ANCIENS PRIEURES
expédients pour raccorder les voûtes avec les piliers. Les ogives que nous voyons à Saint-Martin sont probablement les premières qu’on ait faites à Paris. L’abside a la forme d’une vaste rotonde, et la chapelle terminale à peu près celle d’un trèfle. Des fragments de tombes, avec effigies de moines ou de prieurs, et des cercueils de pierre mutilés se rencontrent çà et là. Une Vierge, sculptée en bois, xiie siècle, qui était jadis en grande vénération à Saint- Martin, a été portée à Saint-Denis L
Le réfectoire est un des chefs-d’œuvre du xiiie siècle, et sa beauté autorise suffisamment la tradition constante qui en fait honneur à Pierre de Montereau. Il se divise en huit travées dans sa longueur; une file de sept colonnes, d’une élégance et d’une légèreté vraiment prodigieuses, le partage en deux nefs. Ce n’est plus le style embarrassé et bizarre du sanctuaire de l’église, mais bien un art en possession définitive de toutes ses ressources et parfaitement sûr de lui-même. Le conducteur de l’œuvre, ayant habilement rejeté sur les murs et sur les piles externes l’effort principal de ses voûtes, s’est trouvé maître de réduire à sa volonté le volume de ses colonnes médianes, sur lesquelles la charge n’agit plus que dans le sens vertical. Nos lecteurs iront admirer sur place le noble caractère de cette architecture, l’exécution merveilleuse des chapiteaux, des consoles et des clefs de voûtes, les redenls feuillagés des roses qui sont percées au-dessus des fenêtres, la jolie chaire du lecteur et son escalier à jour. Ce magnifique réfectoire n’a pas du moins à
1 Quel usage assignera-l-on à l’église Sainl-Marlin^ après l’avoir restaurée comme on le fait en ce moment? N’aurait-on pris tant de peine que pour venir ensuite ranger , comme par le passé, dans ce lieu vénérable, des appareils et des machines? Nous lui souhaitons une destinée meilleure. Nous voudrions qu’on en i\lV église patronale des industriels et des corps de métiers» Nous la mettrions sous la protection de tous lés saints qui ont travaillé de leurs mains, soit comme ouvriers, soit comme artistes, saint Joseph, saint Thomas, saint Luc, saint Crépin, saint Éloi et tant d’autres. Elle aurait bientôt réparé toutes ses perles. Peintres, sculpteurs, orfèvres, chacun yappoiTcrail son tribut, pour enrichir une église qui serait devenue Celle de tous.
an(:ii-:ns pRiRcitfts.
rougir de la nouvcdle desiinalion fju’il a reçue; ap’ès l’avoir réparé avec un scrupule exlrême, des mains habiles ont disposé dans sa double galerie, non plus des tables pour la nourriture du corps, mais une riche bibliothèque pour les besoins de l’intelligence. Une porte, très-remarquable par ses sculptures extérieures, s’ouvre sur le côté méridional ; au-dedans, M. Steinheil l’a décorée d’une peinture charmante, qu’on croirait sortie du pinceau d’un imagier du xiiie siècle, et qui représente saint Martin partageant son manteau. Mais la gravure en dira plus que nous ne pourrions le faire; laissons lui donc son tour,
ANCIENS PKIEUKÉS.
aura hientui un siècle et demi, pour les remplacer par des conslruclions neuves, une grande partie de leurs édifices anciens, le chapitre, la tour des archives, la chapelle de la Vierge, le cloître où se voyaient les statues en pierre de trois générations de rois , Henri Philippe et Louis VI. Le cloître d’aujourd’hui est orné de colonnes doriques. Le vieux cloître, au dire de Piganiol de la Force, n’avait pas son semblable à Paris, pour son étendue et pour la quantité de ses colonnettes. Le vaste bâtiment qui regarde l’orient et qui ne date que du xviu® siècle, est construit en pierres et en briques, avec frontons sculptés sur les avant-corps. De nouvelles salles et une entrée monumentale ont été récemment élevées du côté de la rue Saint-Martin. Le développement des galeries est d'une étendue extraordinaire. Mais à peine suffisent-elles à contenir les modèles des instruments et des machines que l’industrie humaine invente ou perfectionne de nos jours avec une si étonnante activité.
