COLLÈGES. — BIBLIOTHÈQUES. — MUSÉE DE CLUNY. — ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
Colleges. — Dans la seconde moitié du xiii* siècle, Dante assistait, en la rue du Fouarre, assis sur la paille, aux doctes leçons de Séguier, dont les syllogismes étaient pleins d’éclatantes vérités. Le souvenir de cet habile logicien resta si bien gravé dans l’esprit du poète de Florence , qu’il plaça Séguier dans la quatrième sphère céleste de son paradis, en société de Pierre Lombard, de Denis l’Aréopagite, d’Orose, du vénérable Dède et de Richard de Saint- Victor. Lorsque Dante vint en France , les écoles de Paris étaient dès longtemps célèbres dans toute la Chrétienté. Les étudiants y accouraient des diverses parties de l’Europe; il fallait les diviser en nations, pour établir un certain ordre dans cette foule quelquefois turbulente, et comme Séguier, plus d’un maître professait en [)lein air, afin de se faire entendre d’un plus grand nombre d’auditeurs. La science et l’étude se choisirent pour domicile les pentes abruptes de la montagne Sainte-Geneviève C Des évêques , des abbés, des ecclésiastiques zélés, des laïques généreux fondèrent de tous cotés, en ce lieu privilégié, des collèges, des asiles, où les différents diocèses de France pouvaient envoyer leurs clercs les
1 IIoc sub manie stios reserat Sapienlia fontes.
Insrriplion do la fonlaine de la place Saint-Michel.
place de grève hôtel de ville ..EGLISE SAINT JEAN.
plus studieux et les plus capables de se perfectionner dans le commerce des maîtres de la doctrine. En parcourant la rue de la Harpe, on lit encore les noms de Narbonne et de Baveux sur les portes de deux anciens collèges. Celui de Narbonne , fondé en 1317, par l’archevêque de Narbonne , Bernard de Fargis, a été rebâti au dernier siècle , comme le constate une inscription tracée sur une banderole au-dessus de la porte ; c’est une maison bien construite en pierre, mais qui n’a rien de remarquable. Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux, fonda le collège de ce nom en 1308. La porte ogivale de cet établissement existe encore; son archivolte repose sur deux colonnettes à chapiteaux feuillagés, et sur deux consoles historiées. Les sculptures des consoles représentent , d’un côté , un lion dévorant un cheval qu’il a renversé; de l’autre, un lion vaincu à son tour et cruellement maltraité par un aigle; ne serait-ce pas la figure du triomphe de l’intelligence opposé à celui de la force brutale ? Construit en 1 427, au moyen des libéralités de Grégoire Langlois, évêque de Séez, et réédifié en 1730, le collège de Séez, qui touchait à celui de Narbonne, a été démoli en 1853. Le collège d’Harcourt, fondé en 1280, par Raoul d’Harcourt, chanoine de Paris , est également situé dans la rue de la Harpe; le lycée Saint-Louis en occupe les bâtiments, refaits en totalité depuis peu d’années. Le proviseur , Thomas Fortin , avait fait élever, en 1675, une porte très-ornée de sculptures, qui a été détruite de nos jours , et dont les vantaux , conservés dans une salle de la maison , sont d’un fort beau travail.
A quelques pas des collèges que nous venons de nommer, se trouve la Sorbonne , cet antique sanctuaire des études théologiques, dont les oracles avaient autrefois tant de puissance. Fondée vers 1250, par Robert de Sorbon, chanoine de Paris, et protégée par saint Louis, la Sorbonne est aujourd’hui le chef-lieu de l’Académie parisienne. Le cardinal de Richelieu, qui en était proviseur, fit reconstruire les bâtiments et l’église par son architecte Jacques Lemercier. Le style des éditices ne manque ni de grandeur ni de noblesse. L’église, dépouillée de sa riche décoration, garde encore cependant quelques peintures de Philippe de Champaigne, et le
magnifique mausolée de marbre qui fut érigé sur la sépulture du cardinal, en 1694, parGirardon, d’après les dessins de Lebrun. Le dôme et le portique septentrional de l’église sont mis au nombre des meilleurs ouvrages de Lemercier. 11 n’est rien resté des constructions du XIII' siècle.
De la Sorbonne au Collège de France, il n’y a que la largeur de la rue Saint-Jacques. François Dr fut le créateur de ce grand établissement, destiné à l’enseignement des sciences et des lettres. Mais il mourut avant d’avoir commencé les bâtiments , qui devaient servir de salles publiques pour les leçons des professeurs. Louis XIII posa, en 1610, la première pierre des constructions projetées depuis si longtemps , sur l’emplacement des collèges de Cambrai et de Tréguier. Elles ont été renouvelées entièrement par l’architecte Chalgrin, au début du règne de Louis XVI. Depuis plus de trois siècles, le Collège de France soutient dignement, sans déchoir, la haute position que son fondateur lui avait faite dans le monde savant.
Au sommet de la montagne Sainte-Geneviève , le bâtiment neuf de la bibliothèque, qui porte aussi le nom delà patronne de Paris, couvre le sol où nous avons vu les gothiques façades de ce collège de Montaigu, tristement célèbre autrefois, parmi les écoliers, par l’âpreté de la discipline et par l’austérité d’une continuelle abstinence. Erasme et Calvin ont étudié à Montaigu. La rue de l’École- Polytechnique s’est frayé un passage à travers la jolie chapelle du collège des Grassins, qui avait été construite dans la seconde moitié du XVI® siècle , aussi bien que le reste de l’établissement.
Un peu plus loin , l’École polytehcnique s’est logée dans les deux collèges réunis de Navarre et de Boncourt. Navarre compta, au nombre de ses pensionnaires, Henri III, Henri IV, le duc de Guise, Richelieu et Bossuet. Dans des temps plus anciens, Nicolas Clémengis et Jean Gerson s’y étaient formés à l'étude des lettres sacrées. Henri II, venait à Boncourt assister quelquefois à des représentations théâtrales, données par les boursiers de la maison. Ce collège avait été fondé en 1353 , pour huit écoliers du diocèse de Thérouanne. Sa chapelle , de style gothique, a été transformée
en salle de cours pour l’École polytechnique. Navarre reconnaissai • pour fondatrice Jeanne de Navarre , femme du roi Philippe le Bel Le bâtiment principal n’est pas antérieur au xviie siècle. On a jeté par terre, du côté de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, un corps de logis, xiv-^ siècle, dont les niches avaient contenu la statue de la reine fondatrice et celle du roi, son mari, toutes deux accompagnées d’inscriptions. La chapelle a été démolie en 1845;
1 éveque de Meaux, Simon Festu, en avait posé la première pierre en 1309. C’était la première église de Paris qui eût été placée sous
I invocation de saint Louis; la dédicace sollennelle en avait été célébrée en 1373. Elle possédait plusieurs statues précieuses, des lombes , des vitraux.
L’ancien collège des Lombards, fondé, en 1330, par des Italiens, devenu, en 1677, un séminaire de prêtres irlandais, existe dans la rue des Carmes; sa chapelle, élégante construction du siècle dernier, sert de magasin. Dans la rue des Fossés-Saint-Victor, on recontre l’ancien collège des Écossais, dont l’origine remonte à 1333, mais dont les bâtiments actuels ne furent élevés qu’en 1662. La chapelle, conservée pour l’usage d’une maison d’éducation privée, renferme un monument de marbre en mémoire du roi d’Angleterre, Jacques II, mort à Saint-Germain en Laye, le 16 septembre 1701 , l’épitaphe de la femme de ce prince, celle d’une de leurs filles, et plusieurs inscriptions qui concernent des Anglais ou des Écossais, demeurés fidèles à la foi catholique.
La montagne Sainte-Geneviève était couverte de collèges. Dans certaines rues , ces établissements se succédaient sans intervalles.
II s’en trouvait aussi quelques-uns vers les rives de la Seine. Ainsi, sur la place Saint-André des Arcs^ la maison qui porte le n» 11 fut autrefois le collège d’Autun, fondé en 1337 par Pierre Bertrand , évêque d’Autun, et depuis cardinal. Un corps de logis gothique forme un des côtés de la cour; il a été retouché; des fenêtres de pierre, accompagnées de pilastres en style de la renaissance, surmontent la corniche. Une des dernières fondations de ce genre , mais aussi une des plus considérables, est celle de l’ancien collège des Quatre-Nations, aujourd’hui le siège de l’Institut de
France. Le cardinal Mazarin s’en déclara fondateur, en 1661, par ses dispositions testamentaires. Les bâtiments, qui existent encore en totalité , et dont les façades décrivent une place semi-circulaire vis-à-vis le côté méridional du Louvre, ont été construits, sur l’emplacement du fameux hôtel de Nesle, par les architectes Levau, Lambert et Dorbay. La chapelle en dôme, qui était richement décorée, renfermait le mausolée du cardinal, aujourd’hui placé au Louvre , dans le musée de sculpture moderne ; l’aspect intérieur en a été complètement changé , depuis qu’elle est devenue la salle d’assemblée générale des diverses sections de l’Institut.
