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PAI.AIS DE JUSTICE
prévenus viennent ailendre le moment de leurs comparution devant les juges. Des souvenirs touchants s’attachent à quelques vieilles tables de pierre conservées en ce lieu; saint Louis y coupait de ses mains le pain que, chaque jour, il voulait lui-même distribuer aux pauvres.
Quatre tours sont demeurées debout du coté septentrional de l’enceinte, celle de l’Horloge, à l’angle nord-est; elle est de forme carrée; deux autres, qui sont rondes et qui accompagnent le pignon de l’ancienne Grand’chambre du Parlement, aujourd’hui la salle des réunions générales de la Cour de Cassation ; une dernière, de forme circulaire comme les deux précédentes, mais un peu moins élevée.
La tour de l’Horloge a été complètement restaurée, il y a quatre ans, par les soins de MM. Duc et Dommey, architectes du palais. Elle a recouvré son cadran, ses armoiries, son inscription, comme Henri III les avait fait faire en 1585. M. Toussaint a remplacé avec succès les statues allégoriques de Germain Pilon, dont il ne restait que des fragments mutilés. C’est dans cette tour que fut posée, en 1370, par ordre de Charles V, et sous la direction d’un artiste allemand, nommé Henri de Vie, la première grosse horloge qu’on ait vue à Paris.
La quatrième tour est la seule qui soit couronnée de créneaux ; elle renferme plusieurs salles avec cheminées de pierre; h son étage supérieur, on trouve des écussons armoriés peints sur les murs, et des meubles gothiques oubliés là depuis des siècles. Une cinquième tour, construite en encorbellement, vers le quai des Orfèvres, au sud, au coin de la rue de Jérusalem, a été convertie en habitations particulière et défigurée; elle pourrait dater du commencement du xv^ siècle. S’il faut eu croire la tradition, elle communiquait par un passage en charpente avec une galerie qui existe de l’autre côté de la rue, et la reine Catherine de Médicis y serait venue plus d’une fois sur la plate-forme, pour examiner le cours des astres. La galerie servait autrefois de dépôt pour les archives de la Chambre des Comptes.
La plus grande partie du rez-de-chaussée du Palais appartient
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au style ogival des règnes de saint Louis et de Philippe le Bel. Nous ne connaissons rien de plus pittoresque dans les monuments du vieux Paris, rien qui réponde mieux à Pidée qu’on peut se faire d’un royal manoir du moyen âge, que les salles immenses dont les piles et les voûtes portent la salle des Pas-Perdus, ou les longues et sombres galeries de la Conciergerie. On peut traverser le palais dans toute sa largeur, pour aller du quai de l’Horloge à la rue de Jérusalem; dans le trajet, on remarque à chaque pas des constructions gothiques; derrière l’épais grillage des ouvertures, l’œil découvre à des profondeurs mystérieuses, ici la colonne du xiiie siècle avec son chapiteau feuillagé, ailleurs quelque voûte croisée de vigouveuses nervures. Combien de grandes scènes se sont accomplies, combien d’illustres personnages ont passé sous ces arceaux de pierre, aujourd'hui condamnés au silence et à la tristesse. A quelques pas de ces dalles vénérables qu’on appelle toujours les tables des charités de saint Louis, vous verrez l’étroit cachot où la veuve de Louis XVI, entourée d’accusateurs et de bourreaux, garda jusqu’au dernier moment toute la fermeté de son âme.
En 1506, le roi Louis XII répara la Grand’chambre, à laquelle on donnait aussi le nom de Chambre dorée. Le magnifique plafond que ce prince y fit placer a subsisté jusqu’au commencement de notre siècle ; il était en bois de chêne, entrelacé d’ogives, décoré d’une foule de culs-de-lampe historiés, et revêtu d’éclatantes dorures. Un plafond de plâtre, incolore et dépourvu de tout ornement, imprime maintenant à cette salle un caractère de sévérité glaciale. La charpente primitive, du temps de Philippe le Bel , était apparente avec ses entraits et ses poinçons; ses arcs décrivaient l’ogive; l’or et la couleur en rehaussaient les parois. Cette charpente n’a pas été détruite ; il y reste même encore des traces bien visibles de son ancienne ornementation ; mais ce n’est qu’avec une extrême difficulté (}u’on parvient à la visiter. Louis XII était représenté, au fond delà salle, au-dessous d’un admirable Calvaire, attribué, avec toute apparence de certitude, à Jean Van Eyck, l’illustre peintre de Bruges. L’effigie du Père du peuple n’a pas
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trouvé grâce devant les destructeurs. Le Calvaire a été heureusement sauvé de leurs atteintes; il se trouve aujourd’hui dans la salle affecléè aux audiences de la première chambre de la Cour impériale. Au centre, le Christ sur la croix; à sa droite, la Vierge soutenue par deux saintes femmes, saint Jean-Baptiste et saint Louis ; à sa gauche, saint Jean l’évangéliste, saint Denis, saint Charlemagne; au-dessus de sa tête, le Saint-Esprit et le Père Éternel entouré d’anges; au fond, en arrière plan, plusieurs groupes de personnages, la ville de Jérusalem , la tour de Nesle, le Louvre avec son donjon, et les bâtiments gothiques du Palais de Justice. Déplacée et sérieusement compromise à la suite de la révolution de 1830, cette précieuse peinture fut exhumée d’un des magasins de la ville, par les soins persévérants de M. Lassus L
Les Cours de justice siègent à l’étage supérieur. On y monte par de larges perrons , composés d’un grand nombre de marches. Des galeries, autrefois peuplées de marchands, se croisent en directions diverses, et conduisent aux salles d’audience. La galeiâe dite de Saint-Louis, qui fait partie du local réservé à la Cour de Cassation, renferme quelques chapiteaux de la renaissance; on a cru bien faire de la restaurer, en 1833, au moyen d’ornements moulés sur ceux de la Sîtinte-Chapelle. La galerie principale traverse, du colé de la cour de Harlay, une ancienne tour carrée, dont les murs présentent, à l’intérieur, une curieuse série de marques d’appareil.
