‹ Itinéraire pittoresque du fleuve HudsonChapitre 19 sur 40 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

pendant il n'est point rare de rencontrer dans les villes principales du littoral, et même dans l'intérieur des Etats , de riches particuliers qui , professant un goût théorique pour l'art et ses productions, forment de nombreuses galeries de tableaux généralement importes d'Europe. Le mérite de beaucoup de ces ouvrages est très-douteux, et leur authenticité' n'est pas moins suspecte; c'est peut-être là, plus que partout ailleurs , que de médiocres copies passent pour de superbes originaux. Cependant on rencontre parfois, au milieu de toutes ces croûtes , quelques tableaux de valeur, et, pour en offrir un exemple sans sortir de la ville qui nous occupe, je citerai une belle copie faite par Granet, de son tableau de la chapelle des Capucins à Rome , copie que possède un amateur de Boston ; ce tableau a servi de motif à M. Sergent, que je viens de nommer, pour représenter l'intérieur d'une salle à manger, composition d'un effet très-piquant.

A la suite de ces hommes qui cultivent ou encouragent les arts noblement, et pour répondre à une vocation décidée, je devrais peut-être me dispenser de parler de ces artistes d'un ordre inférieur, qui font de la peinture une profession lucrative en se consacrant à peindre le portrait, mais je ne puis m'empêcher de faire connaître une singulière industrie particulière à ce pays. Il était naturel que, chez un peuple aussi éminemment spéculateur que celui des Etats-Unis, l'influence commerciale s'étendit jusque sur les beaux-arts, et qu'on essayât bientôt de réduire leurs productions en objets de négoce. Dès-lors les avantages de l'association des intéressés et de la division du travail , si puissans en matière industrielle, se sont fait sentir, et l'on s'est mis à traiter la peinture d'après ce principe. Ainsi des sociétés de peintres se sont formées , dans les grandes villes , pour exploiter le portrait; les uns peignent la figure, les autres les mains, les derniers les vêtemens; chacun, habitué au genre de travail dont il est chargé, exécute plus promptement, plus sûrement, et le portrait, passant ainsi de main en main, jusqu'à sa perfection, est bientôt terminé, et plus tôt livré au consommateur que s'il était le produit d'une industrie unique. Mais ceci n'est que le premier pas du perfectionnement , en voici le plus haut degré : il peut arriver souvent que l'amateur soit pressé, c'est peut-être un voyageur au moment de son départ, un

homme public dont tous les momens sont comptes , etc.j la socie'ie' tient à l'usage de ces personnes un assortiment de portraits tout faits, qui peuvent s'accommoder aux difFërens sexes, à tous les âges et à toutes les professions; bourgeois, militaires, ecclésiastiques, jeunes filles, grand'mamans, tout se trouve dans ce petit muse'e. Tous ces portraits sont parfaits , il n'y manque que la figure ; mais elle est si tôt faite !

Il me reste encore, entre autres particularités intéressantes sur la ville de Boston, à mentionner ses jardins publics et ses promenades. Ses jardins sont peu nombreux et peu remarquables; on en cite cependant deux ou trois, parmi lesquels se trouve le jardin de Washington, oti l'on donne souvent des fêtes de souscription et de grands repas de corps. Parmi les promenades, la plus remarquable est celle qui couronne la jolie colline de Fort-Hill, d'où l'on jouit d'une vue magnifique qui se déploie sur tous les quartiers environnans, et au-delà sur la vaste e'tendue de la rade ; mais la promenade la plus fre'quente'e par les habitans est celle du parc , qui s'e'tend au pied du Capitole. Ce vaste terrain fut, dans l'origine, lëguë à la ville par un riche citoyen , à la condition que , cultive' perpétuellement en gazon, il servirait au pâturage des bestiaux. Jusqu'à ce moment la volonté du testateur a e'te' religieusement exécutée, et chaque jour, à des heures particulières, on voit de nombreux animaux du voisinage venir s'ëbattre en libertë sur les frais gazons du parc de Boston. A mesure que cette ville se peuplera, et qu'elle verra disparaître ses promenades et ses jardins sous des maisons entassées, le contraste de ce champ rustique, au centre du séjour du luxe et de la civilisation, deviendra plus frappant; il présentera le même phënomène que la promenade champêtre de Hyde-Parc, conservée au milieu de Londres. Les autorités de Boston ont fait entourer la promenade du parc de barrières en bois , percëes d'issues vis-à-vis chacune des rues qui se dirigent vers l'intérieur de la ville , et l'ont fait planter de larges allées d'ormes et de peupliers , qui s'ëtendent autour de la prairie et se prolongent dans les belles rues environnantes. Sur le cotë de cette promenade qui longe le Capitole, on montre aux ëtrangers la maison de M. Hancock, qui fut président du premier congrès provincial tenu à Concord. Sur le côte

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oppose, faisant face au palais de l'Etat, oq remarque une longue colonnade en bois qu'ombragent des arbres gigantesques, restes précieux de l'antique foret qui enveloppait cette ëminence; ce long bâtiment uniforme est une agglomération de maisons particulières, que des propriétaires réunis ont construites en conservant la même ordonnance architecturale. Le côté occidental du parc donne sur la baie intérieure 5 c'est dans cette direction qu'est située la corderie de l'Etat, vaste établissement mis en activité au moyen d'une machine à feu, qui a été' très-exactement décrite dans l'ouvrage publié par M. Marestier, ingénieur de la marine royale de France. Je n'ai fait mention, dans cet article, que des promenades situées dans l'intérieur de la ville de Boston; quant aux promenades extérieures, elles sont nombreuses, et j'ai déjà cité la promenade en vogue de la presqu'île de Nahant.

