‹ Itinéraire archéologique de ParisChapitre 14 sur 41 · SAINT-NICOLAS DES CHAMPS · texte numérisé non relu

SAINT-NICOLAS DES CHAMPS

^aiiit-^icolas îles Champs.

Dans tout le cours du moyen âge. il n’y a pas eu de saint plus populaire que saint Nicolas. La quantité d’églises placées sous son invocation était innombrable. Son image se retrouvait jusque dans les moindres chapelles. Il était à la fois le patron des jeunes garçons et le protecteur des mariniers. La peinture, ni la sculpture ne cessèrent de le proposer à la vénération des fidèles, et c’était avant tout à sa charité, à sa bonté, qu’il était redevable de tant de gloire. La ville de Paris, à elle seule , renfermait trois églises de ee titre, Saint-Nicolas des Champs, Saint-Nicolas du Louvre et Saint- Nicolas du Chardonnet.

Dans les premières années du xiie siècle, Saint-Nicolas des Champs n’était encore qu’une simple chapelle, située dans la campagne, sur le territoire du monastère de Saint-Martin. L’édifice s’agrandit à diverses reprises, dès le siècle suivant. Mais, en 1420, on mit la main à l’œuvre pour le rebâtir entièrement. Au bout de soixante ans, on travaillait encore à la construction des chapelles du bas de la nef. Au commencement du xvi® siècle, l’édifice renouvelé ne suffisait déjà plus aux besoins d’une population toujours croissante. La fabrique prit alors le parti de lui donner plus de largeur, en faisant des chapelles de la nef une seconde ligne de collateraux. De nouvelles chapelles vinrent en même temps remplacer les premières. Un peu plus tard, en 1576, il fallut s’occuper encore une fois d’accroître l’étendue de l’église, et de nouvelles constructions , ajoutées à la suite de celles du xve siècle , en augmentèrent les proportions de plus du double. Dans son élat actuel, l’église de Saint-Nicolas des Champs est une des plus longues de Paris. Elle a deux rangs de collatéraux bordés d’une nombreuse suite de chapelles. On compte neuf travées à la nef et quatre au chœur; il y en a 'rois encore au fond de l’abside. Le plan n’est pas disposé en croix, mais en parallélogramme.

La partie antérieure de la nef conserve les formes de la dernière période du style gothique. La façade se découpe eu plusieurs pignons sur la rue Saint-Martin. Une seule porte s’ouvre de ce

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colé, flans Taxe de la nef; son ogive est accompagnée de niches d’un travail compliqué ; des feuillages et d’autres niches en miniature décorent les divisions de l’archivolte; des crossettes s’enroulent à l’extrados de Parc. Plus haut, une grande fenêtre à meneaux flamboyants, des clochetons, des frises et des fleurons. Les figures en pierre posées dans les niches de la porte sont tout à fait modernes; elles sont venues, en 1842, remplir les vifles laissés par la destruction des anciennes. Les vantaux en bois, sculptés de draperies, d’arcatures en ogives trilobées, de petites feuilles et d’animaux fantastifjues, appartiennent au xv® siècle, comme l’architecture elle-même. Une tour quadrangulaire, partagée en trois étages à longues baies ogivales, s’élève près du portail, au sud de la nef. Une balustrade à jour et des gargouilles en forme de bêtes s’ajustent autour de la terrasse qui la surmonte.

Sur les flancs de l’édifice, l’architecture est généralement trèssimple. Une ornementation plus riche aurait été sans objet. De hautes maisons enveloppent complètement l’église et ne laissent à découvert qu’une porte percée dans le coté méridional. Des contreforts et de nombreux arcs-boutants assurent la solidité des voûtes. Dans la partie gothique de la nef, quelques crossettes, quelques clochetons découpés et de petits feuillages disposés en frise composent toute la décoration. La sculpture est plus sobrement dispensée encore sur les parois des constructions érigées à la fin du xvi^ siècle. L’architecte de celle seconde partie a réservé toute la richesse pour la porte latérale ouverte sur la rue Aumaire. Il y a répandu à profusion les guirlandes, les rinceaux, les niches, les figures d’anges, les incrustations de marbre. L’arc est en plein cintre. Quatre pilastres cannelés, d’ordre composite, soutiennent le fronton. Les figures d’anges tenant des palmes rappellent le style de Germain Pilon. Les vantaux ont été ciselés avec une finesse charmante ; le sculpteur les a couverts d’anges, de feuillages, d’oiseaux, de figures portant des corbeilles de fleurs et de fruits. Une inscription latine, gravée sur un marbre, au-dessus de la baie, rappelle les circonstances qui déterminèrent, en 1576, l’agrandissement de l’église, sous le règne de Henri III, roi de France et de

Um SAINT-NICOLAS DES CHAMPS.