L’incendie de 1618 consuma la grande salle du Palais. Elle était d’une hauteur et d’une étendue extraordinaires, divisée en deux nefs parallèles, surmontée d’un lambris d’or et d’azur, entourée des statues de tous nos anciens souverains , depuis Pharamond
* Le tableau date de la première moitié du xv^ siècle. Il était au Palais bien avant la restauration de la Crand’chambre par Louis XII. Les costumes et les attributs des personnages méritent une attention toute spéciale. Nous avons reconnu, et celte découverte en amènera d'autres peut-être, que Van Eyck a donné à saint Louis la ressemblance exacte du roi Charles VII. La comparaison de cette figure avec le buste de Charles VII à Saint-Denis, et avec le portrait authentique du même prince au Louvre, ne nous laisse aucun doute à ce sujet.
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jusqu’à Charles IX. Le père du Breul a remarqué que les rois valeureux et verlueux étaient représentés les mains hautes, tendues au ciel , tandis que les infortunés et fainéants les tenaient basses ou pendantes vers la terre. C’est là que se faisaient les réceptions solennelles des princes étrangers et des ambassadeurs, les festins royaux célèbres par leur magnificence et par les divertissements singuliers qui les accompagnaient, les noces des enfants' de France, la publication des traités de paix et des tournois. Louis XI avait érigé, à l’extrémité de la salle, vers l’orient, une chapelle de la Vierge, où il était figuré priant à genoux aux pieds de la mère de Dieu. A l’autre bout, était placée la table de marbre, si fameuse dans nos anciennes chroniques. Nos rois mangeaient à cette table, environnés des princes du sang et des pairs de France. Les clercs de la Basoche s’en servaient aussi comme d’un théâtre, pour représenter leurs facéties en temps de carnaval. Moins gourmés que nous, nos pères ne voyaient rien de choquant dans ces contrastes bizarres que nous aurions peine à tolérer. Quatre ans après la destruction de la grande salle , Jacques de Brosse avait achevé de construire celle qui en tient lieu, et qu’on appelle aujourd’hui la salle des Pas-Perdus. Sa disposition et son étendue i sont les mêmes que celles de la salle* ancienne. Son architecture a certainement de l’ampleur et de la majesté; mais elle est en même temps d’une austérité et d’une froideur excessives. Un monument de marbre, sculpté par Bosio et Cortot, a été consacré dans la salle des Pas-Perdus, à la mémoire du vertueux Malhesherbes , l’ami, le conseiller et l’un des défenseurs de Louis XVI. Le roi Louis XVIII voulut acquitter une dette de reconnaissance envers ce grand magistrat, en composant lui-même l’inscription latine gravée sur le .soubassement.
L’hôtel de la Chambre des Comptes tenait tout un côté de la cour de la Sainte-Chapelle. Le roi Louis XII l’avait fait rebâtir, dans les premières années du xvie siècle. L’architecture en était attri-
1 Deux cent vingt-deux pieds de longueur sur une largeur de qualrevingt-quatre.
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buée à l’Italien Jean Joconde. Mais l’aspect de l’édifice, son ornementation et ses grands combles d’ardoise accusaient une origine française. La façade passait à juste titre pour une des plus élégantes productions de la première renaissance. Une statue de pierre y représentait Louis XII, à l’âge de quarante-six ans; elle était escortée des quatre Vertus cardinales. Des inscriptions latines expliquaient le sens de ces figures. Des armoiries et des emblèmes décoraient les panneaux et les tympans. Un escalier d’un beau dessin, couvert d’une voûte, et percé de hautes arcades, montait au premier étage , où s’assemblaient les magistrats. Le feu détruisit l’édifice, en 1737. Le nouveau corps de logis, qui existe encore et qui sert d’habitation au préfet de police, est l’œuvre de Gabriel, premier architecte du roi; Adam l’aîné a sculpté la Justice et la Prudence, au-dessus des colonnes du portail. Un arceau, construit sous le règne de Henri II , traverse la rue de Nazareth; il établissait une communication entre l’hôtel des comptes et la galerie des archives. La sculpture de cet arc est excellente. La voûte et les archivoltes reposent sur huit consoles, dont quatre sont ornées de têtes de satyres, et les autres de têtes de femmes, qui portent chacune un croissant sur le front. Des tablettes et des têtes d’anges remplissent les intervalles des consoles. Aux clefs de l’arc, des mascarons et des branches de laurier; dans les tympans extérieurs, quatre petites figures de femmes tenant des palmes, que Jean Goujon n’aurait' pas désavouées. Le xvii® siècle a élevé, sur cette arcade, un attique à pilastres d’ordre ionique. La Cour des Comptes a siégé dansle séjour de ses pères, depuis sa réorganisation, en 1807, jusqu’à l’année 184*2. Lorsqu’elle quitta l’enceinte du Palais de Justice pour s’installer au palais tout moderne du quai d’Orsay, elle emporta une vieille inscription gravée sur une pierre en caractères gothiques, qui constate la construction faite, en 1486, d’un des édifices de son ancien domaine, par les correcteurs des comptes, maîtres Pierre Jouvelin et Nicolas Viole. Cette pierre est encastrée dans le mur de l’escalier d’honneur du palais où la Cour réside aujourd’hui.