Nous avons cité quelques collèges ; il y en avait bien d’autres que nous ne pouvons même nommer. Nous devions accorder la préférence à ceux qui paraissent avoir eu une certaine valeur architecturale, et dont il estpossible de retrouver encore quelques débris. Il en est trois que nous avons réservés, pour en traiter à part et avec un peu plus de détails : ce sont les collèges des Bernardins, de Cluny et de Saint-Jean de Beauvais.
Collège des Bernardins. — « Les moines de Cîteaux , se voyant
liers lettrés, impétrèrent un privilège du pape Innocent IV, par lequel, suivant leur requête, il leur fut permis d’ériger des écoles et collèges aux fameuses universités, comme à Paris /Ct ailleurs, y venir demeurer et étudier, tant ès-arls libéraux qu’en théologie et décret, et y prendre les degrés de maîtres, bacheliers et docteurs. ^ » Ce fut Étienne de Lexington, Anglais de naissance et abbé de Clairvaux, qui fonda , vers l’an 1244,1e collège des Bernardins k Paris, sur des terrains dont une partie lui fut cédée par les religieux de Saint-Victor. Alphonse de France, frère de saint Louis , et comte de Poitiers, accepta la qualité de fondateur et de protecteur de l’établissement nouveau. Deux Français, nés à Toulouse , qui tous deux avaient été moines de Cîteaux, le pape Benoît XII, et le cardinal Guillaume Curti, entreprirent, en 1338, de construire une grande et belle église, pour remplacer la chapelle bâtie par Étienne de Lexington. Benoît XII , nommé dans le monde Jacques Fournier, professait, avant son élection, la théologie au collège des Bernardins. L’église ne fut jamais achevée; elle passait, telle que le xiv® siècle l’avait laissée, pour un monument d’une rare élégance. On n’en voit plus que des masures et des piliers rendus informes. La révolution a renversé ce précieux édifice, et la voie publique en a pris l’emplacement. Mais il existe encore à côté un bâtiment considérable , qui était resté intact jusqu’à mos jours; en 1845, pour le transformer en caserne de sapeurs-pompiers , on l’a mutilé d’une manière déplorable , et des constructions parasites sont venues s’adosser à ses murailles. Cet édifice, élevé au commencement du xiv^ siècle, appuyé de contreforts, percé de baies ogivales , est aussi long qu’une nef de cathédrale; dans son développement, du sud au nord, il s’étend au delà de soixante-dix mètres. Il se compose d’un étage souterrain, d’un rez-de-chaussée , d’un étage supérieur et d’un comble. Deux rangées, chacune de seize colonnes monostyles, divisent en trois nefs et en dix-sept travées, l’étage souterrain, qui servait de cave. Au rez-de-chaussée, la disposition est la même ; mais les colonnes sont
’ Du Breul , Théâtre det antiquités de Paris.
plus hautes , plus légères et les voûtes plus élancées ; c’était un immense et magnifique réfectoire. Courbés en plein cintre dans la cave, les arceaux s’aiguisent en ogives au rez-de-chaussée. Les colonnes libres sont au nombre de soixante-quatre; d’autres s’engagent dans les murs. L’élage supérieur ne présentait aucune division fixe; mais il pouvait, suivant les besoins, au moyen de cloisons mobiles, se partager en cellules privées, ou en chambres communes. Au-dessus, un dernier étage, éclairé à ses deux extrémités par de grandes et belles roses à redents, avait pour abri une de ces charpentes, merveilleuses par leur structure et leur élévation , comme celles que , dans nos églises de premier ordre , on désigne par le nom significatif de forêt. Ce comble a été abattu et remplacé par une toiture tout aplatie. Une multitude de cloisons a fractionné la triple nef du réfectoire en magasins , en remises , en salles d’exercices et autres distributions aussi peu monumentales. A quelque degré d’abaissement qu’on ait réduit cette remarquable construction , elle est digne encore d’une attention sérieuse. Si le réfectoire des Bernardins n’a pas la splendeur de celui de Saint- Martin des Champs , il le dépasse de beau coupen étendue , et d’ailleurs il a l’avantage d’offrir un modèle d’une exécution moins difficile. Son architecture à la fois simple, pratique, solide et suffisamment ornée, peut fournir un excellent sujet d’étude.
Une belle salle quadrangulaire , décorée de colonnes, de voûtes à nervures, de clefs armoriées ou feuillagées, de consoles historiées , reliait le réfectoire au chœur de l’église ; elle est bien conservée. A l’extrémité méridionale du bâtiment, il reste quelque chose d’une forte muraille à mâchicoulis, qui formait l’enceinte du collège. On a vu longtemps, employé au seuil d’une porte latérale, un fragment de tombe , xiii^ ou xiv® siècle , avec une partie de l’effigie d’un prêtre tenant un calice ; cinq ou six mots de l’épitaphe, encore lisibles, apprenaient que le personnage était Anglais de nation.
Collège de Climij. — Quand on sort de l’église de la Sorbonne , on aperçoit sur la gauche, dans l’angle sud-ouest de la place, un clocheton, perdu derrière des maisons modernes. C’est là tout ce qui subsiste de cette charmante église du collège de Cluny, qui ne
ANCIENS COLLÈGES, le cédait guère à la Sainte-Chapelle du Palais. Gomme le chefd’œuvre de Pierre de Montereau , elle était toute travaillée à jour; c’était aussi même finesse de sculpture, même légèreté de voûte, même élégance de proportions. Levieil a cité les vitraux en grisaille, à fleurons colorés, qui garnissaient les fenêtres. Les stalles , renouvelées probablement au xv« siècle , avaient leurs miséricordes, leurs accoudoirs et leurs panneaux sculptés de sujets, les uns graves, les autres burlesques. Des dalles, sur lesquelles se dessinaient, en creux, des figures d’abbés, de prieurs et de docteurs en théologie , composaient le pavé. Le musée de l’hôtel de Cluny possède deux de ces tombes, celle de Simon de Gillans, abbé de rile-Barbe en Lyonnais, mort en 1349, et celle de Jean de Sarthenay, abbé de Ferrières, au diocèse de Sens, qui trépassa en 1 360.
Il y a peu d’années encore, l’enceinte du collège était complètement accusée par des constructions gothiques. Nous n’avons oublié ni les tourelles angulaires , ni les gargouilles en forme d’animaux , ni le réfectoire, à moitié ruiné, qui se voyait du côté de l’orient. Toutes les autres parties de l’établissement, dortoir, chapitre, cloître entouré d’arceaux en ogives , demeuraient aussi à peu près dans leur état ancien. Des spéculateurs se sont emparés de ce monument , qu’on pouvait comparer aux plus beaux collèges d’Oxford ou de Cambridge; les vieux édiOces ont été jetés par terre, ou tellement modifiés qu’ils ont perdu toute leur physionomie
Deux inscriptions, gravées sur la porte qui communiquait de l’église au cloître, indiquaient nettement les dates de construction. Yves 1er, abbé de Cluny, acheta le terrain , en 1269; il éleva les murs d’enceinte, le réfectoire, la. cuisine, le dortoir et la moitié du cloître. Yves II, neveu et successeur d’Yves 1er, fit bâtir l’église, dédiée à la Vierge , le chapitre , la dernière moitié du cloître et la bibliothèque. La savante abbaye de Cluny envoyait en ce lieu l’éhte de ses jeunes religieux, pour leur ouvrir l’accès des hautes études, qui désormais étaient enseignées, non plus dans les cloîtres, mais dans les universités séculières.
Collège de Beauvais. — Le collège de Beauvais eut pour fondateur un grand personnage , messire Jean de Dormans, évêque de
Beauvais, chancelier de France, et cardinal du titre des Quatre Saints couronnés. Les bâtiments furent construits sur remplacement d’une maison, dite la Maison aux images, qui appartenait auparavant au collège de Laon. L’acquisition du terrain eut lieu le 29 juin 1365, et la fondation détinitive en 1370. Le collège de Beauvais s’est conservé en majeure partie ; au lieu d’abriter des
étudiants, il sert do caserne à des soldats L Dans leur état actuel.
1 Un simple mur de clôture séparait le collège de Beauvais de celui de Presle. La séparation a été supprimée, et les deux maisons se trouvent à présent réunies.
ANCIENS COLLÉCES.
es corps de logis^ autrefois employés à l’habitalion des maîtres et des écoliers, paraissent avoir été renouvelés aux xvi« et xyii^ siècles; leur architecture, d’un style très-simple, offre cependant çà et là quelques jolis détails.
