HOTEL DE VILLE
Du temps de Tibère, les nautes, ou commerçants par eau de Paris, formaient une corporation municipale. Nous savons où
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trouver encore aujourd’hui les autels qu’ils consacrèrent à la fois, avec plus de scepticisme peut-être que de piété sincère, aux dieux de Rome et de la Gaule. Au xiie siècle , la même corporation reparaît, et presque sous le même nom; c'est alors la communauté de la marchandise de l’eau , mercatores aqnœ parisiaci. Sous le règne des premiers Capétiens, le lieu de réunion de ce corps de ville était appelé la Maison de la Marchandise , et situé près du quai de la Mégisserie , dans la vallée de Misère. Plus tard, on s’assembla dans le Parloir aux bourgeois, à côté du grand Châtelet; puis, dans un autVe local, qui était voisin du monastère des Dominicains de la rue Saint-Jacques. Ce second Parloir aux bourgeois fut établi dans une tour, ou dans une salle , qui faisait partie du mur d’enceinte de la ville. A l'époque toute récente du percement de la rue Soulïlot, entre la rue Saint-Jacques et le jardin du Luxembourg, M. Albert Lenoir a relevé, pour son livre de la Statistique monumentcde de Paris, le plan d’une construction en parallélogramme, protégée par le rempart, et disposée de manière à recevoir une assemblée nombreuse. H y a tout lien de croire que c’était le Parloir où les bourgeois venaient traiter des affaire de la Cité. En 1357, les officiers de la ville achetèrent, au prix de deux mille huit cent quatre-vingts livres, la Maison de Grève, autrement nommée la Maison aux Piliers, « à cause, dit le père du Breul , que les édifices proéminents en la Grève, et soutenus par des piliers, faisaient au-dessous une rue couverte, comme l’on voit à la Tonnellerie, et aux halles du côté des potiers d’étain. »
La Maison aux Piliers avait appartenu aux deux derniers dauphins de Viennois. Charles V y séjourna, pendant la captivité du roi Jean, son père. Il la donna ensuite à Jean d’Auxerre, rece- .veur des gabelles, pour ses bons et loyaux services, et ce fut ce personnage qui la vendit aux officiers municipaux. L’Hôtel de ville se trouva ainsi en possession de remplacement qu’il occupe encore aujourd’hui. Le 15 juillet 1533, le prévôt des marchands, Pierre Viole, assisté de quatre échevins, posa la première pierre du bâtiment neuf. Nous lisons, dans les anciennes histoires de Paris, que le dessin de cet édifice fut donné par un artiste italien >
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Dominique Boccadoro de Cortone, qui en commença la construction. Les deux étages du corps de logis central étaient à peine élevés en 1549. On les trouva d’un style encore trop gothique, et il fallut en modifier la disposition. Cette circonstance serait à elle seule un argument contre l’origine italienne attribuée au monument. Mais nous savons d’ailleurs par de nombreux exemples qu’apiès avoir fait honneur de nos édifices les plus renommés, comme Gaillon ou Chambord, à des artistes étrangers, on a fini par reconnaître, en recourant aux pièces déposées dans nos Archives, qu’ils avaient été bâtis, sculptés et peints par des mains françaises. Nous devons avouer cependant que le nom de Dominique de Cortone figurait avec la qualité d’architecte, Dominico Cortonensi archileclante, dans une inscription posée, du temps de François audessus de la porte principale. Nous croirions volontiers que Dominique Boccadoro n’aura fait que le plan des premières constiuctions.
Henri II continua la façade ; son chiffre et celui de la reine Catherine de Médicis apparaissent à l’entablement du pavillon méridional. Les troubles dont Paris fut constamment le théâtre, pendant les règnes des trois fils de ce prince , mirent obstacle à la suite des travaux. L’édifice ne fut terminé que dans les premières années du xvii® siècle, sous le règne glorieux et réparateur de Henri IV. Une inscription française, gravée sur une large table de marbre noir, et placée aujourd’hui dans le tympan de la porte occidentale, à l’intérieur, déclare qu’en 1608 la grande salle fut parachevée, le pavillon du nord commencé, et la tour octogonale de l’horloge élevée sur le comble. Une autre inscription, en langue latine , se lit dans le portique de la cour, sur un des caissons en pierre du plafond ; elle nous apprend le nom de l’architecte qui reprit les travaux en 1606, et les conduisit heureusement jusqu’à la dernière période. Il s’appelait Marin de la Vallée; il était parisien. Quelques années après, il construisit, au nouveau palais du Luxembourg, un escalier principal qui n’existe plus.
