EGLISE SAINT JACQUES LA BOUCHERIE
ftüUSICS SUPPlilMÉICS.
temps de la construction, en 1510, la pieire de liais employée coiUait'20 sous le chariot, et le moellon 20 deniers. La main-d’œuvre était payée à raison de 24 sous parisis la toise. Le tailleur d’images, Rault, qui sculpta la figure colossale de Saint-Jacques le Majeur, debout au sommet de la tour, avec celles de l’aigle, du lion et du bœuf symboliques, reçut vingt livres tournois, pour les avoir faites et mises en place. La statue de Saint-Jacques fut précipitée sur le pavé par les révolutionnaires ; on s’occupe de la rétablir en ce moment, et de restaurer les grands animaux posés sur les autres angles de la balustrade.
Un marché de friperie , appelé la cour du Commerce, occupa longtemps le sol devenu libre après la destruction de l’église. Une fabrique de plomb de chasse s’installa dans l’étage le plus élevé de la tour. Enfin, cette tour fut mise en vente par la succession de son dernier propriétaire, en 1836, au moment où la faveur publique revenait aux monuments du moyen âge, délaissés depuis tant d’années. L’administration municipale s’en rendit adjudicataire au prix de 250,000 francs. Par un bonheur inespéré, la tour Saint-Jacques ne s’est trouvée sur aucun de ces alignements inflexibles que rien ne peut faire dévier. Elle continuera de dominer le vieux Paris, au milieu duquel sa structure élégante et fine forme la perspective la plus pittoresque. Sa plate-forme atteint une hauteur d’environ 150 pieds. On y monte par 291 degrés, et de là, comme le dit Sauvai, en promenant ses regards sur la ville, on voit la distribution et le cours de toutes les rues, comme les veines dans le corps humain. Au moment où nous écrivons, des fontaines se construisent et des plantations se préparent autour du monument.
Le souvenir de Nicolas Flamel est désormais inséparable de la tour Saint-Jacques. Cet homme laborieux, écrivain juré de l’Université de Paris et libraire, qui avait amassé une fortune considérable, mourut en 1 417, laissant une foule de legs pieux aux églises et aux établissements hospitaliers. 11 se montra surtout généreux envers l’église Saint-Jacques, sa paroisse, où il avait choisi sa sépulture. Son effigie et celle de sa femme Perenelle s’y voyaient agenouillées aux pieds de la Vierge , dans le tympan du portail
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seplentrional. Flamel s'élait enrichi à force de Ira vu il el d’économie; on crut qu’il avait découvert la pierre philosophale, et les alchimistes le prirent pour un de leurs patrons. A' plusieurs reprises, ils vinrent fairent des recherches dans la maison qu’il avait habitée, au coin de la rue des Écrivains et de celle de Marivaux , espérant surprendre quelques indices de son secret. Cette maison, replâtrée et défigurée, n’a disparu complètement qu’en 1852. Après avoir servi aux plus vils usages dans la boutique d’un herboriste, l’épitaphe de Flamel a été rachetée et placée au musée deCluny; elle est gravée de quelques figures, dont l’explication nous semble parfaitement simple, mais que les partisans du Grand-œuvre ont commentées de la façon la plus étrange.
Un très-beau bas-relief en albâtre , représentant la mort de la Vierge, commencement du xvi** siècle, fut extrait de l’église Saint- Jacques, au profit du musée des monuments français; l’église abbatiale de Saint-Denis en est devenue dépositaire.
Saint-Jean en Grève ‘ avait l’IIôtel de ville pour son premier paroissien. L’édifice était considérable, reconstruit aux xiv® et siècles. Des flèches surmontaient les deux tours de la façade principale. De nombreuses reliques, et surtout le culte de l’hostie miraculeuse de la rue des Rillettes, attiraient à Saint Jean un grand concours de fidèles. Les bâtiments neufs de l’IIôtel de ville couvrent en partie l’emplacement de cette église, dont l’abside n’était séparée que par un étroit intervalle du portail de Saint- Gervais.
Saint-Paul. — Il ne restait plus de Saint-Paul qu’une moitié en coupe de la tourelle, qui avait contenu l’escalier du clocher; elle a disparu récemment. Des chantiers ont succédé aux bâtiments de l’église. Trois siècles, le xiiie, le xive et le xv®, avaient contribué à la construction de l’édifice. Quand nos rois habitaient l’hôtel Saint- Paul , ils étaient paroissiens de cette église, et plusieurs enfants de France y furent baptisés. Les fonts sur lesquels on les présentait, étaient en simple pierre el dépourvus d’ornements. Plus tard,
1 Voir noire gravure de l’ancien Hôtel de ville et du quartier d’alentour.
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ils semblèrent trop modestes, et la fabrique résolut de les échanger contre quelque vase de marbre ou de métal. Mais par respect pour cette vieille cuve, où les rois Charles V et Charles VI avaient reçu Peau de la régénération, un personnage nommé Henri Perdrier, seigneur de Médan, près de Poissy, la fit transporter, en 1494, dans la petite église de ce lieu, où elle est encore avec une inscription en vers français, qui raconte au voyageur son illustre origine et les motifs de sa translation.