Le premier président du Parlement habitait autrefois, au fond
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de la rue de Jérusalem , un hôtel qui avait servi de demeure au bailli du Palais, et qui est maintenant occupé par les bureaux de la préfecture de police. Il y reste quelques appartements à lambris dorés. Une partie des façades intérieures , bâtie au xviie siècle en pierres et en briques, présente un modèle, aujourd'hui unique à Paris, d’une décoration peinte appliquée en plein air à de l’architecture. Ce sont les portraits en médaillons de quatre présidents, vêtus de la robe rouge, de deux connétables et de trois autres guerriers. Des inscriptions sur tablettes de marbre indiquaient les noms des personnages. Il n’y en a plus que trois; elles nous désignent les effigies des connétables Bertrand du Guesclm et Charles de Bourbon, et celle du vaillant Biaise de Monlluc, maréchal de France.
lia Sainte-Chapelle.
Quand la pénurie du trésor impérial de Constantinople contraignit Baudouin 11,1e cinquième empereur d’Orient de la dynastie latine, de céder h prix d’argent les insignes de la passion du Sauveur, saint Louis résolut d’enrichir la France de la sainte couronne d’épines et du bois sacré de la croix. L’histoire, les chroniques, les traditions populaires, les livres liturgiques de l’Église de Paris, nous disent avec quelles démonstrations admirables de piété le saint monarque accueillit, dans le royaume très-chrétien , ces instruments de douleur, encore teints du sang de Jésus-Christ. En 1239, il portait lui-même sur ses épaules, aidé de son frère le comte d’Artois, le pavillon qui contenait la couronne d’épines, et plein du même'enthousiasme qu’il devait plus tard déployer contre les infidèles, il parcourait pieds nus, chargé de son précieux fardeau, les rues de Sens et celles de Paris, Deux ans après, en 1 241 , on le voyait encore , avec les mêmes marques d’humilité profonde, traverser sa capitale, tenant sur un voile, comme s’il n’eût pas été assez pur pour la toucher de ses mains , la croix d’or à double branche des empereurs byzantins. Mais la pompe extraordinaire de celte réception solennelle ne suffisait pas encore à la foi de saint Louis; il voulut préparer aux saintes reliques un séjour vrai-
SAINTE CHAPELLE
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LA SAINTE-CHALLLLE.
ni (ligne de leur imporlünce, et chargea son architecle, Pieire Montereau, de leur conslruiie une châsse de pierre, iravaillée ,our comme une filigrane d’or, tapissée d’émaux , illuminée de illanles verrières, .lamais volonté royale ne fut mieux comprise, mieux exécutée. Le roi p(jsa la première pierre de la Saintelapclle, en 1245. Au bout de trois années, maître Pierre avait evé ce merveilleux édifice, le plus bel oratoire du monde entier, )ué à la fois d’une légèreté surprenante et d’une solidité qui ne est pas démentie depuis le xiiie siècle. La chapelle neuve fut irtagée en deux étages, qui correspondaient aux grandes divisions 1 Palais, dont les galeries venaient aboutir à son double porche, a chapelle basse était destinée aux ofliciers de second ordre; ans la suite, elle devint la paroisse des gens attachés au service es chanoines et des habitants de l’enceinte du Palais. La (ihapelle aute était réservée au roi et à sa famille; le prince y arrivait de lain-pied sans sortir de sa demeure. Pierre de Montereau, pour onner au monument plus d’élégance et de clarté, rejeta sur des ontre-forts placés à l’extérieur tout le iioids de ses voûtes; il tarvinl ainsi à réduire ses murs latéraux à l’épaisseur de simples libers, et des fenêtres immenses, complètement vitrées en coueur, formèrent à l’édifice des parois toutes composées d’une nosaïque transparente. On évalue à huit cent mille livres la lépense de la construction, et à deux millions les sommes employées, soit pour l’acquisition des reliques, soit pour la confection des châsses où elles furent déposées.