Notre-Dame des Champs. — Les anciennes légendes du diocèse racontent que saint Denis rassemblait les premiers fidèles dans ce lieu, alors éloigné de l’enceinte de Paris, et qu’il y proposait à leur culte une image de la Vierge. Une église, du titre de Notre-Dame, y existait, au commencement duviii® siècle; en 994, elle était déjà desservie par des moines de Marmoutier; bientôt , elle devint le chef-lieu d’un prieuré. Les Bénédictins restèrent longtemps paisibles possesseurs du monastère. Mais, en 1604, il fut cédé aux Carmélites de la réforme de Sainte-Thérèse, nouvellement amenées à Paris par le cardinal de Bérulle. Les religieuses reconstruisirent les bâtiments d’habitation; elles conservèrent cependant l’église, tout en la faisant couvrir de peintures. C’était un édifice considérable du xii«= siècle, sous lequel s’étendait une vaste crypte. Le portail, dont le style accusait seulement le xiii^ siècle, présentait plusieurs grandes statues, saint Denis au trumeau, puis, dans les ébrasures, Moïse, Aaron, David ou Salomon, et trois autres personnages qui semblaient être des prophètes. Des croix, encastrées dans les murs de la crypte, attestaient que cette partie de l’église avait été l’objet d’une dédicace particulière. L’église a disparu. Ou assure que la crypte existe encore sous le sol de la rue qui
met le Val de Grâce en communication avec le jardin du Luxembourg. Il paraît même qu’un second souterrain se trouverait audessous de celui-là, et l’abbé Lebeuf pensait que ce pouvait être quelque reste de sépulture gallo-romaine. Des fragments de tom^ beaux antiques et d’inscriptions se sont plus d’une fois trouvés dans ce terroir.
Le monastère des Carmélites eut une brillante illustration, pendant toute la durée du xviie siècle. Dans un livre récent, que la plupart de nos lecteurs connaissent sans doute, M. Cousin nous a initiés à l’histoire de celle sainte maison , où tant de nobles âmes étaient venues chercher un asile. Après la révolution, il ne restait plus qu’une bien petite partie des bâtiments. Quelques Carmélites, héritières des anciennes, sont revenues y planter leur pacifique drapeau. De tous les monuments qui remplissaient autrefois l'église, ces dames n’ont pu recouvrer qu’une statue du cardinal de Bérulle, leur fondateur, sculptée en marbre par Jacques Sarazin; c’est un très-bel ouvrage.
Après trente-six ans de pénitence , de La Vallière mourut, en 1710, au monastère des Carmélites, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde. Dans une portion de l’ancien enclos, aujourd’hui transformée en chantier de menuiserie, on montre une petite chapelle, construite au xvii® siècle, sculptée à sa porte des noms de Jésus et de Marie, dans laquelle on prétend que le corps de la sœur Louise resta longtemps déposé.
Anciens CouYcnts.
On comprend, sous la dénomination générale de couvents , les maisons religieuses qui ne prenaient rang ni parmi les abbayes, ni parmi les priçurés , et dont le gouvernement était entre les mains d'un supérieur. Lorsque les temps de fondations des grands monastères furent passés, et le nombre en alla toujours diminuant depuis le xiii® siècle, il se manifesta tout à coup une ferveur extrême pour l’établissement de communautés appartenant à des ordres de création toute récente. A ces frères de Saint-François et
de Sainl-Dominique qui ne voulaient rien posséder, il n’élait plus nécessaire de constituer des dotations foncières. Un terrain et quelques édifices suffisaient d’abord ; la charité publique faisait le reste. L’architecture des nouveaux venus n’offrait plus les splendeurs de Cluny, les magnificences de la famille bénédictine, ou les sévères grandeurs de Clairvaux. Ces moines, nés de la veille, qui représentaient assez bien l’élément démocratique dans le clergé régulier, voulaient avant tout une chaire pour parler au peuple, et une enceinte, aussi vaste qu’il se pouvait, pour réunir à la fois une multitude nombreuse. Aussi la plupart de leurs églises n’élaientelles que d’immenses nefs, terminées par une abside , et le plus souvent couvertes par des voûtes en bois. Les xiii® et xiv^ siècles virent s’élever une quantité prodigieuse de couvents. 11 n’y eut pas de si petite ville qui ne fût pourvue au moins d’une maison de Cordeliers et d’une autre de Dominicains. A Paris, les nouveaux .inoriastères ne trouvèrent à se placer qu’aux limites des faubourgs. Quelques-uns même allèrent s’asseoir jusque sur les remparts de la ville.