La partie ancienne de l’Hôtel de Ville , la seule dont nous nous proposions de rendre compte, présente, du côté du couchant, une assez longue façade, flanquée de deux pavillons carrés, au-dessus
HOTEL DE VILLE, desquels s’élèvent des combles d’ardoise et de hautes cheminées de pierre. A l’intérieur, des bâtiments , construits à diverses époques, environnent une cour quadrangulaire. Les autres ailes du monument , qui doublent l’étendue de la façade et qui forment, autour de l’édifice primitif, une enceinte d’un immense développement, ont été construites de 1837 à 1844, sous la direction de M, Godde, architecte de la ville , avec le concours de M. Lesueur. Elles couvrent l’emplacement de l’ancien hôpital du Saint-Esprit, de l’église Saint-Jean-en-Grève, et d’une grande quantité de maisons particulières. Une de ces maisons, appuyée contre le pavillon méridional, était soutenue par des piliers, comme la vieille habitation des dauphins, et portait pour enseigne l’image de Notre-Dame. Le corps de logis central de la façade se compose d’un rez-dechaussée et d’un étage supérieur; les pavillons ont un étage de plus. Les fenêtres, les unes carrées, les autres cintrées, sont pour la plupart surmontées de frontons , et divisées en croix par des meneaux de pierre. Des colonnes cannelées, d’un ordre composite^ s’ajustent entre les baies du rez-de-chaussée; elles ne servent à supporter aucun des membres de l’architecture; mais elles vont se relier par des consoles renversées à des niches placées entre les fenêtres du premier étage. Sous les niches, des culs-de-lampe historiés présentent des génies, des têtes d’anges, le vaisseau des armoiries delà ville, des H couronnées. Les statues, qui occupent les niches , n’ont été sculptées que pendant le cours des travaux de restauration. Au-dessus de la porte, une figure équestre de Henri IV, coulée en bronze d’après le modèle de M. Lemaire, remplace celle qui passait pour le chef-d’œuvre de Pierre Biard, et que la révolution a brisée. Le roi est couvert de son armure ; mais il a la tête nue, et sa main droite lient, en signe de paix, un rameau d’olivier.
De grandes fenêtres de pierre coupent les combles, au-dessus de la corniche ; elles sont ornées d’enroulements et de figures de femmes qui tiennent des palmes. Au milieu, un attique contient le cadran de l’horloge, environnée de statues de pierre, la Seine, la Marne, la Force, la Justice et la Ville de Paris; à l’entablement,
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(leux génies accompagnent un écusson aux armes municipales. Un campanile à huit pans renferme les timbres.
Deux larges arcades, conduisant aujourd’hui à des cours latérales , s’ouvrent au bas des deux pavillons. Avant la construction des bâtiments neufs, celle du sud servait de passage public pour aller de la place de Grève à la rue Saint-Antoine ; l’autre communifjuait autrefois avec l’hôpital du Saint-Esprit, dont l’édifice fut approprié, dans les premières années de notre siècle, à l’habitation du préfet de la Seine. La porte médiane a ses vantaux décorés de têtes de Méduse d’un assez beau caractère. Un escalier de pierre monte à la cour intérieure. Cette cour était entourée d’un double portique , avec colonnes engagées , d’ordre ionique au rez-dechaussée, et de style corinthien au premier étage. La plupart des baies ont été fermées par des châssis. La statue en bronze de Louis XIV, debout au centre de l’aire , est l’œuvre de Coyzevox , qui fit aussi les deux bas-reliefs du piédestal, la Générosité royale secourant le peuple, et la Religion foudroyant l'Hérésie. Des inscriptions , autrefois gravées en lettres d’or , dans les frises du bâtiment, consacraient la mémoire des événements les plus mémorables du règne de ce grand prince.
Le temps , les révolutions , les remaniements continuels ont fait disparaître à peu près toute la décoration intérieure du monument. On y trouve encore cependant quelques détails gracieux dans les plafonds sculptés des galeries; un bel escaliei, que recouvre une voûte élégante à nervures et clefs pendantes; plusieurs portes, dont une est datée de 1542, et qui sont accostées de pilastres en style de la renaissance; enfin, dans la salle du Trône, les deux cheminées monumentales, du temps de Henri IV, avec leurs colonnes et leurs statues.
Depuis le xvii® siècle , THotel de Ville a joué un rôle considérable dans tous nos troubles. La possession de cet édifice, toujours chèrement disputée, devenaitpour ceux qui parvenaient à s’en rendre maîtres, le présage d’une victoire presque certaine. C’est en face de l’Hôtel de Ville , sur la place de Grève , que se faisaient tour à tour les réjouissances publiques et les exécutions capitales. Les
danses, les feux d’arlilice, les illuminations succédaient aux supplices longs et coinj)lifiués, que nos anciennes lois variaient suivant la nature des crimes; et ces spectacles divers attiraient une foule aussi nombreuse les uns que les autres. L’aspect de cette place a été complètement renouvelé. Notre gravure la montre telle qu’elle fut jadis, avec sa fontaine, sa croix de pierre, ses maisons soutenues par des piliers et coiffées de pignons, sa jolie tourelle du xv' siècle qui s’élevait à l’angle nord-ouest , et qui n’a été supprimée que depuis peu de temps. En arrière de l’Holel-de-Ville, on voit Saint- Jean-en-Grève et ses deux tours surmontées de flèches.