I.-RÉSIDENCES DES ROIS ET DES PRINCES
Les premiers édifices où les rois de France aient fixé leur séjour, à Paris , sont le palais des Thermes , et celui qui est devenu, depuis le xiv^ siècle, le siège de la justice souveraine, au centre de la capitale. Déjà, nous avons décrit ce qui subsiste encore du vieux palais impérial habité par Clovis et par ses successeurs immédiats. Le Palais de Justice a sa place marquée parmi les monuments de l’ordre judiciaire, dont nous devons nous occuper un peu plus loii). Mais, dès à présent, nous dirons qu’il a, pendant plusieurs siècles, servi de résidence ordinaire à nos rois. Le souvenir de saint Louis est encore vivant dans celte vaste et vénérable enceinte. Dès les premières années du xiiie siècle, Philippe-Auguste, sans renoncer au séjour de ses prédécesseurs, voulut cependant avoir, hors des murs, une forteresse dégagée du contact des habitations particulières, et munie de toutes les ressources nouvelles que l’architecture militaire s’était créées; il construisit le Louvre, et ce château vint partager, avec le palais de la Cité, l’honneur d’abriter les sotiverains. Peu à peu, à mesure que le Parlement croissait en importance et que l’administration de la justice exigeait un personnel plus nombreux, les rois abandonnèrent à la magistrature leur antique demeure , pensant qu’elle ne pouvait recevoir une plus sainte destination. Charles V répara le Louvre. Mais déjà se manifestait une tendance à substituer aux donjons de la féodalité des édifices d’une structure plus commode et d’un style moins sévère. Aussi le même prince fit-il élever l’hôtel Saint-Paul pour
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être, suivant les termes de l’édit de 1364, Vhôtel solennel des grands èbaüements. La nouvelle résidence était peu éloignée de l’église Saint-Paul, dont elle prit le nom. Dépourvue par elle-même du menaçant appareil des vieilles forteresses, elle trouvait une suffisante protection dans le voisinage de la Bastille. Elle occupait, avec ses dépendances et ses jardins, un emplacement considérable, dont les limites sont à peu près marquées aujourd’hui par la rue Saint- Antoine, la rue Saint-Paul, les quais et le canal Saint-Martin. Le nombre des appartements, des galeries, des chapelles était extraordinaire. Des vitres peintes garnissaient les fe»nêtrcs. Des fleurs de lis d’étain doré couvraient les solives apparentes des chambres principales. La grande salle, longue de quinze toises et large de six, portait le nom de Chambre de Charlemagne , et sans doute on y voyait, peints sur les murs, les gestes du puissant empereur, devenu à la fois le héros de l’histoire sérieuse et des légendes populaires. Peut-être, comme à Pierrefont, comme à Coucy, la statue de Charlemagne était-elle placée à Saint-Paul, au milieu de celles des preux et des preuses, qui lui formaient un cortège digne de sa gloire. La cour des joûtes, où les chevaliers rompaient la lance, était la plus vaste de toutes. Les jardins n’étaient pas, comme nos promenades modernes , semés de fleurs et peuplés de statues, mais plantés d’arbres à fruits, de treilles , de légumes, accompagnés de volières et de colombiers. Une ménagerie renfermait quelques animaux rares et curieux. La façade principale et l’entrée de l’hotel Saint- Paul regardaient la rivière, entre l’église paroissiale du même nom et le monastère des Célestins, fondé sur une partie de l’enclos. Le palais de Charles V ne jouit pas d’une longue faveur. Charles VII le délaissa, pour se loger au palais des Tournelles. Les édifices et les jardins furent successivement aliénés, de 1519 à 155L Des maisons s’élevèrent de toutes paris sur leur emplacement; elles ont formé plusieurs rues, dont quelques-unes rappePent par leurs noms l’existence de certaines parties des jardins, comme les rues Reautreillis, des Lions, de la Cérisaie.
l^e palais des Tournelles n’était séparé de l’hôtel Saint-Paul que par la rue Saint-Antoine. 11 devait son nom au grand nombre de
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pelltes tours qui l’environnaient. Ce n’était d’abord qu’une maison qui appartenait, en 1390, au cbancelier Pierre d’Orgement. Le roi d’Arménie , Léon de Lusignan , qui était venu cbercher un asile à la cour de France, y mourut en 1393. Pendant la domination anglaise, le duc de Betford , régent du royaume, fit agrandir et décorer le palais. Aussi Charles VU, après sa rentrée à Paris, préféra-t-il le séjour des Tournelles à celui de toute autre rési^ dence royale. L’enceinte n’était guère inférieure à celle du parc de Saint-Paul. La place Royale, l’ancien couvent des Minimes et les rues qui les accompagnent , ont pris la place du palais des Tournelles. Henri II fut le dernier roi qui l’habita. Après la mort de ce prince, arrivée en 1559, à la suite d’un tournoi qui s’était donné sous les murs de l’enceinte des Tournelles, du côté de la rue Saint- Antoine , la reine mère , Catherine de Médicis , fit commencer la démolition et la vente des édifices et des terrains.
Les derniers princes de la branche des Valois résidaient au Louvre. Henri IV et Louis XIII y faisaient aussi leur demeure, lorsqu’ils venaient à Paris. Pendant la minorité de Louis XIV, la régente, Anne d’Autriche, quitta le Louvre pour habiter le Palais- Royal, que le cardinal de Richelieu avait donné à Louis XIII. Louis XIV fit exécuter d’immenses travaux, dans les palais du Louvre et des Tuileries, pour les rendre dignes de recevoir la famille royale et. la cour. Mais il n’y séjourna qu’à de rares intervalles. Versailles était désormais l’habitation privilégiée des rois, le siège du gouvernement, et ce n’est plus que de nos jours que le palais des Tuileries, longtemps abandonné , est redevenu la résidence constante du chef de l’État.
L’hôtel Saint-Paul et celui des Tournelles ont disparu, sans qu’il en soit resté le moindre vestige. Le Louvre et les Tuileries, après trois siècles et demi de travaux continuels et de modifications successives, sont à la veille d’un achèvement qui semble définitif. Nous dirons par quelles vicissitudes ils ont passé, pour arriver h la situation où nous les voyons aujourd’hui. Nous indiquerons aussi, en quelques mots, ce qu’étaient les hôtels et les palais fondés, à diverses époques, par les princes de la maison royale, qui atta-
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clièrenl toujours une grande importance à posséder un lieu de
séjour dans les murs de Paris.
lie liouvre.
Il faut laisser à d’autres le soin de discuter sur l’étymologie française ou latine du nom de ce palais , et de rechercher, dans les ténèbres des premiers siècles de notre histoire, l'origine du Louvre. Peu nous importe qu’il ait commencé par être un humble manoir ou un rendez-vous de chasse ; que son existence remonte aux rois mérovingiens, ou qu’il 'date seulement des premiers règnes de la race capétienne ; l’intérêt ne commence pour nous qu’à partir du moment où le Louvre apparaît dans l’histoire avec son véritable caractère de grandeur.
Il n’y avait pas jadis , en France , de terre sans seigneur, ni de seigneur sans château. Le Louvre était le château féodal, le donjon du roi, et c’est de la grosse tour, érigée au centre de son enceinte, que relevaient tous les grands fiefs du royaume. Après avoir scrupuleusement affranchi de toute rente et redevance le sol sur lequel le Louvre se trouvait assis, Philippe-Auguste entreprit la reconstruction complète de la tour et du château, vers l’an 1204. Ce prince laissa la forteresse terminée et pourvue de tous ses moyens de défense. Louis IX fit disposer dans Paile occidentale une grande salle, qui fut longtemps appelée la chambre de Saint-Louis. Charles V renouvela le château ; les murailles en furent exhaussées; des salles plus nombreuses et plus vastes s’ouvrirent derrière les courtines ; les tours se multiplièrent , et des constructions accessoires vinrent compléter l’appropriation de l’édifice. Les tours avaient chacune leur concierge ou capitaine, et chacune était désignée par un nom particulier. L’histoire indique, parmi les plus considérables, après le donjon central, la tour delà Librairie, où prit naissance cette illustre bibliothèque royale qui , enrichie, de règne en règne, est enfin parvenue au degré de splendeur où nous la voyons maintenant; la tour de l’Horloge, la lourde l’Artillerie, la tour du Bois, la tour de l’Écluse, celles de l’Armoirie, de la
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Fauconnerie, de la Taillerie, de la grande Chapelle et de la petite, la tour neuve du Pont des Tuileries.
Le château avait la forme d'un grand carré , dont l’étendue correspondait à peu près au quart de celle du Louvre, dans son état actuel. Si l’on divise la cour intérieure, telle qu’elle est aujourd’hui, en quatre parties , on retrouvera l'emplacement de la forteresse de Philippe-Auguste dans la portion du sud-ouest. La moitié de l’aile occidentale et la moitié de celle du midi s’élèvent sur d’anciennes fondations. Plus d’une fois aussi, en remuant le sol où se trouvaient les constructions supprimées, les ouvriers ont rencontré les vestiges des murailles épaisses qui leur avaient servi de base. Des fossés larges et profonds, alimentés par les eaux de la Seine, environnaient tout le monument.
Comme la plupart des anciens donjons , la grosse tour avait aussi son système complet de défense, indépendant de celui du château. Sa circonférence était de cent quarante-quatre pieds, et sa hauteur de quatre-vingt-seize jusqu’à la toiture. Une galerie de pierre la mettait en communication avec les étages supérieurs de la première enceinte. Celte tour a longtemps servi de prison pour les princes et les grands seigneurs coupables du crime de lèse-inajeslé. Au nombre de ses hôtes les plus célèbres, on cite le comte de Flandres, Ferrand, que Philippe-Auguste y fit enfermer en 1214, après la victoire de Bouvines; Enguerrand de Coucy ; deux comtes de Flandres, Guy, en 1299, et Louis, en 1322; Enguerrand de Mariguy; Jean IV, duc de Bretagne; Charles II, roi de Navarre; le Captai de Buch, Jean de Grailly; Jean II , duc d’Alençon. Plus tard, la Bastille et Vincennes remplacèrent la tour du Louvre comme prisons d’Éial.
Sauvai nous a transmis, sur les travaux faits au Louvre par les ordres de Charles Y, de précieux détails qu’il avait puisés dans les registres de la Chambre des Comptes de Paris. Le grand escalier, dont Raymond du Temple avait dirigé la construction, était une œuvre admirable, tout en pierre, et décorée de nombreuses statues. Les artistes les plus habiles, Jean de Saint-Romain, Jean du Liège, Jean de Launay, Jacques de Chartres et Guy de Dampmartin , y
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sculplôrciit la Vierge el saint Jean, deux sergents d’armes, les efiigies de Charles V, de la reine Jeanne de Bourbon, de Louis, duc d’Orléans et des trois frères du roi , les ducs d’Anjou, de Rerri et de Bourgogne. Ces figures étaient payées chacune à raison de vingt francs d’or ou seize livres parisis. Un Charles V en pierre, de quatre pieds seulement de hauteur, fut placé sur le pignon du pont-levis de la grosse tour, par Jean de Saint-Romain , au prix de six livres huit sous parisis. Le même artiste aurait dessiné les cartons des vitraux du Louvre et de l’holel Saint-Paul; c'est Pierre Levieil qui nous fournit ce renseignement dans son traité , que nous avons déjà cité, de la peinture sur verre.