Les anciennes maisons royales, les hôtels de la noblesse et de la magistrature, si nombreux jadis dans le quartier Saint-Antoine, et la Bastille elle-même, avaient envoyé leurs morts à Saint-Paul , pendant de longues années. Aussi l’église, son charnier et son cimetière étaient-ils autrefois peuplés de monuments intéressants pour riiistoire et remarquables sous le rapport de Part. Henri III avait fait élever, près du maîtreautel, de magnifiques tombeaux à ses favoris Maugiron, Quélus et Saint-Mégrin, dont chacun connaît la fortune, la bravoure et, la fin tragique. Mais quelques mois avant la journée des barricades , le peuple , toujours le même quand il s’agit de détruire , mit en pièces les trois mausolées , qui étaient l’œuvre de Cermain Pilon. On remarquait, en dernier lieu, à Saint- Paul les épitaphes d’une lavandière du roi Charles VII, de plusieurs officiers de la couronne, de Nicole Gilles , l’auteur des Annales et chroniques de France; la sépulture du maréchal de Biron, décapité à la Bastille, le 31 juillet 1 C02 ; la chapelle de la maison deNoailles ; les monuments de Jean Nicot, ambassadeur en Portugal , le premier qui introduisit le tabac en France, vers 4 561 ; du sculpteur Pierre Biard, de François Mansard et de Jules Ilardouin, sonneveuj et de plusieurs autres personnages célèbres par leurs talents; Rabelais, mort à Paris, le 9 avril 4553, dans une maison de la rue des .Jardins, près de l’église Saint-Paul , fut inhumé dans le cimetière paroissial, au pied d’un grand arbre. Quel que soit l’abus que Rabelais ait fait de sa prodigieuse érudition et des ressources infinies de son esprit, on ne peut lui refuser une des premières places parmi les écrivains dont la verve originale et le style plein d’images ont le plus contribué à eiirithir la langue française.
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Les ailleurs (jui ont écrit sur Paris sont d’accord pourniellre les verrières de Sainl-Paul au nombre des plus complètes et des plus belles. Celles de la baule nef étaient encore gothiques, et dataient du xve siècle. La plus curieuse, posée en face de la chaire du prédicateur, représentait en quatre panneaux, avec les litres de défenseurs de la Loi , de la Foi et du Roi , Moïse et David, Godefroy de Bouillon et .leanne d’Arc. L’abbé Lebeuf attachait un grand prix à cette ligure de la Pucelle d’Orléans; il pensait qu’elle avait dû être peinte peu de temps après la rentrée de CharlesYll à Paris. Dans les charniers ^ et dans la chapelle de la Communion, Nicolas le Vasseur, Robert Pinaigrier, Jean Monnier, François Perrin, Nicolas Desengives, Porcher et quelques autres avaient exécuté, de 1608 à 1635, de nombreux sujets des deux Testaments, l’histoire de saint Pierre et celle de saint Paul. Le catalogue du musée des monuments français contient l’indication de plusieurs vitraux provenant de celle église; nous croyons même nous souvenir d’en avoir vu quelques panneaux ; ils auront été démontés sans précaution et se seront ainsi perdus.
De toutes les chapelles de secours ou de dévotion qui existaient à Paris en grande quantité, nous en choisirons seulement quatre, Saint- Wes, Saint-Julien des Ménétriers, Sainte-Marie Egyptienne et Saint-Eloi des Orfèvres.
Saint-Yves était situé dans le bas de la rue Saint-Jacques, au coin de la rue des Noyers, à l’endroit où l’on aperçoit encore une partie de l’escalier d’un clocher. (Quelques débris d’arceaux disparaissent derrière les maisons voisines Celte chapelle fut dédiée à saint Yves, le patron des avocats, en 1348, l’année même qui suivit sa canonisation. Elle appartenait à une confrérie d’avocats, de procureurs et de marchands. Des statues en décoraient le portail. A l’intérieur, des sacs à procès appendus aux murailles attestaient la reconnaissance des plaideurs, qui s’étaient crus
* Une ruelle, qu’on appelle le passage Saint-Pierre, et qui communique de la rue Saint-Uaul à la rue Saint-Antoine, traverse une partie de ces charniers. C’est une galerie flanquée de contre-forts et couverte d’une voûte en bois à panneaux ; elle paraît avoir été reliàtie au xvi® siècle.
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redevables à saint Yves du succès de leurs causes. Plusieurs docteurs de rUniversIté de Paris y avaient leur sépulture; leurs tombes* les représentaient en chaire, assistés de leurs bedeaux et entourés d’un auditoire nombreux.