Le dimanche de Quasimodo, 25 avril 1248, la chapelle haute et la chapelle basse furent consacrées simultanément, la première, sous le titre de la Sainte-Couronne et de la Sainte-Croix, par Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, légat du saint siège; la seconde, sous le vocable de la glorieuse vierge Marie, par Philippe Berruier, archevêque de Bourges. C’est dans Phistoire spéciale publiée, en 1720, par Morand, et dans les annales manuscrites conservés aux Archives de l’empire , qu’il faudrait chercher le détail des donations faites par saint Louis, pour assurer la splendeur du culte divin , et le récit des grands événements qui eurent
LA SAINTE-CHAPELLE, pour témoins les voûtes de la Sainte-Chapelle. Sans noiis arrêter aux modihcalions diverses apportées, dans la suite des temps, au personnel de la chapelle royale, nous dirons qu’elle était desservie, en dernier lieu, par un trésorier, un chantre, douze chanoines, dix-neuf chapelains et treize clercs. Les fonctions de trésorier étaient ordinairement remplies par un personnage de haute distinction ; ce dignitaire jouissait du privilège d’officier avec la mitre et l’anneau.
Les proportions du monument, qui peuvent être citées comme des modèles, sont les suivantes : Longueur hors d’œuvre, 36 mèt.; dans œuvre, 33 mèt.; largeur hors d’œuvre, 17 mèt.; intérieure d’un mur à l’autre, 10 mèt. 70 cent.; élévation extérieure, depuis le sol de la chapelle basse jusqu’à la pointe du pignon de la façade, 42 mèt. 50 cent.; hauteur de la flèche au-dessus du comble, 33 mèt. 25 cent.; hauteur de la voûle de la chapelle basse, 6 mèt. 60 cent., et de celle de la chapelle supérieure, 20 mèt. 50 cent.
On montait autrefois à la chapelle haute par un escalier de quarante-quatre degrés; il a été supprimé depuis longtemps, et le perron moderne , de style quasi-égyptien , qui l’avait remplacé, a lui-même disparu. Dans son poème du Lutrin, Boileau a pris l’ancien escalier pour le théâtre du combat burlesque des chantres et des chanoines. La disposition actuelle est la même qui existait dans le principe; 1 arrivée a lieu, pour la chapelle haute, par les galeries du Palais de justice.
Livrée, en 1791, à des usages profanes, salle de club, magasin de farines, dépôt d’archives judiciaires, la Sainte-Chapelle, dégradée à l’extérieur, mutilée au dedans, semblait vouée au plus triste abandon , peut-être même à une destruction prochaine. Les rois Louis XVIll et Charles X témoignèrent vainement, dans plusieurs circonstances, leur désir de voir la chapelle de leur aïeul, saint Louis, débarrassée des liasses poudreuses qui s’élevaient jusqu’aux voûtes dans des casiers de bois, et rendue à sa destination première. Enfin, après une longue attente, sous le règne de Louis-Philippe, en 1837, la restauration du monument fut décidée. Le gouvernement la confia au talent de M. Duban , qui
LA SAINTL-CHAPELLL.
reçut pour adjoints MM. Lassus et VloIlet-le*Duc. Après douze années employées aux travaux les plus urgents, M. Lassus demeura seul chargé, comme il l’est encore, de mener l’œuvre à son terme.
Aujourd’hui, la Sainte-Chapelle se trouve presque complètement réparée. On pourrait la croire tout récemment sortie des mains de Pierre de Montereau, si quelques retouches, qui datent déjà du xV siècle, n’étaient venues modifier certaines parties de l’architecture. Par malheur, tandis que des artistes pleins de dévouement consacraient tous leurs soins à restituer le monument de saint Louis, d’autres architectes lui retiraient l’air et la lumière, en élevant , dans tout son pourtour, de massives constructions pour le service des tribunaux. La destruction la plus regrettable que la Sainte-Chapelle ail éprouvée, fut exécutée après l’incendie du palais, en 1776, à l’époque de l’établissement des façades modernes de la cour du Mai. Les auteurs du plan nouveau sacrihèrent sans pitié un édifice à triple étage, que Pierre de Montereau avait annexé à l’abside, du côté du nord. Les étages inférieurs contenaient une double sacristie; saint Louis avait déposé, dans l’étage supérieur, le trésor des chartes de la couronne.
Deux porches en avant corps, ouverts par plusieurs arcs en ogive, décorés de colonnettes et de voûtes à nervures, précèdent l’entrée de la chapelle haute et celle de la chapelle basse. Suivant l’usage, ils regardent l’occident. Huit colonnes sont placées dans les ébrasures à la porte de la chapelle basse. Le bas-relief de la mort de la Vierge, sculpté dans le tympan, n’existe plus. Une statue de la Vierge s’adossait aussi contre le trumeau. On prétendait qu’elle avait penché la tête pour donner un signe d’approbation au doctrines de Scot*, en faveur de l’immaculée Conception, et que depuis elle avait voulu toujours garder la même posture. Au stylobaie, des losanges galonnées contenaient jadis des tours de Castille, en l’honneur de la reine Blanche, mère de saint Louis, et des fleurs de lis du blason de France. A la porte de la chapelle
1 Jean Dans Scol enseignait la théologie àParis, en 1304.
LA SAliNTE-CllAPELLE.