De longues années s’étalent écoulées depuis que les rois avaient abandonné le Louvre, et les bâtiments, quelle que fut la solidité de leurs murailles, semblaient menacés d’une ruine prochaine, à l’époque où François Ri” monta sur le irone. Ce prince, au lieu de réparer à grands frais les édifices de Philippe-Auguste et de Charles V, résolut de les rebâtir de fond en comble, en leur conservant d’ailleurs leur étendue primitive. La grosse tour fui abattue en 1527. Mais les travaux de reconstruction ne commencèrent que vers 1541 . Pierre Lescot fut l’architecte, et Jean Goujon le sculpteur, auxciuels le roi confia l’exécution de ses projets. Ce n’était plus une forteresse redoutable qu’il s’agissait d’élever ; il fallait un palais, disposé et décoré suivant le système nouveau qui, depuis la fin du XV® siècle, tendait de plus en plus à supplanter les traditions du moyen âge. L’antique donjon central ne devait pas reparaître. Le plan de Pierre Lescot comprenait quatre façades dont deux existent encore ; de grands pavillons , coiffés de combles d’ardoise à la française, devaient remplacer, aux quatre angles du monument, les vieilles tours féodales désormais proscrites. L’aile occidentale, entre le dôme de l’horloge et l’angle sud-ouest de la cour, fut entreprise la première. Lorsque François mourut, en 1547, * l’œuvre n’avait pas fait de grands progrès. Henri H la poursuivit avec une plus grande activité. Sous son règne, l’aile occidentale fut achevée , et celle du midi à peu près construite jusqu’au guichet qui se trouve en face du pont des Arts; le pavillon, destiné 5
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garnir l’angle formé par la jonction de ces deux corps de logis, fut aussi terminé et prit le nom de pavillon du roi.
Suspendons un moment le cours des recherches historiques, pour dire ce que produisit l’association de deux hommes comme Lescot et Goujon. S’il y a dans le Louvre quelque chose de lin, de délicat, d’harmonieux, de la correction sans froideur, de la régularité sans monotonie, c’est dans les façades de Pierre Lescot que l’œil va tout naturellement le chercher, dans celle de l’ouest surtout; car celle du sud a été découronnée au commencement de notre siècle. D’après le plan adopté par François Rr, le palais du Louvre aurait eu des proportions pleines d’élégance; le xvii® siècleest venu lui donner une dimension démesurée, comme si c’était une chose indiflérente de reproduire sans terme les subdivisions d’un édifice, et de porter au quadruple l’étendue de l’espace que le premier architecte avait résolu d’enclore. Lescot a composé son élévation de deux ordres, l’un corinthien, l’autre composite, et d’un attique. Des avant-corps viennent jeter du mouvement dans la disposition des lignes. Des plaques de marbre de dilférentes couleurs, incrustées au dessus des portes , ou encadrées dans les médaillons et dans les frises, animent de leurs retlets les tons monochromes de la pierre. A chaque étage, les baies varient de formes et de dimensions. Dans l’attique, des frontons demi-circulaires ollrent à la sculpture un libre espace pour développer ses richesses. Plus haut, une crête, adroitement ouvragée, se découpe sur le ciel en gracieuse dentelure. Au rez-de-chaussée, six œils-debœuf s’ouvrent au dessus d’un pareil nombre de portes percées dans les avant-corps; c’est à leurs côtés que Jean Goujon sculpta, en bas-relief, dix figures allégoriques du dessin le plus suave et de l’exécution la plus habile. Les frises sont charmantes; des élèves de Goujon les ont décorées du chiffre de Henri 11 et de celui de Catherine de Médicis, de branches de laurier et d’olivier, de guirlandes, de lions, d’attributs de guerre et de chasse, d’enfants, de satyres, de croissants, de têtes de Diane, de lévriers. 11 semble que le ciseau se soit joué sans peine dans toutes les parties de cette ornementation. Dans les frontons de l’attique et dans les intervalles
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de ses fenêtres, Paul Ponce a taillé des ligures symboliques de grand style et des trophées d’un travail exquis. Si nous passions, dès à présent, du dehors à l’intérieur du palais, nous trouverions l’escalier de Henri H, avec ses voûtes et ses plafonds couverts de sculptures, et la fameuse salle des Gardes, aujourd’hui dite des Cariatides. Nous nous réservons d’y revenir.
Les règnes de François II, de Charles IX et de Henri III, si troublés par la guerre civile, n’étaient pas favorables à la continuation du Louvre. Les constructions ne furent pas totalement arrêtées; mais elles n’avancèrent qu’avec une lenteur excessive. Henri IV s’occupa peu du Louvre; tous ses efforts se portèrent sur les Tuileries et sur la grande galerie du bord de l’eau. L’achèvement du palais était une de ces grandes choses comme les aimait le cardinal de Richelieu ; il ordonna la reprise de l’œuvre. L’architecte Jacques Lemercier fixa définitivement les limites du Louvre. H dessina quatre façades, dont chacune se composait d’un pavillon central accosté de deux corps de logis, et chacun de ces deux bâtiments égalait en longueur une des façades de Pierre Lescot. Lemercier répétait ainsi quatre fois ce que son prédécesseur avait construit; il élevait de plus quatre pavillons nouveaux, sans supprimer ceux qui avaient été déjà projetés pour les quatre angles de l’enceinte. Le style des façades de Pierre Lescot était d’ailleurs conservé avec un religieux scrupule. Mais que devenait l’exactitude des proportions, cette loi première de toute architecture? Le pavillon central de chaque façade était destiné à marquer une des quatre entrées de la cour, pratiquées sous de larges vestibules, entre des colonnes libres ou engagées. Le roi Louis XIII posa, le 28 juin 1624, la première pierre des nouveaux édifices. Après avoir démoli ce qui était demeuré debout jusqu’alors du château gothique, Lemercier construisit le grand dôme de l’horloge, la suite de l’aile occidentale, le pavillon de l’angle nord-ouest, et une partie de l’aile septentrionale. Sous la minorité de Louis XIV, les agitations politiques entravèrent la marche des travaux, sans la frapper cependant d’une complète interruption.
En 1660, Louis Levau remplaça Lemercier qui venait de mourir.
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Avec le concours de sou gendre, François Dorbay, il continua l’aile du nord, commença le prolongement de celle du sud , et fit élever la grande façade extérieure, qui avait en perspective la Seine et le collège des Qiiatre-Nations. Au bout de trois années, en 1663, il ne restait i)lus à faire que la quatrième façade de la cour, vers l’orient. Les trois autres étaient achevées, à quelques détails près. Le roi et son ministre, Colbert, voulaient que de ce côté une façade, supérieure en magnificence à toutes les autres, annonçât d’une manière imposante la principale entrée du palais. Des projets furent demandés aux artistes le plus en renom. Dans l’embarras de choisir, on s’adressa au Bernin, dont la réputation avait traversé les monts, et qui passait pour le premier architecte du siècle. Pour obtenir que le pape lui permît de se rendre en France, la diplomatie eut à déployer toutes ses ressources, comme s’il se fût agi du salut d’un empire. Le Bernin fut accueilli avec déshonneurs extraordinaires. A peine arrivé à Paris, il se mit à l’œuvre, et pendant son séjour, le 17 octobre 1663, le roi posa la première pierre du bâtiment, qui devait enfin fermer l’enceinte du Louvre. Mais on sait que le voyage du Bernin, si fastueusement accompli, fut stérile en résultats. Fatigué des intrigues qui contrariaient sans relâche tous ses plans, l’architecte romain retourna dans sa patrie, non toutefois sans avoir reçu des preuves efficaces de la munificence royale.
Le départ du Bernin laissa le champ libre à Claude Perrault, dont le projet de colonnade extérieure avait séduit le roi par son apparence de faste et de majesté. Perrault n’était pas un architecte, mais un savant, un théoricien, un homme d’un certain goût et en même temps un dessinateur habile. 11 exerçait la profession de médecin, et la remise du Louvre entre les mains d’un docteur de la Faculté ne manqua pas d'exciter la verve caustique des Parisiens. A la fin de l’année 1666, les travaux étaient en pleine activité. En 1670, Perrault posait le couronnement de sa façade, et faisait monter à grand’peine , sur les deux corniches du fronton central, ces deux pierres si souvent citées, longues chacune de plus de cinquante pieds, que lui avaient fournies les carrières de Meudon.
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Ce n’est pas nous assurément qui refuserons de reconnaître le caractère grandiose de cet immense péristyle qui, du haut de son stylobale, domine la plus belle partie de Paris, et dont les colonnes cannelées portent jusqu’à une élévation prodigieuse leurs riches chapiteaux d’ordre corinthien. Mais il a ses défauts, comme toute chose en ce monde. Sans parler des artifices employés pour en maintenir les architraves et les solfites, des armatures de fer, qui seules arrêtent la dislocation de cette grande machine, disons que la colonnade n’est qu’un placage, une décoration de théâtre, un embarras même dans l’ordonnance générale du palais. Perrault, qui n’était pas architecte, ne tint aucun compte des dispositions intérieures du Louvre, et ne se préoccupa nullement de mettre son œuvre en rapport avec celle de ses prédécesseurs. Aussi, la construction de la colonnade a-t-elle jeté la perturbation dans toute l’économie du Louvre. Sa longueur excédait tellement l’étendue de ce coté du palais, qu’il fallut doubler aussitôt d’un autre placage la façade considérable bâtie par Levau, en regard de la Seine. Sa hauteur était telle que la balustrade, posée sur sa corniche, dépassait de beaucoup la ligne des combles qui couvraient les trois autres cotés de la cour. Il était difficile de continuer, au revers de la colonnade, l’attique de Pierre Lescot et ses toitures à la française, dont les successeurs de cet habile homme avaient exactement suivi le dessin. Perrault imagina, pour se tirer d’affaire, de répéter, à la place de l’attique, l’ordre qui formait le premier étage L Aucune modification plus funeste n’apparaît dans l’histoire des vicissitudes du Louvre. Le second étage de Perrault détruit tout le système des proportions; il écrase de son poids la délicatesse des ordres inférieurs, et cette seconde édition d’une des parties les plus importantes de l’édifice, superposée immédiatement à la première, vient accroître h l’excès la monotonie, qui déjà résultait de la reproduction trop prolongée des façades de Pierre Lescot. L’idée
* Il n’y a entre les deux étages que des différences de détail. Ainsi , les chapiteaux du second sont corinihiens, tandis que ceux du premier appartiennent à l’ordre composite.
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de Perrault ('•lait mauvaise; elle devait, pins facilement qu’une autre, trouver des imitateurs; peu s’en est fallu, il y a environ cinquante ans, que ce malencontreux troisième ordre ne fit le tour du Louvre. Ne nous plaignons cependant pas trop; Taile occidentale tout entière nous reste intacte, et le contraste ne sert qu’à la faire valoir davantage à tous les yeux.
A la Cour les châteaux se succédaient comme les maîtresses ; c’était toujours pour le dernier venu qu’on se montrait le plus prodigue. La colonnade du Louvre n’avait pas atteint son architrave que Versailles en prenait la place dans la faveur royale. A partir de 1670, le budget du Louvre éprouva d’année en année des réductions plus sensibles. Les travaux cessèrent tout à fait en 1680. Devenus inutiles pour l’avenir, les dessins et les projets de Perrault furent déposés dans la bibliothèque particulière du cabinet du roi, où ils ont toujours été conservés depuis. Inachevé à l’extérieur, dépourvu de toitures dans une partie de son développement, composé de corps de logis immenses, la plupart sans voûtes, sans plafonds, sans escaliers, ce palais, qui était destiné à présenter l’image matérielle de la puissance du roi de France, passa, en peu d’années, à l’état d’une ruine misérable. Ce qui pouvait offrir un abri fut divisé en une foule de petits appartements, que le roi ou ses ministres concédaient h des artistes ou à des gens de lettres. Les trois ou quaire salles les plus spacieuses et les plus habitables servirent aux réunions des académies. Des échoppes s’adossèrent aux murailles. Des masures s’élevèrent au milieu de la cour. M. Vitet, dans son excellente étude sur le Louvre, a spirituellement comparé l’aspect intérieur de cet édiflce, pendant près d’un siècle, à celui des arènes d’Arles ou de Nîmes, quand une population tout entière campait sur les gradins, sous les arceaux des galeries et jusque dans l’épaisseur des murailles. On prétendait alors que, pour achever le Louvre, le meilleur moyen eût élé de le mettre à la disposition d’un des quatre ordres mendiants pour tenir ses chapitres et loger son général. Louis XV songea un instant à faire terminer les constructions tant de fois reprises et toujours abandonnées. Mais les travaux entrepris sous son règne
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se bornèrent à une restauration, très-urgente d’ailleurs, et surtout pour les parties les pins récentes; elle fut exécutée par Gabriel, et le palais consolidé se trouva en mesure d’attendre des jours ineillenrs.