Deux joueurs d’instruments, l’un italien, l’autre lorrain, firent bâtir, en 1331 , dans la rue Saint-Martin, un hôpital pour les pauvres de leur profession, et une chapelle sous l’invocation de saint Julien, qui a toujours été appelée depuis Saint-Julien des Ménétriers. Le portail était remarquable par ses statues, entre lesquelles figurait un jongleur jouant du rebec. L’édifice a été entièrement détruit.
On a quelque peine à reconnaître le nom de l’ancienne chapelle de Sainte-Marie Egyptienne dans celui de la rue de laJiissienne; c’est le même cependant, mais un peu altéré, comme il arrive des mots que le peuple prononce sans les comprendre. Le bâtiment , qui n’existe plus, datait du xive siècle. Les douze Apôtres étaient sculptés en relief auprès des douze croix de la dédicace. Des vitraux du temps de François D) représentaient la vie de la sainte patronne , et des inscriptions d’une naïveté singulière en expliquaient les circonstances, même celles que la sainte crut devoir expier par une longue pénitence. L’aigle de cuivre placé au milieu du chœur avait été donné en 1559.
En 1399, les orfèvres fondèrent, sur la paroisse de Saint- Germain l’Auxerrois, un hôpital pour servir d’asile aux pauvres artisans de leur corporation , et le mirent sous la protection de saint Eloi , leur patron. La chapelle fut reconstruite de 1550 à 1566, sur les dessins de Philibert Delorme, et Germain Pilon y sculpta plusieurs figures qui étaient fort estimées. Elle a été convertie en habitation particulière. Quelques pilastres et colonnes, les uns lisses, les autres cannelées, en ornent encore la façade.
Ancieniies Abbayes.
Au moment de la suppression des ordres religieux en France, Paris renfermait neuf abbayes : Sainte-Geneviève ^ Saint-Victor, Saint-Germain des Prés, le Val de Grâce, Port-Royal, le monastère
ANClliNNES ABBAYES.
tles Cordelières du faubourg Saint-Marcel , Panlemonl, VAhha\)e aux Bois et Saint-Antoine des Champs. Sainte Geneviève et Saint- Victor appartenaient à l’ordre des Chanoines réguliers de Saint- Augustin. Saint-Germain des Prés suivait la règle de Saint-Benoît. Les six autres abbayes étaient occupées par des religieuses, le Val de Grâce, par des Bénédictines; Port-Royal, Pantemont, V Abbaye aux Bois et Saint-Antoine, par des Cisterciennes; la maison des Cordelières, par des sœurs de l’ordre de Sainte-Claire. Nous avons déjà parlé de Saint-Germain des Prés, de Pantemont ei deV Abbaye aux Bois. Nous dirons, en peu de mots, ce qu’il est advenu des six autres monastères.
Sainte-Geneviève C Après avoir dispersé, dans les plaines de Vouillé, l’armée des Visigoths , et soumis toute la Gaule méridionale à l’empire des Francs , le roi Clovis voulut fonder à Paris, comme un monument de sa victoire, la basilique des saints apôtres Pierre et Paul, sur le sommet de la montagne, au pied de laquelle s’élevait le palais des Thermes. Des moines furent chargés de desservir la nouvelle église. Après la mort de son époux , la reine Clotilde termina l'édifice. Elle y fit inhumer le roi Clovis dans le sanctuaire, et plus tard les enfants de Clodomir, égorgés sous les yeux de leurs oncles. Elle y reçut elle-même la sépulture, non loin du lieu où sainte Geneviève avait aussi son tombeau; environ mille ans après, en 1539, ses reliques furent renfermées dans une châsse d’argent. Vers la fin du ixe siècle, des chanoines séculiers prirent la place des moines. Ce fut seulement au xiie siècle que des chanoines réguliers de Saint-Augustin, sortis de Saint-Victor, entrèrent en possession de l’abbaye.
11 est prouvé, par des actes authentiques des premières années du ixe siècle i que dès lors la basilique des saints Apôtres avait quitté son titre primitif pour prendre celui de Sainte-Geneviève. Les miracles qui s’opéraient sans cesse au sépulcre de la sainte, devenue la patrone et la protectrice de Paris, furent la cause de ce changement.
1 Voir la gravure qui représente la façade de Saint-Étienne du Mont et une partie du monastère de Sainte-Geneviève.
ANCIFN.NES AI’.BAVKS.
