TOME II
blemens de terre et des irruptions volcaniques, ainsi que l'attestent plusieurs faits; comme, par exemple, la présence sur les bords du lac de produits et de substances qui sont ordinairement rejetës par les feux souterrains, la forme particulière des rives de ce même lac, qui, sur presque tous les points, s'abaissent en talus plus ou moins rapide, et enfin la profondeur des eaux au centre de cette espèce d'entonnoir. Les expériences de M. Schultz ont prouvé qu'au milieu de l'e'te', à une profondeur de quarante brasses, l'eau est de quinze degrés plus froide qu'à la surface, oh le thermomètre de Farenlieit indique ordinairement soixantehuit degrés de température , ou près de seize degrés au-dessus de zéro de Réaumur.
Après avoir fait connaître à mes lecteurs la disposition géographique, lesdiiTérens sites pittoresques, et enfin tous les détails intéressans de la statistique de l'Etat de New-York, depuis la ville du même nom jusqu'aux possessions anglaises du Haut et du Bas-Canada, il me reste, dans l'intérêt des étrangers qui voudraient répéter une partie des mêmes observations, à indiquer les routes les plus directes et les plus généralement fréquentées que doivent suivre les curieux qui, allant visiter les chutes du Niagara, étendent leur excursion jusqu'à Québec. Ce voyage assez long, autrefois difficile et très-rarement entrepris, peut actuellement s'exécuter entièrement par eau , ou en partie par terre et par eau. On s'embarque à New- York sur le bateau à vapeur qui remonte le fleuve Hudson jusqu'à Albani, vis-àvis l'embouchure du canal de l'Ouest; on prend alors les barques qui parcourent ce canal, s'élèvent dans ses bassins supérieurs pour redescendre ensuite, en traversant un pays couvert de magnifiques forêts et tour à tour embelli de -sites sauvages ou de bourgades et des villes naisantes, et l'on vient mouiller, à son choix, dans les eaux du lac Erié ou dans celles de l'Ontario. Après avoir visité les chutes du Niagara, situées, comme on sait, sur la rivière qui réunit ces deux lacs, on s'embarque sur un bateau à vapeur à Lewiston au-dessous des chutes , on entre dans le lac Ontario dont on longe les cotes septentrionales et occidentales, on passe en vue de plusieurs sites remarquables, tels que l'embouchure encaissée de la rivière Genessée , la vaste baie de Sodus et l'embouchure pittoresque de la rivière Oswégo. Bientôt le bateau, abandonné au courant des eaux, prend naturellement la direc-
tion nécessaire et entre majestueusement dans le fleuve Saint-Laurent. Le voyageur est alors libre de débarquera Montréal, ville d'origine française située sur ce fleuve, ou de pousser son voyage jusqu'à Québec pour visiter, près de cette dernière ville, la chute de la rivière Montmorency et la chute non moins pittoresque de la rivière de la Chaudière. En supposant que le voyageur ait e'tè jusqu'à Québec, il doit ensuite revenir sur ses pas, entrer dans la rivière Sorel et débarquer à Saint-Albans, dans l'Etat de Vermont, pays aux grandes scènes naturelles, en raison de la hauteur des chaînes de montagnes qui le traversent et qui ont motive sa dénomination. De Saint-Albans on suit une route de terre montueuse et difficile qui passe par Burlington, Montpellier, Haverhill, et qui traverse la rivière Connecticut; ce pays magnilîqne et varié oftVe successivement de hautes montagnes, de riantes vallées, des rocs déchirés d'où sortent des rivières en cascades tumultueuses, et quelques bourgs intéressans disséminés dans les montagnes. La route qui lui succède, assez rude comme la précédente, présente à peu près les mêmes beautés; elle traverse l'Etat du New-Hampshire , celui du Massachussets et vient enfin aboutir à Boston. En partant de cette ville, on peut prendre, pour opérer son retour, une route de terre ou s'embarquer sur la rivière de l'Est, traverser le Sund, et enfin débarquer à New- York.
L'ensemble de cette vaste excursion s'appelle la grande tournée; mais il est un autre itinéraire beaucoup plus court à l'usage des personnes qui ne veulent que visiter le Bas-Canada. Ce dernier voyage peut s'exécuter, si l'on veut, entièrement par eau. On commence, comme dans la grande tournée, par remonter l'Hudson de Nevs^-Yorkà Albanyj on se rend de cette dernière ville à celle de White-Hall en suivant le canal du nord qui remplace l'ancien portage assez rude des environs de cette ville. A White-Hall on s'embarque sur le bateau à vapeur qui parcourt le goulet du lac Champlain dont j'ai déjà signalé quelques sites intéressans \ on dépasse le fort de Crov^^n-Point qui domine le cap avancé d'une baie , la petite ville de West-Port située quelques milles plus au nord, et l'on entre dans la partie la plus large du lac. On continue de naviguer à travers sans presque jamais perdre de vue l'une ou l'autre de ses rives magnifiques j on dépasse la
baie de Pe'ru, les rochers à fleur d'eau qui l'avoisiuent , et l'on atteint le port et la ville de Plattsburg que les évënemens de la dernière guerre ont rendu célèbre. En cet endroit des îles boisées d'une grande dimension et connues sous le nom de South'Hero et de North-Hero , s'élèvent du milieu du lac et divisent en deux son large bassin; au-delà il se rétrécit subitement, et après \ Ile-aux-Noix ce n'est plus qu'un canal assez resserré qui prend le nom de rivière Sorel. On descend cette rivière dont les bords offrent pendant la belle saison un séjour enchanteur, et l'on débouche avec elle dans le lac Saint-Pierre, vaste bassin à peu près circulaire, situé sur le cours du fleuve Saint-Laurent et probablement creusé et agrandi par la rapidité de ses eaux ; on remonte ensuite pendant un court trajet ce fleuve magnifique, et l'on débarque enfin sur l'île de Montréal, au pied des murs de la ville célèbre du même nom. Toute cette navigation que je viens d'indiquer, à travers le lac Champlain, la rivière Sorel et le fleuve Saint-Laurent, étant longue, pénible et quelquefois dangereuse, quoique exécutée par ces hardis mariniers canadiens dont plusieurs fois j'ai eu l'occasion de louer l'adresse et l'habileté, on peut, si on le préfère, débarquer au pied du fort Chambly, bâti par les Français et situé vers le milieu de la rivière Sorel, hors des limites des Etats-Unis. En cet endroit on prend des voitures pour traverser un portage de sept à huit milles seulement. Après avoir achevé ce court trajet, on découvre, en arrivant au bord du fleuve , la ville de Montréal qui se présente sous son point de vue le plus pittoresque; en effet, ses maisons étagéès les unes au-dessus des autres, forment comme un magnifique amphithéâtre que couronnent les flèches aiguës de ses églises catholiques , entièrement revêtues de lames brillantes de fer-blanc.