Si les églises des couvents n’avaient plus le grand caractère des ^anciens édifices sacrés, elles furent en revanche richement décorées. Les dévotions du Rosaire, du Scapulaire et bien d’autres, l’admission des laïques dans les confréries, ranimaient la piété par la nouveauté des exercices, et les fidèles fondaient à l’envi de brillantes chapelles dans leurs monastères préférés. A Paris plus qu’ailleurs, la mode exerce en toutes choses son influence; il fut de bon ton d’avoir une sépulture de famille dans l’église ou dans le cloître d’un couvent. C’est ainsi que les églises des Cordeliers et des Jacobins étaient devenues de vrais musées de sculpture, toutes meublées de statues et de tombeaux, dont la plupart dataient du xivc siècle. La chapelle de Bourbon, au grand couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques, renfermait les monuments de plusieurs générations de cette famille illustre entre toutes les branches de la maison royale. Aux Célestins, dans une seule chapelle, il se trouvait une réunion de tout ce que l’art des xvi® et xviie siècles avait produit de plus parfait, le mausolée admirable de Louis, duc
d’Orléans, de Valenline de Milan et de leurs fils, le groupe des trois Grâces qui portaient le cœur de Henri H, le tombeau de l’amiral Philippe de Chabot , la colonne du connétable de Montmorency, celle du roi François II, celle de la famille de Brissac, la pyramide des Longueville, le monument de Renée d’Orléans, comtesse de Dunois, et quelques-uns encore, mais de moindre valeur. Le Louvre et l’église de Saint-Denis se sont partagé l’héritage des Célestins.
Ne pouvant pîésenter dans ce volume la série complète des couvents de Paris, et bien moins encore le détail de tout ce qu’ils possédaient de précieux, nous nous bornerons à citer les plus célèbres, en indiquant, à la suite de leur titre, la date de leur fondation et le sort qui leur a été fait. Ceux de nos lecteurs qui voudraient en apprendre davantage, n’auraient qu’à ouvrir une des mille descriptions de Paris publiées dans le dernier siècle; elles contiennent à cet égard tous les renseignements désirables.
GramJs-Augiifitms, sur le quai de la Vallée; fondation en 1293; l’église achevée par Charles V, entièrement détruite et remplacée par le Marché à la volaille. Il ne reste du couvent que des bâtiments modernes. C’est là que se faisaient autrefois les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit. Philippe de Comines y avait son tombeau.
Petüs-Auguslinfi. — Nous auions à parler plus loin de cette maison et de l’École des Beaux-Arts, qui en occupe la partie conservée.
licnnlicl ins anglais, rue du Faubourg-Saint-Jacques; fondation, vers 1674. Une maison d’éducation est établie dans le couvent des religieux et dans l’ancienne église, dont une partie sert de chapelle. Nous y avons vu un petit monument moderne à la mémoire du roi d’Angleterre, Jacques IL
• Capucins. — Les Capucins avaient quatre maisons à Paris : une dans la rue Saint-Honoré, près de la place Vendôme ; les autres au faubourg Saint-Jacques, au Marais, à la Chaussée-d’Antin. Celle de la rue Saint-Honoré était la plus importante. Elle avait été fondée, en 1575, par la reine Catherine de Médicis. Des constructions nouvelles, la rue du Mont-Thabor et le ministère des finances ont pris la place du couvent et de son enclos.
2i8 anch:ns couvents.
' Les Grands Carmes. — Amenés du mont Carmel àParis par saint Louis, les religieux de cet ordre n’eurent d’abord qu’un établissement provisoire, à l’endroit où furent depuis installés les Céleslins. Le roi Philippe le Bel et la reine Jeanne de Navarre, sa femme, leur donnèrent, sur la montagne Sainte-Geneviève, l’emplacement nécessaire pour la construction d’un vaste couvent. La reine Jeanne d’Évreux contribua par ses libéralités à l’achèvement de leur église. Le cloître était très-grand, et des peintures murales y représentaient toutes les circonstances du voyage des Carmes de Terre Sainte à Paris. Le libraire Gilles Gorrozet, qui a publié la plus ancienne description de Paris, dans la seconde moitié du xvie siècle, et dont le livre a été si utile à tous ses successeurs, reposait dans une des galeries de ce cloître. La destruction a été complète. Au lieu d’une église et d’un monastère, vous trouvez un marché, des rues et une fontaine chargée de figures mythologiques.