I/é^lise fut en grande parlie reconstruiie au xiii^ siècle, mais sur les fondations anciennes. L’abbé Lebeuf, qui s’entendait si bien .Il faire l’anatomie des diverses parties d’un monument , pensait retrouver à Sainte-Geneviève quelques débris des premières constructions. Les cbapileaux des colonnes de la nef, aujourd’hui conservés dans la seconde cour de l’École des Beaux-Arts, sont bien certainement du xi® siècle; ils représentent la création de la femme, le péché originel, Adam et Ève expulsés du paradis, les signes du zodiaque. Grossier dans les ligures, le travail en est meilleur dans l’ajustement des feuillages et des rinceaux. Déjà condamnée comme près de tomber en ruine, du temps de Louis XV, l’église fut abattue de 1801 à 1807. La rue Clovis a usurpé la superficie presque tout entière de ce sol, consacré par tant de souvenirs et par la sépulture de tant de saints personnages. La crypte était la plus considérable et la plus vénérée de toutes celles qui existaient à Paris; on retira de ses ruines , pour le porter à Saint- Étienne du Mont, le cercueil de pierre qui avait renfermé le corps de sainte Geneviève. Une commission de savants surveillait la démolition, pour faire réserver les objets les plus intéressants. Des architectes relevèrent soigneusement les diverses parties de l’édifice. La Statistique monumentale de Paris, publiée par M. Albert Lenoir, contient plusieurs planches bien curieuses, qui ont été gravées d’après les dessins exécutés par des témoins oculaires, et qui présentent l’aspect général des fouilles, avec leurs nombreuses rangées de sépulcres serrés les tins contre les autres. Quelques débris de cercueils, sculptés de croix et d’ornements singuliers, furent envoyés au musée des Petits-Augustins ; ils n’ont pas survécu à la suppression de cette collection. Des vases de terre, un fer de lance, plusieurs boucles d’un travail gallo-romain ou mérovingien , quelques médailles du Bas-Empire furent recueillis au milieu des sépultures. Les cercueils, figurés dans les gravures de la Statistique, étaient à peu près semblables à ceux qui ont été retirés, l’année dernière, de l’église de Saint-Germain des Prés, et dont quelques fragments sont au musée de Cluny.
Quatre statues de femmes plus grandes (pie nature, sculptées en
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bois par Germain Pilon, et placées sur des colonnes de marbre derrière le maître autel, soutenaient la châsse de sainte Geneviève; elles font aujourd’hui partie du musée de la renaissance au Louvre. Le reliquaire, en forme d’église, avait été exécuté, en 1242, par les soins de Robert de la Ferté-Milon, abbé du monastère, et par industrie d’un des plus habiles orfèvres parisiens, appelé Bonnard. Cent quatre-vingt-treize marcs d’argent et sept marcs et demi d’or furent employés à sa confection. Les rois et les reines de France s’étaient plu à le couvrir de pierreries. Marie de Médicis avait donné le riche bouquet de diamants qui surmontait le faîte de la façe principale. En 1793, la municipalité de Paris fit jeter au feu les reliques de la sainte patronne, que nos pères considéraient comme la sauve-garde de leur cité, et qu’ils avaient tant de fois portées en processions solennelles, pour conjurer les calamités publiques. La châsse alla s’engloutir dans les fourneaux de l’hôtel des Monnaies.
Dans son rapport sur les excès du vandalisme démocratique, le conventionnel Grégoire a remarqué que la destruction de ce somptueux reliquaire n’avait pas produit plus de vingt-et-un mille livres au trésor national.
Quelques-uns des monuments funéraires qui s’élevaient dans l’église ont été sauvés. Reconnaissante envers la mémoire de son fondateur, le cardinal François de La Rochefoucauld, abbé de Sainte-Geneviève et grand aumônier de France, mort en 1645, l’Administration de l’hospice des femmes incurables a fait rétablir, dans sa chapelle, le beau mausolée de ce grand personnage, sculpté' en marbre par Philippe Buister.
La statue de Glovis, refaite en pierre vers le xii® siècle, tient la première place en tête de nos dynasties royales, dans les cryptes de Saint-Denis. Une tombe admirable, gravée en creux, et présentant l’effigie d’un chancelier de Notre-Dame de Noyon, qui mourut em 1350, est conservée à l’École des Beaux-Arts. Le monument de René Descartes, le père de la philosophie moderne, n’a pas eu la même fortune. Transféré respectueusement aux Petits-Augustins, il a été depuis démembré, et dernièrement nous rencontrions.
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oubliée dans un des magasins du Louvre, une des inscriplions qu’on y voyait appliquées. Mais du moins les cendres que protégeait ce tombeau ont trouvé un honorable asile dans une des chapelles de Saint-Germain des Prés.
La haute et belle tour qui accompagnait le chœur de l’église abbatiale du côté du sud , et dont la présence au sommet de la montagne produit dans le panorama de Paris un effet si grandiose, ne serait pas restée debout, si par hasard elle avait troublé l’alignement de la rue Clovis; heureusement pour elle et pour nous, les ingénieurs n’ont pas eu à statuer sur son sort. Romane à sa base et percée de baies en plein cintre, elle passe ensuite à l’ogive, et ses deux étages supérieurs appartiennent, l’un au xiv% l’autre au XV® siècle. La tourelle de l’escalier, à l’angle nord-est, communique avec chacun de ces étages par un élégant balcon bordé d’une rampe à jour. La balustrade et les quatre clochetons du couronnement sont du style flamboyant. L’abbé Lebeuf a cru que la partie basse de la tour pouvait dater du règne de Philippe l^r, c’est-àdire au plus tard des premières armées du xii® siècle. L’étage supérieur et la flèche qui le surmontait autrefois, furent reconstruits à la fin du xv® siècle, après un violent incendie causé par la foudre, en 1483.