La s die des Cariatides servait de musée du temps de Louis XVI; des marbres antiques et des moulages de plâtre en remplissaient la vaste étendue. Quelques années plus tard, sous le gouvernement consulaire, lorsque nos armées victorieuses enlevaient à l’Italie les chefs-d’œuvre les plus vantés de Part pour les envoyer à Paris, il fut décidé que le Louvre deviendrait le centre commun de toutes ces merveilles. Deux architectes justement célèbres, MM. Percier et Fontaine, ont travaillé sans relâche, de 1803 à 181’2, à réparer tout l’édifice, à compléter les sculptures inachevées, à voûter les portiques, à couvrir les salles, à ériger les deux grands escaliers de la colonnade, à disposer en bel ordre, dans une nombreuse suite de galeries revêtues de marbre, les trophées de nos conquêtes. Mais alors aussi, et par compensation sans doute à tant de choses utdes, s’accomplit la continuation du troisième ordre de Perrault sur deux des façades de la cour, celle du nord et celle du midi. Le Louvre était toutefois terminé, quant à son extérieur, à peu près trois siècles depuis que François P»’ en avait entrepris la reconstruction, sur les ruines du château de Philippe-Auguste. L’ornementation intérieure seule restait imparfaite. Dans les quarante années qui viennent de s’écouler, chaque gouvernement s’est fait un point d’honneur d’enrichir le Louvre de quelque salle splendide ou de quelque collection nouvelle. Tout n’est pas fini cependant : nos sculpteurs, nos peintres, nos décorateurs ont encore à exercer leurs talents, pour mener à perfection cette œuvre, qui a vu passer tant de générations d’artistes.
Quand on se place au milieu de la cour du Louvre et qu’on promène ses regards autour de soi, on peut lire sur les murs les dates de leur construction. Sur les bâtiments de l’angle sud-ouest, les chilfres de Henri II s’enlacent avec ceux de la reine Catherine de Médicis. La devise si connue. Douée totvm impleat orhem, est gravée sur le marbre de ’ architrave d’une des fenêtres du premier
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(Hage. Au-dessus d’une des portes de la salle des Cariatides , une inscription constate rachèveinent de cette portion de l’édifice en l’année 1548. Au dôme de l’horloge, sur la suite de l’aile occidentale, au rez-de-chaussée de l’aile du nord, le roi Louis XIII et la reine Anne d’Autriche ont fait sculpter les initiales de leur noms. Les chiffres de Louis XIV et de la reine Marie Thérèse, sa femme, apparaissent dans la frise supérieure de la même façade septentrionale Plus loin, toujours au nord, les lettres L B, qui se montrent aussi une lois vers le sud, et qui signifient, nous le pensons, Louis de Bourbon, seraient une forme nouvelle du chiffre de Louis XIV. Il n’y a plus de monogrammes sur la façade de l’est; mais des aigles y rappellent le souvenir du premier Empire.
Les sculptures les plus remarquables de la cour du Louvre se trouvent sur les bâtiments de Henri II et sur le dôme de Louis XIII. Pierre Lescot confia, nous l’avons indiqué, l’ajustement des œilsde-bœuf de ses avant-corps à Jean Goujon, et son altique à Paul Ponce. Les figures de Jean Goujon représentent des renommées, des victoires, les génies de l’histoire, de la poésie, du commerce, de la navigation, de la guerre. Paul Ponce a taillé, sous les trois frontons de l’atlique, la Terre, la Mer, un satyre, un faune et l’Abondance; Mars, Bellone, deux captifs, des génies qui couronnent le chiffre de Henri H; Euclide et Archimède, entourés d’instruments scientifujiies, deux enfants occupés à l’étude, le génie du commerce. A l’époque de la destruction de la partie de l’attique qui faisait retour du côté du sud, et que Paul Ponce avait aussi décorée, les figures furent sciées et descendues avec soin. On en plaça deux, le génie de la Justice et la Piété, sous le vestibule qui sert de passage au milieu de la colonnade. Les autres sont encastrées dans un mur, à l’École des beaux-arts; leurs sujets continuent, sous diverses figures, le développement des idées de religion et de justice. Ce sont des prêtres qui offrent des sacrifices; Zaleucus et son fils qui se crèvent, l’un l’œil droit, l’autre l’œil gauche, pour se punir eux-mêmes d’avoir manqué aux lois rigoureuses de l’équité; la Charité romaine, sous la forme d’une jeune femme qui allaite son vieux père; le fils du juge prévaricateur,
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assis, pour rendre ses arrêts, sur la peau de son père, que le roi de Perse, Cambyse, fit écorcher vivant; des soldats qui portent le glaive, pour protéger comme pour punir. Tous ces personnages, sculptés à grand relief, ont une noble tournure et sont vigoureusement traités. En 1806, les sculpteurs Rolland et Gliaudet ont exécuté, dans l’attique de la seconde partie du corps de logis occidental, une décoration analogue sur des blocs de pierre qui, depuis bientôt deux siècles, attendaient le travail du ciseau. Dans les frontons ils ont placé la Législation, la Poésie héroïque, la Victoire et l’Abondance; plus bas, dans les trumeaux. Moïse etNuma, Isis et Manco-Capac, le Nil et le Danube, Hercule et Minerve, Homère, Virgile, et des enfants qui tiennent des attributs. Le triple fronton qui couronne le dôme de Louis XIII a pour supports huit cariatides de proportions colossales. Le surintendant des bâtiments du roi, M. Desnoyers, fit choix de Jacques Sarazin pour ce grand ouvrage, et l’artiste n’est pas resté au-dessous de sa tâche. Ces figures de femmes, réparties en quatre groupes, sont ajustées avec goût, dessinées de main de maître, empreintes, suivant les traditions de l’art, d’un caractère grave et sévère.
Nous ne nous arrêterons pas aux trois antres façades de la cour, non plus qu’à leurs frontons. Leurs figures, dont quelques-unes ne manquent pas de mérite, sont bien loin cependant de celles de Jean Goujon, de Paul Ponce et de Sarazin. Au fronton de la colonnade, Lemot a sculpté Minerve, les Muses et la Victoire inaugurant le buste de Louis XIV. La Renommée dans son char, audessus de la grande porte, sur le même côté de l’édifice, est l’œuvre de Cartellier, Ces deux artistes ont laissé, dans les monuments de l’Empire et delà Restauration, une quantité considérable de statues et de bas-reliefs dignes d’estime.
11 n’enlre pas dans notre plan de décrire une à une les salles du Louvre, ni d’énumérer les richesses prodigieuses qu’elles contiennent, Des catalogues, rédigés avec le plus grand soin; offrent aux visiteurs, non plus seulement la sèche nomenclature des objets exposés, mais des notions pleines d’intérêt sur leur origine et sur les vicissitudes, parfois bien singulières, qu’ils ont eues à subir avant
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de prendre rang dans nos musées. Nous croyons cependant devoir au moins tracer sommairement l’itinéraire du palais. Si de loin en loin nous faisons quelques stations, ce sera surtout pour indiquer les monuments dont les catalogues ne se sont pas encore occupés. Pour le moment, c’est le carré du Louvre que nous allons parcourir, en faisant abstraction des galeries qui s’y rattachent à l’angle du sud-ouest , et nous supposons le lecteur entré avec nous au rez-de-chaussée, dans la salle des Cariatides de Jean Coujon.
La salle des Cariatides était d’abord appelée la salle des Gardes ou des Cent-Suisses. Du temps de la reine Catherine de Médicis, elle servit de théâtre à des fêtes somptueuses, festins, bals, concerts, représentations scéniques. L’art de la renaissance n’a rien produit de plus-beau que les quatre figures de femmes données par Jean Goujon pour supports à la tribune, qui domine l’entrée et qui était destinée à recevoir des musiciens. Toujours gracieux et délicat, Jean Goujon s’est encore surpassé lui-même cette fois. Aucune de ses œuvres ne nous semble atteindre le même degré de distinction et de sérénité majestueuse, la même pureté de forme et de sentiment. Des colonnes se groupent sur les parois et se disposent en portique vers la cheminée. Les bandeaux qui traversent la voûte, sont couverts de sculptures, une Diane chasseresse, une Vénus sortant de l’onde, des attributs de chasse, des chiens, des guirlandes de fleurs et de fruits. Une triple ligne de figures antiques, de colonnes précieuses et de vases meuble dignement cette enceinte magnifique. On cite, au premier rang, le Faune à l’enfant, le Cincinnatus, le Germanicus sculpté par l’athénien Cléomène, le Centaure, l’Hermaphrodite restaurée par le Bernin, le Jupiter que la ville de Besançon offrit à Louis XIV et qui décora longtemps les jardins de Versailles, le célèbre vase Borghèse tout entouré de bacchanales L
1 La salle des Cariatides a cent quarante pieds de longueur, sur quaranle-un de large. Le gros mur, qui fait face aux Tuileries, est un reste du château de Pliilippe-Augusle, revêtu d’un parement moderne; en 1808,
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En quiltanl la salle des Cariatides, on tourne, à gauche, dans l’aile méridionale du palais, et par le corridor de Pan, bordé de statues et de cippes funéraires, on arrive successivement aux quatre salles de la Médée, d’IIercule, de l’Haruspice et de la Psyché, qui ne sont pas moins riches en monuments. Qu’il nous suffise de dire une fois que, dans toutes les salles du musée des Antiques, sauf une seule exception, les rangs sont tellement serrés qu’il n’y a plus de place à donner. La salle de l’Haruspice conjient un sarcophage d’une grandeur extraordinaire, couvert de bas-reliefs et surmonté de statues, qui a été envoyé de Salonique à Paris, il y a peu d’années, par le consul de France. A l’extrémité de l’avenue que nous suivons en ce moment, s’élève, comme dans un sanctuaire, cette admirable Vénus de Milo, la merveille du Louvre, et la plus belle peut-être de toutes les statues que la Grèce ait cédées aux différents musées de l’Europe. Trouvé, en 1820, dans l’île de Milo, ce marbre fut donné au roi Louis XVIIl, par le marquis de Rivière, notre ambassadeur à Constantinople. Des monuments égyptiens remplissaient autrefois la salle, qui est aujourd'hui réservée à la Vénus, et qui portait alors le nom d’Isis. Elle est vide maintenant, et le chef-d’œuvre de l’art grec y attire seul vos regards, sans que rien vous vienne distraire du recueillement qu’il inspire.
Une seconde rangée de salles double celle dont nous atteignons le terme. Elles sont au nombre de quatre, et chacune doit son nom à la plus fameuse de toutes les figures qu’elle contient. H y a la salle de Melpomène, celle de la Pallas de Velletri, celle du Gladiateur et celle du Tibre. La Melpomène, haute de quatre mètres, vient
MM. Percicr et Fontaine eurent occasion de reconnaître l’appareil ancien; ils y trouvèrent meme un ornement sculpté du xiii^ siécie.
.lean Gonjon lit marché, pour l’exécution des quatre grandes figures, le 5 septembre 1550, au pLix de 737 livres tournois, savoir: 46 livres pour un modèle en plâtre, et 80 écus sol pour chaque statue. Les bronzes de la porte proviennent d’un tombeau italien de l’époque de la renaissance. Le bas-relief, placé au dessus de la tribune, est un moulage de la nymi he de Fontainebleau, fondue en bronze par llenvenuto Cellini.
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du tliéàlre de Pompée. A ses pieds, s’étend une mosaïque remarquable, représentant des figures allégoriques; elle fut exécutée à Paris, parBelloni, d’après les ordres de Napoléon 1er, La Pal’as, d’un style si noble et si grave, fut découverte, en 1797, à dix lieues de Piome, parmi les ruines d’une maison antique du territoire de Vellelri. Nos troupes, maîtresses de Tltalie, l’envoyèrent au Louvre. Le Gladiateur, sculpté par Agasias d’Éphèse , fils de Dosilliée, a son piédestal orné de bas-reliefs en marbre de la main du Bernin. A quelques pas de cette statue, la Vénus d’Arles, que Girardon restaura et que Louis XIV fit placer dans une des niches de la grande galerie de Versailles. Plus loin, dans la dernière salle, la majesteuse figure du Tibre; un Achille, travail grec, dans le style de l’école de Phidias; les figures charmantes de la Diane de Gables et de Julia Mammea.