haule, les colonnes s’ajustent en même nombre qu’à la porte basse; des roses et des rinceaux sont sculptés entre les fûts. La révolution a détruit eniièremenl le Jugement dernier du tympan, le Christ du trumeau qui bénissait d’une main et tenait de l’autre le globe du monde, les lis et les châteaux héraldiques, les vingt bas-reliefs du soubassement qui représentaient des figures symboliques, des prophètes et des scènes de l’Ancien Testament, entre autres l’histoire de Jonas. Des balustrades trilobées environnent et surmontent le porche supérieur. Un événement, dont les circonstances ne nous sont pas connues, rendit nécessaire, sous le règne de Charles VIII, la reconstruction de la grande rose, de la balustrade placée au-dessus, et des deux clochetons qui accompagnent le pignon. La rose est à meneaux flamboyants, d’un exécution habile, mais d’un dessin tourmenté. Au milieu de la balustrade, découpée en fleurs de lis, deux anges couronnent le chiffre du roi Charles. Aux pointes des clochetons, la couronne royale de France s’abaisse humblement sous la couronne d’épines de Jésus-Christ L
L’architecture est très-simple sur les flancs comme à l’abside de la chapelle. Des contre -forts, habilement disposés et soigneusement appareillés, s’élèvent jusqu’au sommet des murs; des clochetons lleuronnés et des gargouilles en forme d’animaux les surmontent. Les fenêtres de la chapelle supérieure, d’une hauteur et d’une largeur peu ordinaires, sont garnies de meneaux, de colonnettes, de roses en pierre, et d’une armature de fer d’un caractère monumental. La chapelle basse est éclairée par des baies de moindres dimensions, mais décorées dans le même goût. Des frontons, rehaussés de feuillages, abritent les fenêtres de la chapelle haule. Une balustrade, percée d’ogives à trois lobes et de lièfles, borde la terrasse au dessus de la corniche. Les combles sont couverts de feuilles de plomb ; leur charpente a été refaite, dans ces dernières années, en chêne des forêts de la Bourgogne. M. Lassus vient d’opérer, avec un rare succès, le rétablissement de la flèche. Une première aiguille avait été placée par Pierre de
* Voir la gravure en regard de notre texte.
LA SAINTE-LIIAPELLE.
.Montereau, sur le comble de la Sainte-Chapelle. Sous le règne de Charles VI, le charpenller Robert Fouchier, en substitua une nouvelle à l’ancienne, qui tombait de vétusté; le feu consuma cette seconde (lèche, le 26 juillet 1630, et le roi Louis XIII en fit ériger une troisième, que la révolution a renversée. Le clocher de M. Lassus arrive donc le quatrième, par ordre de date. L’architecte, en souvenir de la seconde (lèche, a choisi le style (leur! de la première moitié du siècle. A la vue des gravures charmantes qui représentent le vieux Paris, et qui se rencontrent encore en si grand nombre, exposées chez les marchands d’eslampesde nos quais, chacun déplorait l’absence de la (lèche de la Sainte-Chapelle. Sa disparition laissait, au centre de la Cité, une lacune dont les yeux étaient attristés. Aussi la population parisienne tout entière en a-t-elle salué le retour avec une véritable joie. C’est un devoir de dire au moins les noms des artistes qui ont secondé M. Lassus dans son œuvre. M. Bellu a construit la charpente; M. Geoffroy Dechaume a modelé les figures; M. Pyanet a fait l’ornementation; MM. Durand frères ont exécuté les plomberies. Les statues de huit Anges, porteurs des instruments de la Passion, sont posées entre les pignons du dernier étage. M. Geoffroy Dechaume termine les douze Apôtres, qui prendront place dans les baies de l’étage inférieur. Les têtes des Apôtres reproduiront les traits des personnes qui ont le plus contribué à la restauration de la Sainte- Chapelle, comme les mascarons, qui entourent le globe de la croix, représentent déjà quelques-uns des artistes et des ouvriers. A la croupe de l’abside, sur la pointe du comble, un ange en plomb, d’une taille surhumaine, tient une croix processionnelle, et tourne sur son axe, au moyen d’un mécanisme d’horloge, montrant successivement le signe du salut à tous les points de l’horizon.
A la quatrième travée, au sud, entre deux contre-forts, une construction, élevée par Louis XI, forme, au premier étage, un oratoire où ce prince se renfermait quelquefois pour entendre la messe sans être vu , et au rez-de-chaussée une chapelle qui portait jadis le titre de Saint-Louis. Du côté du nord, à la cinquième travée . deux petites salles superposées , débris de l’ancienne
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sücrislie, communiquent Tune avec la chapelle supérieure, l’aulre
avec la chapelle basse.