Les bâtiments conventuels subsistent, à peu prèsdans l’état où ils se trouvaient à l’époque de la suppression de l’abbaye. On a seulement détruit l’ancienne entrée et quelques édifices accessoires, qui existaient entre le monastère et la nouvelle église de Sainte- Geneviève. Un lycée , du nom de Napoléon, remplace la commu nauté des Génovéfains. Les trois cours désignées , dans les vieux plans, sous les noms de cour du cloître, cour des abbés et cour des moines, sont encore entourées de leurs édifices d’autrefois. Les façades ont été replâtrées et modernisées; mais on distingue dans les murs les traces d’un assez grand nombre de baies ogivales. Le cloître a été renouvelé, en 1746. Celui dont il tient lieu, avait été construit au xii® siècle et croulait de vétusté. Bc-aucou}) de tombes furent alors brisées et mises en œuvre; des morceaux en sont encore employés çà et là dans le dallage des salles du rez-de-chaus-
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sée. Eue remanjuahle chapelle, du liire de Nolre-lJaine de Miséricorde, avait été élevée, dans le xiir siècle, sur le coté méridional du cloître; elle n’existe plus; jusque dans les derniers temps, elle a gardé son autel accomi)agné dè colonnes de cuivre. Les hâtimenls renferment encore la salle du chapitre située [)rès de la tour, et l’escalier bizarre dont le père de Creil, chanoine régulier de l’abhaye, donna le dessin au commencement du xvnr siècle. Ce qu’il y a aujourd’hui de j)lus intéressant à visiter, c’est le réfectoire des religieux, œuvre élégante du xiir siècle, qui fait partie de l’aile occidentale; il reçoit la lumière par des ogives ornées de colonnettes et s’étend sur une longueur de six travées, couvertes d’une voûte en pierre à nervures croisées. Cette salle sert de chapelle pour le collège. On peut y voir dans la sacristie une grande statue de sainte Ceneviève en pierre, xiii*’ siècle, qui provient du trumeau de la porte majeure de l’église abbatiale. La sainte tient un livre et un cierge; un diable perché sur son épaule gauche, un ange placé sur son épaule droite, s’elTorcent, Eun d'éteindre, l'autre de défendre ou de rallumer la llamme qui devait guider la pieuse vierge, dans ses pèlerinages nocturnes aux tombeaux des martyrs.
La hihliotliè(jue de Sainte-(îeneviève était célèbre dans le monde savant par ses richesses archéologi(|in's et littéraires. Elle occupait un local, admirablement disposé pour l’étude et i)ourle classement des livres, à l’étage supérieur des bâtiments. Quatre galeries principales, qui venaient se réunir autour d’une coupole médiane, donnaient au vaisseau la forme d’une immense croix, La plus longue de ces galeries avait plus de trois cents })icds d’étendue. Des bustes représentaient les donateurs les plus généreuv et les gardiens les plus renommés de ce précieux depot. Des armoires uniformes, sculptées avec beaucoup de soin dans la première moitié du dernier siècle, contenaient les livres. Nous avons vu abandonner, il y a peu d’années, ce noble et silencieux sanctuaire de la science, sous prétexte que rallluence des lecteurs compromettait la solidité du bâtiment, et portait du trouble dans la discipline du collège. Les galeries ne sont plus qu’une froide solitude, désormais inutile. Un vaste édifice s’est élevé, pour recevoir les livres et les
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inaiiuscrlls, en regard du dôme de la nouvelle Sainie-Geneviève. Il est convenable , peut-être même est-il beau; mais on n’y éprouve plus cette impression de recueillement, que faisait ressentir à tous le seul aspect de la bibliotbèque abbatiale.
Saint-Victor. — De toutes les abbayes du diocèse de Paris, aucune ne s’est rendue plus illustre par le mérite et la science de ses religieux que celle de Saint-Victor. Elle a produit une longue suite de théologiens, de philosophes, de poètes, de commentateurs, dont les écrits ne sont pas encore oubliés. Ce fut le roi Louis VI qui s’en déclara le fondateur, dans les premières années de son règne. Le chœur et la nef de l’église furent rebâtis du temps de François mais le clocher, quelques arcades des chapelles, la crypte et une partie du chapitre , étaient restés tels que les avait édifiés Gilduin, le premier abbé, qui gouverna le monastère pendant plus de quarante ans. Le grand cloître appartenait, sinon au xii* siècle, au moins aux premiers temps du xiiT. Un second cloître conduisait à la chapelle de l’infirmerie, remarquable par ses colonnades et contemporaine à peu près de la Sainte Chapelle du Palais. Le dortoir, l’infirmerie et le réfectoire avaient été reconstruits de 1531 à 1535. Plusieurs évêques de Paris, entre autres Maurice de Sully, qui commença, comme nous avons eu à le dire, le nouvel édifice de sa cathédrale, avaient leurs tombeaux à Saint-Victor, ainsi qu’un grand nombre de chanoines réguliers justement célèbres par leur sainteté et par leurs travaux. Il suffit de nommer des hommes tels que Hligues, Richard, Adam, Pierre le Mangeur. L’épitaphe d’Adam de Saint-Victor, qui trépassa en 1 1 92, fut rachetée en 1793, au moment où elle allait être fondue; la bibliothèque Mazarine la possède aujourd’hui. Celte inscription , gravée sur une plaque de cuivre, est postérieure au moins de deux siècles à la mort d’Adam, comme le prouve assez la forme des caractères. Les sept distiques latins dont elle se compose se distinguent par l’énergie de la pensée et par la vigoureuse âpreté de l’expression. Les cendres et l’épitaphe de Santeul ont été tirées de Saint-Victor et sont maintenant à Saint-Nicolas du Chardonnet. La statue en marbre de Guillaume de Chanac, quatre-vingt-septième évêque de Paris,, et patri-
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arclie d’Alexandrie, mort en 1348 , se voit à présent au musée de Versailles ; elle était autrefois placée sur le tombeau de ce prélat, dans la chapelle de l’infirmerie.
