosité dans la vallée étroite entre Ené et Bounarbaschi, qu’il y monte jusqu’à une hauteur de g à 12 mètres au-dëssus de son niveau du mois d’août : on en voit les preuves par les herbes qui adhèrent aux bords et aux arbres.
La couleur jaunâtre de son sable lui aura probablement fait donner le nom de Xanthos , qu’il avait chez, les dieux (//.,XX, 4«)-
Partout où la nature du sol le permet, ses rives sont couvertes de la même végétation luxuriante de saules, de tamaris, de lotos, de joncs et de souchet, dont elles étaient garnies du temps de la guerre de Troie (//., XXI, 35o-35a) :
Raîovro -reXtai ~i xat tTï'ai riï'i pwpîxat,
Kaievo Sè Xwto; t’ vjSè Ôpûov vi5à xüratpov,
Tà rapt xaX* pe'îôpa âXt; irovaptoto raçûxtt.
« Alors s’enflammèrent les ormeaux, les saules, les « tamaris, les lotos, les joncs, le souchet, qui crois- « saient en assez grand nombre sur les belles rives du a fleuve. »
L’eau du Scamandre est considérée comme très-salutaire; les habitants la préfèrent à toutes les sources, et ils viennent de loin pour en chercher.
BALUUAÜII.