La chapelle, qui faisait partie des constructions primitives du cardinal de Dormans, a heureusement échappé aux démolisseurs. C’est un édifice élégant et complet de la seconde moitié du XIV® siècle. Le roi Charles V en posa la première pierre. Saint Jean l’Evangéliste fut choisi pour en être le patron. Un architecte du dernier siècle a mutilé le portail ; l’ornementation gothique est remplacée par des panneaux insignifiants, taillés dans l’épaisseur de la pierre. Les autres parties de la chapelle sont à peu près intactes. Elle se compose d’un vaisseau simple, sans collatéraux, partagé en cinq travées pour la nef, terminé par une abside à cinq pans, appuyé de contre-forls , percé de hautes et larges fenêtres ogivales à meneaux. Notre gravure reproduit le coté septentrional. Une jolie porte, avec colonnettes et moulures toriques, s’ouvre à la cinquième travée. La flèche, décorée à sa base d’une arcature en ogives à trois lobes , reste debout sur le comble ; les révolutionnaires l’ont seulement épointée, en brisant la croix qui la surmontait. Au sud, une construction intéressante s’élève entre la nef et l’abside, renfermant une sacristie au rez-de-chaussée, et une salle de trésor ou un chartrier à l’étage supérieur.
L’intérieur de la chapelle est aujourd’hui un magasin de literie militaire. Un plancher recouvre le sol. 11 ne subsiste plus rien de l’ancien mobilier sacré. L’édifice a pour couverture une voûte en berceau d’ogive, formée de lattes , soutenue par des entraits et des poinçons. Comme à la Sainte-Chapelle du Palais, les croix de consécration sont portées par les Apôtres. Mais ici on s’est contenté de peindre les personnages en petites proportions au pourtour de la chapelle. Chaque Apôtre, représenté à mi-corps dans un quatrefeuilles, tient d’une main la croix d’or, et de l’autre l’instrument de son propre martyre, ou son attribut le plus ordinaire. Nous n’avons retrouvé que dix figures au lieu de douze; les deux autres sont couvertes de badigeon ou cachées d’une façon quelconque*
De chaque côté de l’abside , il existe un retrait formant un petit oratoire, et pouvant servir, comme ceux que nous avons remarqués à la Sainte-Chapelle, de place réservée pour la famille du fondateur.
Une porte, à peu près semblable à celle que nous avons vue du côté du nord, conduit de la nef dans la sacristie. Quelques traces d’un ancien autel, une piscine, et des restes de peinture indiquent que cette sacristie était en même temps un lieu de prière. Sa voûte décrit deux travées; les nervures reposent sur des consoles, où sont sculptés l’ange , l’aigle , le lion , et deux Prophètes ou Évangélistes tenant des banderoles. Un escalier à vis monte à l’étage supérieur, voûté et disposé comme le rez-de-chaussée. On a recueilli dans la sacristie une inscription gothique mutilée, qui était autrefois placée sur une des façades du collège, et qui constatait la fondation.
Un tombeau de marbre noir, érigé devant le maître-autel, portait les statues en cuivre de Miles de Dormans, évêque de Beauvais, neveu du fondateur, et de Guillaume de Dormans, archevêque de Sens, morts, l’un en 1387, l’autre en 1405. Ce monument a été entièrement détruit. C’était Miles de Dormans qui avait fait construire la chapelle du collège, au moyen de trois mille florins d’or légués à cet effet par son oncle.
Sur les cotés de la chapelle, six statues en pierre , de grandeur naturelle, représentaient trois hommes et trois dames de la famille de Dormans. Elles étaient accompagnées d’inscriptions gothiques, qui offraient à la fois un texte latin et sa traduction en français. Les inscriptions sont déposées dans les magasins de l’église inqjériale de Saint-Denis. Le musée historique de Versailles a donné asile aux effigies de Jean de Dormans , chancelier de l’église de Beauvais, décédé en 1380, et de Renaud, son frère, archidiacre de Châlons-sur-Marne, mort en 1386. 11 paraît certain qu’à l’époque où le conservateur du musée des monuments français fit composer, avec des fragments du moyen âge, la chapelle sépulcrale d’Abélard et d’Héloïse, maintenant placée au cimetière du Père-Lachaise, une des trois statues féminines de la famille de Dormans fut
chürg(f*e de remplir le rôle de la belle et savante Héloïse. On peut la voir encore couchée sur un même sarcophage, à côté d’un Abélard, dont la figure n’est pas plus authentique.
Saint François-Xavier enseignait, en 1531, la philosophie au collège de Beauvais. Cet établissement a compté aussi, parmi ses professeurs, le célèbre cardinal d’Ossat. Au commencement du siècle dernier, il fut administré par deux hommes d’un rare mérite, Rollin et Coffîu. Charles Coffin, qui employait ses loisirs à écrire en latin d’Horace, pour le nouveau bréviaire de Paris, des hymnes d’un style plus païen que catholique, reçut la sépulture, en 1749, dans la chapelle du collège, et Crevier lui fit une épitaphe qu’on retrouvera peut-être quelque jour, sous le plancher qui couvre maintenant le sol.
Bibliothèques.— Pàns possède un grand nombre de bibliothèques, dont l’ensemble représente sans aucun doute la plus vaste collection qui existe au monde des œuvres de l’esprit humain. Les plus importantes sont, après la Bibliothèque impériale, la bibliothèque de Sainte-Geneviève, la Mazarine, celle de l’Arsenal, celle du Muséum d’histoire naturelle, celle de la Sorbonne, celle de la ville de Paris et celle du Louvre. .11 en existe aussi de très-considérables à l’Institut, au Sénat, au Corps législatif, à l’Observatoire , à l’École des mines, au Conservatoire des arts et métiers, aux Écoles de droit et de médecine , au Palais de Justice pour l’usage de la Cour de Cassation , du Tribunal de première instance et de l’Ordre des avocats. La plupart de ces dépôts sont d’une richesse extraordinaire en livres, en manuscrits, en estampes, en objets de curiosité. Les autres offrent, pour certaines études spéciales, les ressources les plus abondantes et les plus complètes. Nous n’avons pas la prétention de faire connaître tous les trésors bibliographiques de Paris. Le public auquel nous nous adressons n’aurait d’ailleurs pas le loisir de nous suivre dans ce détail infini. Mieux vaut nous borner à dire en peu de mots quelles furent l’origine, les vicissitudes, les translations de la bibliothèque de nos rois, aujourd’hui la Bibliothèque impériale ; quels sont les bâtiments qu’elle occupe et les curiosités principales qu’elle renferme.
Tous nos rois ont eu des livres, même ceux qui guerroyaient le plus et qui lisaient le moins. Charlemagne avait réuni , dans son palais d’Aix-la-Chapelle, des savants, des œuvres d’auteurs sacrés et profanes, et même des antiquités. Saint Louis s’était procuré à grands frais quelques volumes de la sainte Écriture et des Pères, tout illustrés de miniatures; par son testament, il les partagea entre les deux congrégations qu’il affectionnait le plus , celle de Saint-François et celle de Saint-Dominique. Le véritable fondateur de la Bibliothèque royale fut Charles V, ce prince rempli de sagesse et d’amour pour les études pacifiques. Une des tours de la redoutable enceinte du Louvre devint la tour de la Librairie. Là, sous des lambris de cyprès, des armoires en bois d’Irlande renfermaient neuf cent dix volumes, dont Gilles Mallet, l’un des valets de chambre du roi Charles, nous a laissé le catalogue. Des vitres peintes tempéraient la vivacité de la lumière, et ne permettaient pas que la vue des objets extérieurs vînt distraire le recueillement. Pendant la nuit, trente petits chandeliers et une lampe d’argent répandaient une douce clarté dans ce séjour de la science.
Charles V était à peine mort que ses livres furent dispersés. Pendant la première moitié du xv® siècle , les troubles civils et les guerres firent oublier les lettres. Louis XI essaya de réorganiser une bibliothèque. La découverte de l’imprimerie devait rendre désormais plus facile l’exécution d’un pareil projet. Charles VIII et Louis XII rapportèrent de leurs expéditions d’Italie une quantité de manuscrits et de documents précieux. Louis XII installa sa bibliothèque dans le superbe château de B'ois. François Dr la fit transférer à Fontainebleau; les savants, que ce prince accueillait avec une si généreuse hospitalité, lui témoignèrent leur reconnaissance, en recueillant pour ses collections des livres rares, des manuscrits, des médailles antiques. En 1556, afin de pourvoir à l’accroissement de la bibliothèque et de la tenir au courant des publications nouvelles, Henri II ordonna qu’il y serait déposé un exemplaire sur vélin et relié de tout ouvrage imprimé avec privilège royal. Henri IV jugea que la
bibliothèque serait plus utilement placée à Paris qu’à Fontainebleau ; elle prit possession, en 1599, de quelques salles du collège de Clermont, aujourd’hui le lycée Louis le Grand. Lorsque le collège de Clermont eut été restitué aux Pères de la compagnie de Jésus, les livres du roi furent relégués, en 1604, dans un bâtiment qui dépendait du monastère des Cordeliers ; un peu plus tard, ils remplissaient une maison vulgaire, dans la rue de la Harpe, à coté de l’église Saint-Corne. Enfin, en 1666, la bibliothèque passa de la rive gauche à la rive droite de la Seine, qu’elle ne devait plus quitter; l’emplacement qui lui fut assigné se trouvait à quelques pas seulement de celui qu’elle occupe encore; c’était une maison située dans la rue Vivienne, un peu en arrière de l’hôtel Colbert. Ce local devint bientôt insuffisant. La bibliothèque de Louis XIII ne comprenait que 16,746 volumes; celle de Louis XIV, en 1 684, comptait plus de 40,000 imprimés, et 10,500 manuscrits. L’impulsion était donnée; elle ne s’est plus ralentie un instant, et chaque année est venue apporter son contingent à cette collection prodigieuse. En 1724, le vaste et beau palais du cardinal Mazarin fut affecté, comme il l’est resté depuis, au service de la bibliothèque du roi.
