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eaux ; ces rochers, tous formés de la même substance volcanique, s'e'tendent trèsloin et même jusqu'aux petites chutes, situées à quelques milles de distance. La rivière, en arrivant près du lieu de sa chute, forme de petites cascades, en passant sur des lits de rochers inégaux et étages; plus loin elle rencontre des masses considérables qui divisent son cours; mais bientôt elle les dépasse, et se précipite dans cette longue et profonde fracture pratiquée dans des roches aussi dures que le fer. Lorsque l'on considère de près la disposition de ces roches et leur nature, on s'aperçoit que cette ouverture n'a pu s'opérer que par l'effort des tremblemens de terre, secousses qui sont d'ailleurs attestées par les traditions. On m'a assuré que cette masse basaltique avait une largeur de quinze milles , et le lecteur doit se rappeler que nous l'avons vue former une muraille perpendiculaire de vingt-cinq à trente milles d'étendue sur la rive droite de l'Hudson.
En s'enfonçant dans les bois, on arrive à l'endroit qui fut, il y a peu d'années, le théâtre d'une triste catastrophe : une femme jeune et intéressante, nommée madame Cumming, et mariée à un ministre protestant, faisait une excursion dans ces contrées pour en admirer les sites magnifiques ; assise au sommet escarpé de la rive occidentale, l'infortunée oublia sans doute, dans l'enchantement que lui causait ce spectacle, le soin de sa sûreté; elle glissa rapidement, tomba dans la rivière et périt aussitôt. En descendant au moyen d'échelles on peut gagner les bords de la rivière , et découvrir l'endroit où se passa ce triste événement. Du même endroit on aperçoit, à l'extrémité du couloir, les eaux qui se précipitent, et tombent de soixante-dix pieds de hauteur, dans un beau bassin, d'oîi elles s'échappent ensuite pour aller fertiliser la contrée (planche XLV). Un peu au-delà, et sur le côté, se présente un petit vallon qui forme l'entrée ou l'accès des chutes; on remarque à droite et à gauche, sur les mornes qui le resserrent, les fragmens de prismes basaltiques qui couvrent toute la contrée environnante ( planche XLVI ). Enfin, non loin de l'entrée des chutes, on trouve un site charmant oii la plupart des arbres ont été épargnés ; on les voit former des groupes plus ou moins épais, plus ou moins élancés, qui se détachent sur le fond plus clair des habitations et des champs de culture (planche XL\ II).
Ce ne fut qu'avec un vif regret que j'abandonnai ces sites que tant d'étrangers viennent visiter et admirer j en les quittant je me rendis an bourg de Moristown. J'avais, dans un voyage précèdent, visité le centre du comté de Sussex, les jolis bourgs de Princeton, àe Springfîeld el Orange. Après que j'eus traversé encore une fois la Passaïc et les monts de Battle-Hill , je franchis le village de Morris , et je pris une voiture pour me conduire aux bains minéraux de Schooley's. La route que je suivis dans ce trajet s'élève, puis descend vers le bourg de Meiid/iaTU, situé au-delà de la rivière Noire qui coule au sud dans un pays enfoncé. Deux ou trois milles pins bas on atteint le bourg de Chester, et plus loin encore celui de German-F^alley ( vallée des Allemands ) ; cette contrée est habitée par des Hollandais qui, par une espèce d'instinct qu'ils paraissent tenir de leur origine, préfèrent toujours les lieux humides et marécageux. La montagne de Schooley's se présenta alors devant moi; en gravissant sa pente par une rampe rapide taillée en zig-zag, j'eus occasion de reconnaître dans les rochers des masses de granit blanchâtre, micacé et semé de très-petits points de chorl. Le sommet du plateau me parut porter un sol assez pauvre ; quelques champs de mais et de patates , et quelques carrés cultivés en plantes potagères pour l'usage de l'établissement des bains, furent, avec quelques mimosa chétifs, les seuls végétaux que j'aperçus jusqu'à la taverne où je m'arrêtai.
Les bains sont situés à quelque distance, au fond d'un vallon. En m'y rendant, après avoir pris quelque repos, je vis, dès l'extrémité du plateau, la végétation renaître, et en peu d'instans j'eus atteint l'entrée du vallon. A droite sont semées quelques maisons habitées par des familles dont les hommes travaillent à l'exploitation des nouvelles mines de fer magnétique. Un forgeron de l'endroit me dit qu'il préférait ce fer à tout autre de la contrée, pour ferrer les chevaux. A mesure que j'avançais, mon attention était éveillée par un bruit qui paraissait sortir d'entre les massifs de verdure; en me dirigeant sur cette indication, je découvris quelques pas plus loin un courant d'eau, et, dans une partie plus reculée du bois, une jolie cascade dont l'écume, d'une blancheur éclatante, jaillissait sur les débris de rochers ( planche XLYllI). Je suivis le cours de ce joli ruisseau, jusqu'à l'endroit
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où il est traverse par un pont rustique qui ajoute encore un nouvel agrément au paysage ( planche XLIX).