Levieil a remarqué , dans son Traité de la pehdure sur verre, « que l’abbaye de Saint-Victor possédait une suite de vitres peintes de différents siècles , peut-être unique et bien propre à éclairer le jugement sur l’état de cet art. » Chargé, après son père, du soin de les entretenir, il en avait fait une étude particulière. Placés dans l’église, dans les chapelles, dans le réfectoire, ces vitraux, dont plusieurs paraissaient admirables à Levieil, marquaient les progrès et la décadence de l’art, depuis le xiir siècle jusqu’au xviie. »
Des auteurs anciens ont comparé le trésor de Saint-Victor à celui de Saint-Denis. Il contenait, entre autres objets rares et vénérables^ une croix d’or dont le travail était attribué à saint Éloi, et qui avait appartenu à Louis VI ; l’anneau de saint Léger, évêque d’Autun ; le cilice, le peigne, les gants et la coiffe de saint Thomas de Cantorbéry; un vêtement de saint Bernard; une quantité innombrable de châsses et de reliquaires. ;
Depuis le xiie siècle, les chanoines de Saint-Victor n’avaient cessé d’enrichir leur bibliothèque. Aussi était-elle devenue une des plus importantes du royaume. Ils l’ouvraient libéralement/au public, trois jours par semaine. Ces savants religieux célébraient avec une pieuse exactitude l’anniversaire des premiers imprimeurs du xve siècle, Pierre Schœffer, Conrad, son associé, et Jean Faust, qui leur avaient vendu à bon marché les œuvres des Pères.
. L’abbaye a disparu tout entière, sans laisser le moindre vestige matériel de l’existence des constructions claustrales. Les ruines même se sont effacées. Seulement, derrière une maison, près de la fontaine Cuvier, en face d’une des entrées du Jardin des Plantes, on trouve quatre arceaux en ogive, xve siècle, qui faisaient partie d’une grange.
Un quartier de maisons neuves et l’établissement immense de la Halle aux vins se sont substitués à l’antique asile de l’étude et de la sainteté.
‘ Le Val de Grâce. — Ce fut pour remercier Dieu de la naissance
ANCIENNES ABBAYES
de Louis XIV que la reine Anne d’Autriche fil élever l‘église magnifique et l’abbaye du Val de Grâce. Depuis quelques années, celle princesse avait établi au faubourg Saint-Jacques, dans l'holel du Petit-Bourbon, les Bénédictines du monastère du Val-Profond, qui existait, dès le commencement duxiiie siècle, auprès de Bièvre le Cliâtel. Mais elle ne commença la construction des nouveaux bâtiments qu’au moment où elle se ti’ouva régente du royaume, elle roi son fils, qui n’avait pas encore sept ans, posa la première pierre de l’église, en 1645. François Mansard donna le plan de tous les édifices et commença les travaux de l’église. Jacques Lemercier continua le monument jusqu’à la grande corniche. Pierre Lemuel , secondé par Gabriel Leduc et par Duval, termina les voûtes , les clochetons et le dôme. L'abbaye , transformée en hôpital militaire , n’en conserve pas moins son caractère de grandeur; son cloître, ses galeries, ses vastes escaliers existent encore. L’église a servi longtemps de magasin ; elle n’a été rendue au culte qu’en 1826. Toute la décoration de ce temple se rapportait à la naissance du Christ, par allusion à celle de Louis XIV. Nous indiquerons ce qu’on y voit de plus important. La grande cour et la grille de fer qui précèdent la façade de l’église ; le dôme, si remarquable par l’élégance et l’originalité de sa forme; la voûte de la nef, les arcs latéraux, les pendentifs du dôme, tout sculptés de figures par Michel Anguier ; la mosaïque en marbre du pavé; les grilles du chœur et des grandes chapelles ; le baldaquin de bronze et les six colonnes torses en marbre du maître autel ; le caveau, qui renfermait autrefois les cœurs des princes et princesses de la maison royale; les fresques de la coupole, où Mignard a représenté, en deux cents figures , les divers ordres des saints adorant la Trinité, et la reine Anne qui ofïVe h Dieu, avec l’assistance de saint Louis, le modèle de l’église; enfin, la chapelle de la Communion, et les peintures qu’elle doit à Philippe de Champaigne. Nous avons dit ailleurs que l’église de Sainl-Roch possède maintenant le célèbre groupe de la Crèche, l’un des meilleurs ouvrages de François Anguier, placé autrefois sous le baldaquin du Val de Grâce.