Le cardinal Mazarin s’était préparé une immense et somptueuse demeure, à peu de distance du palais qu’avait élevé le cardinal de Richelieu. Les édifices et les jardins couvraient l’emplacement aujourd’hui encadré par les rues Neuve -des -Petits -Champs, Vivienne, de Richelieu et Colbert. Mazarin habita le corps de logis qui existe sur la rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin de la rue Vivienne, et que l’architecte Lemuet avait construit pour le président Tubeuf. Le cardinal y fit ajouter, par François Mansard, une riche galerie à deux étages, pour placer les cinq cents tableaux de maîtres qu’il avait rassemblés, avec les statues antiques, les bustes, les vases en marbre ou en bronze, dont le nombre dépassait quatre cent cinquante. Des bâtiments de service, une chapelle, une nombreuse collection de livres se groupèrent successivement sur les côtés de cette cour disposée en parallélogramme, longue de trois cents pieds et large de quatre-vingt-dix, par laquelle on accède à
présent aux divers départements de la Bibliothèque impériale. A la mortdu cardinal, le palais fut divisé en deux parts ; l’une, sur la rue Vivienne, continua de porter le nom d’hotelMazarin; l’autre, sur la rue de Richelieu, prit celui d’hôtel de Nevers. Elles appartenaient aux héritiers du cardinal, la première au duc de La Meilleraie; la seconde au marquis de Mancini. En 1719, elles furent acquises en totalité au nom du roi. L’ancien palais Mazarin devint à la fois le chef-lieu de la compagnie des Indes, et le théâtre des opérations désastreuses de la banque de Law. Après la chûte de l’aventureux financier, une ordonnance royale , du 16 mai 1724, prescrivit que les bâtiments ci-devant appelés l’hôtel de Nevers^ avec une autre maison qui en dépend, faisant l' encoujnure de la rue de Richelieu et la de rue Neuve-des-Petils-Champs, demeureraient affectés à perpétuité à la bibliothèque, formée peu à peu sous les rois précédents, et perfectionnée au point qu'il ne s’est pas encore vu d’assemblage si complet de ce qui peut contribuer au progrès des sciences les jdus utiles dans un Etat. Une plaque de marbre noir, posée audessus de l’entrée de l’hôtel Mazarin, et retirée seulement depuis quelques mois, présentait une inscription indiquant que cette portion de l’ancien palais du cardinal renfermait le trésor public, sous le régime du premier Empire. Le trésor y est resté, en effet, jusqu’au moment de sa translation dans l’édifice du ministère des finances, rue de Rivoli. Les bâtiments, demeurés vacants, furent alors réunis à ceux de la bibliothèque.
Il ne faut point s’arrêter à la muraille triste et monotone qui sert de façade à la bibliothèque du côté de la rue Richelieu. Derrière cette triste enveloppe, on retrouve, avec ses vastes cours, son architecture noble et sévère, ses façades sculptées, le palais de Mazarin, c’est-à-dire le plus important modèle qui se soit conservé à Paris de ces anciennes habitations, dont la splendeur attestait si bien les mœurs élégantes et polies de la société française au xviie siècle. Dès le seuil, on voit de toutes parts, sur les boiseries, sur les ferrures, sur les consoles, les étoiles et les faisceaux, emblèmes héraldiques du cardinal fondateur. Des arcades environnent une partie de la cour d’honneur. Un escalier en pierre, d’un
style grandiose, encore garni de sa rampe de fer tout historiée de chiffres et de rinceaux, monte aux salles du premier étage. Ces salles se font toutes remarquer par leur étendue, par la convenance de leur appropriation, et par la beauté des corps de bibliothèque en boiserie sculptée dont leurs murailles sont revêtues. La partie de l’édifice réservée au département des manuscrits comprend plusieurs chambres à plafonds peints, dont la décoration, faute d’avoir été entretenue avec le soin nécessaire, tombe en lambeaux. La grande galerie, dite galerie Mazarine, la plus considérable de Paris après celle du Louvre, n’a pas eu heureusement à souffrir les mêmes atteintes. Bâtie par François Mansard, elle se montre au dehors avec des murs élégamment appareillés en briques et en pierre, des ouvertures encadrées de refends, et un attique chargé de faisceaux en sautoir. Le rez-de-chaussée, autrefois la salle des antiques du cardinal, contient la collection des estampes ; il est orné de pilastres, de frises, de caissons peints en grisaille, de figures d’enfants disposées dans les voussures, et d’attributs qui rappellent les dignités du fondateur. Au premier étage, ce sont des monogrammes et des arabesques relevés en or, des niches en coquilles, des peintures habilement combinées avec l’architecture, et qui n’ont encore rien perdu de leur fraîcheur ni de leur harmonie. Les fresques de la voûte représentent des scènes mythologiques, et les origines non moins fabuleuses du peuple romain; elles furent exécutées, en 1651, par Jean-François Romanelli, l’auleur des peintures de l’ancien appariement de la reine Anne d’Autriche, au Louvre.
Le chiffre des richesses que possède la bibliothèque ne sera peut-être jamais exactement connu. Suivant les calculs les plus probables, on évalue le nombre des livres imprimés à plus d’un million, celui des manuscrits à plus de cent mille. Des cartons renferment plusieurs centaines de milliers de pièces historiques. Treize cent mille estampes environ sont classées dans neuf mille volumes ou portefeuilles. Les cartes géographiques forment une section distincte, non moins précieuse et non moins opulente que les autres. Rien de plus intéressant ni de plus complet, pour l’étude
du moyen âge, sous toutes ses faces, que les innombrables miniatures peintes sur le parchemin des anciens manuscrits L Divers objets de haute curiosité sont disséminés dans les salles ; nous en signalerons quelques-uns.
Au rez-de-chaussée. Les tableaux généalogiques et les hiéroglyphes, détachés d’une salle des palais de Karnac, et rétablis dans leur ordre primitif. Le fameux Zodiaque du temple de Denderah. Le cippe mythologique , qui fut trouvé dans les fouilles du Palais de Justice, à Paris; des inscriptions, des stèles, des sculptures antiques, des caisses de momies.
Dans l’escalier. Une mosaïque antique représentant Thélis et un Triton ; les noms sont écrits en grec au-dessus des ligures. Les Amazones accourues au secours des Troyens , grande et curieuse tapisserie, xve siècle, qui provient de Châleau-Bayard, en Dauphiné.
Au premier étage. Dans la première salle des manuscrits , des plaques d’ivoire qui ont servi de reliure à des dipliques consulaires; des manuscrits recouverts, les uns de bas-reliefs d’ivoire d’un travail carlovingien, les autres, de figures de vermeil , xiii® siècle; des tablettes de cire, sur lesquelles sont inscrits des comptes de dépense de la maison royale, xive siècle. Dans la galerie Mazarine, des vitrines contenant des manuscrits enluminés et des autographes de personnages célèbres.
En diverses salles du local des imprimés. Une cuve de porphyre, rare et précieuse merveille , comme le dit dom Germain Millet , dans sa Description du trésor de Saint-Denis , et nommée vulgairement la cuve de Dagobert. Elle a quatre pieds et demi de long, sur un pied. et demi de profondeur. « Le roi Dagobert, ajoute dom Millet, la fit apporter de Poitiers , où elle servait de fonts baptismaux , et lient-on pour certain que saint Martin fut baptisé en icelle par saint Hilaire. » A Saint-Denis, on y faisait l’eau bénite aux veilles de Pâques et de Pentecôte.
1 Le gouvernement fait dresser et publier, en ce moment même, le catalogue le plus détaillé qui ait jamais existé. Le premier volume en est déjà livré à l’impression.
BIBLIOTHÈQUES. ' 34o
Le plan en relief des pyramides d’Égypte et de la nécropole qui les environne.
Les premières éditions gothiques; des modèles admirables de reliures du xvi® et du xvne siècle.
Les bustes des Bignon et de plusieurs autres bibliothécaires célèbres.
Le Parnasse français. Des figures de bronze, disposées sur une montagne en bois sculpté, représentant Apollon sous les traits de Louis XIV, les neuf Muses, et les écrivains les plus illustres du xviie siècle.