Pour visiter les autres collections placées au rez-de-chaussée du Louvre, il faut aller chercher, dans la cour, les entrées des différents corps de logis qui les contiennent. Les monuments égyptiens, sphinx, colosses, chapelles, tombeaux magnifiques, inscriptions, peintures, autrefois dispersés au milieu des antiques d’origine grecque ou romaine, ont été réunis, en 1849, dans une vaste galerie de l’aile orientale. A la suite, on dispose en ce moment même, au pied d’un des escaliers de la colonnade, d’autres sculptures d’une extrême importance, que M. Mariette a recueillies tout récemment, sur l’emplacement de Memphis, dans les ruines du temple qui servait d’habitation et de sépulture aux bœufs Apis. Une. autre galerie plus étroite, qui cotoie celle de la sculpture égyptienne, présente une longue série de monuments de plastique, d’architeclure ou d’épigraphie, qui proviennent de nos conquêtes d’Afrique. La mosaïque de Constantine, habilement réparée dans les ateliers du musée, déploie ses couleurs éclatantes dans la travée médiane ; un artiste romain y a dessiné le triomphe de Neptune et d’Amphilrite. On remarque aussi quelques débris de tombeaux et quelques inscriptions des premiers siècles du christianisme.
Dans la portion de l’aile orientale qui remonte vers le nord, un vestibule, une grande salle et un corridor sont occupés par les
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plâtres moulés sur les antiques les plus célèbres. Les figures du fronton principal du Partbénon et celles du temple d’Ëgine s’y trouvent complètement reproduites. Los bas-reliefs en marbre, qui couvraient les frises du temple de Diane Leucophiyné, dans l’Asie Mineure, et qui furent apportés à Paris sous le dernier règne, viennent enfin de trouver place autour de la seconde salle. Des morceaux de la corniche du même édifice, des muffles de lions qui servaient à l’écoulement des eaux, quelques inscriptions grecques, le vase sphérique découvert à Pergame et donné au roi, en 1838, par le sultan Mahmoud, sont classés auprès de ces frises, dont il a fallu superposer les diverses parties, le défaut d’espace n’ayant pas permis de les développer dans leur ordre primitif. On parvient au pied de l’escalier du pavillon nord-est de la colonnade, et là on aperçoit plusieurs tombeaux chrétiens,’^qui n’ont pas encore leur place faite dans le musée , les uns sculptés de figures, comme les sarcophages de Rome , les autres d’une simple ornementation plus ou moins symbolique, et parmi ces derniers, le cercueil de saint Drausin , vue siècle , autrefois conservé dans l’abbaye de Notre-Dame de Soissons.
La première moitié de l’aile du nord se partage en quatre salles: deux pour les monuments assyriens, une pour les œuvres de l’art grec, une autre pour les antiquités américaines. Les premières découvertes qui ont illustré le nom de M. Botta, consul de France à Mossoul, eurent lieu en 1842. Au mois de février 1 847, les sculptures extraites du palais de Khorsabad, que nous voyons maintenant au Louvre, arrivèrent à Paris. Jamais collection de monuments semblables n’avait paru en Europe. Celle de Londres ne prena date qu’après la nôtre. Rien de plus étrange que ces animaux symboliques et ces personnages de la mythologie babylonienne, tous de stature colossale. Des scènes religieuses, des cortèges royaux, des expéditions navales, sont sculptés sur de vastes tableaux de pierre calcaire. R y a encore des inscriptions cunéiformes, des vases d’argent, des briques émaillées, des figurines d’argile, d’ivoire et de bois, des cylindres, un lion couché en bronze d’une exécution très-remarquable, mais de petite propor-
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tiou. divers ustensiles de métal et bien d’autres objets. En même temps que l’Administration du musée créait la salle égyptienne, elle eut la pensée d’en établir une autre, exclusivement consacrée aux oeuvres les plus authentiques de l’art grec. Malheureusement, la disposition du seul local qui restait libre ne se prête à aucun développement ultérieur, et déjà la collection s'y trouve trop resserrée. Là sont rassemblés un fragment des Panathénées du Parthénon et une métope du même édifice , quelques beaux débris des travaux d’Hercule, sculptés dans les métopes du temple de Jupiter à Olympie , les bas-reliefs de l’architrave du temple d’Assos en Mysie, l’autel des douze dieux, des stèles , des inscriptions, des statues plus ou moins endommagées. La plupart de ces sculptures datent de la belle époque de l’art; quelques-unes, mais c’est le plus petit nombre , accusent un style primitif de la plus haute antiquité. La salle grecque communique avec une pièce de très-petite étendue , où l’on a récemment déposé un fragment de sarcophage trouvé à Jérusalem, dans le tombeau des rois. Le couvercle en pierre est sculpté de feuillages et de rinceaux. Le travail appartient, nous le croyons , à l’époque de la décadence romaine. Ce qui est bien évident, c’est que le Louvre ne possédée pas là , comme le bruit en a couru, le tombeau de David. A défaut du style de la sculpture, la vulgarité de la matière en serait une preuve suffisante. Les antiquités américaines ne forment encore qu’un commencement de collection. Le Mexique et le Pérou nous ont fourni des vases, des figurines, des étoffes et quelques ornemeuts sculptés, dont le caractère est à peu près le même que celui des premiers essais chez tous les peuples.
Commencé au Louvre en 1824, et formé, en grande partie, de monuments qui provenaient de la collection toute nationale des Petits-Augustins, le musée de sculpture française, moyen âge, renaissance et temps modernes, a pris , depuis l’année 1849, une extension considérable. L’espace qui lui a été affecté se compose d’une moitié de l’aile méridionale et d’une égale quantité de l’aile occidentale, c’est-à-dire d’un quart environ de l’étendue totale du rez-de-chaussée.
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Les salles déjà ouvertes au public sont au nombre de douze, non compris un passage, qui sert aujourd’hui d’entrée aux œuvres de la renaissance. Deux pièces contiennent les moulages de plâtre, dont les plus notables sont la cheminée de Bruges, le tombeau du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et celui de la fille de ce prince, Marie, archiduchesse d’Autriche. Dans le passage, à l’entrée, trois statues couchées , en marbre, de personnages de la maison royale, première moitié du xv® siècle; un Childebert, que Pierre de Montereau fit sculpter à la porte du réfectoire de l’abbaye de Saint-Germain des Prés ; une Vierge des premières années du xive siècle, qui vient d’un monastère de Normandie. Les dix autres salles, entièrement meublées de monuments des xvi^, xviie, xviii® siècles et même du siècle présent, portent les noms d’artistes nés sur le sol français, Michel Colombe, Jean de Douai, Jean Goujon, les Anguier, Francheville , Coyzevox, Puget, les Coustou, Bouchardon et Houdon. Il faudrait un volume pour nommer ces figures, ces bas-reliefs, ces colonnes, de pierre, de marbre et de bronze. La plupart furent jadis employés à la décoration de nos églises et de nos édifices publics. La révolution les proscrivit; ils allaient périr, quand un homme plein de dévouement, M. Alexandre Lenoir, accourut pour les sauver, et parvint, à force de persévérance, à leur faire ouvrir les cloîtres déserts de l’ancien couvent des Petits-Augustins. Telle fut l’origine du musée des monuments français. Nous indiquerons’seulement, pour chaque salle, les sculptures les plus importantes ; les mots inscrits entre parenthèses en font connaître la provenance.
Salle de Michel Colombe. — Le bas-relief du combat de saint Georges, exécuté par Colombe, pour le retable de la chapelle du cardinal d’Amboise, à Gaillon. Les statues couchées de Louis de Poncher, secrétaire du roi, et de sa femme, Roberte Legendre ' (Saint-Germain l’Auxerrois) . Le tombeau de Philippe de Commines, l’historien et le conseiller de Louis XI (église des Grands-Augustins).
Salle de Jean de Douai. — Les deux captifs que Michel-Ange sculpta pour le mausolée du pape Jules II, et qui furent donnés à François Rr; chefs-d’œuvre de premier ordre, successivement
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[)lacés au cliâlcau d’Écouen, à celui de Richelieu en Poitou , à l’hôtel du maréchal de Richelieu à Paris. Des faïences de Luca et d’Andrea délia Robbia. La nymphe de Fontainebleau, par Benvenuto Celliiii [château d’Anet). Le buste de Béatrice d’Este, attribué à üesiderio da Settignano.
Salle de Jean Goujon. — Le groupe de Diane de Poitiers (château d’Anet); le Christ au tombeau et les Évangélistes f Saint-Germain l’Auxerrois); plusieurs bas-reliefs qui furent extraits de la fontaine des Innocents, lorsqu’elle fut déplacée et rétablie dans sa forme actuelle; le tout par Jean Goujon. La statue en albâtre de l’amiral Philippe de Chabot, et deux génies funéraires, par Jean Cousin (église des Célestins). Le groupe des trois Grâces, qui portaient le cœur du roi Henri II (église des Célestins); les quatre figures de femmes sculptées en bois, qui soutenaient la châsse de la patronne de Paris (église abbatiale de Sainte-Geneviève); le cardinal de Birague, en bronze, et Valentine Balbiano, en marbre (Sainte-Catherine de laCoulturc) ; les bustes de Henri H, de Charles IX et de Henri III (château du Raincy); la cheminée du château de Villeroy, à Mennecy, du travail le plus fin et le plus spirituel ; tous ces monuments par Germain Pilon. La colonne du connétable Anne de Montmorency, par Barthélemy Prieur, et l’effigie assise de Charles de Magny, capitaine des gardes de Henri II, atiribuée à Paul Ponce Trebati (église des Célestins).
Salle des Amjuier. — L’obélisque des ducs de Longueville , avec ses statues et ses bas-reliefs de marbre et de bronze , par François Anguier (église des Célestins); la statue agenouillée de Jacques- Auguste de Thou,par le même artiste (Saint-André des Arcs). Par Michel Anguier, le commandeur Jacques de SoYivré (Saint- Jean de Latran), et un excellent buste de Colbert. Par Barthélemy Prieur, le buste de Henri IV, en albâtre; celui de Christophe de Thou, en marbre de deux couleurs, rouge et blanc (Saint-André des Arcs); les statues couchées du connétable Anne de Montmorency et de sa femme, Madeleine de Savoye (église de Saint-Martin, à Montmorency). Les statues en bronze de Louis XIJl, d’Anne d’Autriche, de LouisXlV, enfant, et un grand bas relief en pierre, repré-
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sentant des captifs, par Simon Guillain (ancien monument triomphal du pont au Change, à Paris). Par Jacques Sarazin, une figure de femme tenant une épitaphe (Sainte-Croix de la Bretonnerie ); buste en bronze du chancelier Séguier ( abbaye de Saint-Germain des Prés); statuettes de saint Pierre, pleurant sa faute, et de sainte Madeleine, pénitente.
Salle de Francheville . — Fragments de la statue équestre de Henri IV, autrefois placée sur le terre-plain du Pont-Neuf, par Dupré et Jean de Bologne; quatre esclaves en bronze, qui accompagnaient le piédestal de cette statue , par Pierre Francheville et par son gendre, François Bordoni.
Salle de Coyzevox. — Le sculpteur habile et fécond dont cette salle a reçu le nom est l’auteur de presque tous les monuments qui s’y trouvent réunis ; Mausolée magnifique du cardinal Mazarin (chapelle du collège des Quatre-Nations ) ; Louis XIV, à genoux (sanctuaire de la cathédrale de Paris); Marie-Adélaïde de Savoye, duchesse de Bourgogne, en Diane chasseresse (jardins/le Trianon); bustes du cardinal de Richelieu, de Bossuet, de Fénelon, de Lebrun, de Mignard, delà mère du peintre Rigaud ; enfin, et ce n’est pas le marbre le moins précieux de tous ceux que nous voyons ici , Charles-Antoine Coyzevox, sculpteur du roi et chancelier de l’Académie, a exécuté lui-même son effigie en buste.
Salle de Pugct. — Le Milon de Crotone, la délivrance d’Andromède, Alexandre et Diogène (jardins et château de Versailles); rilercule gaulois; des anges, provenant d’une église de Toulon, par Pierre Puget. Les bustes de Jules Hardouin-Mansard , par Jean-Louis Lemoyne, et d’Édouard Colbert, surintendant des bâtiments du roi, par Martin Desjardins. Le modèle en bronze, réduit, du Louis XIV équestre de la place Vendôme, par Girardon.