Je ne puis me dispenser d'ajouter , avant de terminer tout ce que j'avais à dire sur Boston , que cette ville fut le théâtre de presque tous les événemens importans qui ont signalé l'établissement de la république des Etats - Unis. Boston fut fondé en 1629 par une colonie de puritains qui vinrent en ce pays, sous la conduite de John Endicot , chercher un refuge contre la persécution dont ils étaient l'objet en Angleterre. En 1662, le premier Hôtel des Monnaies fut établi dans cette ville, et en 1690 sa Législature mit en circulation le premier papier-monnaie. En 1704, on vit paraître à Boston le premier journal qui ait été imprimé en Amérique, et deux années après naquit, dans la même ville, le célèbre imprimeur Frankhn. C'est encore dans Boston qu'en 1765, à l'occasion d'un impôt sur le timbre, se manifestèrent les premiers mouvemens, symptômes d'une prochaine révolution; à la même époque, la Cour générale, qui siégeait dans cette ville, fut dissoute, et une Convention fut convoquée. En 1770, de nouveaux troubles éclatèrent entre les citoyens et les troupes du roi. En 1773, les habitans, indignés d'un impôt illégal qu'on avait mis sur le thé, détruisirent toute cette denrée. L'année d'après, le port de Boston interrompit ses relations avec la mère-patrie, et la première assemblée provinciale fut instituée. L'année 1775 est à jamais célèbre par les batailles de Lexington et de Bunker's-Hill, li-

vrées presque sous les murs de Boston; la même anne'e, le gênerai AVashington, promu au commandement des forces patriotiques , assiégea les Anglais dans ses murs. Enfin, cette série d'ëvënemens glorieux pour Boston se termine à l'année 1780 par la promulgation de la Constitution de l'Etat, qui fut faite dans cette ville.

Avant de passer à la description des environs de Boston, il ne sera peut-être pas sans intérêt pour le lecteur de connaître les variations qu'éprouve la température, dans cette ville. Cette température, dont nous avons déjà signalé en beaucoup d'endroits les brusques mouvemens , est peut-être plus changeante à Boston que partout ailleurs , sans doute à cause de sa position littorale entre un Océan immense et un vaste continent. Les rigueurs de l'hiver, de même que les chaleurs de l'été, y sont excessives, et souvent on passe en un instant de l'une à l'autre de ces deux saisons. L'on attribue le grand degré de froid , qui règne pendant l'hiver à Boston, aux vents du nord-ouest, qui passent, avant d'y arriver, sur un continent glacé et sans culture. Le printemps de ce climat ne dure que jusqu'au milieu de mai, mais il suffit pour activer la végétation , qui se développe avec rapidité. Les chaleurs de l'été, qui succède brusquement à cette saison, sont tellement fortes, même avant le solstice, que le mercure monte subitement au-delà de 70 degrés de Farenheit (17 ou 18 + o de Réaumur), et quelquefois même jusqu'à 86 et 90 degrés (26 ou 27 + o de Réaumur); enfin, l'on se souvient encore des étés de 1811 et de 1812, pendant lesquels le thermomètre monta, à Cambridge, jusqu'à 101 degrés V2 de Farenheit (3i + o de Réaumur). Il est important de noter, pour avoir la connaissance parfaite de ce climat, que ces états de haute température, ainsi que les grands froids de l'hiver, ne sont point permanens, et qu'ils sont au contraire fréquemment interrompus par de brusques variations, pendant lesquelles la température passe à un extrême opposé. C'est pendant le mois de janvier et celui de février que ces variations sont plus fréquentes; alors le thermomètre monte ou baisse de i4 à 20 degrés de Farenheit (7 à 9 + o de Réaumur), pendant l'espace de 24 heures. Il en est quelquefois de même en été; ainsi, pendant celle saison, le thermomètre de

Farenheit marquera a raidi 90 degrés et à minuit 60 (26 et 12 '/s + o de Réaumur}. Dans presque toutes les saisons de l'année, l'inconstance des vents amène des mouvemens analogues dans l'état de la température; ainsi, en hiver, le vent du iiurd-oue?t e>t de 16 degrés (- +0 de Réaumur) plus froid que celui de Test ou du sud-est; en été, le veut le plus chaud est celui du sud- ouest, et le plus froid est toujours celui du nord-est ou celui de l'est. Il tombe aassi beaucoup plii> i]p phiie aux environs de Boston que dans beaucoup d'autres endroits de l'Europe; ainsi, à Cambridge, le nombre des jours de pluie, pendant une année, est évalué a quatre-vingt-huit.

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