Deux globes, l’un terrestre, l’autre céleste, enrichis de peintures, ajustés sur de magniques montures en cuivre et en bronze. Leur diamètre est de douze pieds. Le globe céleste indique la position des astres au moment de la naissance de Louis XIV. Ils furent exécutés à Venise, en 1683 , par Pietro Coronelli, de l’ordre des frères Mineurs. Le cardinal d’Eslrées les donna au roi.
Le cabinet des antiques se trouve placé au-dessus d’une haute et large arcade , sous laquelle passe la rue Colbert. C’est un salon du meilleur goût, tout tapissé d’élégantes boiseries dorées. Carie Vanloo et Natoire ont peint les trumeaux; les dessus de portes sont de Boucher. Deux grands portraits de Louis XIV et de Louis XVIII, en costume royal , occupent les extrémités. Les armoires contiennent une incroyable profusion de médailles et de monnaies appartenant à toutes les époques et à tous les peuples des pierres gravées, des camées, des bijoux, des figurines, des ustensiles de bronze. Parmi les objets placés sous les yeux du public , nous ne pouvons nous empêcher de citer :
La Cybèle en bronze , qui fut découverte à Paris , près de Saint- Eus tache.
Une tête de Scipion l’Africain, en basalte, trouvée près de Mantes.
1 Ceux de nos lecteurs qui auraient des recherches à faire sur la ntinoismalique trouveront, à l’hôtel des Monnaies, une autre collection de la plus grande valeur.
Plusieurs casques antiques. Deux disques en argent, connus dans le public sous les noms de boucliers de Scipion et d’Annibal , trouvés , l’un , dans le Rhône , près d’Avignon , en 4656 , l’autre , en 4714, par un laboureur du Dauphiné. Le premier représente Briseïs rendue à Achille, le second un lion sous un palmier.
Le camée sans égal du trésor de la Sainte -Chapelle , qui a été reconnu pour une apothéose d’Auguste. Il passa longtemps pour un triomphe de Joseph, le fils de Jacob, et comme tel Charles V l’avait fait monter dans un encadrement de vermeil , accompagné des quatre Évangélistes.
Un autre camée que le même roi Charles fit enchâsser, en 1 367, pour l’offrir au trésor de quelque cathédrale. Celui-ci est un Jupiter; l’aigle, placé auprès de ce dieu païen, lui mérita l’honneur d’être pris pour un saint Jean l’Evangéliste.
La patère bachique en or qui fut trouvée, en 4774, à Rennes, et que le chapitre de cette ville offrit au roi. Elle a neuf pouces et trois lignes de diamètre ; son poids est de cinq marcs, cinq onces et quelques grains.
Des statuettes d’argent et plusieurs vases de même matière, d’un travail exquis, trouvés, il y a peu d’années, à Berthouville, en Normandie.
Des ivoires très-anciens, et notamment plusieurs couvertures sculptées de diptiques consulaires.
Le plateau et la burette d’or, incrustés de grenats, du vie siècle peut-être, découverts en 4 845, près de Gourdon, dans le département de Saône-et-Loire.
Un calice admirable, en or pur, relevé d’émaux, de filigranes, de pierres précieuses , xie ou xiie siècle ; il appartenait à l’abbaye de Saint-Remi de Reims.
Plusieurs raretés qui proviennent du trésor de Saint-Denis, et que dom Germain Millet décrivait ainsi , au commencement du XYii® siècle : « Une très-riche tasse d’or, qui servait jadis au grand roi Salomon, enrichie d’hyacinthes par le bord, et au dedans de grenats et d’émeraudes très-fines, au fond d’un très-beau saphir blanc , sur lequel est entaillée à demi-relief la figure dudit roi.
séant en son trône , tel que l’Écriture Sainte le représente au troisième livre des Rois, chapitre dix. Cette tasse a été donnée par l’empereur Charles le Chauve. Un calice’, avec les deux anses et le pied tout d’une seule agathe, fort large et profonde, pièce si précieuse et si riche, qu’elle est sans prix et sans estimation. Ce vase, outre la matière dont il est fait, est gravé tout autour et embelli de plusieurs figures, d’arbres, d’hommes et d’oiseaux, toutes tirées de la même agathe , taillées et relevées en bosse avec un artifice admirable; aussi tient-on par tradition ancienne que
l’ouvrier y employa trente ans Les reines de France prennent
l’ablution en ce calice, après la sainte communion, le jour de leur couronnement. Ce précieux joyau a été donné par le roi Char les III® du nom, surnommé le Simple, fils de l’empereur Louis le Bègue. Un jeu d’échecs tout d’ivoire , qui a autrefois servi à l’empereur Charlemagne. Ces échecs sont fort grands, et y a certains caractères arabesques sous les plus gros, ce qui démontre qu’ils sont venus d’Orient, etc., etc. »
Au-dessus du cabinet des médailles , il existe une salle de même étendue, qui n’est pas ouverte au public. Elle renferme encore une foule de choses curieuses, des vases grecs, des papyrus, des peintures égyptiennes, des momies, les unes enveloppées, les autres mises à nu, des vases grecs, des sculptures obscènes, des bronzes antiques, des armes orientales, des pièces d’armures du moyen âge, des crosses émaillées, des vases, des coffrets d’ivoire, des olifans, dont un passait à Saint-Denis pour le cor de Roland. On y voit aussi une corne montée en argent doré qui figurait, dans le trésor de Saint-Denis, comme un ongle de griffon. « Cet ongle qui est naturel , nous dit dom Millet , est si gros et grand qu’en son vide il lient une pinte de vin , mesure de Saint-Denis , qui est fort grande , dont on peut conjecturer que le griffon , ou autre oiseau, duquel a été cet ongle , était d’une prodigieuse grandeur. »
Un monument, bien digne d’une place plus honorable, gît comme
* On a donné à ce vase le nom scientifique de vase des Ptolémées. Les sujets sont relatifs au culte de Bacchus.
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abandonné au pied d’un escalier disposé pour le service particulier du cabinet des Antiques. C’est l’inscription célèbre de l’ossuaire que les Suisses avaient érigé à Morat , en mémoire de la défaite de Charles le Téméraire. Elle est gravée en latin et en allemand, sur une grande table de bronze, décorée dans le style de la première renaissance Les termes en sont d’une énergie singulière : .... Exercitvs mvratvm obsidens ab helvetiis coesvs hoc svi MONiMENTVM RELIQVIT. Au Commencement de la révolution, une armée française victorieuse détruisit l’ossuaire et envoya l’inscription à Paris.
Saint Louis communiquait volontiers ses livres aux savants. Charles V admettait les gens d’étude dans la tour de la Librairie. Mais la Bibliothèque royale n’est devenue complètement publique qu’en 1737. La bibliothèque Mazarine avait été ouverte à tous, vers 164 4, et celle des religieux de Saint-Yictor, en 1707.
Hôtel et musée de Cluny. Dans la première moitié du xiv® siècle, vers 1340, Pierre de Chaslus, abbé de Cluny, acheta l’emplacement du palais des Thermes, dans l’intention d’y construire un logis rapproché du collège que son abbaye possédait en face de la Sorbonne. Ce projet ne paraît pas avoir été suivi d’exécution; car ce ne fut qu’à la fin du xv® siècle que Jean de Bourbon, un des successeurs de Pierre de Chaslus, entreprit la construction de l’édifice qui subsiste encore. Quand ce prélat mourut, en 1485, les fondations sortaient à peine de terre. Jacques d’Amboise, qui réunissait en même temps les titres d’évêque de Clermont, d’abbé de Cluny, d’abbé de Jumièges et d’abbé de Saint-Alyre, reprit, en 1490, l’œuvre de son prédécesseur, et la conduisit jusqu’à entière perfection.
Après Jacques d’Amboise, l’hôtel de Cluny eut successivement pour hôtes la veuve de Louis XII , Jacques , roi d’Écosse , et le cardinal de Lorraine. En 1584 , des comédiens y donnaient des représentations. Pendant le xvii® siècle, il servit de demeure aux nonces de la cour de Rome. En 1787, l’imprimeur de la reine avait ses presses dans la chapelle abbatiale, et la tour était devenue un observatoire pour l’astronomie de la marine. La révolution marqua
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son passage dans l’hotel, en brisant les statues et les blasons. Longtemps habité par des industriels et par des ouvriers,rhotel deCluny sortit enfin de son abaissement, quand M. du Sommerard y transféra , en 1833, son immense collection, dont la renommée devint bientôt européenne. Pendant dix ans, l’hOtel de Cluny fut un point de réunion pour les artistes et pour les archéologues. Mais la conservation de ce musée du moyen âge , et celle de l'édifice qui le renfermait, tenaient à la vie du fondateur; lorsque M. du Sommerard mourut en 1842, on eut un instant à redouter la dispersion de l’un et la démolition de l’autre. Le gouvernement comprit cependant que le moment était arrivé de donner aux études archéologiques un encouragement efficace , par la fondation , dès longtemps réclamée, d’un musée national. La collection et l’hôtel étaient devenus inséparables; les Chambres en autorisèrent l’acquisilion simultanée, et moins d’un an après la mort de M. du Sommerard, l’État s’en trouvait déjà propriétaire. De son côté, la ville de Paris s’empressa de céder au domaine public les ruines impériales des Thermes, et prit aussi l’engagement de régulariser tous les abords du nouveau musée. Les travaux d’appropriation de l’hôtel furent commencés au mois d’octobre 1843, sous la direction de M. Edmond du Sommerard, conservateur, et de M. Albert Lenoir, architecte. L’inauguration du musée eut lieu le dimanche 17 mars 1844. Le premier jour, le nombre des visiteurs fut de 12,000; le dimanche suivant, il dépassa le chiffre de 16,000.