La chapelle basse n’esl pas encore restaurée; elle servira de magasin et d’atelier jusqu’à la fin des travaux. Pour éviter de donner aux voûtes une courbe trop surbaissée, Pierre de Monte reau a disposé, dans tout le pourtour, un peu en avant des murs, une suite de colonnes monostyles, qui sont au nombre de quatorze, et qui portent des chapiteaux de feuillage. De petits arcs-boutants, travaillés à jour, introduits entre les murs latéraux et la ligne des piliers , neutralisent la poussée de la voûte médiane. Les clefs, sculptées en bois de chêne, étaient rapportées aux points de réunion des nervures ; on peut les voir dans le bureau de l’agence ; l’exécution en est très- remarquable. Une arcature couvre les murailles. 11 ne reste plus que des fragments des médaillons qui représentaient les Apôtres. Le sol est pavé de pierres tombales des XIV® et XV® siècles; un plancher les recouvre, pour les préserver de toute mutilation, tant que les travaux ne seront pas terminés. Des effigies de trésoriers et de chanoines y sont dessinées en creux, notamment celle du trésorier Philippe de Rully, mort en 1400, conseiller du roi en la cour de Parlement. Un bâton cantoral et une épitaphe seulement sont gravés sur la tombe de Jean Mortis, l’un des historiens de la Sainte-Chapelle, chantre, chanoine et conseiller au Parlement, mort en 1 484. Un prêtre, de la famille de Mello, est figuré tenant un reliquaire dans ses mains. Les chanoines de la Saint e- Chapelle ne gardèrent pas rancune à Boileau, qui les avait si bien chantés dans son poème du Lutrin; ils lui donnèrent, en 1711, la sépulture dans leur chapelle basse. Nous avons dit que les cendres du poète reposent aujourd’hui à Saint Germain des Prés.
On attribue à Martin Fréminet les peintures des voûtes de la la quatrième travée et de l’abside ; grands écussons aux armes de France et de Navarre , semis de fleurs de lys , anges portant les insignes de la royauté et les instruments de la Passion. Une Annonciation, peinte au xni® siècle, au-dessus de la porte de la sacristie, du côté du nord , a été récemment découverte sous une croûte épaisse de badigeon. Les procédés, qui ont servi à fixer la couleur
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sur la muraille, ne sont pas moins curieux à étudier que la noblesse du dessin et la franchise de l’exécution. Ce tableau, disposé comme un vitrail dont il tient lieu pour une travée , indique, avec la précision la j)1us rigoureuse, le style et les proportions qu’il faudra suivre, quand on rétablira, dans les fenêtres de l’abside, les verrières , dont il ne subsiste plus la moindre trace.
A peine est-on parvenu au seuil de la chapelle haute , qu'on se trouve comme absorbé par ce vague sentiment d’admiration qu'inspirent toutes les belles choses, et qui ne permet d’abord de s’arrêter à aucun détail. L’éclat incomparable des vitraux , l’or, la peinture, les blasons, les reflets chatoyants des émaux, les Apôtres avec leurs croix brillantes et leurs riches vêtements, les anges qui encensent le Christ et qui apportent des couronnes pour les martyrs , les feuillages répandus dans les corniches et sur les chapiteaux avec une variété inépuisable, l’aspect de ces oratoires sacrés où s’agenouillèrent Blanche de Castille et saint Louis, les souvenirs de la passion de Jésus, des croisades, de ces reliques tutélaires si longtemps invoquées, tout concourt ici à charmer les yeux , à émouvoir l’àme, à toucher le cœur. Il faut bien cependant descendre à l’analyse, pour nous rendre compte des moyens au prix desquels l’artiste a obtenu ce résultat qui nous enchante.
Les proportions du vaisseau sont d’une exquise harmonie. 11 forme un grand parallélogramme, terminé par une ahside, sans aucune division intérieure. Quatre ogives s’ouvrent de chaque côté de la nef; sept travées plus étroites rayonnent autour du chevet. Des faisceaux à trois colonnes dans la nef, des colonnes monostyles au rond point , s’appliquent aux murs et montent d’un seul jet jusqu’aux voûtes. D’autres colonnes reçoivent les retombées des arcs formerets. Les nervures se croisent, dans la nef, h chaque travée; elles sont rondes, comme les cordons qui composent les arcsdoubleaux , et présentent ce filet en saillie , qui devint ordinaire dans les monuments du xiv^ siècle. Celles de l’abside , au nombre de huit, se réunissent autour d’un centre commun. Les clefs sont accostées de têtes humaines , et sculptées de feuillages du meilleur goût. Quinze fenêtres éclairent la nef et l’abside, les huit premières
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à quatre Itaies, les sept autres à deux ogives , toutes terminées par un tympan p(‘rcé de trèlles et de roses à compartiments. Audessous des fenêtres , les murs ont pour revêtement une arcature divisée en doubles ogives à trois lobes, et soutenue par des colonnes dont les chapiteaux , enveloppés chacun d’un feuillage différent , attestent les ressources infinies de l’ornementation du moyen âge. Dans les tympans, des qualrefeuilles encadrent de précieuses peintures, qui représentent les martyres des Apôtres, de saint Étienne, • de sainte Catherine, de saint Denis, de saint Thomas de Cantorbéry et de bien d’autres saints personnages. Entre les retombées des arcbivoltes, des anges sortent à mi-corps des nuages ; les uns tiennent les couronnes que le Christ envoie à ses fidèles serviteurs, les autres font brûler l’encens. Les peintures des quatrefeuilles, les sculptures qui accompagnent les ogives, se détachent sur des incrustations de verre émaillé d’or et d'azur, ou sur des fonds de pâtes colorées. Cette mosaïque est également employée dans les dais et dans les culs-de-lampe. Des lames de métal argenté, fixées sous le verre, ajoutent encore à son éclat.