Céleslins. — Le roi Charles V fut le fondateur du monastère, et le frère de ce prince, Louis, duc d’Orléans, combla les religieux de bienfaits. La première pierre de l’édifice, posée par le roi Charles, le 26 mai 1365, est au musée de Cluny. Après l’église abbatiale de Saint-Denis, il n’en existait pas une dans la France entière qui fût aussi riche en monuments funéraires que celle des Gélestins. Des rois, des princes, des personnages parvenus aux premières dignités de l’État y reposaient sous des monuments de marbre et de bronze. Le cloître, un des plus beaux de Paris, avait été réédifié, de 1539 à 1550, au prix de 10,778 livres 9 deniers, par Pierre Hannonj tailleur de pierre et maçon. Les derniers vestiges de l’église et des anciens bâtiments ont disparu en 1847 et 1848. Il n’y a plus autour du vaste enclos des moines qu’un corps de logis reconstruit à la fin du xvii^ siècle, et une grande caserne toute moderne. •
Chartreux. — En 1257, saint Louis établit les disciples de Saint- Bruno dans le vieux manoir royal, de Vauvert. Les cours, les deux cloîtres, l’église qui aurait été bâtie par Eudes de Monlreul, un des architectes du roi fondateur, les cellules composées chacune d'un pavillon distinct , suivant les usages de l’ordre, couvraient un espace qui aurait suffi à contenir une ville. L’église renfermait
une grande quantité d’illustres sépultures. Il ne reste plus qu’une portion de bâtiments modernes, du côté de la rue d’Enfer. La pépinière du Luxembourg, l’allée de l’Observatoire , des jardins réservés à l’étude de la botanique, des maisons et des rues se sont divisé l’enclos , après la ruine des bâtiments conventuels. C’est du petit cloître des Chartreux qu’ont été tirés les tableaux de la vie de saint Bruno, par Lesueur, aujourd’hui placés au Louvre.
Cordeliers. — Quelques religieux de cet ordre étaient venus à Paris, du vivant de saint François. Plus tard, saint Louis favorisa leur établissement définitif et leur fit élever une église. En 1580, un incendie dévasta cet édifice et détruisit une partie de ses tombeaux. Il en subsistait encore quelques-uns cependant au dernier siècle, et des statues de marbre y représentaient plusieurs personnages de la maison royale. La statue de saint Louis, posée au portail, passait pour le portrait le plus ressemblant de ce prince, dont elle était contemporaine. On sait que le buste en fut recueilli au moment'de la révolution; mais on ignore ce qu’il sera devenu depuis. La place de l’École-de-Médecine s’est agrandie d’une partie du sol de l’église; le reste a été jeté par terre. L’hôpital des Cliniques est logé dans le cloître, dont la reconstruction date de la fin du xviie siècle. Des pavillons de dissection s’élèvent dans le jardin. Un grand édifice en pierre, bâti au xv^ siècle, et percé de baies, les unes ogivales, les autres carrées, contient un musée d’anatomie et d’aulres accessoires de la Faculté de médecine ; c’était jadis le réfectoire des moines.
Feuillants de la, rue Saint-Honoré. — Fondés par Henri III , en 1587.* L’église, comme la plupart de celles que nous venons de citer, possédait un grand nombre de mausolées remarquables. Le portail du couvent faisait face à la place Vendôme. Commencée depuis longtemps, la démolition s’est consommée en 1830 et 1831. Nous avons vu encore le cloître entièrement conservé et quelques portions de l’église. Il existe, dans la rue Saint-Honoré, au coin de la rue Castiglione, une immense maison que les Feuillants avaient bâtie, et qui leur produisait un revenu considérable.
- Jacobins du grand Couvent. — Sept frères prêcheurs, envoyés à
Paris, en 1217, par saint Dominique, jetèrent les fondement de ce monastère, vers le sommet de la montagne Sainte-Geneviève. Cette maison a fourni des confesseurs à presque tous les rois et reines de France, depuis saint Louis jusqu’à Henri II. Saint Louis la dota d’une très-grande église, partagée en deux nefs* par une file de colonnes, comme l’étaient d’autres églises du même ordre, dans les vvilles de Toulouse, d’Agen et ailleurs. Des tombeaux de rois, de reines, de princes, de princesses remplissaient l’édifice. On remarquait surtout ceux des chefs des trois branches royales de Valois, d’Évreux et de Bourbon. Cette admirable collection a été dispersée. Quelques belles effigies en marbre, toutes sculptées au xive siècle, se retrouvent aujourd’hui dans la crypte de Saint- Denis. Mais bien d’autres ont succombé sous les coups du vandalisme. L’église n’existe plus; l’enclos est à présent tout morcelé. Le bâtiment des écoles Saint-Thomas, commencé au xvi® siècle, achevé au xviie, à moitié détruit en 1849, sert de caserne. La porte principale du couvent, xve siècle, ornée de niches et de consoles à petites figures de prophètes, reste encore du côté de la rue Saint- Jacques; mais les règlements de la voirie la menacent d’une chute prochaine.