Une solide muraille , qui vient de recouvrer son couronnement crénelé , ferme la cour de l’hôtel , sur la rue des Malhurins. En arrière des créneaux, un étroit passage en planches repose sur des consoles de fer. On entre dans la cour par une porte en arc surbaissé, dont la voussure est sculptée de pampres chargés de grappes et d’anges qui déroulent des banderoles. Une porte plus petite , ouverte auprès de la première, était réservée aux piétons. La façade intérieure se compose d’un grand corps de logis, flanqué de deux ailes. Le rez-de-chaussée et le premier étage reçoivent la lumière par des fenêtres carrées et bordées de moulures. Au-dessus du premier étage, le mur se termine par une frise élégamment
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ouvragée el par une riche balustrade à jour. Les deux gorges de la frise , toutes découpées en feuillages , servent d’habitation à une multitude de petits animaux qui courent et se jouent de mille façons ; ce sont des chiens qui se mordent les oreilles les uns aux autres, des écureuils qui grimpent, des lapins qui broutent, des couleuvres qui rampent, des limaces qui se glissent le long des branches, des lionceaux qui se battent, des chimères qui s’allongent en grimaçant, des marmousets qui gambadent. Les hautes fenêtres de pierre, qui coupent le comble, sont parées d’arcatures, de gargouilles, de clochetons et de culs-de-lampe destinés à recevoir des statuettes; elles portaient, sur leurs tympans, de grands cartouches blasonnés, dont il ne subsiste plus que des traces à peine visibles. Quelques parties d’ornementation aux fenêtres et à la balustrade appartiennent à une phase de la renaissance un peu plus avancée que le reste du monument. Les gargouilles ont, pour la plupart, des formes d’animaux , lions, aigles, griffons. Au pignon de l’aile occidentale, il s’en trouve une plus singulière; une espèce de goujat encapuchonné tient par les jambes un marmouset , qui , au lieu de rejeter l’eau par la bouche, suivant l’usage le plus ordinaire, se met en posture de lui donner passage par l’orifice opposé.
Une tour à cinq pans s’avance en saillie sur le corps de logis central ; elle est ceinte de plusieurs cordons de moulures feuillagées ; ses ouvertures ont des linteaux en accolades, au sommet desquels s’épanouissent des fleurons. La porte d’entrée a été dépouillée des sculptures et des niches qui la surmontaient. Jacques d’Amboise avait fait aussi représenter, sur la base de la tour, de chaque côté de celte porte, les bourdons et les coquilles, emblèmes de son saint patron, le protecteur des pèlerins. 11 en reste quelques débris. On lit même encore des sentences pieuses sur des banderoles, qui flottent aux extrémités des bourdons. La tour contient un large escalier de pierre, dont les marches montent en spirale autour d’une colonne, jusqu'à la terrasse qui recouvre le dernier étage.
Quatre arceaux en ogive forment une élégante galerie , au rezde-chaussée de l’aile gauche de l’hôleL Des bouquets de feuillages et des limaces s’enroulent et grimpent à l’extrados des arcs ; on
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voit, dans les tympans , le chien de la maison couché près de sa niche, quelques oiseaux, un singe enchaîné, dont l’attitude est pleine de malice.
Les anciennes cheminées sont restées au sommet du comble^ les unes en briques, les autres en pierre, avec leurs moulures et leurs petits contre-forts.
Avant de quitter la cour on remarquera , sur la muraille de clôture en face de la tour, un grand cercle gravé dans la pierre. Il représente, au dire de tous les anciens auteurs qui ont décrit l’hôtel de Cluny , la circonférence de la cloche énorme , que le cardinal Georges d’Amboise lit fondre par Jean Lemaçon, pour l’église métropolitaine de Rouen, et à laquelle il donna son nom. L’opération de la fonte aurait été accomplie en ce lieu même.
La partie de l’édifice qui regarde le jardin , est disposée en équerre. Le corps principal reproduit le système général de la façade antérieure ; mais la sculpture y est moins abondante. L’aile renferme l’ancien oratoire abbatial , dont la petite abside s’arrondit vers l’orient, sous la forme d’une gracieuse tourelle, portée en encorbellement par des consoles de feuillage, percée de baies à meneaux , et coiffée d’une toiture en plomb à laquelle des chimères servent de gargouilles. Des enroulements et des rinceaux ont été imprimés sur le métal ; les mots Servire Deo y sont aussi plusieurs fois répétés.
Une salle basse , qui forme portique au-dessous de la chapelle , établit une communication entre le jardin de l’hôtel de Cluny et la cour qui précède la grande salle du palais des Thermes. Les voûtes de ce passage sont sillonnées de nervures prismatiques , qui jaillissent toutes d’un pilier octogonal , pour aller retomber sur des consoles historiées appliquées aux murailles. Au chapiteau du pilier central , l’écusson de Jacques d’Amboise , pallé d’or et de gueules, avec la crosse abbatiale en amortissement , se montre , une première fois, soutenu par deux anges; et, une seconde, accosté de deux hommes sauvages. Le chiffre du roi Charles VIII s’y voit aussi , surmonté d’une couronne , comme à la rose de la Sainte-Chapelle du Palais.
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Il ne faut point chercher, à l’intérieur de l’hôtel de Cluny,une distribution analogue à celle qui nous paraît aujourd’hui indispensable pour qu’un logis soit commode , ou même habitable. L’architecte n’a point songé à ces dégagements, à ces corridors qui permettent d’accéder à chacune des différentes pièces d’un appartement sans traverser les autres. Ce sont ici de grandes salles qui se succèdent, occupant chacune la profondeur entière du bâtiment, et qui toutes se commandent , pour nous servir de l’expression consacrée. Les escaliers nous semblent heureusement placés , de manière à ne pas interrompre la suite des appartements. D’après une disposition assez fréquente dans les châteaux et dans les hôtels de la même époque, ils sont établis , l’escalier d’bonneur dans une tour en hors-d’œuvre, les escaliers de service dans les tourelles qui remplissent les angles de l’édifice. Les salles n’ont rien gardé de leur décoration primitive. La chapelle seule se fait remarquer par le luxe de sa structure.
L’ancien oratoire de l’abbé de Cluny forme un carré, dont chaque côté n’a guère plus de vingt pieds. Au centre s’élève un pilier à huit faces, d’environ dix pouces de diamètre, qui se couronne, comme un palmier, de seize rameaux, dont l’épanouissement couvre toute la superficie des voûtes. Douze niches, aujourd’hui vides, décorées de consoles et de pinacles , contenaient autrefois des effigies de personnages de la maison d’Amboise, assistés de leurs saints patrons. Les croix de consécration , peintes sur les murs, étaient recouvertes par une couche de badigeon ; il a été facile de les faire reparaître. L’abside a vu briser son autel et son Christ au tombeau sculpté en marbre. Mais il lui reste des vestiges bien précieux de sa splendeur passée. A la voûte, le Père Eternel, sortant d’un nuage , vêtu en pape , et tenant le globe du monde , bénit son Fils, expirant sur la croix. Un ange recueille, dans un calice, le sang qui jaillit du côté de .Jésus ; treize autres portent les instruments de la Passion, et des banderoles sur lesquelles se lisent des prophéties relatives au sacrifice de la nouvelle alliance. Toutes ces figures , sculptées en ronde bosse , sont rehaussées d’or et de couleur. Des peintures, d’un bon style, exécutées sur les parois de
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celte abside, et probablement par des artistes italiens, représentent Marie, mère de Jacques, et Marie Salomé, pleurant la mort du Cbrist.
Trois fenêtres k meneaux éclairent l’abside. Au nombre des vitraux dont elles sont garnies, il s’est retrouvé un portement de croix, qui occupait autrefois à peu près la même place, et dont le style annonce que les verrières étaient dignes en tout de la chapelle. Un escalier tournant, disposé à l’angle sud-ouest, et renfermé dans une cage de pierre toute travaillée à jour, descend à l’étage inférieur. L’architecture du moyen âge se plaisait à multiplier, dans ses constructions, les motifs les plus variés et les plus inattendus. Ainsi, cet escalier, qui par lui-même n’aurait aucune importance , est devenu , grâce à la piquante originalité de son ajustement, un des plus heureux détails de l’édilice.
