LES LAVOIRS DE KAIISICAA
ractères que nous ait peints Homère. La simplicité de ses mœurs a toujours eu un charme extrême pour moi; et, à peine débarqué à Corfou, j’accourus à la KpEÇdi'^a Bpuai;, pour visiter la place qui a été le théâtre d’une des plus touchantes scènes de l’Odyssée.
Mon guide me conduit à un moulin construit sur le petit fleuve, à un kilomètre de son embouchure ; de là, je suis obligé de marcher à pied. Mais à peine ai-je fait cent pas que je rencontre des obstacles. A droite et à gauche de la rivière, on a creusé, pour les besoins de l’irrigation, des canaux, qui sont trop larges pour être franchis en sautant. En outre, on a çà et là inondé les champs. Mais ces difficultés ne font qu’augmenter mon désir d’aller en avant. Je me déshabille, ne gardant que ma chemise, et je laisse mes vêtements sous la garde de mon guide. Je marche toujours le long du petit fleuve, souvent jusqu’à la poitrine dans l’eau et dans la boue des canaux et des champs inondés. Enfin, après une demi-heure de marche pénible, à environ cinquante mètres de l’embouchure, je vois deux grandes pierres grossièrement taillées, que la tradition désigne comme le lavoir des habitants de l’ancienne ville de Corcyre, et comme l’endroit où INausicaa a lavé le linge avec ses domestiques, et où elle a accueilli Ulysse.
La situation répond parfaitement à la description d’Homère, car Ulysse arrive à terre dans l’embouchure du fleuve ( Od . , V, 460-464). Nausicaa vient avec ses servantes aux lavoirs, dans le fleuve {Oïl., VI, 85 - 8 7 ).
LES LAVOIKS DE NAESICAA.
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« Quand elles arrivèrent au charmant fleuve, où « étaient des lavoirs toujours pleins d’une eau lim- « pide et abondante, qui nettoie toutes les souil- « lures.... »
Ces lavoirs devaient nécessairement se trouver presque à côté de la mer, car, après avoir lavé le linge, Nausicaa et ses domestiques l'étendent sur les cailloux, le long du rivage de la mer, pour le sécher (Oc/., VI, 93-9/i).
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« Mais, lorsqu’elles ont lavé et nettoyé toutes les » souillures, elles étendent les vêtements le long de « la plage, où la mer a rejeté le plus de cailloux. »
Elles prennent ensuite le bain, elles sç parfument, elles dînent et puis elles jouent à la balle. « En lan- « çant la balle à une des servantes, la princesse mante que le but; la balle tombe dans le courant du « fleuve; les jeunes femmes jettent un grand cri qui u réveille lilysse (Oc/., VI, 1 1 5 - 1 1 7). »
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10 BEAUTÉ DE l/lLE DE COBFOU.
Il est donc évident que la place où Ulysse était couché parmi les arbustes, à coté de l’embouchure du fleuve, était tout près des lavoirs et de la plage où les femmes jouaient à la balle.
Sur l’identité de ce fleuve avec le fleuve homérique,
11 ne peut y avoir aucun doute, car c’est le seul fleuve dans les environs de l’ancienne ville. En effet, il n’y a dans toute l’ile qu’une seule autre rivière; mais elle se trouve à environ douze kilomètres de l’ancienne Corcyre, tandis que la kpecoî&a llpusi; n’en est éloignée que de trois kilomètres.
Sans doute un chemin carrossable conduisait dans l’antiquité de l’ancienne ville aux lavoirs; mais à présent les champs sont cultivés, et il ne reste aucune trace de ce chemin.
Je parcourus Corfou dans toutes les directions, et je fus très-étonné de voir qu’il n’y a nulle part de clôture ni autre signe de démarcation entre les propriétés. Le tout présente un seul vaste jardin d’oliviers, de cyprès et de vignes, et les accidents de terrain sont si brusques et si multipliés qu’ils donnent partout au paysage un charme inexprimable.
Mais la culture des lettres y est loin d’ètre au niveau delà culture du sol, et j’ose dire qu’à peine un homme sur cinquante y sait lire et écrire. L’ignorance du peuple est la cause de la corruption de leur langue, fortement mêlée de mots italiens, espagnols et turcs.