Port-BoyaL — Ce monastère a joué un grand rôle dans les que-
ANCIENNES ABBAYES
relies religieuses du règne de Louis XIV. Nous nous garderons bien de nous iminiscer dans des questions aussi délicates. Contentons-nous de rapporter qu’en 1626 la célèbre abbesse , Angélique Arnaud, transféra, de Porl-Boyal des Cliamps dans un nouveau monastère qu’elle faisait construire à Paris , sa communauté devenue tellement nombreuse que l’ancienne abbaye ne pouvait plus lui suffire. Un hospice, destiné aux femmes en couches, a pris possession des bâtiments claustraux; au commencement de la révolution, ils avaient servi de prison , sous le nom dérisoire de Port-Lihre. La petite église, édifiée parLepautre, de 1646 à 1648, a été conservée comme chapelle. On a enlevé de Port-Royal, pour les porter au Louvre, deux tableaux bien connus de Philippe de Champaigne, la guérison mii’aculeuse delà fille de ce grand artiste et la Cène de Notre -Seigneur. C’est aussi de ce monastère que provient une urne d’albâtre oriental, qui passe pour avoir servi aux noces de Cana, et que nous avons vue abandonnée dans un magasin de fAdministration des musées.
Les Cordelières. — Fondé en 1270, dans un des faubourgs de Troyes, par Thibaud VU, roi de Navarre et comte de Champagne, ce monastère fut transféré à Paris, en 1289. La reine Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, commença l’église, et Blanche, sa fille aînée, la termina. La reine Marguerite se retira, quelques années avant sa mort, dans une maison qu’elle avait fait bâtir auprès de l’abbaye. Blanche de France, après la mort de son mari Ferdinand de la Cerda, fils du roi de Castille, Alphonse X, suivit l’exemple de sa mère; elle finit même par prendre l’habit de religieuse. Les Cordelières avaient conservé la salle des gardes, la chambre et le lit de cette princesse. Elles possédaient aussi un manteau royal de saint Louis en velours bleu , semé de fleurs de lis d’or et de perles, dentelles avaient fait faire un ornement pour les fêtes solennelles. L’église a été démolie. Les bâtiments sont devenus un hôpit;*l, depuis peu d’années. Nous les avons vus naguère, avec leur architecture gothique complètement conservée. On les a défigurés , pour les approprier à leur destination actuelle; les contre-forts qui se dressent contre les murs, et quelques baies
AxNClENNES x\liliAVES.
en ogive, allestent encore leur ancienne origine. Il serait possible qu’à l’intérieur, des voûtes ou des fragments de sculpture eussent échappé à la destruction.
Saint- Antoine. — Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne, qui s’est fait un nom dans l’histoire pour avoir prêché la quatrième croisade, fonda l’ahhaye de Saint- Antoine , en 1198, afin d’ouvrir un asile à des femmes pécheresses qu’il avait converties. La règle de Citeaux y fut introduite, dès les premiers temps. Tous les bâtiments d’habitation de l’abbaye ont été renouvelés, en 1770, par l’architecte Lenoir, dit le Romain; vingt ans plus tard, ils étaient transformés en hospice. L’église avait été dédiée en 1233. Suivant la tradition , la reine Blanche de Castille l’aurait construite en mémoire de la naissance de saint Louis, comme fit Anne d’Autriche, quand elle entreprit le Val de Grâce, à l’occasion de la naissance de Louis XIV.
Saint-Antoine était un spacieux édifice, d’une architecture belle et régulière, éclairé par deux rangs de fenêtres d’une extrême légèreté. Les auteurs les moins favorables aux monuments de style gothique ont cité celui-ci comme un des plus remarquables de tout Paris. On y voyait plusieurs tombeaux intéressants, entre autres celui de deux princesses filles du roi Charles V. A l’époque de la nouvelle circonscription des paroisses de Paris, en 1791, cette église fut désignée pour devenir le chef-lieu delà vingtième paroisse, qui comprenait une grande partie du faubourg Saint-Antoine. Elle n’en a pas moins été renversée de telle façon qu’on n’en retrouve plus la moindre trace.