J'étais seul dans cette solitude, car, à l'époque matinale que j'avais choisie pour cette excursion, tous les amateurs de l'onde salutaire étaient encore plongés dans le sommeil; je pouvais donc, sans craindre les distractions, me livrer à la contemplation tranquille de ces lieux , et porter mes curieuses investigations sur tous les objets naturels qu'ils recelaient. La richesse de la végétation suffisait seule pour captiver mon intérêt. Entre des masses éboulées de granit, que revêtaient .des mousses veloutées, sortaient d'épais cactus, de larges frondes de fougères , ou des tiges fleuries de bouillon blanc. Sous l'ombrage protecteur des arbres croissait l'élégant betula lenta , le lierre se groupait au myrte, la ronce tomenteuse parait le bord des ruisseaux limpides, et le superbe magnolia épanouissait ses larges fleurs à coté des grappes pourprées du sumac. A cette heure matinale où rien ne troublait encore leur sécurité, une foule d'animaux, différens de formes et de mœurs, animaient cette solitude. Indépendamment des oiseaux au plumage varié et au brillant ramage, des écureuils gris ou striés, qui semblaient voltiger de branche en branche, quelques quadrupèdes plus rares se glissaient timidement entre les buissons ; tel était le mink, espèce de martre très-jolie, qui fait aux poissons, ainsi qu'aux petites tortues, une chasse continuelle. Cet animal, très-effilé et plus petit qu'un chat, se cache, pour surprendre sa proie, parmi les hautes herbes, au bord des courans, et ne laisse passer que l'extrémité de son museau pointu; dès qu'un poisson passe à sa portée, aussitôt il s'élance comme un trait et ne manque jamais de saisir sa proie; il monte aussi aux arbres avec une agilité surprenante, et court jusqu'à l'extrémité des branches pour dévorer les œufs et même les petites familles d'oiseaux qu'il peut surprendre dans leurs nids. Un autre quadrupède du même genre se rencontre aussi dans cette solitude; on le nomme slcimk , c'est la mouffette {vlverra putorius) , joli animal à poil rude, strié de bandes alternativement blanches et noires, avec les joues noires et le museau blanc; grand chasseur d'oiseaux et de poules, et vorace à l'excès, il met en usage, lorsqu'il est poursuivi, un singulier moyen de défense; il lance vers
son ennemi une liqueur tellement fétide que le chasseur est forcé d'abandonner sa poursuite. Cette odeur se fait sentir de très-loin sous le vent, et il n'est pas d'autre moyen d'en purger les vétemens qui en sont imprégnés que de les enterrer pendant quelques jours. Je vis aussi dans ces lieux, se glissant hors de son trou avec inquiétude et précaution, le monax (la marmotte), animal très-doux lorsqu'il n'est point maltraité, mais se servant vigoureusement de ses longues dents pour faire des blessures cruelles lorsqu'il est attaqué. Enfin , dans les endroits oii le sol plus humide et plus meuble pouvait facilement céder à ses efforts, je trouvai un petit quadrupède très-rare, du genre des condylures j c'est la taupe à museau étoilé, dont j'ai déjà parlé dans mon premier volume, et qui a été parfaitement décrite par M. Desmarest, dans le Journal de Physique ( septembre 1819).
Ces lieux, qu'enveloppait constamment un ombrage épais, et que baignait une humidité continuelle, étaient encore le séjour d'une foule de reptiles variés; j'y pris quelques tortues de terre et d'eau : parmi les premières, la plus intéressante, sans contredit, était la tortue à tabatière y ainsi nommée parce que son plastron peut s'ouvrir et se fermer à volonté comme un couvercle à charnière, de sorte que, surprise par un ennemi, elle se clôt hermétiquement dans cette espèce de boîte, qu'on ne peut ouvrir sans employer de grands efforts. Les tortues qui vivent dans l'eau, se nourrissent de petits poissons et de grenouilles ; elles sont généralement très-voraces ; la bigarrure de leur carapace noirâtre, pointillée de petites taches rougeàtres, leur donne beaucoup d'agrément. Ailleurs, sous des rochers, des troncs renversés , des détritus humides , se glissaient avec vélocité des salamandres dont la plus commune, de couleur brune, était parsemée de taches jaunes qui allaient en s'agrandissant vers l'extrémité de son corps. Une espèce de murmure lugubre m'avertit de la présence de la grenouille mugissante ( rana boans) qui poursuit sur l'eau les jeunes canards, et les engloutit tout entiers. Ailleurs, je reconnus à ses cris rauques et discordans la grenouille piolante {rana oceolata), la plus importune de toute cette famille si variée. Enfin je découvris, parmi les herbes entre lesquelles il se glissait sans les agiter, le joli serpent à jarretières.
reptile inofFensif, et plus loin quelques lézards à gorge métallique, qui couraient après les mouches dont ils se nourrissent.