Lazaristes. — Les prêtres de la Mission, institués par saint Vincent de Paul, furent mis en possession de l’antique prieuré de Saint-Lazare, en la rue du Faubourg-Saint-Denis. L’église gothique où reposaient les reliques vénérées de leur fondateur a été démolie. Mais des mains pieuses ont su conserver ce précieux dépôt, et les Lazaristes, établis dans la rue de Sèvres par la munificence du roi Charles X, ont élevé une chapelle pour le recevoir. Les édifices conventuels de Saint-Lazare, renouvelés vers le milieu du xviie siècle, servent de maison de détention pour les femmes. La cellule qui fut habitée par saint Vincent a été convertie en oratoire. L’enclos s’étendait jusqu’aux murs d’enceinte de Paris ;, il s’est trouvé assez vaste pour contenir la nouvelle église de Saint-Vincent de Paul et le quartier qui l’accompagne, la gare du chemin de fer du Nord et une partie de ses dépendances.
Mathnrins — Les religieux de la Sainte-Trinité et de la Rédem-
ANXIKNS COCVEMS.
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tlüii des caj)lifs, appelés vulgairemenl Mathurins , ont continué, jusqu’au moment de leur suppression, à s’acquitter du devoir sublime de racheter les chrétiens réduits en esclavage par les infidèles. Ils étaient déjà établis à Paris en 1209. Saint Louis fut un de leurs bienfaiteurs. Aussi conservaient-ils avec respect un manteau royal, des gants et l’écrltoire de ce saint roi. Il reste encore de leur église quelques ogives, entre les piliers desquelles se sont construites des maisons modernes. Le monastère, contigu à l’hôtel de Clunv, et maintenant transformé en habitation privée, fut rebâti en 1761 .
Minimes. --Les Minimes avaient deux maisons, l’une fondée en 1611, près de la Place Royale, sur une partie du jardin de l’ancien hôtel des Tournelles; l’autre établie en 1493 , à Chaillot , sous les auspices de la reine Anne de Bretagne. Les deux églises sont détruites. Le couvent de la Place Royale, devenu caserne, n’a pas perdu sa physionomie monacale, et trois côtés de son cloître voûté en pierre sont conservés. Converti en fabrique de produits chimiques, la maison de Chaillot ne présente plus qu’une masse carrée, qui paraît avoir été reconstruite au xvii® siècle, et qui a successivement perdu toute son ornementation.
Ave Maria. — Louis XI donna, en 1480, une ancienne maison de Réguines h des religieuses du tiers ordre de saint François, et voulut que le nouveau couvent fût appelé l’A'e itfor/a. Des tombeaux d’une belle ordonnance se trouvaient dans l’église , et Mathieu Mole, ce grand magistrat d’un si ferme courage, avait sa sépulture dans le chapitre. Une caserne d’infanterie occupe l’emplacement de ce monastère. Les anciens bâtiments ont tous été démolis ou bouleversés.
Capucines. — Le portail de l’église faisait symétrie à celui des Feuillants, de l’autre côté de la place Vendôme. Le percement de la rue de la Paix a jeté bas l’édifice. Les ateliers du timbre ont habité longtemps une partie du monastère, qui vient d’être démolie. Ce couvent avait été fondé, sous le règne de Henri IV, dans les premières années du xvii® siècle, et rebâll de 1686 à 1688. On voyait dans l’église la sépulture de la verlueuse princesse Louise de
ANCIENNES COMMANDEKIES.
Lorraine, veuve de Henri III, et celle de Mme de Pompadour, le splendide tombeau du marquis de Louvois, le ministre de la guerre de Louis XIV, et celui du duc de Créqui. Le corps de Louise de Lorraine a été porté à Saint-Denis. Le monument du duc de Créqui est à Saint-Roch , et celui de Louvois dans l’église de l’hôpital de Tonnerre.
Chanoinesses anglaises de Saint-Augusiin. — Ce couvent, qui portait le titre de Notre-Dame de Sion, et qui fut établi en 1634, existe encore rue des Fossés-Saint-Victor. L’église renferme les épitaphes de quelques personnages anglais qui ont persévéré dans la foi catholique. Des Bénédictines anglaises avaient aussi, près des Gobelins, une maison fondée en 1620, avec une chapelle du nom de Notre-Dame de Bon-Espoir. Les bâtiments sont conservés; l’industrie privée s’en est emparée.