Salle des Coustou. — Louis XV en Jupiter et la reine Marie Lecsinska en Junon, par Guillaume Coustou, le fils (jardins de Trianon). Louis XIII à genoux, par Guillaume Coustou, le père (cathédrale de Paris). Six bas-reliefs en bronze, fondus d’après les modèles de Desjardins, pour le piédestal du Louis XIV de la place des Victoires , où le même artiste avait représenté en ronde
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bosse quatre captifs de proportions colossales , aujourd’hui placés devant la façade de l’iiôtel des Invalides.
Salle de BoucharMon. — Une cheminée moderne composée de pilastres et de fragments qui proviennent de la chapelle de Gaillon , xvie siècle. L’Amour, qui se taille un arc dans la massue d’IIercule, par Edme Bouchardon (château de Choisy-le-Roi ). l.es bustes de madame Dubarry et du comte de BiilTon, par Augustin Pajon.
Salle de Houdon. — Les portraits de Jean-Jacques Rousseau, en bronze, et de l’abbé Aubert, en marbre, par Houdon , sont les seules choses qui nous plaisent parmi les trente ou quarante monuments de celte dernière salle. Tout le reste nous semble froid , prétentieux, d’une invention pauvre, d’une exécution mesquine. Sans doute, on trouverait ici quelques ligures passables en prenant la peine de choisir ; mais cette recherche n’a rien d’attrayant et nous nous dispenserons de la faire. Nous engageronscependant les visiteurs à examiner une série de statues et de bas-reliefs, de petite dimension , distribués dans les cinq salles de sculpture moderne, à partir de celle de Coyzevox : ce sont les morceaux de réception dont les sculpteurs nouvellement admis faisaient hommage à l’Académie, qui leur ouvrait ses rangs. On pourrait suivre, en les étudiant , tous les progrès de la décadence de l’art, depuis le xviie siècle jusqu’au renouvellement de l’école française, au commencement du siècle présent.
Quatre escaliers principaux conduisent du rez-de-chaussée aux étages supérieurs du Louvre. Ceux qui remplissent les deux pavillons, aux extrémités de la colonnade, ont été construits sous la direction de MM. Percier et Fontaine. Les deux autres accompagnent le dôme de l’Horloge. Pierre Lescot a élevé celui du sud , qu’on appelle l’escalier de Henri IL Lemercier fit faire celui du nord , qui est nommé l’escalier de Henri IV, bien qu’il date seulement du règne de Louis XIIL Ces deux escaliers, d’une structure très-simple, montent droit entre deux murs, sous une voûte en berceau ; des plafonds de pierre abritent les paliers. L’escalier de Henri IV n’est pas encore scidplé.
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Nous moulerons par celui de Henri II, dont la voûte et les pla fonds sont décorés avec une rare magnificence. Les rosaces, les branches de chêne, les trophées et les foudres, les guirlandes, les inascarons, les faunes et les satyres, les attributs de Diane et de la chasse, les chiens, les enfants, les figures allégoriques, concourent à former un ensemble des plus riches et des plus harmonieux.
Au-dessus de la salle des Cariatides, une longue galerie s’est emparée de l’espace où existaient autrefois le salon de Henri H et la chambre de Henri IV, dont les boiseries ont été transportées ailleurs, comme nous le verrons plus loin. Les rois Louis XVHI et Charles X convoquaient, dans celle galerie, la Chambre des pairset celle des députés, pour la séance d’ouverture de leur session annuelle. On y voit maintenant les batailles d’Alexandre , par Lebrun; les instruments qui ont servi, le 25 juillet 1852, à la pose de la première pierre des immenses constructions, à la veille d’être achevées, entre le Louvre et les Tuileries; quelques meubles anciens ; des ivoires du moyen âge et de la renaissance , olifans , crosse, bas-reliefs; des émaux, des faïences, des bronzes et divers objets de curiosité , entre autres une mosaïque , d’une extrême finesse et de travail byzantin , qui représente la Transfiguration.
Un plafond, sculpté en bois du temps de Henri II et restauré de nos jours, couvre la salle suivante, revêtue d’anciennes tapisseries et meublée d’armoires , où sont exposées , derrière des glaces, les plus exquises productions des émailleurs de la renaissance. En première ligne, les deux grandes peintures d’émail, que Léonard Limousin fil pour les autels du jubé de la Sainte-Chapelle ; les portraits de François de Lorraine, duc de Guise, du connétable Anne de Montmorency, du roi de François 11 ; l’amiral de Chabot et le roi François figurés avec le costume et les attributs des apôtres saint Paul et saint Thomas; un retable armorié et sculpté, dans lequel s’enchâssent les scènes de la Passion , peintes sur émail, et qui provient de la chapelle d'Anne de Montmorency, au château d’Écouen. La collection des vases, des verreries, des faïences, les unes sorties de fabriques italiennes, les autres façonnées par les mains de Bernard de Palissy, est aussi nombreuse que
RÉSIDENCES ROYALES, bien choisie. Dans la série des ivoires , quelques pièces capitales méritent une attention particulière. Un coffre, dont le travail paraît carlovingien , et sur les parois duquel est figurée Thistoire des trois Mages; une Vierge assise, xiii^ siècle, qui s’ouvre par le milieu en deux parts, et dont l’intérieur, en forme de triptique, contient les scènes principales de le Passion; une chasse, xii^ siècle, environnée de figures ; plusieurs Madones d’un style charmant, xive et XV® siècles. On remarquera encore le grand retable en os sculpté et en marqueterie , de facture italienne , exécuté dans la seconde moitié du xiv® siècle, pour Jean , duc de Berri, frère du roi Charles V, et donné par ce prince à l’abbaye de Poissy. Le donateur et sa femme , Jeanne , comtesse d’Auvergne , y sont à genoux , assistés de leurs patrons. Le retable a l’aspect d’un portail à trois pignons; au soubassement , des niches contiennent les Apôtres; dans les baies, plus de soixante bas-reliefs représentent l’histoire évangélique , la légende de saint Jean-Baptiste, celle de saint Jean l’évangéliste, des anges et quelques autres personnages.
La salle qui occupe le pavillon du roi, à l’angle sud-ouest, et qui a reçu le nom bizarre de Salle des sept cheminées, est consacrée aux maîtres les plus illustres de l’école française moderne, David, Gros, Girodet, Guérin, Gérard, Prud’hon , Géricault.
Deux portes ouvrent sur les deux divisions de l’aile méridionale. Du côté de la Seine, des toiles de l’école française remplissent neuf salles, dont les plafonds sont richement décorés. Portraits historiques ; sujets religieux ; les tableaux, que Jouvenet fit pour l’église de Saint-Martin des Champs; Henri 111 et Henri IV, présidant à des réceptions de chevaliers du Saint-Esprit , par Carie Vanloo et par Jcan-Frauçois Detroy ; les marines de Vernet; les chasses d’Oudry et de Desportes; des oeuvres de Lebrun , de Mignard, de Greuze, etc. Du côté de la cour, un vestibule et neuf salles, composent un musée à part, qui porte le nom du roi Charles X, son fondateur. L’ornementation en est somptueuse ; la peinture historique, l’or, les marbres, les stucs y ont été prodigués. Au plafond de la première salle , l’apothéose d’Homère, par M. Ingres , composition célèbre dans toute l’Europe , et dont nous
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n’avons pas besoin de rappeler ici le rare mérite. Dans cette salle et dans les trois suivantes, une quantité innombrable de vases grecs de toutes formes et de toutes dimensions, la plupart couverts de peintures; les terres cuites de Tarse , en Cilicie , et de Cyrène, modelées avec une finesse et une variété infinies ; des bijoux antiques, des camées, une série très-importante d’objets en argent découverts , en 1836 , dans les environs de Brissac. Dans la salle centrale, soutenue par des colonnes cannelées en marbre blanc, les curiosités récemment extraites des cimetières gallo-romains et mérovingiens de la Normandie. Les quatre dernières salles forment le complément du musée égyptien placé au rez-de-cliaussée ; on y voit, classées dans un ordre méliiodique, toutes les antiquités qui peuvent être regardées comme ayant appartenu au mobilier de la civilisation de l’Égypte.
Nous voici arrivés au corps de logis de l’est, en arrière de la colonnade. Les cinq premières salles sont devenues dépositaires du musée des souverains, créé par un décret du 15 février 18o'2, aux ternies duquel les objets, authentiquement reconnus pour avoir été à l’usage des différents souverains qui ont régné sur la France, devaient être retirés des établissements appartenant à l’État, et trasnportés au Louvre. Déjà, le roi Louis-Philippe avait fait rétablir, dans les trois salles qui se présentent les premières de ce côté , les boiseries de la chambre d’Anne d’Autriche , de celle de Henri IV et du salon de Henri H. La chambre d’Anne d’Autriche existait au château de Vinceunes; ses sculptures , et les quatre parties du monde peintes dans les compartiments du jdafond, datent de 1651. La chambre de Henri IV fut décorée en 1603, et le salon de Henri H en 1559; leurs revêtements en bois sculpté et doré ont été transférés ici de l’aile occidentale du palais. Des la[»isscries en or et soie tiennent lieu de tableaux sur les parois du salon de Henri H; ce sont des allégories relatives à la paix et à la gueire. Figures symboliques au-dessus des portes; chilfres du roi, croissants, armes, guirlandes dans les panneaux du soubassement; au plafond , plusieurs trophées et le grand écusson de France. T.a vue de l’alcôve , disposée sur un des côtés <le la chambre de
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Henri IV, rappelle des souvenirs de deuil: c’est là que fut apporté le corps du roi, quelques instants après le crime de Ravaillac.
Le décret du 15 février a reçu son exécution; le musée des souverains était constitué en moins d’üne année. Voici quels en sont les objets les plus remarquables :
Chambres d’Anne d’Autriche et de Henri IV. — Les armures des rois François Rr, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. La taille de celle de François Rr est telle, qu'il a fallu exhausser l’armoire vitrée qui la renferme, et dans laquelle les autres armures sont placées à l’aise. Henri IV enfant, statue en argent, par Bosio. Projet de devant d’autel ou retable, dessiné sur un voile de soie, pour la cathédrale de Narbonne, xiv^ siècle; les scènes de la Passion y sont rendues avec un sentiment admirable; les figures agenouillées du roi Charles V et de la reine Jeanne de Bourbon s’y voient aux pieds du Sauveur crucifié.
Salon de Henri IL — La garniture de chapelle qui était employée aux cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit , institué par Henri III, en 1578. Vases sacrés et reliquaires d’or et d’émail, quelques-uns avec les blasons du roi fondateur, qui portait accolées les armes de France et de Pologne; la masse du héraut de l’ordre; le dais et les pentures de l’autel, en soie verte brodée d’or ; plusieurs manteaux de chevaliers.
