DESCRIPTION DES ENVIRONS DE BOSTON
L'objet le plus important, comme le plus rapproche, qui se présente aux regards de l'observateur lorsqu'il s'apprête k sortir de la presqu'île de Boston, est la presqu'île historique de Charlestown, qui renferme le Napy-Hard ou chantier de construction de la marine militaire de l'Etat fédéral. L'ordre et le repos semblaient régner dans ce vaste établissement lorsque je le visitai; en effet, la paix de i8i4 ayant fait rentrer la plupart des vaisseaux de guerre dans leurs ports respectifs, ces énormes machines, dépourvues de leurs agrès et de leur artillerie, restaient ici immobiles, préservées des injures du temps par un toit en planches qui les enveloppait , et des attaques des vers et insectes , par une couche épaisse de chaux dont leur coque était enduite. La frégate, que du haut du Capitole j'avais vue entrer dans le port, était mouillée sur ses ancres auprès de légères embarcations armées et toujours en disponibilité. J'obtins la faveur de visiter en détail ce beau bâtiment, et j'admirai la perfection et surtout la simplicité de sa construction. En effet, son pont était entièrement horizontal, et son arrière, au lieu de porter un de ces énormes châteaux à plusieurs galeries qu'on était dans l'usage d'y construire autrefois , était perpendiculaire et plat , de sorte qu'il n'offrait aux
vents aucune surface capable, en rompant leur impulsion, de retarder sa vitesse. La mèche du gouvernail, autrefois entourée d'un sac destine à s'opposer à l'infiltration des eaux, était hermétiquement contenue dans un trou qui remplissait bien plus sûrement cet objet. Ce magnifique bâtiment, presque entièrement revêtu de lames de cuivre, présentait dans ses objets de détail un luxe très-remarquable; les barres à virer le cabestan étaient maintenues dans des rainures qui ne nuisent point à la solidité de la machine , et les chandeliers des tire-veilles des escaliers de descente étaient en cuivre bien poli. Je fis à l'officier du bord quelques observations sur l'assujettissement très-pénible auquel cette propreté exquise condamnait les gens de l'équipage, mais il me répondit que c'était un excellent moyen pour maintenir les marins dans une activité nécessaire à leur santé et à leur subordination , et que le seul inconvénient qu'entraînait ce luxe était un grand surcroît de dépense; aussi que le congrès, ayant reçu des plaintes à ce sujet, avait ordonné de supprimer, sur tous les vaisseaux de l'Etat, ce luxe superflu. Je remarquai, en continuant l'inspection de cette frégate, que les logemens des officiers, placés sous la batterie , étaient bien installés et très-commodes. Je vis aussi pour la première fois l'exemple d'un arrimage de caisses en fer, remplaçant les barriques à eau en bois, et celui de chaînes d'ancres également en fer, qui pouvaient se renfermer dans un espace assez étroit. Je ne puis entrer dans tous les détails relatifs aux nouveaux modes de construction et à tous les perfectionnemens introduits dans l'armement de ces citadelles flottantes; mais le lecteur, curieux de les connaître, pourra les trouver dans le Dictionnaire de Marine publié par le contreamiral Willaumez.
Il n'est pas sans intérêt poiu' le lecteur d'apprendre que le gouvernement américain n'a point de constructeurs spéciaux pour ses navires; il emploie des entrepreneurs particuliers dont plusieurs ont une célébrité justement acquise. Ces hommes, dont l'expérience et le savoir-faire sont constatés par le grand nombre de bàtimens de commerce ou à vapeur qu'ils construisent habituellement, et qui d'ailleurs sont possesseurs de vastes terrains et d'immenses magasins de bois de construction, reçoivent les commandes du gouvernement; on passe marché avec eux pour la
construction d'un vaisseau de ligne ou d'une frégate. On stipule, dans le contrat, leur dimension, leur force , et le nombre de canons dont ils devront être perces ; on mentionne en outre la qualité du fer, et les espèces de bois qui devront être employées; on convient même des lieux où ces ëlêmens devront être pris; de plus le constructeur s'engage à soumettre ses divers échantillons à l'inspection d'agens maritimes désignes par les parties contractantes. Quant à l'artillerie nécessaire à l'armement de ces vaisseaux, elle est tirée des diverses fonderies que possède l'Etat général sur plusieurs points de l'Union.
Après avoir visité en détail la frégate qui m'a fourni le sujet de celte remarque, j'obtins la permission de parcourir l'établissement du Navy-Hard; ainsi je visitai tour à tour les hangars d'artillerie et les magasins renfermant tous les objets de détail, nécessaires à l'armement; je remarquai, comme une particularité, que tous les ouvriers répandus dans ce vaste établissement observaient en travaillant le plus grand silence.
La maison du gouverneur, située à peu de distance, au milieu d'un jardin, et de manière à dominer tout l'établissement, est construite en bois avec élégance.
Non loin du chantier et du bassin qui en dépend, s'élève, au milieu d'une place, un grand bâtiment en pierre, qui renferme le tribunal, la cour de l'amirauté, et les bureaux. Outre ce monument, Charlestown renferme encore deux églises d'une assez belle apparence, et plusieurs rues bien bâties, dont une, qui est parallèle à la mer, conduit aux collines célèbres de Bunker's et de Breed's-Hill, et au monument du général Warren, qui s'élève sur l'esplanade de la dernière. Nous avons déjà signalé l'état de dégradation où se trouve ce monument qu'on se propose de remplacer par un autre plus digne du héros dont il renferme les cendres et de la nation pour la liberté de laquelle il périt; l'ancien se compose jusqu'à présent d'un obélisque, surmonté d'une urne funéraire et d'emblèmes, et supporté par un socle chargé d'inscriptions que l'injure du temps à rendues ilHsibles.
A l'extrémité de la presqu'île de Charlestown, et au milieu de l'isthme qui l'unit au continent, s'élève une petite bourgade, près de laquelle le canal du comté de Middlesex débouche dans la mer; ce canal qui passe, avant de s'y rendre,