SEJOUR A BOSTON: DESCRIPTION DE CETTE VILLE
La ville de Boston est bâtie sur une presqu'île qui forme un cône écrasé dont le sol, composé d'argile et de sable d'alluvion, est impénétrable aux eaux de la mer. La circonférence de celte presqu'île est évaluée à quatre ou cinq millesj une langue de terre assez étroite, de trois milles de longueur, l'unit au continent et forme une espèce de faubourg qui, tenant d'un côté à la ville, aboutit de l'autre aux plaines riantes de Jamaicia. A partir des bords de la mer où commencent les premières constructions, les maisons s'élèvent en s'étageant les unes audessus des autres, jusqu'au sommet du cône que couronne la masse imposante du palais de l'Etat. Prise du rivage, la vue de cette cité, ainsi disposée en amphithéâtre, me rappela plus d'une fois l'aspect de quelques-unes de nos villes européennes.
Conformément à l'habitude que j'avais contractée de chercher d'abord à me rendre compte, par un coup-d'œil rapide et général, de la disposition et des principaux traits du pays ou du site que je voulais ensuite examiner dans tous ses détails, je m'empressai, le lendemain de mon arrivée, de monter au sommet du palais de l'Etat pour contempler, de ce point élevé, la ville tout entière, la vaste
baie qui l'entoure et les magnifiques environs qui l'embellissent. Il faut, pour se rendre à ce monument, traverser une belle promenade appelée le Parc, sur la description de laquelle j'aurai occasion de revenir, et monter une large rue nommée rue de l'Etat, qui aboutit au pied du Capitole; c'est le nom qu'on donne à l'éle'vation sur laquelle s'élève le palais, et par extension au palais lui-même. La sommité' de cette colline est à peu près à cent pieds au-dessus du niveau de la mer. Après avoir dépasse' la grille d'enceinte et franchi plusieurs escaliers de terrasses, on arrive au perron qui donne accès au péristyle. Ce perron, construit en larges pierres, sert d'introduction à un portique en avant-corps, percé de sept arcades de face sur une de profondeur, et formant soubassement; au-dessus et pareillement en avant-corps, s'élève une colonnade d'ordre corinthien présentant un magnifique portique dodécasiyle, entièrement ouvert, dont les quatre colonnes centrales sont isolées tandis que les huit latérales sont accouplées. Cette colonnade porte un entablement couronné par une galerie de balustres, placée en attique. Une large terrasse règne sur toute Tétendue de cet avant-corps. Au-dessus , mais en retraite , et de niveau avec la façade générale de l'édifice , s'élève un troisième portique plus étroit, composé de pilastres seulement, et terminé par un fronton triangulaire. Cette dernière construction forme l'un des pans d'un large cube sur lequel pose un dôme d'assez grande dimension, mais fort simple, et sans autres ornemens extérieurs qu'un lanternin qui le couronne ; le diamètre de cette coupole est d'à peu-près cinquante pieds. L'effet général de cette partie dominante du monument est malheureusement gâté par les tuyaux de cheminées, nombreux et fort élevés, qui de toutes parts hérissent le toit. Les parties de l'édifice qui s'étendent des deux côtés de l'avant-corps et qui forment à proprement parler la façade principale, quoique réunies elles n'aient qu'une étendue égale au portique, sont d'une construction très-simple; elles sont, ainsi que les façades en retour, percées de fenêtres carrées dans le soubassement, et de fenêtres cintrées au niveau de la colonnade. Le vestibule, qui occupe la partie centrale du rez-de-chaussée, est très-vaste; il est divisé dans le sens de sa profondeur par une double colonnade, dans le genre des deux vestibules j occidental et septentrional du Louvre, auxquels il ressemble, àl'élé-