VINGTIEME SECTION
VOYAGE EN PENSYLVANIE , DESCRIPTION DE PHILADELPHIE ; EXCURSION A BALTIMORE ,
Je sortis du Jersey par Philipsbourg, situe' sur les bords de la Delaware; vis-àvis et sur la rive droite est située la ville d'Easton qui appartient à l'Etat de Pensylvanie. On traverse le fleuve sur un beau pont, entièrement couvert, de cinq cent soixante-dix pieds de longueur; le long couloir dans lequel passent les pie'tons et les voitures, est perce', des deux côtés, de fenêtres qui donnent accès à la lumière. A l'époque de mon passage, les eaux de la Delaw^are dont les bords sont très-découpés, avaient extrêmement diminué sous l'influence de la haute température, et l'on voyait à découvert dans son lit plusieurs bancs composés d'un gravier granitique et d'un sable d'alluvion extrêmement délié. La ville d'Easton est dans une situation délicieuse, entre des colKnes de l'aspect le plus varié et le fleuve magnifique qui serpente à travers les montagnes dont la contrée est semée. Parmi ses nombreuses constructions, on en remarque quelques-unes fort antiques dont l'origine remonte aux premiers établissemens des Européens dans ces contrées. Parmi les plus modernes, il en est de fort élégantes; un grand nombre des unes et des autres sont entourées de jardins. Les édifices et les églises sont peu nom-
breux , mais remarquables par leur extrême propreté'. Sur une colline qui domine le fleuve s'ëlève le collège auquel sont annexées quelques constructions particulières. Indépendamment de la Delaware qui passe au-devant d'Easton, cette ville est encore entourée par deux petites rivières, dont la plus considérable, située au sud et nommée le Lehigh, a sa source dans les monts Allèghanis, et vient se jeter dans le fleuve après un cours tourmente par de nombreux obstacles et accéléré par plusieurs chutes. Le second courant , situé au nord et nommé le Bushkill, n'est qu'un faible ruisseau qui sert cependant à mettre en mouvement quelques moulins.
Au-dessus de l'embouchure du Lehigh est situé un pont suspendu par des chaînes, que je m'empressai d'aller visiter. Ce pont, sur lequel passe la route de Philadelphie , a quatre cent soixante-quinze pieds de longueur ; il est porté par des piles en pierre , au-dessus desquelles s'élèvent des espèces de portiques revêtus de planches qui en cachent la charpente et la mettent à l'abri. De cette charpente partent, des deux côtés opposés, de quadruples chaînes formées de longs briquets d'un pouce carré de solidité, qui descendent en formant des portions d'ellipses, au point central et inférieur desquelles s'attache le plancher du pont. Ce plancher est divisé, à sa surface, en deux voies pour les voitures, et deux trottoirs latéraux pour les piétons. La légèreté de cette construction est telle que, lorsqu'on passe dessus, même à pied, on cause à toute la machine un ébranlement qui se manifeste par un bruit de ferrailles , très-désagréable à l'oreille. Ce système de ponts, dont le plus important avantage est l'économie, est mis fréquemment en usage dans cet Etat, et avec d'autant plus de succès que c'est de son intérieur qu'on tire presque tout le fer nécessaire à leur construction.
Ayant appris à Easton que l'établissement des frères Moraves n'était situé qu'à dix miUes de cette ville, je formai sur-le-champ le projet de l'aller visiter. Il faut, pour s'y rendre, suivre le cours du Lehigh, sur lequel on voit naviguer des barques nombreuses chargées de charbon ; la mine précieuse d'où on le tire est située près des bords de cette rivière, et si favorablement pour le chargement , que le charbon, en sortant de l'ouverture, est jeté dans un couloir qui le conduit