De chaque coté de la nef , à la troisième travée , on remarque une niche assez profonde, pratiquée dans l’épaisseur de la muraille, et surmontée d’un Christ , entouré d’anges, qui donne sa bénédiction. Ces deux places d’honneur étaient jadis réservées au roi, à la reine et aux personnes de leur famille. A la quatrième travée, vers le midi, l’arcature est percée d’une étroite ouverture, obliquement disposée , par laquelle Louis XI voyait, de son oratoire, l’autel et le célébrant.
D’après les rites suivis pour la consécration solennelle d’une église , le prélat officiant trace , sur les murs ou sur les colonnes, douze croix , qui sont ensuite reproduites d’une manière durable, en sculpture ou eu peinture, pour conserver la mémoire de la cérémonie. A la Sainte-Chapelle , ces croix sont portées par les statues des douze Apôtres, placées sur des consoles qui s’ajustent dans les piliers. Il serait difficile de trouver des figures plus nobles que celles-ci , mieux drapées, dessinées avec plus de correction. Nous avons été plus d’une fois témoin de l’étonnement causé par la vue
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de ces chefs-d’œuvre à de? gens, comme il en existe encore un si grand nombre , qui veulent bien admettre que le xiiie siècle savait construire, mais qui se refusent à croire qu’il fût en même temps capable de peindre et de sculpter. Les 4®, 5® et 6e Apôtres L placés au nord, les 3e, 4e et 5®, au midi, sont les mêmes que la Sainte- Chapelle possédait autrefois. Quatre autres ont été mis au point, d’après les originaux qui existaient encore, mais brisés en plusieurs morceaux. Deux statues manquaient; on n’en avait pu récupérer que des fragments de la partie inférieure ; elles ont été refaites à nouveau.
Le maître-autel a été complètement détruit. Des crédences, des niches, des piscines, creusées dans les murs voisins, et bordées de sculptures, servaient à l’accomplissement des prescriptions liturgiques. Un peu en arrière de la place que l’autel occupait, une arcalure à jour traverse l’abside dans toute sa largeur; la disposition en est semblable à celle des anciens jubés; mais elle n’a pas la même destination. Elle se compose de sept ogives légères, portées par de fines colonnettes, rehaussées d’une mosaïque de verre, et décorées d'anges, comme les artistes des siècles de foi ont seuls suies comprendre. L’arcade médiane, plus spacieuse que celles qui l’accompagnent, est couronnée d’une plate-forme, où s’élève à une grande hauteur un baldaquin ogival, sculpté en bois, à l’abri duquel la châsse des saintes reliques était autrefois exposée. Cette châsse, étincelante de pierreries, dominait, du sommet de son estrade, la chapelle entière , et quand , aux jours solennels , ses panneaux s’entr’ouvraient pour laisser voir les trésors accumulés dans son tabernacle, c’était comme une radieuse apparition de la céleste Jérusalem. Deux escaliers de bois, renfermés dans des tourelles à claire-voie , montent à la plate-forme. Celui qui se trouve ■ posé vers le nord , est ancien ; saint Louis en a gravi pieusement les marches, pour montrer lui-même au peuple le bois sacré de la croix. L’autre a été refait sur le même modèle.
Nous avons rapporté déjà comment les reliques principales de la
' Nous suivons l’ordie des figures, à partir delà porte d’entrée.
LA' SAINTE CIIAPLLLL.
Passion, qui (’aisaienl la gloire de la Sainle-(iliapelle, apparliennent mainlenant au irésor de Notre-Dame. La châsse fui envoyée à la Monnaie, au commencement de la révolution, pour être convertie en lingots, avec tous les riches joyaux qu’elle contenait. La Bibliothèque nationale , aujourd’hui impériale , reçut pour sa part le célèbre camée antique de l’apothéose d’Auguste , le buste d’empereur romain, en agate, qui surmontait le bâton du chantre, et quelques autres objets précieux. Le chef de saint Louis ne s’est pas retrouvé ; il avait été transféré à la Sainte-Chapelle , le mardi d’après l’Ascension de l’année 130G, avec une pompe extraordinaire, par le roi Philippe le Bel, et l’orfèvre Guillaume Juliani en avait exécuté le reliquaire en argent doré. Le buste du saint roi était de grandeur naturelle; quatre anges le soutenaient; vingt-huit figures royales, désignées par leurs noms , environnaient le socle, dont les angles reposaient sur les dos de quatre lions.
Le sol de la chapelle haute, porté sur la voûte de la chapelle basse, ne se prêtait pas à recevoir des sépultures. Aucun monument funéraire n'y avait été placé. Cependant, le 1 5 mai 1843, les ouvriers, en levant une dalle, à peu près au centre de l’abside, trouvèrent une boîte d’étain renfermant un cœur, dont nul signe extérieur n’annonçait la présence en ce lieu. On pensa d’abord que ce cœur, ainsi déposé au pied des saintes reliques, ne pouvait être que celui de saint fmuis. Mais de graves difficultés historiques s’élevaient contre cette opinion. Une longue discussion s’engagea; de savants mémoires furent publiés pour et contre. Au résultat , la question demeurait indécise. Aussi l’administration , sans rien préjuger pour l’aveuir, prit-elle le parti le plus sage, en ordonnant de remettre la boîte à l’endroit môme où elle avait été découverte.