Dans notre gravure, l’hôtel de Cluny reprend son aspect ancien. Nous rétablissons les baies telles qu’elles étaient dans le principe. Des remaniements modernes en ont multiplié le nombre; la forme de celles qui existaient a éprouvé aussi quelques modifications. Les ruines romaines des Thermes, le couvent des Malhurins, et les autres monuments disséminés autour de l’hôtel, se réunissent, sur notre planche, pour compléter la physionomie de ce quartier du vieux Paris. Le palais des Thermes a été décrit dans les premières pages de ce volume. Nous n’y reviendrons pas.
Depuis le jour de son inauguration, en 1844 , le musée de Cluny s’est enrichi de plus de mille articles nouveaux. Il se divise en dix sections principales, savoir : Sculpture; monuments,
statues, bas-reliefs, pierres tombales , meubles ecclésiastiques et civils, en pierre, en marbre, en bronze, en bois, en ivoire, en albâtre. 2° Peinture; tableaux, portraits, manuscrits, miniatures, livres à figures. 3® Peinture sur verre. 4o Émaux; série des plus complètes, du xiie au xviiie siècle, 5° Faïences, verreries; faïences italiennes, françaises, allemandes; grès de Flandre; terres émaillées; carreaux des xuie, x(ve, xve et xvie siècles; verreries de Venise et d’Allemagne. 6<» Orfèvrerie, bijouterie, horlogerie. 7» Armes défensives et offensives; armures, boucliers, casques,
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épées, masses d’armes, pertuisanes , arquebuses, mousquets, fusils. 8» Serrurerie; fers ciselés, gravés et repoussés; serrures, verroux, lieurloirs. 9» Tapisserie; teulures, oruemenls d’églises, broderies. IQo Matières précieuses; mosaïques; objets divers. D’après le catalogue le plus récent, publié en 1854, le nombre des articles s’élevait à 2586. 11 s’est encore augmenté depuis, et plusieurs salles nouvelles seront ouvertes au public, au moment même où commencera l’Exposition universelle. L’acquisition la plus précieuse que le musée de Cluny ait faite dans ces derniers temps, est celle du retable d’or que l’empereur saint Henri donna, vers l’an 1019, à la cathédrale de Bâle. Sauvé comme par miracle de la proscription , h l’époque où les BAlois adoptèrent la réforme religieuse, et conservé, pendant près de trois siècles, au fond d’un souterrain de la cathédrale, ce rare monument n’a revu la lumière qu’en 1824, pour être vendu â l’encan, au profit d’une des sections cantonales de la république. Le nouveau propriétaire du retable l’a gardé trente ans, toujours dans l’attente d’une occasion de le céder à quelqu’une de nos collections nationales. Le ministère d’État s’est enfin décidé à faire les sacrifices nécessaires pour en assurer la possession à la France. Par l’authenticité de son origine, par le grand caractère du dessin et de l’exécution, et même aussi par la valeur de la matière qui en forme la substance, le retable de Bâle mérite le premier rang parmi les nombreuses richesses de Cluny. Des arabesques et des rinceaux d’une admirable variété couvrent l’encadrement. Des médaillons représentent les quatre Vertus cardinales, Prudence, Justice, Tempérance et Force. Une arcalure en plein cintre, dont les archivoltes reposent sur des colonnettes, contient cinq figures en pied, d’environ cinquante centimètres de hauteur. Au centre, le Christ, un peu plus grand que les autres; à ses pieds, deux personnages d’une excessive petitesse, saint Henri et sainte Cunégonde, prosternés; à sa droite, saint Michel et saint Benoît; à sa gauche, saint Gabriel et saint Raphaël . Deux vers latins , d’une facture bizarre et d’un style peu intelligible, expriment une invocation au divin médiateur, et l’interprétation mystique des noms que portent
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les trois anges. Tout le retable est un bas-relief d’or, d’une saillie tantôt plus grande et tantôt moindre, exécuté au repoussé et retouché au burin. L’épaisseur du métal diffère , suivant l’importance du relief. L’or est appliqué sur une table épaisse de bois de cèdre. Une matière dure, probablement de la résine, remplit à l’intérieur les creux des saillies. Si nous avons consacré quelques lignes à ce monument, c’est qu’il n’a pas encore pris place dans les catalogues imprimés, et que nos lecteurs ne trouveraient pas ailleurs les détails dont nous venons de leur faire part.
Nous regrettons vivement de ne pouvoir disposer ici d’un espace suffisant pour passer en revue les diverses catégories du musée de Cluny. Sans copier le catalogue, nos remarques pourraient le développer et lui servir de corollaires. Nous avons indiqué, chemin faisant , dans ce volume , une certaine quantité de fragments qui ont été transportés dans les galeries de Cluny ou dans la salle des Thermes; nous n’en répéterons pas la nomenclature. Nous nous bornerons à désigner, dans les principales séries, un certain nombre d’articles qui nous paraissent les plus dignes d’être distingués, sans vouloir cependant rabaisser le mérite des autres. La collection est intéressante jusque dans ses moindres détails ; on n’en pourrait rien distraire impunément. Nulle part les artistes, les industriels, les ouvriers ne trouveraient réunis, en pareille quantité, des modèles de tous les temps, et représentant aussi bien toutes les formes dont l’intelligence humaine a su revêtir la matière.
Ainsi donc, parmi les œuvres de la sculpture, en pierre ou en marbre, le retable de la Sainte-Chapelle de Saint-Germer, un des chefs-d’œuvre de la seconde moitié du xiii« siècle ; un autre retable, d’une richesse extraordinaire, qui provient d’une église de Troyes, et dont la résurrection du Christ forme le motif pnncipal, fin du xv® siècle; deux cheminées , siècle, tirées de la ville du Mans, et décorées de sculptures qui représentent des fiançailles; deux autres cheminées, xvie siècle, couvertes de basreliefs, qui ont été retirées d’une maison de Châlons-sur-Marne, en 1849, et dont une, en regard de la date de 156^, porte le nom de son sculpteur, Hugues Lallement; une cinquième cheminée,
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avec une Charité en bas-relief sur le manteau, et des muffles de lions pour supports , xvi® siècle ; le groupe des trois Parques, attribué à Germain Pilon; plusieurs statuettes, qui furent exécutées, aux xive et xv^ siècles , pour les tombeaux des ducs de Bourgogne, à Dijon ; des stèles hébraïques ; des tombes gravées, entre autres celle de Brocard de Charpignie , chevalier français, qui fut inhumé au xiii® siècle, dans une des églises de l’île de Chypre, et dont le frère était évêque de Paphos. En bois, plusieurs retables des xiv® et xv® siècles, dont quelques-uns sont d’un très-beau travail; un Christ en croix de grandeur naturelle, et du style le plus curieux, xii^ siècle; un saint Louis, statuette du xivp siècle, autrefois placée à un retable de la Sainte-Chapelle de Paris; des bancs de réfectoire, xv'' siècle; des chaires, des stalles, des bahuts, des cabinets, des coffres de mariage, xve, xvi®, xviie siècles; le grand dressoir de la sacristie de la cathédrale de Saint- , Pol de Léon, xv® siècle; un lit, qui passe pour avoir appartenu à François pr; le credo en action, de l’abbaye de Saint-Biquier, daté de 1587; un escalier de l’ancienne Chambre des comptes, aux chiffres de Henri IV et de Marie de Médicis; soixante figurines de rois de France, qui furent faites au commencement du règne de Louis Xlll. En ivoire, une figure panthée, iir ou iv® siècle, la plus grande sculpture antique qui nous reste en cette matière; des boîtes circulaires, qui ont servi à renfermer les saintes espèces, et dont les bas-reliefs sont exactement semblables à ceux des plus anciens sarcophages chrétiens; la crosse, en forme de tau, de Morard, abbé de Saint-Germain des Prés, xi® siècle; le mariage de l’empereur Olhon 11 avec Théophanie, x® siècle; des plaques admirables, qui furent employées comme couvertures de psautiers ou d’évangeliaires; la châsse de saint Yved de Braine, xii^ siècle; une boîte à miroir, xiiie siècle, couverte de figures qui passent pour celles de saint Louis et de sa famille ; une crosse, de l’exécution la plus gracieuse, avec un Calvaire sur une face, et sur l’autre une Madone entre deux anges, xiv® siècle ; les retables à petits bas-reliefs, fin du xive siècle, qui proviennent de la Chartreuse de Dijon , où ils étaient conservés sousletitre d’oratoiresdes duchesses de Bourgogne.