Filles-Dien. — Le passage du Caire, grotesque imitation des monuments égyptiens, couvre de ses galeries et de ses boutiques l’emplacement de l’église et du monastère des Filles-Dieu , fondées en 1226, hors de la ville, protégées par saint Louis, transférées, en 1360, dans l’enceinte des murs, et soumises, en 1495, à l’ordre de Fontevrault.
A l’époque où les exécutions avaient lieu au gibet de Montfaucon, les condamnés faisaient une station dans la cour des Filles- Dieu ; on leur présentait le crucifix à baiser, de l’eau bénite, un verre de vin et trois morceaux de pain.
Filles Pénitentes. — Vers 1580, les Filles Pénitentes furent mises en possession de l’antique abbaye bénédictine de Saint-Magloire, située dans la rue Saint-Denis, très- près de l’église Saint-Leu- Saint-Giiles. L’église était vaste; elle avait été construite à plusieurs reprises , du commencement à la fm du xii^ siècle. Il en reste (quelques pans de mur, dans la cour d’un établissement de roulage.
Aiicieiiiie»»
L’ordre religieux et militaire de Saint-Jean de Jérusalem, si longtemps la gloire de la chrétienté, possédait à Paris deux com-
ANCIENNES COMMANDEKIES.
niaiidei-ies d’une grande importance, le Temple et Saml-.lean de Lalraii. La première ne lui était échue en [)ariage qu’apres la suppression des Templiers, dont elle avait élé le chef-lieu en France; la seconde lui appartenait en propre, dès son origine. Les deux années qui viennent de s’écouler, '1853 et '1834, ont vu tomber les derniers restes du Temple, et détruire la maison de Latran tout entière, dont il ne reste plus qu’une portion d’église.
Le Temple. — La forteresse du Temple, au xm® siècle , pouvait disputer la prééminence au Louvre, par la hauteur de ses remparts, par le nombre de ses tours, par l’aspect majestueux de son donjon. Plus d’une fois les rois y ont séjourné, et le trésor de la couronne y demeura longh-mps déposé. Quand les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem furent devenus possesseurs du Temple, ils en tirent la maison provinciale du grand prieuré de France, et ce litre lui resta, jusqu’au moment oü la révolution vint les en expulser à leur tour.
L’enclos du Temple était immense; ses murailles, crénelées et flanquées de tours, subsistaient encore en grande partie, il n’y a pas un siècle. La grosse tour, accompagnée de quatre tourelles, avait été construite, au commencement du xiiie siècle, par frère Hubert, trésorier de l’ordre des Templiers. C’est dans l’enceinte de ce sombre et redoutable donjon que l’infortuné Louis XVI a passé les derniers mois de sa vie; c’est là que Marie-Antoinelle, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse de France soin restées captives, au milieu des angoisses et des outrages; c’est là encore que le jeune Louis XVII a succombé, après une agonie de trois ans, victime des tortures les plus lâches et les plus abominables. Plût à Dieu qu’il fût aussi facile d’effacer de notre histoire ces lugubres souvenirs, qu’il l’a été de renverser le monument témoin de tant de douleurs! La tour du Temple fut démolie en 1803. On en trouvera du moins la représentation à la page suivante.
L’église, remarquable par ses vitraux et par ses tombeaux de grands prieurs et de chevaliers, l’était bien davantage par la disposition exceptionnelle de son plan. Comme dansl’église du Temple , à Londres, une rotonde, environnée de colonnes, précédait l’entrée
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de la nef. L’édifice appartenait pour le moins aux premières
années du xm^ siècle. Des galeries de cloître, dont le stjle accusait aussi le xiiie siècle , s’étendaient sur le côté méridional de la nef. L’abbé Lebeuf fait encore mention d’un grand vestibule, XIV® siècle, construit avec beaucoup de délicatesse. De l’église, pas plus que du donjon, il ne subsiste absolument rien.
L’iiütel du grand prieur, construit au xviie siècle, n’a été démoli qu’en 1853. Une Ici du 23 avril 1854 en a cédé l’emplacement à la ville de Paris, sous la condition d’y faire disposer des plantations et d'y ériger un monument à la mémoire de Louis XVI. Une communauté de Bénédictines s’était établie au Temple, en 1816, sous la conduite de la princesse Louise -Adélaïde de Bourbon-