Si nous n’avons pas donné place parmi nos abbayes parisiennes, à celle de Sainte-Perrine de Chaillot, c’est que cet établissement, d’origine toute moderne, n’avait aucune importance, et qu’au dernier siècle Chaillot était encore plutôt considéré comme un village que comme un faubourg de Paris. Fondé par le roi Philippe le Bel^ vers l’an 1300, près de la forêt de Compiègne, pour des Chanoinesses de l’ordre de Saint- Augustin, puis transféré, en 1646, à La Villette, près Paris, le monastère de Sainte-Perrine fut enfin réuni, un siècle après, à un couvent du même ordre, qüi s’était installé à
ANCIENS PlUECHÉS.
Ciiaillot, en 1659. L’abbaye, formée de la réunion de ces deux communautés, cessa d’exister, en 1760. Les bâtiments, qui n’ont absolument rien d’intéressant, sont afl'ectésau service d’unasile de bienfaisance.
Anciens Prieures.^
Saint-Martin des Champs. — Dans l’ordre hiérarchique, le prieuré de Saint-Martin des Champs ne prenait rang qu’à la suite des abbayes, quelles que fussent d’ailleurs son importance réelle et ses richesses. 11 s’élève, si nous devons en croire une antique tradition, sur le lieu même où saint Martin , arrivant à Paris, guérit un lépreux en le pressant sur son sein. Encore catéchumène et soldat, Martin, à la porte d’Amiens, partage son manteau avec un pauvre; devenu évêque, il embrasse, à la porte de Paris, un malheureux rongé par la plus horrible des maladies. Ce n’était pas trop de deux églises pour conserver le souvenir de tant de charité. Le roi Henri pi’ fonda le monastère de Paris, en 1060; son fils, Philippe Pr, fit dédier l’église, en 1067, et plaça la nouvelle fondation sous le patronage de l’abbaye de Cluny, dont elle devint la troisième fille. Cette maison a été gouvernée par une longue suite de prieurs illustres, d’abord réguliers, puis commendataires. Le cardinal de Richelieu en a porté le titre. Le prieur jouissait d’en revenu d’environ quarante-cinq mille livres ; il avait en outre le droit de nommer à vingt-neuf prieurés, à plus de soixante cures, à plusieurs vicariats et chapelles.
Dans son état actuel , le prieuré de Saint-Martin , occupé depuis 1798 par le Conservatoire des Aris-et-Métiers, est de tous les anciens établissements religieux de Paris celui qui a le mieux gardé l’aspect général et la physionomie d’un monastère. H conserve quelques portions de son enceinte , son église , son cloître, son réfectoire, les bâtiments qui servaient d’habitation aux moines et qui contenaient les grandes salles de réunion.
Tous ces édifices ont été récemment l’objet d’une habile et consciencieuse restauration, exécutée par les soins de M. Vaudoyer. Quant à l’enclos, dont la superficie totale ne comprenait pas
Marché S; Martin
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ANCIENS inUliURÉS. U\
moins de quatorze arpents, plusieurs rues le traversent et un grand marché public s’y est formé. Après tous ces retranchements, il est encore resté un jardin spacieux au devant de la façade orientale. La seule démolition accomplie depuis le départ des moines qui puisse nous sembler regrettable, est celle de la chapelle Saint- Michel, que Nicolas Arrode, bourgeois de Paris, avait fondée près de l’église, dans la première moitié du xiii® siècle, pour servir de sépulture à sa descendance, et qui renfermait, au siècle dernier, plus de trente tombes de la même famille. La gravure, placée en regard de notre texte , représente l’ensemble du prieuré au commencement du xviiie siècle, avant la reconstruction que les religieux entreprirent alors, à grands frais, d’une partie considérable de leurs bâtiments.
L’enceinte se composait d’une haute muraille crénelée et flanquée de tours, que le prieur Hugues IV avait fait construire. Ce qui en reste de plus apparent est une tour ronde assez grosse, située sur la rue Saint-Martin, près la rue du Vertbois, que les religieux cédèrent à la ville, en 1712, pour qu’il y fût établi une fontaine qui existe encore. A la même époque, ils substituèrent leur muraille de clôture sur la rue Saint-Martin, de grandes maisons de location. Ils détruisirent aussi l’entrée principale rétablie en 1575, et décorée des statues des deux rois fondateurs; une grille de fer en prit la place.
L’église appartient à deux époques bien distinctes. La nef, grande et large, sans piliers et sans collatéraux, percée sur ses deux côtés de fenêtres ogivales à meneaux , couverte d’une voûte en bois, aura été rebâtie vers le milieu du xiiie siècle. Le chœur et l'abside, j entourés de galeries collatérales et de chapelles , nous paraissent du milieu du xii^ siècle environ. Il ne nous est pas possible de partager cette fois l’opinion de l’abbé Lebeuf, qui attribuait cette ! portion de l’édifice au temps de la première fondation, c’est-à-dire
I au second tiers du xie siècle, ainsi que le portail qui a été détruit
I par les religieux, et le clocher qui subsiste en partie. La structure j est ici fort singulière. On croit assister aux tâtonnements de l’architecte, irrésolu entre Togive et le plein cintre, et cherchant des