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I Peintures diverses; fragments de fresques du monastère de I Charlieu, xn* siècle ; grandes figures à l’huile, sur basane dorée et
* ^ gaufrée, qui tapissaient les murs du salon principal d’une maison
I de Rouen, xvi« siècle; portraits historiques et tableaux , xv« et
' xvi* siècles ; plusieurs tableaux du même temps qui proviennent de
•: la confrérie du Puy-Notre-Dame , en la cathédrale d’Amiens ,
I entre autres le sacre de David à Hébron, et celui de Louis Xll à
J Reims, en présence des pairs de France. Tableaux en métal
repoussé et en peinture , suivant l’usage des Grecs et des Russes, pris par l’armée française dans la forteresse de Bomarsund, le 14 août 1854. Quelques vitraux de second ordre, xv% xvi^, xviie siècles.
Émaux. Suite non interrompue depuis les œuvres de l'école de Limoges, au xiie siècle, jusqu’aux dernières productions du xviii'. Plaques à personnages exécutées pour le revêtement du maître- I autel de l’église abbatiale de Grandmont en Limousin, xii^ siècle; couvertures d’évangiles, garnitures d’autels, crosses, croix processionnelles, châsses, reliquaires, custodes, bassins à laver, xiiie et XIV® siècles ; les neuf grandes plaques, hautes de 1 mètre 65 cent., sur un mètre de largeur, représentant des figures allégoriques et des divinités de la fable, que Pierre Courtoys fit, en 1559, pour la décoration extérieure du château de Madrid, dans le bois de Boulogne, près Paris; le cabinet de deuil de la reine Catherine de Médicis, où cette princesse est peinte en prières dans son oratoire; des coupes en grisaille et des tableaux, par Léonard Limousin, Pierre Rémond, Jean Courtoys, Pénicaud, Jean Laudin, Baptiste Nouailher, etc., etc.
Faïence. Vases, plats, médaillons, des fabriques de Faënza, de Monte-Feltro, de Pesaro, d’Urbino, de Gubbio, de Naples, de Nevers, de Rouen, de Lunéville, d’Avignon; Majolicas; (rois grands médaillons, la naissance du Christ, la Foi, la Tempérance, un ange porte-flambeau, bustes d’un jeune homme et d’une négresse, le martyre de sainte Catherine, par Luca délia Robbia ; plats en relief et figures diverses, par Bernard de Palissy.
Orfèvrerie. Croix, reliquaires, chandeliers, ostensoirs, calices.
MUSÉE DE CLUNY
navettes, encensoirs, du xii» siècle au xve; une colombe en cuivre, xiiie siècle, qui a servi de suspense à renfermer le saint sacrement ; une salière en étain, avec figures et inscriptions, xiv* siècle ; une ceinture montée en argent, xiv® siècle; des aiguières en étain par François Briot, XVI® siècle.
Au milieu d’une foule de pièces d’armure et d’équipement militaire, une paire d’étriers, d’un travail remarquable, qui présentent le chiffre, la salamandre et la devise de François Dr.
Tapisseries, étoffes. Un fragment de chasuble brodée en or, xiie siècle, provenant de l’abbaye de Cîteaux; un morceau du suaire de saint Bénigne; vêtements épiscopaux, trouvés récemment dans la sépulture d’un évêque de Bayonne, xii® siècle ; chapes, chasubles, dalmatiques, parements, xve, xvi®, xviie siècles; tapisserie de haute lice de la cathédrale de Beauvais, saint Pierre délivré de prison ; dix pièces d’une rare beauté, et d’une grandeur extraordinaire, représentant l’histoire de David et de Bethsabée, exécutées dans les fabriques de Flandre , sous le règne de Louis XII, achetées par le musée dans un château des environs de Gênes; tentures autrefois placées dans le salon de l’Arsenal, à Paris, sur lesquelles on voit Henri IV en Apollon, son père, Antoine de Bourbon, en Saturne, sa mère Jeanne d’Albret, en Vénus, et sa femme, Marie de Médicis, en Junon.
Dans la section des objets divers, deux têtes de lion en cristal, qui ont servi de pommes à un siège antique, iii® siècle environ ; un échiquier qui passe pour avoir appartenu à saint Louis, mais que nous croyons d’une époque moins ancienne; beaucoup de bronzes, de médailles et de petits objets trouvés dans les fouilles de Paris; des quenouilles de mariage, xvi® siècle; des râpes à tabac, xviie siècle; un curieux moule à oublies, xiiie siècle; quinze portraits en cire coloriée de grands personnages et princes du xvie siècle, entre autres Louis XII, François Dr, Gharles- Quint, Charles IX , Henri III et le duc de Guise.
Sous la direction active et intelligente de M. E. du Sommerard, le musée de Gluny ne cesse de prendre des accroissements nouveaux. Encore quelques années , et par la force des choses , il
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sera devenu possesseur de tous les objets les plus rares disséminés maintenant dans les col le étions particulières.
hcoJe des Beaux-Arts. — Une ordonnance du roi Louis XVIII i affecta au service de l’École des beaux-arts l’ancienne maison des PetitS'Augusiins. Ce monastère avait été fondé , en 1609, par la reine Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, pour des religieux qu’on appela vulgairement Petits-Auguslins, afin de les distinguer des Grands-Augustins, dont la maison était peu éloignée de la leur. La fondatrice voulut que le nouveau monastère fût nommé le couvent de Jacob, nom qui est passé depuis à une rue voisine, et, quand elle mourut en 1615, elle désira que son cœur fût déposé dans la chapelle qu’elle avait fait bâtir. La chapelle de Marguerite de Valois existe encore ; c’est un petit édifice, couvert en coupole, adossé, du côté de l’orient, à une nef qui n’a été construite que sous le règne de Louis XIII.
La maison des Petits -Augustins n’offrait, dans sa structure ni dans sa disposition, rien de bien remarquable. Elle doit sa réputation au choix que l’Assemblée Constituante en fit, au moment de la suppression des ordresmonastiques et de la mise en vente des maisons religieuses, comme d’un lieu de dépôt pour les monuments , désormais sans asile, dont la conservation pouvait présenter de l’intérêt pour l’étude de l’art ou pour celle de l’histoire. Un comité spécial fut chargé de désigner les œuvres de peinture et de sculpture qui devaient être recueillies. Un artiste plein de zèle et de dévouement, Alexandre Lenoir, reçut la mission de rechercher les monuments et de prendre les soins nécessaires pour leur translation. Cet honneur lui revenait de droit; car c’était lui qui avait provoqué par ses réclamations la mesure adoptée par l’Assemblée. Il n’épargna ni peines, ni fatigues pour atteindre son but; plus d’une fois, il exposa sa vie pour sauver les monuments menacés; il fut même frappé d’un coup de baïonnette, en faisant de son corps un rempart au mausolée du cardinal de Richelieu, que des furieux voulaient réduire en poussière. Le couvent des Augustins comprenait, dans
^18 décembre 18^6,
3(i0 ÉCOLK DES HEAL'X-AHTS.
sou enceinte, une église, deux grandes cours, un cloître el un
vaste jardin. Cet emplacement, tout considérable qu’il était, se
trouva bientôt insuffisant. Il fallut déposer dans les caves une
foule de débris , sauf à leur trouver plus tard une destination
convenable.
L'église, composée d’une assez longue nef, et la chapelle de la reine Marguerite, reçurent les monuinenis les plus considérables et ceux des époques les plus reculées. Les autres se rangèrent, suivant un ordre chronologique, dans plusieurs salles désignées chacune j)ar le nom d’un des siècles ([ui se sont écoulés depuis le xiie justpi’au siècle présent. Les arceaux du cloître abritèrent aussi des statues et des mausolées. Les salles furent toutes décorées dans le style de l’époque dont elles portaient le nom, au moyen de fragments d’architecture et de vitraux contemporains. Des chapelles sépulcrales, des colonnes, des fontaines, des sarcophages renfermant les restes de quelques personnages illustres, s’élevèrent sous les ombrages du jardin. Des façades entières, apportées d’Anet, de Gaillon et d’autres édifices, vinrent s’ajuster sur les difTérenls cotés delà princi[)ale cour. L’aspect de cet ensemble grandiose produisit une profonde impression sur le public comme sur les artistes. On se prit à déplorer la ruine de tant de chefs-d’œuvre du passé; bientôt, il n’y eut plus (pi’un cri de réprobation contre les iconoclastes de 1793. C’est de là, certainement, que date, pour notre pays, l’ère de la réhabilitation de l’art du moyen âge.
L’ouverture du musée national des Petils-Augustins, ou plutôt des monumenis français, eut lieu le 15 fructidor, an ni. Son existence a duré un jieu plus de vingt ans. Le dernier catalogue, publié en 1815, énumère cinq cent soixante-douze monuments, sans compter une foule d’inscriptions, de vitraux, de fragments d'arcliiiccture, qui avaient été employés à l’ornementaticn des salles. Tout ce que nous admirons le plus aujourd’hui à Saint-Denis, dans quelques églises de P.œis, au Louvre, dans les salles de sculpture française, à Versailles, dans les galeries historiques, était alors aux Petils-Augustins. Les monuments ont eu beaucoup à souffrir, on n’en peut douter, dans les transports successifs qu’il leur a fallu