Pologne L A côté de celte élégante entrée se trouve le presbytère, vieille construcliou rhabillée à la moderne; il y reste une corniche feuillagée du siècle. Un cadran solaire a été tracé sur le mur de cette maison en 1666.

L’intérieur de l’édifice présente un vaisseau immense, d’un aspect froid et sévère. On se croirait plutôt dans un temple calviniste que dans une église catholique. La transition du style gothique à la manière toute différente de la fin du xvi® siècle, frappe ici bien plus vivement les yeux que dans les constructions extérieures, dont il est difficile de saisir l’ensemble. Les sept premières travées de la nef ont leurs piliers sans chapiteaux, leurs arcs latéraux en ogive, leurs fenêtres de même forme et remplies par des meneaux flamboyants. A la septième travée , l’arceau latéral s’appuie d’un côté sur un pilier gothique, de l’autre sur une colonne dorique. C’est là en effet qu’on découvre le point de soudure. La huitième travée et les suivantes n’ont plus le moindre rapport avec ce qui précède; arcs et fenêtres en plein cintre; un premier ordre de grosses colonnes doriques cannelées et un second de pilastres ioniques également ornés de cannelures. La maîtresse voûte a été maintenue partout à une hauteur égale; mais on y retrouve dans le détail des différences analogues à celles de l’ordonnance inférieure. Vers le fond de l’abside, deux clefs pendantes sont sculptées de fleurons et de figures d’enfants.

La structure des collatéraux et des chapelles suit les mêmes phases que le corps central de l’église. D’abord, ce sont des piliers fasciculés, des voûtes ogivales, des travées régulièrement croisées de nervures; plus loin , une longue file de minces colonnes à chapiteaux doriques sépare les deux allées du collatéral, et les voûtes des chapelles rayonnent autour des basses nefs en berceaux demicylindriques. Les chapelles sont au nombre de trente-quatre. Celle de la Vierge, plus grande que les autres, est couverte d’une voûte

1 L’auteur de cette inscription a confondu l’église de Saint-Nicolas des Champs avec une chapelle du même titre, que le roi Robert avait fondée en la Cité, dans l’enceinte de son palais.

SAINT-NICOLAS LES CIlAMKS.

à nervures multiples. Du côté du midi, le presbvtère communique avec le second collatéral par la septième travée, et la porte , que nous avons décrite, occupe la neuvième. Une chapelle située veis l’ouest, en dehors du plan de Téglise, a été appropriée pour l’usage des cathéchismes ; on en a défoncé la voûte et défiguré l’architecture, qui date du x\e siècle. Nous n’avons rien trouvé de remarquable dans toutes ces chapelles qu’une peinture sur bois, XVI® siècle, parfaitement conservée, qui représente un Calvaire ; le coloris en est plein de fraîcheur; un grand nombre de personnages assiste à la mort du Christ. Dans une autre chapelle, on voit au tableau de l’autel Saint-Martin, qui guérit un lépreux en le pressant dans ses bras. Une inscription rappelle que l’illustre prieuré de Saint-Mai tin des Champs fut fondé au lieu même où ce prodige s'était accompli, à quelques pas seulement de Saint-Nicolas.

Le maître autel s’adosse à un corps d’architecture orné de quatre colonnes corinthiennes et surmonté d’un fronton. Le tableau en deux parties, qui représente l’Assomption, est de Simon Vouet. Jacques Sarazin a modelé les quatre anges adorateurs en stuc. Ce retable occupe toute la largeur de l’église, un peu en avant du rond-point, et l’espace resté libre en arrière forme une chapelle assez grande.

Le savant Guillaume Budé, mort en 1540; le philosophe Pierre Gassendi ; les frères Henri et Adrien de Valois, si connus par leurs travaux historiques; la célèbre M'i® de Seudéry, ont été inhumés à Saint-Nicolas. Nous n’avons rien découvert de leurs monuments. Trois ou quatre chapelles sont encore pavées d’épitaphes sur lesquelles on lit les noms des Rochechouartj des Crillon, des Labriffe, des Potier de Novion, des de Mesmes, et bien d’autres. La plupart de ees épitaphes appartiennent à des familles de robe. Dans le chœur, les noms de plusieurs curés, morts aux xvii® et xvuic siècles, sont inscrits sur une dalle de marbre noir qui ferme l’entrée de leur caveau. D’autres inscriptions constatent des fontes et bénédictions de cloches, ainsi que diverses réparations au bâtiment de l’église.

Au xvie siècle, les enfants de chœur de Notre-Dame se rendaient publiqueinenl à Saint-Nicolas le jour de la fête, disant

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