SAINT-LEU-SAIXT-GILLES
séparée que par un étroit intervalle. Déjà succursale en 1235, elle ne fut érigée en paroisse qu’en ICI 7. L’abbé Lebeuf avait lu dans les archives de Saint-Magloire que les religieux permirent, en 1319, le placement de deux petites cloches à SainuLeu , et il pensait que la nef était à peu près de cette époque. Elle m’a paru plus ancienne de quelques années, d’après le style de ses chapiteaux, autant qu’on en peut toutefois juger au milieu de tous les changements qu’elle a subis.
Des maisons se i)ressent sur les lianes de l’édifice de telle manière qu’on n’en peut apju'ocher. Le portail, sur la rue Saint- Denis, et l’abside, sur la rue Salle<m-Comte, se irouvent seuls à découvert. Au xviii« siècle, vers 1727, on a retaillé toute la façade. II n’y reste plus d’à peu près intact que l’ogive de la porte médiane et les huit colonnes à chapiteaux feuillagés qui l’accompagnent. Les deux junies latérales, avec les fenêtres à meneaux qui les surmontent , ne sont pas antérieures au xvie siècle. Les deux petites tours carrées et terminées par des llèches d'ardoises, sont modernes. Nous avons même vu élever la llèche de la tour du nord. L’abside, commencée en Ibl I et presque achevée dès l’année suivante, est décorée de pilastres doriques, de fenêtres à meneaux, de balustrades, de contre-forts avec arcs-boutants, de gargouilles en forme de consoles. On a eu le tort de murer nouvellement les fenêtres des chapelles.
La nef, de petite proportion, mais assez élégante, est longue de six travées et couverte d’une voûte ogivale à nervures croisées. Des faisceaux de trois minces colonnes, coilfées de chapiteaux d’un joli feuilhige, reçoivent les retombées. Les fenêtres ont été agrandies et privées de leur meneaux. Les bas côtés sont venus s’ajouter à’ la nef, dans le cours du xvi<? siècle. Une seule chapelle, du titre de la Vierge, existe sur le liane de la nef au nord; elle est moderne. Dans les collatéraux, on voit à la voûte quelques clefs pendantes, des écussons qui ont été grattés, un saint Gilles avec sa biche, un saint Loup en costume pontiGcal, un cartouche blasonné des instruments de la Passion.
Le chœur et l’abside , rattachés par le xvii® siècle à l’ancienne
SAlNT-IÆi:-SAlNT-GILLES.
nef, sont beaucoup plus élevés de voûte. On y compte neuf travées dans tout le développement de leur pourtour. Le plein cintre y domine dans les arcs et dans les baies ; l’ogive y persiste cependant aux cinq travées du rond-point, mais seulement dans les ares du premier ordre. L’arcliitecture de cette partie de l’édifice n’est pas sans quelque valeur, et le contraste des deux styles si différents de la nef et du cbœur lui donne un aspect original. Il s’y trouve aussi quelques gracieux détails de sculpture, des clefs ornées, des rinceaux, des têtes d’anges, des niches avec leurs dais et leurs culs-de-lampe. La lumière arrivait par trois rangs de fenêtres à meneaux, dont le premier a été supprimé, comme nous le disions quelques lignes plus haut.
Les chapelles sont au nombre de sept. Dans la première, au sud, un tableau daté de 1772, représente le crime, la condamnation et le supplice d’un soldat qui fut brûlé en 1415, pour avoir frappé de son couteau une image de la Vierge, placée au coin de la rue aux Ours, près l’église Saint-Leu. L’image aurait, suivant la tradition , versé du sang en abondance. Pour conserver la mémoire de ce fait extraordinaire , on célébrait encore une fête annuelle dans les derniers temps qui ont précédé la révolution. Un mannequin représentant le soldat sacrilège était promené dans la ville pendant trois jours, et enfin livré aux flammes dans la rue aux Ours, au milieu d’une illumination et d’un feu d’artifice. On peut voir aussi à Saint-Leu quelques portions de bas-reliefs en marbre, XV® siècle, représentant des scènes de la Passion; une sainte Geneviève en pierre, xviie siècle, autrefois placée près du tombeau de la sainte, dans la crypte de l’église abbatiale qui lui était dédiée; un saint François de Sales, après sa mort, peint par Philippe de Champaigne.
En 1780, l’architecte de Wailly fut chargé d’exhausser sur un grand nombre de marches le sol du sanctuaire et le maître autel. Il profita de la circonstance pour pratiquer au-dessous une chapelle à demi souterraine. Un grand Christ couché, en pierre, XV® ou xvi® siècle , qui provient de l’ancienne église du Saint- Sépulcre, a été placé sous l’autel de cette crypte.