Salle Royale. — Le trône de Dagobert, restauré au xiie siècle, par Suger, qui le fit placer dans le chœur de l’église de Saint-Denis. Le vase, de travail oriental , que saint Louis apporta de Syrie au château de Vincennes, et qui servait jadis de font baptismal pour les enfants de nos rois. Le coffret, en filigrane d’or, dont le cardinal de Richelieu fit présent à la reine Anne d’Autriche. Une partie des insignes qui furent trouvés, en 1653, à Tournay, dans le tombeau du roi Childéric Rr. L’épée, les éperons et la main de justice de Charlemagne Un prétendu sceptre de ce même prince, qui n’était en réalité qu’un bâton de chantre donné à l’abbaye de Saint-Denis, dans le cours du xiv® siècle. Les heures de Charlemagne, manuscrit exécuté en 780, qui appartenait autrefois au
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trésor de la basilique de Saint-Saturnin, à Toulouse. Le livre de prières et la Bible de Charles le Chauve. Un Vase de cristal, donné par la reine Éléonore d’Aquitaine au roi Louis VII, et parce prince à l’abbé Suger, qui l’offrit au trésor de Saint-Denis. Le sceau en argent tiré, en 1793, du tombeau de Constance de Castille, seconde femme du roi Louis VIL Le bréviaire, le psautier et le cachet de saint Louis. La Vierge d’argent doré, sur un socle enrichi d’émaux, dont la reine Jeanne d’Évreux fit présent à l’église de Saint-Denis, en 1339. Le portrait du roi Jean II, peint d’après nature. La Bible de Charles V, avec les signatures de ce prince, de son frère Jean, duc de Berri, de Henri III, de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV» Les heures d’Anne de Bretagne, célèbres par le nombre et la beauté de leurs miniatures. Des livres de prières qui ont servi à Charles VIII, à Louis XII, à Henri II, à Marie Stuart, à Henri IV, à Louis XIV. Les épées de François Rr et de Henri IL Le casque et le bouclier, plaqués d’or et d’émail , du roi Charles IX. Une épée du même prince. Deux épées de Henri IV. Un miroir et un bougeoir, couverts de pierres précieuses et de camées, que la République de Venise offrit à la reine Marie de Médicis. Plusieurs objets qui ont appartenu à Jeanne de France, première femme de Louis XII. Des armes, des meubles, des vêtements, des insignes , auxquels se rattachent les souvenirs de Catherine de Médicis, de Henri IV, de Louis XHI, de Louis XIV, de Louis XV, de Louis XVI et de son fils, de la reine Marie-Antoinette, de Louis XVHI, de Charles X et de Louis- Philippe.
Salle Impériale. — L'histoire politique, la vie militaire, les habitudes privées de Napoléon Rr, général, consul, empereur, exilé, sont représentées ici par une précieuse suite d’objets de toute espèce , qui étaient à son usage aux Tuileries, dans les camps et jusque sur le rocher de Sainte-Hélène. Plusieurs selles orientales qui furent données au général Bonaparte, pendant la campagne d’Égypte, placées sous des vitrines, au milieu de la salle, attirent tous les regards par le style et l'éclat de leur ornementation. Entre le manteau de velours, qui a figuré à Notre-Dame de Paris,
];ksidences ko va les.
dans la cérémonie du sacre, et le chapeau que Napoléon portait dans son exil, on a recueilli l’étendard glorieux qui lloltait dans la cour de Fontainebleau, en 1814, au moment solennel des adieux de l’empereur. Mentionnons encore un portrait de Napoléon Kr, dessiné en 1784; un très-beau poignard que le roi d’Espagne, Philippe II, envoya, en 1565, après la levée du siège de Malte, au grand-maître Parisot de Lavalette,et qui fut donné à Napoléon, au moment de la dissolution de l’ordre.
En sortant du musée des Souverains, on traverse trois salles inachevées, où sont exposés provisoirement des tableaux de diverses écoles, qui trouveront dans les bâtiments neufs une place délinitive.
L’aile du nord se divise, au premier étage, en seize salles, précédées d’un vestibule, qui attendent encore leur décoration, depuis longtemps projetée. Dans les sept premières, des épreuves choisies des plus belles gravures, dont la chalcographie du Louvre possède les cuivres et dont elle cède des exemplaires aux meilleures conditions. Un énorme plan de Paris, gravé en 1739, fournit sur l’ancienne topographie de la ville les indications les plus curieuses ; les étrangers ne peuvent mieux faire que de le consulter. Dans la huitième salle, une collection de portraits historiques au pastel , entre autres celui de la marquise de Pompadour, par le célèbre Latour. Dans la neuvième, portraits historiques de personnages des xvie et xvii® siècles, dessinés par François Clouet, par Pierre et Daniel Dumoustier, par Lagneau, par Nanteull. Les sept salles qui suivent contiennent des dessins originaux de maîtres, des cartons de Lebrun, des esquisses de Lesueur, l’ébauche du Serment du Jeu de paume par David, qui avait l’habitude de dessiner ses personnages nus, et qui a cette fois abandonné son œuvre sanç avoir pris le temps de les habiller.
Le pavillon de l’angle nord-ouest et quatre salles en retour dans l’aile occidentale contiennent une des suites les plus nombreuses et les plus riches qui existent de dessins originaux et de cartons, dont une grande partie provient des diverses écoles d’Italie. Des bronzes d’après l’antique sont distribués aux côtés des fenêtres et
RÉSIDENCES ROYALES
des cheminées. Ce corps de logis du Louvre était allecté, sous le gouvernement de la Restauration, aux séances du Conseil d’État, et les plafonds peints, exécutés par les ordres de Charles X, présentent des allégories politiques d’une composition bizarre, en rapport avec la destination que les appartements avaient alors reçue.
Après avoir quitté la dernière des anciennes salles du Conseil d’État, on passe devant l’escalier dit de Henri IV; puis, ou traverse le dôme de l’horloge dans une étroite galerie, éclairée par des vitraux de couleur modernes, et l’on retrouve enfin l’escalier de Henri IL Le dôme de l’horloge devait servir de chapelle, d’après les projets de Lemercier; on en a fait un magasin, et l’intérieur en est complètement délabré. Une grille magnilique, xviie siècle, autrefois placée dans le château de Maisons-sur-Seine, en ferme l’entrée.
Au second étage du palais , quatorze salles seulement sont ouvertes au public. Elles font partie de l’aile du nord. Le musée de la marine en remplit douze ; une collection ethnographique est installée dans les deux autres. Modèles de machines et d’apparaux; bustes des marins les plus fameux et des hommes qui ont rendu le plus de services à l’art de la navigation ; représentation des procédés qui furent employés pour l’abattage et l’embarquement de l’obélisque de Louqsor; plans en relief des ports de Brest, de Lorient, de Rochefort et de Toulon; débris du naufrage de Lapérouse; modèles très-bien exécutés de vaisseaux de l’ancienne marine et de la nouvelle ; les bas-reliefs, figures et décorations en bois doré, que Puget sculpta pour la 'galère de Louis XIV ; des armes, des ustensiles, des meubles, des étoffes, des vêlements, des idoles qui ont été apportés à Paris de tous les points du globe.
hia graiule galerie du t<ou>re.
La reine Catherine de Médicis commença, pendant sa régence, la construction de la grande galerie, sans avoir d’ailleurs l’intenlion de lui donner le développement qu’elle a pris un peu plus
KtSlDENCES ROYALES, tard. Celle princesse fit élever, pour son usage personnel, le porlicpie , incrusté de marbre et sculpté de ligures cliarmantes, qui se relie au pavillon sud-ouest du Louvre, et qui se prolonge vers la rivière L Henri IV l’augmenta d’un étage, qui forma d’abord la galerie des Rois, et qui porte le nom de galerie d’Apollon, depuis qu’il a été rétabli par Louis XIV, après un incendie survenu en 1661 . A l’extrémité de son portique, la reine Catherine voulut avoir, en retour d’équerre, une vaste salle où elle comptait placer une collection d’antiques; c’est là que sont réunis à présent les bustes et les statues des Césars. Peu à peu les constructions s’étendirent, et des portiques nouveaux arrivèrent jusqu’à l’endroit où nous voyons aujourd'hui le pavillon de Lesdiguières. Ces divers bâtiments ne dépassaient point la hauteur du rez-de-chaussée. Les Valois n’eurent pas le temps de les achever; la sculpture des arceaux qui suivent le coiirsde la Seine n’était pas même ébauché-^, à la mort de Henri 111. A peine installé dans sa capitale, Henri IV s’occupa de réunir le palais des Tuileries à celui du Louvre. Les Tuileries étaient en dehors de l’enceinte fortifiée de la ville, et, s’il faut en croire Sauvai , le roi se préparait, en continuant la galerie, un moyen de sortir de Paris, quand il le jugerait nécessaire, pour ne pas se trouver à la merci de la populace, comme son prédécesseur dans la journée des Barricades. Les travaux étaient entrepris dès 1595. L’architecte Jacques Androuet Ducerceau construisit la portion de galerie à grands pilastres composites, qui rattache le pavillon de Lesdiguières à celui qu’on appelle le jaavillon de Flore; ce dernier termine vers le sud la façade des
1 Sauvai nous apprend que l’arcliilecte de ce portique était appelé Clianibiche. Un artiste , né dans ITlc de France, et nommé Martin Cambiche, a travaillé au portail méridional de la cathédrale de Beauvais, vers le milieu du xVi® siècle; il fut aussi chargé d'élever ou de terminer la façade de la cathédrale de Troyes. C’est probablement le même. Il parait que Jean Waast, collaborateur de Martin Cambiebe à Beauvais, fut employé aux Tuileries sous la direction de Philibert Delorme. Ainsi, le Cbambiche de la galerie du Louvre serait un artiste français, et non uri Italien, comme on l’a cru.
290 UKSIÜENCES ROYALES.
Tuileries. Quand Dueerceau eut quitté la France, Étienne Dupelrac et Thibault Melezeau , ses successeurs, furent chargés de conduire Tédifice jusqu’au Louvre. Ils laissèrent subsister les portiques des Valois, mais en les exhaussant d’un entre-sol et d’un premier étage, pour regagner la hauteur des bàliments de Dueerceau. La galeriefut bientôt mise en communication avec le Louvre, comme elle l’est encore aujourd’hui. Pour aller d’un palais à l’autre, on traverse une première salle dans le sens de l’esta l’ouest; une seconde voûtée en coupole, qui s'^rtde vestibule ; puis, la galerie d’Apollon, qui se dirige vers le sud ; et, par le salon carré du musée de peinture , on parvient enün à cette longue galerie qui aboutit aux Tuileries. La partie la plus intéressante de la grande galerie, à l’exlérieur, est celle qui fut commencée par les Valois. L’étage inférieur a été dessiné d’une main vigoureuse. L’architecture de Dupeirac et de Metezeau n’a plus la même fermeté. Avec un peu d’étude, on s’aperçoit facilement du changement de manière, quelque soin que les architectes de Henri IV aient apporté à ne pas troubler l’œuvre de leurs devanciers. La diflérence des matériaux sulfirait seule pour attester la reprise , à défaut de toute autre preuve.
Henri IV fit commencer, sur le porlicpie des Valois, une décoration sculptée qui vient seulement d’être terminée, après une interruption de plus de deux siècles. La sculj)ture du rez-dechaussée, depuis le pavillon du salon carré jusques et y compris la porte de la bibliothèque , appartient tout entière au règne de ce prince. On y voit ses chilfres , ses emblèmes, ses devises, ses armoiries, et même le chiffre de la belle Gabrielle d’Estrées. Les chapiteaux des pilastres sont composés de Heurs de lis et de colliers de l’ordre de Saint-Michel. La frise est un chef-d’œuvre; les frères, Pierre et François l’Heureux, y ont représenté, avec infiniment d’esprit et de facilité, des jeux d’enfants et des joutes de petits génies montés sur des monstres marins. Nous avons vu restaurer, depuis l’année 1849, toute cette portion de galerie du vieux Louvre, parles soins de M. Dubau. L’architecture en a été complètement réparée , et la sculpture achevée jusque dans ses
i RËSIDErsCES ROYALES. 291
j moindres détails. Nous ne saurions assez louer la science, le goût, j la persévérance dont M. Duban a fait preuve dans ce difficile travail.
! Le bâtiment qu’éleva Catherine de Médicis, et qui porte sur ses j voûtes la galerie d’Apollon, contient une section du musée des j Antiques. La salle de Diane le réunit aux autres salles de la même I collection disposées dans le rez-de-chaussée du Louvre. De ce côté s’ouvre Rentrée ordinaire et principale des musées impériaux; elle regarde le nord. Les appartements ont perdu leur physionomie : et leurs ajustements, depuis qu’ils ont été transformés en galeries de sculpture. Quelques-uns cependant sont encore décorés de i somptueux plafonds, que la reine Anne d’Autriche fit peindre par ! Jean-François Romanelli , pendant la minorité de Louis XIV.