Nos lecteurs connaissent tous , au moins de réputation , les verrières de la Sainte-Chapelle. Elles se développent dans tout le pourtour de l’édifice, sur une superficie d’une prodigieuse étendue, à peine séparées les unes des autres par les colonnes en faisceaux qui servent de points d’appui â la voûte. A l’exception de celles de la rose, qui ont été rétablies du temps de Charles YHI, elles datent du règne de saint Louis; elles étaient posées le jour de la cotisé-
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cration, en 1248. Elles se distinguent par la vivacité des couleurs, par la forme élégante des compartiments, par l’animation de leurs innombrables figures. De quelque côté que vous portiez vos regards, vous rencontrez des milliers de petits personnages en action ; ils vivent, ils gesticulent, ils se meuvent; c’est tout un monde. Les vitraux avaient éprouvé des mutilations déplorables Pour faire place à des armoires et à des casiers , à l’époque où la Sainte- Chapelle' servait de salle d’archives , on en avait supprimé environ trois mètres dans les parties basses des fenêtres. Un certain nombre des panneaux conservés avait été raccommodé avec des fragments dépareillés. L’ordre des sujets était complètement interverti , les verriers, chargés à diverses reprises du nettoiement des vitres ou de la remise en plomb, n’ayant tenu aucun compte du classement primitif, lorsqu’ils avaient réintégré les panneaux dans les armatures. M. Henri Gérente , l’un des artistes qui ont le plus contribué de nos jours à la résurrection de la peinture sur verre, fut choisi, à la suite d’un concours public, pour restaurer les vitraux de la Sainte- Chapelle. La mort ne lui laissa pas le temps de commencer. La mission qu’il avait obtenue seul, fut partagée entre M. Steinheil, pour la partie graphique , et M. Lusson , pour la fabrication. Tous deux avaient fait leurs preuves. Aussi le succès a-t-il dépassé toutes les espérances. Saint Louis et Pierre de Montereau ne trouveraient rien de changé à la splendeur de leurs verrières. Le ministre des travaux publics nous lit l’honneur de nous associer à celte œuvre, en nous confiant le soin de fixer le sens des sujets , de déterminer le rang et la fonction de chaque panneau dans l’harmonie générale, d’indiquer les compositions les plus propres à remplir les lacunes causées par la suppression systématique d’une partie des anciennes verrières. Les panneaux conservés ont tous passé sous nos yeux , sans exception. Nous voudrions avoir la faculté d’en donner ici une description détaillée ; les observations curieuses ne manqueraient pas. Mais nous pouvons à peine disposer d’un espace suffisant pour dire sommairement quel est le sujet principal de chaque fenêtre. Les quinze verrières de la nef et de l’abside sont aujourd’hui restaurées ; la rose occidentale seule reste à réparer.
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L’Ancien Testament remplit sept fenêtres de la nef et quatre de l’abside; l’Évangile, la légende et Thistoire de la translation des saintes reliques en occupent seulement trois dans l’abside et une dernière, au pied de la nef.
Ire fenêtre de la nef au nord. — 91 sujets. La Genèse. Création du monde; Adam, Ève , les premiers hommes; invention des arts; le Déluge; Abraham, Isaac, Jacob; l’histoire de Joseph.
2® fenêtre. — 121 sujets. L’Exode. L’histoire de Moïse; les plaies d’Égypte; la Pâque; le passage de la mer Rouge; les Israélites dans le désert; la loi donnée sur le mont Sinaï; la construction du tabernacle.
3e fenêtre. — 97 sujets. Le livre des Nombres. Les princes des tribus assis sur des trônes; consécration des lévites; murmures et rébellions du peuple ; le serpent d’airain ; Balaam ; offrandes légales.
4e fenêtre. — 63 sujets. Le Deutéronome. Nouvelle promulgation de la loi de Dieu; mort de Moïse; Josué conduit le peuple; passage du Jourdain; prise de Jéricho; Josué arrête le soleil; extermination des rois et des peuples infidèles; mort de Josué. Histoire de Noémi, de Ruth et deBooz.
5e fenêtre, l^e de l’abside. — 32 sujets. Les Juges. Aod, Debora; la vocation, les victoires et la mort de Gédéon; la fille de Jephté sacrifiée par son père; la naissance, les travaux, la captivité et la vengeance de Samson.
6e fenêtre. — 24 sujets des prophéties d’Isaïe, de son histoire et de son martyre. Voir un panneau des plus singuliers, au deuxième rang; Isaïe réprimandant Mahomet, représenté comme la personnification de l’idolâtrie. Le nom du législateur arabe a été tracé par le verrier du xiii<? siècle , absolument comme nous l’écrivons aujourd’hui. Dans la seconde baie de la fenêtre, l’arbre généalogique de Jésus-Christ; Jessé ; quatorze rois; la Vierge; le Christ, accompagné de sept colombes qui rayonnent autour de sa tête et qui figurent les dons de l’Esprit-Saint; trente-quatre patriarches et prophètes; deux anges adorateurs.
7® fenêtre. — 16 sujets de la légende de saint Jean l’Évangéliste, et pareil nombre de la vie de la Vierge.