La fontaine minérale est située à l'extrémité' du vallon, à son point le plus élevé; elle est entourée d'habitations pour les personnes riches, et d'une taverne pour les buveurs moins aisés; on y parvient par un escalier rustique, mal entretenu, qui conduit à une salle à claire -voie, au centre de laquelle se trouve enfermée la masse du rocher d'où l'eau s'échappe. Le mince filet d'eau que cette source émet, est conduit par un tube qui le reçoit, jusque dans un cabinet situé plus bas, dans lequel les douches sont administrées. La source fournit un gallon d'eau en trois minutes. Analysée par le docteur M. Neven, celle eau a présenté du muriate de chaux, du muriate de soude, du muriate de magnésie, du carbonate de chaux, du sulfate de chaux, et enfin du fer oxidé et carbonalé; on assure qu'elle a la propriété de guérir la gravelle, et de dissoudre les calculs de la vessie. La roche d'oii cette eau s'échappe est de nature primitive; elle a une teinte rougeàtre qui paraît due h de l'oxide de fer. Au reste ces eaux minérales, quoiqu'elles ne soient point environnées des constructions somptueuses comme celles de Saratoga et de Balston, et qu'elles ne soient point comme celles-ci le rendez-vous du luxe et des plaisirs , sont cependant très - fréquentées ; des malades s'y rendent de tous les points de la contrée environnante et même des Etats voisins, dans l'espérance d'y recouvrer la santé.
Toutes mes recherches étant terminées, je partis de Schooley's avec un agréable compagnon que le hasard m'y avait fait rencontrer; c'était un des MM. Boisaubin, dont le père, notre compatriote, établi depuis longues années à Moristo wn, exerce envers tous les étrangers , et surtout envers les Français, la plus cordiale et la plus généreuse hospitalité. Je trouvai dans M. Boisaubin fils un compagnon toutà-fait assorti à mes goûts, puisqu'il était amateur passionné des grandes scènes de Ja nature; nous fîmes donc ensemble quelques excursions intéressantes, et particulièrement une au lac Morris , situé non loin de la chaîne majestueuse des montagnes Bleues. Dans l'intervalle de ces excursions, je séjournais à Moristown chez le père de mon jeune ami, et dans la société de son aimable famille, composée
de plusieurs jeunes gens et de deux charmantes jeunes personnes, mesdemoiselles Emma et Louisa; leur habitation est située au fond d'une jolie vallée, à quelque distance du village; élégante et commode dans sa simplicité, elle offrait tous les agrémens d'une retraite champêtre; et, si l'on en pouvait citer aux environs de plus somptueuses, il n'en était aucune que l'e'tranger eût préfère' d'habiter, après avoir passe quelques jours dans celle de M. de Boisaubin.
Après un séjour d'une semaine chez ces hôtes respectables que je ne puis plus désormais oublier, je me disposai à passer en Pensylvanie. La partie septentrionale du Jersey, que je venais de parcourir, forme à peu près la moitié de cet Etat; elle se divise en sept comtés, qui ont tous à peu près la même dimension. Ces comtés renferment une population plus compacte, et possèdent un sol plus productif, plus riche de cultures variées, surtout à l'issue des montagnes, que les comtés du midi. Je puis citer comme un exemple de la richesse et de la fertilité de cette contrée, le beau comté de Morris oîi l'on remarque à la fois de gras pâturages, des vallées bien cultivées, des collines couvertes de forêts, et, au milieu de ces belles campagnes, une population nombreuse et active, toujours occupée à les fertiliser. Les 'forêts de ce comté me fournirent l'objet de quelques observations intéressantes ; j'y trouvai la précieuse espèce du chêne qaerchron{quercus rubra), qui s'élève à plus de quatre-vingts pieds de hauteur, et dont l'écorce donne une très-belle teinture jaune; j'y rencontrai aussi le chêne à feuilles de saule, le chêne épineux , et le faux thuya qui se plaît dans les lieux humides et bas. Je recueillis les plants et les graines de la plupart de ces espèces, et déjà ils ont été confiés au sol de notre patrie qu'ils paraissent avoir adopté, comme s'il était sur leur sol natal.