I D’autres peintures, nécessaires pour compléter l’ensemble, ont été exécutées du temps de Napoléon I®’’; les plus remarquables sont celles de Prud’hon. Nous ne ferons que nommer, comme nous en j avons usé précédemment, les marbres les plus importants. La Diane à la Biche, si souvent reproduite en bronze ou en marbre, qui fut apportée en France probablement pour la collection de I Catherine de Médicis, et qui a décoré, pendant plus d’un siècle,
! la galerie de Versailles; le lion de Platée, donné au roi en 1824, j par le contre-amiral Halgan; des colonnes de marbre et de granit,
I dont quelques-unes ont été extraites du dôme de Charlemagne, à ! Aix-la-Chapelle ; une suite admirable de statues et de bustes repréj sentant des personnages de la famille impériale , depuis Auguste i jusqu’à Julien. La statue d’Auguste, placée au fond de la salle des î Césars, est d’une majesté incomparable. Un buste colossal de Lucilla,
1 découvert en 1847, dans les ruines de Carthage, est venu tout I récemment prendre rang au nombre des monuments impériaux.
■ Depuis la salle des Empereurs, autrefois la salle des Antiques j de Catherine de Médicis, jusqu’aux Tuileries, le rez-de-chaussée de I la galerie n’est plus divisé qu’en magasins, en casernes et en corps j de garde. La bibliothèque particulière du chef de l’État, bien ' pourvue de livres choisis, de manuscrits, de gravures et de dessins j originaux, occupe une portion de l’étage intermédiaire, entre le pavillon de Lesdiguières et le Louvre.
PRESIDENCES ROYALES.
Un escalier magniliqnemeiU orné, d’après les dessins de Percier cl de Fonlaine, do colonnes de marbre , de bas-reliels , de ligures antiques, de vases et de peintures, monte au premier étage. Une vaste rotonde, voiilée en coupole, précède la galerie d’Apollon. A coté , on a réuni dans une même salle la [>lupart des bronzes antiques dont le musée se trouve possesseur, bustes des Césars du plus beau style, statuettes, casques, armes, miroirs, vases, objets de toute espèce; la statue, grande comme nature, qui vient des ruines du théâtre de Lillebonne; un Apollon d’un style archaïque, modelé par deux sculpteurs de l’école de Hbode, un siècle environ avant Père chrétienne.
L’entrée de la galerie d’Apollon est fermée d’une grille semblable à celle du dème de l’horloge, et qui appartenait aussi au château de Maisons. La première galerie , construite du temps de Henri IV, i)ar les architectes Fournier et Plain, peinte par du Hreul, Dunel et Porbus, fut [)resque toute consumée par un incendie, le (i février 1661. Le roi Louis XIV ordonna de réparer immédiateimml le désastre. Lebrun dessina toute la décoration intérieure, et se chargea d’exécuter les peintures les plus imporlanles du plafond. Il s’associa, j)Our la conléction des ligures en stuc de la voussure, (ürardon, les frères Marsy et Thomas llegnauldin. Vers 1 823, la galerie menaçait ruine; elle fut échafaudée, et jusqu’en LSLS tous les projets de restauration échouèi-ent successivement. Alors enlin, l’Assemblée nationale résolut d’entreprendre, aux frais de la République, ce que nos rois ne s’étaient pas trouvés assez riches pour commencer. Ce sera un éternel honneur pour M. Dubau d’avoir rétabli dans toute sa splendeur celle galerie, qui surpasse en beauté toutes celles que construisit le xvii*^ siècle, sans en excepter même la fameuse galerie de Versailles.
Le salon carré du musée de peinture est devenu, pour la ville de Paris , ce (pi’esl à Florence la tribune du Palais des Oftices. Les merveilles des anciennes écoles en couvrent les murs. De quelque ci'té que vous tourniez les regards , ils ne s’arrêteront que sur un chef-d’œuvre. Ces toiles portent les noms de Raphaël, du Titien, de Paul Véronèse, d’André del Sarle, de Pétugin, de Murillo, de
GENERAI, K DG LOUVKI'. l'H' DES TUILERIES
RliiSIDENCES ROYALES.
Van Dyck, de Philippe de Champaigne, de Lesueur, du Poussin.
Une salle, qui contenait autrefois les peintures des xiii®, xiv® et xve siècles, et qui ouvre sur un des côtés du salon carré, renferme aujourd’hui les émaux antérieurs au temps de la renaissance, une châsse du xii® siècle, des crosses émaillées, des reliquaires, le ciboire ciselé par l’orfèvre de Limoges, Alpais, au commencement du XIII® siècle; la patène de l’abbé Suger, des vases que ce même prélat fit faire pour son abbaye de Saint-Denis ; des bijoux, des cristaux, des statuettes, des vases et des coupes en matières précieuses.
La grande galerie est divisée dans sa longueur en plusieurs sections par des colonnes de marbre, qui autrefois supportaient, pour la plupart, dans les églises de Paris, les baldaquins des autels. Aussi loin que la vue peut s’étendre, on voit se développer sur les deux parois une quantité de tableaux tellement prodigieuse , qu’on désespère d’en atteindre le terme. La richesse pèche ici, nous le croyons, par son excès même, et des œuvres excellentes, qui partout ailleurs seraient dignement appréciées, se perdent dans les rangs trop pressés de celte foule. D’abord, les écoles d'Italie, depuis les époques de Cimabué, du Giotto, de Fra Angelico, jusqu’à celle des maîtres du xvif siècle; puis, les écoles d’Allemagne, de Flandre , de Hollande; les œuvres étonnantes de Rubens, et ces tableaux de la vie de Marie de Médicis, qu’il exécuta pour le palais du Luxembourg, avec une verve et une facilité sans pareilles; dans les travées extrêmes , l’école française , quelques figures historiques du xve siècle , des portraits d’une exquise finesse peints par les maîtres du xvi®; enfin, la vie de saint Bruno, par Lesueur, en face des pastorales et des scènes bibliques du Poussin.
X L<es Tuileries.
Le 30 juin 1559, le roi Henri II fut mortellement blessé d’un éclat de lance, dans le tournoi de la rue Saint-Antoine, et quelques jours après il expirait en son hôtel des Tournelles. La reine Catherine de Médicis cessa dès lors d’habiter ce lieu funeste ; elle prescrivit de démolir les édifices et de mettre les terrains en vente.
RÉSIDENCES ROYALES
Au mois fie mai 1o64, c’est le père du Dreiil (pii nous l’apprend, la reine fit commencer « le magnificque bastiment de riioslel royal, dit des Tuilleries lez Paris, pour ce qu’il y avoit anciennement une tuillerie audict lieu. » On a souvent rappelé que le principal jardin public d’Alhènes portait, pour une semblable raison, le nom de Céramique, dont la signification est la même. L’emplacement, choisi par Catherine de Médicis pour son nouveau palais, avait été acquis par François Rr, en 1518. La reine prit pour architectes Philibert Delorme et Jean Bullant. D’après le plan primitif que Ducerceau nous a conservé, le palais des Tuileries devait être un édifice d’une rare élégance, parfaitement proportionné dans toutes ses parties, composé, du coté des jardins, d’une façade pleine de mouvement et d’originalité, complété, vers les cours^ par une série de portiques, qui se seraient prêtés à recevoir tous les services accessoires d’une habitation royale. La façade seule fut construite. Un pavillon,. décoré avec luxe et couronné d’un dôme hémisphérique, s’élevait au centre; deux galeries, ouvertes et surmontées d’un attique de la sculpture la plus riche, l’accompagnaient, et chacune d’elles aboutissait à un corps de logis quadrangulaire, dont les colonnades sont restées comme les plus gracieux modèles que la renaissance nous ait transmis. « L’escalier de ce bel hostel (il était placé sous Je dôme), tournant en limaçon et suspendu en Pair, sans aucun noyau qui en soutienne les marches, est le plus beau chef-d’œuvre d’architecture et une des plus hardies pièces qu’on puisse voir en notre France L » Mais cette belle et simple ordonnance, ce merveilleux escalier ne subsistèrent pas longtemps. Henri IV ne jugea pas que le château fût assez vaste pour loger le roi et sa famille ; il fit construire, par Ducerceau , cette aile à grands pilastres composites qui se dirige vers le sud , et cet énorme pavillon, connu sous le nom de pavillon de Flore, qui arrive jusqu’au quai.
Pendant le règne de Louis XIV, les Tuileries eurent à souffrir bien d’autres mutilations. De 1660 à 1665, sous la direction de
I Du Breul , Théâtre des anliquités deParis^ 1612, p. 1049.
UÉSIDKNGKS ROYALES.
Levau, un corps de logis et un pavillon, semblables à ceux qu’avait élevés Henri IV, vinrent s’ajouter au palais, du côté du nord; les ailes et les pavillons de Philibert Delorme furent exhaussés d’un pesant atlique et déGgurés; le dôme circulaire du centre fut converti en une lourde masse carrée; l’escalicr disparut pour faire place à la grande salle qu’on appelle aujourd hui la salle des Maréchaux. De nouveaux changements ont encore été exécutés par le roi Louis-Philippe. Pour rendre le palais plus commode, ce prince a construit un large bâtiment sur une des terrasses latérales du dôme, et substitué un troisième escalier à celui que Louis XIV avait fait établir. Le premier passait pour un chef-d’œuvre; le second avait encore une certaine majesté; celui qui en lient lieu est d’une structure vulgaire, et de plus il a l’inconvénient d’ob- Iruer complètement un des portiques de Philibert Delorme.
La description des appartements du palais , affectés , depuis le commencement du siècle, à l’habitation du chef de l’État , n’aurait rien d’archéologique. Leur décoration et leur ameublement ont d’ailleurs constamment varié , chaque fois qu’une révolution est venue modifier la forme du gouvernement.
Les jardins, dont le plan atteste le goût et la grande manière de Lenôtre, sont un véritable musée de sculpture. Les meilleurs artistes des xvii*^ et xvnie siècles les ont peuplés de groupes et de statues. Le site est admirable; au midi, le cours de la Seine; à l’ouest, la place Louis XV et l’avenue des Champs-Élysées jusqu’à l’arc de triomphe de l’Étoile.
La quantité de projets, qui ont été élaborés depuis le xvii® siècle, pour la jonction du Louvre et des Tuileries, est innombrable. La galerie du nord , parallèle à celle que nous avons décrite, fut commencée par Louis XIV, mais aussitôt abandonnée. Napoléon Dr en lit bâtir quelques travées. Les princes de la maison de Bourbon se contentèrent de les achever, remettant à une époque plus favorable l’exécution définitive de l’ensemble. Les travaux ont été repris, en 1852, avec une activité incroyable ; aujourd’hui ils touchent à leur terme. La direction en est confiée à M. Lefuel, depuis que M. Visconti a été arrêté par la mort, dès la seconde année de son œuvre.
RÉSIDENCES ROYALES
Nous publions doux gravures sur le Louvre, sur la grande galerie, et sur le palais des Tuileries. Voici ce qu’elles niellent sous jes yeux du lecteur : l» Le Louvre tel qu’il était sous le règne de Henri IV ; les deux ailes bâties par François Rr; les tourelles encore debout du cbâleau de Philippe-Auguste et de Charles V; le portique de Catherine de Médicis et la galerie des rois par-dessus; la grande galerie avec ses deux systèmes d’architecture bien distincts, la porte neuve et sa tour crénelée, qui faisaient partie de l’enceinte donnée à la ville de Paris par Charles V. 2° Le Louvre de nos jours, avec toutes ses galeries; le palais des Tuileries; les bâtiments intermédiaires en construction; le Palais-Royal; la rue de Rivoli; l’ancienne église des Oratoriens; la Halle au blé et tout le (juartior qui environne ces divers monuments.
Ilôtol de boissons.
Les Tuileries n’étaient pas terminées que déjà Catherine de Médicis renonçait à y faire son séjour, et faisait jeter, près de Saint-Eustache, les fondements d’un autre palais sur l’emplacement d’un ancien hôtel, qui avait appartenu successivement à Charles de France, comte de Valois; h Jean de Luxembourg, roi de Bohème ; à Louis, duc d’Orléans; puis enfin, à la communauté des F'illes pénitentes. Jean Rullanl construisit à la reine un magnifique séjour et une chapelle de la plus grande élégance. L’édifice prit dans la suite le nom d’hôtel de Soissons, pour avoir appartenu à Charles de Bourbon, comte de Soissons, dans les premières années du xvii® siècle. La rotonde de la Halle au blé et les rues qui rayonnent dans le pourtour de ce monument, remplacent le palais dont la démolition fut consommée en 1749. On a seulement laissé debout une précieuse colonne en pierre, d’ordre dorique, dont la hauteur dépasse (piatre vingis pieds. Catherine de Médicis y montait pour étudier le cours des constellations avec ses mathématiciens et ses astrologues. Celte colonne est l’ouvrage de Rullant; elle fut élevée en 1572. La révolution a gratté les chilfres, les croissants, les couronnes, les (leurs de lis , les miroirs cassés, les lacs d’amour
Kf-SIDENCES UOYALES.
rompus, que le sculpteur avait (listril)iiés sur le fùl, dans les larges cannelures qui le décorent. Mais quelques-uns de ces ornements se trouvaient cachés sous une croûte de plâtre, disposée pour recevoir un méridien; ils reparaissent aujourd’hui, à mesure que l’enduit tombe en morceaux.
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A l’exemple de la reine Catherine , sa parente , la veuve de Henr i IV, Marie de Médicis, voulut se créer un somptueux palais. Elle acheta, en 1611, à l’extrémité méridionale delà ville, l’hôlel de Luxembourg qui tombait en ruine, et chargea Jacques de Brosse de construire au même lieu l’édifice que nous y voyons encore. L’architecte s’est proposé de rappeler dans ses façades le style du palais Pitti, que la reine habitait ordinairement, lorsqu’elle était encore à Florence, à la cour de son père, le grand-duc de Toscane. Les travaux ne durèrent que cinq années, de 1 61 5 à 1 620. De tous les palais de Paris, celui-ci est le plus régulier L’ordonnance intérieure en a été complètement changée, depuis qu’il est devenu le siège d’un des grands corps de l’État, que nous avons longtemps appelé la Chambre des pairs, et qui a reparu sous le nom de Sénat, au moment de la promulgation des nouvelles institutions de l’Empire. De l’ancien ameublement du Luxembourg il n’est resté qu’un petit nombre de panneaux en bois sculpté, et quelques caissons décorés de peintures, les unes attribuées au Poussin, les autres à Simon Vouet;ces débris sont maintenant réunis dans une salle du rez-de-chaussée. Un musée, destiné à recevoir les œuvres les plus remarquables des artistes vivants, occupe plusieurs salles du premier étage, entre autres la galerie où Rubens avait peint la vie de Marie de Médicis, dans une suite
1 Sous le dernier règne, une façade et deux pavillons ont été ajoutés vers le jardin. Mais, quelque regrettable que soil ce changement, M. de Gisors , qui a dirigé la construction , s’est attaché du moins à reproduire scrupuleusement rarchilecture de son prédécesseur.
RÉSIDEiNCES ROYALES, de grands tableaux, qui ont été transférés au Louvre. Les jardins du Luxembourg, disposés sur un terrain vaste et accidenté, présentent les aspects les plus variés et les plus pittoresques ; nous avons dit comment ils s’étaient agrandis aux dépens d’une partie de l’enclos des Chartreux. On a récemment placé sur les terrasses les statues des femmes les plus illustres de notre histoire.
A la suite du palais et de ses dépendances , Marie de Médicis fonda un couvent de religieuses de la congrégation de Notre-Dame du Calvaire. Nous avons vu détruire, en 1848, la chapelle élégante, dont la reine avait posé la première pierre, en 1625; on en retrouve quelques murs employés en façade sur un des côtés de l’hôtel, qui sert d’habitation au président du Sénat. Le cloître, soigneusement réparé, a subi une transformation singulière; un comble de verre en recouvre le préau , et les galeries abritent, sous leurs arceaux sculptés de têtes d’anges, une collection de fleurs.
lie Palais-Royal.
Le cardinal de Richelieu fit élever par Jacques Lemercier, pour sa résidence ordinaire, l’édifice qui porta d’abord le nom de Palais- Cardinal et qui, depuis plus de deux siècles, est désigné sous celui de Palais-Royal. Trois ans après l’achèvement des constructions, en 1639, le grand ministre fit présent au roi de ce palais. La reine Anne d’Autriche l’habita pendant sa régence. Louis XIV le comprit dans l’apanage de son frère , Philippe de France , duc d’Orléans. Les princes de la maison d’Orléans ont renouvelé les édifices qu’ils avaient réservés pour leur usage personnel ; ce sont eux qui ont fait bâtir aussi les façades qui environnent le jardin et la salle du Théâtre-Français. Dans la seconde cour, à main droite, il reste un corps de logis à petits pilastres doriques, dontj’archileclure appartient au xvii® siècle. Quelques proues de navires, sculptées en relief, entre les fenêtres du rez-de-chaussée, rappellent que le cardinal de Richelieu posséda la charge de surintendant général de la navigation.
Hotels des princes de la maison roijale. — La. maison royale de France s’était partagée, depuis le x^= siècle jusqu’au xvnie, en
HKSIIÆNCKS UOVAIÆS.
brandies nombreuses. Chaque prince voulut avoir un hôtel à Paris, et plusieurs s'y firent construire des habitations qui ne le cédaient guère à la demeure du souverain. Des rues, des places, des maisons particulières se sont substituées peu à peu à ces résidences , qui furent aliénées, à mesure que la postérité de leurs fondateurs vint à s’éteindre. L’hôtel de Bourbon, entre la colonnade du Louvre et le cloître de Saint-Germain l’Auxerrois, n’a été démoli qu’en 1758. Un édifice , situé dans la rue Saint-Hippolyte , à peu de distance des Gobelins, qu’on appelait la maison de la reine Blanche, et qui avait sans doute ap[)artenu à quelque princesse du xiv® siècle , a disparu depuis quelques années seulement. Du vaste hôtel que
les ducs de Bourgogne de la seconde race possédaient dans la rue Pavée- Saint-Sauveur (aujourd’hui, rue du Petit- Lion, no 23), une grosse lourquadrangulairesub' siste encore, et c’est un bien précieux échantillon de l’importance de ces anciennes habitations princières. L’édifice est solidement construit en pierres de taille , soigneusement appareillé, percé de baies ogivales et couronné de mâchicoulis. 11 contient un large escalier à vis et une haute salle voûtée en ogive, qui se trouve aujourd’hui divisée en plusieurs étages. Des portes carrées, bordées de moulures, s’ouvrant sur l’escalier, et des fenêtres de même
KÉSlüHNCES ROYALES, forme l’éclairent. Les degrés tournent autour d’une colonne, qui se termine par un chapiteau très-simple; mais ce chapiteau sert de
support à une caisse ronde en pierre, cerclée de trois anneaux doubles, d’où s’élancent les tiges vigoureusesd’uii chêne, dont les branches décrivent quatre travées d’ogives, et dont le feuillage abondant tapisse la voûte tout entière. Nous ne connaissons rien de semblable dans les monu- -ments du moyen âge à Paris; c’est un système d’ornementation non moins remarquable par sa rareté que par son élégance. Dans le tympan ogival d’une des baies extérieures, deux rabots et un lil à plomb sont sculptés au milieu de lleurons gotliiques. On sait que le duc Jean-sans-Peur prit les rabots pour emblèmes, par opposition aux bâtons noueux qu’avait choisis le duc d’Orléans. La tour a été bâtie par le duc Jean, dans les premières années du xv® siècle; peut-être (ût-elle commencée parle père de ce prince , le duc Philippe le Hardi. Jean-sans-Peur a séjourné souvent à l’hôtel de Bourgogne, et là se sont préparées les scènes sanglantes, qui troublèrent le règne de l’infortuné Charles VL
En 15i8, les cordrères de la Passion achetèrent une partie de l’hotel de Bourgogne, pour se construire un théâtre, destiné à des représentations pieuses. Mais le Parlement leur ayant fait défense de jouer les mystères sacrés, ils abandonnèrent bientôt leur salle à une troupe de comédiens, qui ont marqué dans l’iiistoire draina-
l>Ai.AlS \)\i JLSTICl'.
sous le nom bien connu de comédiens de l’bôlel de Bourgogne. Ce lieu fut donc le berceau de la Comédie-Française. A la fin du xvne siècle, quand les acteurs français eurent été installés dans un nouveau local au faubourg Saint-Germain, la salle de l’hôtel de Bourgogne fut mise à la disposition des acteurs de la Comédie- Italienne, et ceux-ci ne l’ont quittée qu’à l’époque delà construction du théâtre, qui a donné son nom au boulevard des Italiens.
Les bâtiments qui accompagnent la tour de Bourgogne sont modernes ; il n’y a plus aucun vestige de la salle de spectacle.
Quelques princes du sang possédaient encore, au siècle dernier, de magnifiques résidences dans l’enceinte de Paris. Des édifices publics les ont remplacées. L’hôtel des Monnaies et le théâtre de l’Odéon se sont élevés sur les emplacements des palais des princes de Conti et de Condé. La Banque de France a fait renouveler presque complètement, pour l’usage de ses bureaux, l’hôtel du comte de Toulouse; mais elle a conservé la riche galerie dessinée par François Mansard , sculptée par Vassé , et peinte par F'rançois Perrier. Le Corps législatif et son président habitent le Palais- Bourbon, que les princes de Condé s’étaient construit sur les bords de la Seine, en face de la place Louis XV, lorsqu’ils eurent aliéné leur première demeure des environs du Luxembourg.
Il -LE PALAIS DE JUSTICE ET LA SAINTE CHAPELLE.
Les traditions les plus anciennes, et les découvertes qui se sont récemment faites dans le cours des travaux de reconstruction du Palais de Justice, sont d’accord pour constater l’existence au même lieu d’un vaste édifice de structure romaine. L’emplacement, à la pointe occicfentale de l’île de la Cité, entre les deux bras de la Seine , se prêtait mieux que nul autre à l’établissement d’une forteresse ou d’un palais pour le gouverneur de la province. Nos rois en firent leur habitation, et sans remonter à l’origine de la monar^ chie, nous savons que les princes de la race capétienne y résidaient ordinairement. Saint Louis en affectionnait le séjour. Il en fit certainement reconstruire les bâtiments ; car on ne voit plus
PALAIS DE JUSTICE
rien dans rédifice actuel qui paraisse antérieur au règne de ce prince. Philippe le Bel acheva l’œuvre de son aïeul; c’est lui qui éleva les corps de logis nécessaires pour la tenue des sessions du Parlement. La royauté et la magistrature passèrent ainsi de longues années sous le même toit , se communiquant l’une à l’autre une force mutuelle. Charles V cessa d’habiter le palais de la Cité, qui devint dès lors le domaine exclusif de la justice; les rois ne s’y montrèrent plus qu’à de rares intervalles.
Avant la construction de la place Dauphine et l’établissement des quais, le Palais couvrait de ses édifices et de ses jardins une superficie équivalente à plus d’un tiers de l’étendue totale de la Cité. De nombreuses tours s’élevaient aux portes et aux angles de l’enceinte. Deux incendies survenus , le premier en \ 61 8, le second en 1776, ont dévasté le monument, et des façades modernes ont pris la place de celles que le feu avait à moitié renversées. Le palais se montre, dans notre gravure, tel qu’il était encore au commencement du règne de Louis XVI, avec ses vastes cours, ses deux portes ogivales sur la rue de la Barillerie, l’église de Saint- Michel, la Sainte-Chapelle, accompagnée de ses dépendances, le logis de la Chambre des Comptes, la salle des Pas-Perdus et les tours du mur septentrional.
Dans son état actuel , le Palais comprend plusieurs cours trèsspacieuses, dont les principales sont la cour du Mai et celle de la Sainte-Chapelle, du côté de l’orient, celle de la Conciergerie, au nord, et celle de Harlay, vers l’occident. Toutes sont environnées de bâtiments considérables. La cour du Mai doit son nom à l’usage, que les clercs delà Basoche pratiquèrent jusqu’au moment de la révolution, d’y planter, au pied du perron principal, un grand arbre d’environ cinquante pieds de hauteur, décoré de fleurs et de panonceaux, qu’on appelait le Mai, à cause du mois pendant lequel la cérémonie avait ordinairement lieu. Louis XVI fit élever les trois façades de cette cour par le sieur des Maisons, son architecte. La cour de la Conciergerie est devenue à peu près inaccessible, depuis que les galeries en ogive qui forment un cloître autour de son préau ont été transformées en une prison, où les