ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
Quant à ceux qui furent laissés aux Pelits-Augustins, à mesure qu’une salle devenait nécessaire pour le service de l’École des arts, on les jetait sans pitié dans une cour humide, où quelquesuns sont restés exposés à toutes les intempéries du ciel pendant près d’un quart de siècle. En 1824, le Louvre recueillit une partie de ceux qui dataient de la renaissanee et des deux siècles suivants. Quelques années plus tard, la collection historique de'Versailles s’enrichit d'une quantité considérable de statues et de bustes que le Louvre avait dédaignés. Des fragments précieux ont été employés tant bien que mal dans la décoration des nouvelles constructions de l’École. D’autres, après avoir été cent fois déplacés, ont fini par se réduire presque à rien, et aujourd’hui même, dans le pourtour des bâtiments, sous des monceaux de pierres sculptées et de marbres revêtus d’inscriptions, nous avons reconnu les derniers débris de monuments qui auraient mérité un sort meilleur.
Les édifices actuels de l’École des beaux-arts sont modernes à peu près en totalité. Commencés par M. Debret, sous le règne de LouisXVlII, ils ne furent achevés que longtemps après par M. Duban, du temps de Louis-Philippe. Il ne restedu couvent des Augustins que la chapelle et quelques constructions secondaires sans aucune importance. On entre par une grille, accompagnée des figures colossales en buste de Nicolas Poussin et de Pierre Puget. Voici quelle est la disposition générale du plan de l’École. A la suite de la grille, une longue cour en parallélogramme; au centre, une haute colonne corinthienne en marbre, surmontée d’une Abondance en bronze, dans le style de Germain Pilon ; à main gauche, dans une série de fausses baies, des sculptures admirables du xv« siècle, tirées des façades de l’ancien hôtel de La Trémouiile * ; à main droite, la chapelle conventuelle, maintenant salle d’exposition, décorée de la façade qui formait le motif principal de la cour intérieure du château d’Aiiet, bâti pour Diane de Poitiers; au fond, une des façades du château de Gaillon, que fil élever le car-
’ Nous donnons plus loin^ dans l’arlicle réservé aux hôtels, quelques détails sur cet édifice.
ÉCOLE DES liEAUX-AKÏS.
(linal (l’Aniboise dans les premières années du xvie siècle; sur un des cotés de la chapelle, un cloître tout neuf, qui occupe l’emplacement de l’ancien cloître des religieux, et qui contient les sculptures auxquelles les grands prix ont été décernés dans les concours annuels. Dans la chapelle, il existe d’élégantes boiseries historiées, plusieurs scènes de la Passion sculptées en marbre au xvi^ siècle, et des colonnes doriques qui ont appartenu au château d’Anet. Le mur qui en ferme l’extrémité est couvert tout entier par la copie, exécutée par Sigalon, de la fameuse fresque du Jugement universel que Michel-Ange peignit au Vatican, dans la chapelle Sixtine. Le portique de Gaillon sert de transition entre la grande cour et la seconde; nous en donnons l’image, à défaut d’une plus ample description.
La seconde cour s’arrondit en hémicycle, en avant d’un vaste et massif bâtiment carré, qui contient des salles d’apparât, des fragments antiques incrustés dans les murs de sa cour intérieure, une immense collection de plâtres moulés sur l’antique, plusieurs portes charmantes en bois sculpté qui viennent d’Anet, les grands
ÉCOLE DES BEAUX-ARTS, prix de peinture et les modèles en relief des beaux monuments romains du midi de la France. C’est dans la salle consacrée à la distribution solennelle des récompenses que M. Paul Delaroche a figuré les architectes, les sculpteurs, les peintres les plus illustres de toutes les grandes époques de Part. Les parois de la cour demi-circulaire sont tapissées de fragments qui proviennent de Gaillon et d’Anet. On y remarquera aussi, sur des pilastres sculptés pour la chapelle de Philippe de Comynes, aux Grands-Augustins, ‘des sujets symboliques très-curieux, entre autres le triomphe de l’Amour, le fabliau d’Aristote, et le mauvais tour joué à Virgile par une dame romaine. Un bas-relief représente la réparation publique qui fut faite, en 1440, aux religieux du couvent des Grands-Augustins, par plusieurs sergents qui s’étaient saisis d’un moine, sans respect pour l’immunité du lieu saint, et qui avaient tué un des frères de la maison L Dans d’autres parties de la même cour, les chapiteaux de l’ancienne église de Sainte-Geneviève, xi® siècle ; deux portiques de Gaillon , dont un surtout est d’une légèreté extraordinaire; la tombe magnifique d’un chanoine de Noyon qui trépassa en 1350, et celles de deux grands prieurs de Saint-Denis, morts en 14... et 1517. Au milieu, le bassin en pierre de liais, de douze pieds environ de diamètre et d’un seul morceau, que fit faire, dans les dernières années du xii® siècle, un abbé de Saint- Denis, appelé Hugues, et qui était placé dans le cloître du monastère, à l’entrée du réfectoire, pour servir à l’ablution des mains. Vingt-huit têtes en relief sont sculptées sur le rebord de cette cuve ; un pareil nombre d’ouvertures rend facile l’écoulement de Peau qui jaillit du point central. Les bustes, accompagnés chacun d’un nom latin, représentent Jupiter, Junon, Hercule, le lion,
1 Les coupables furent condamnés, par sentence du Prévôt de Paris du 13 septembre l-î/iO, à faire trois am.endes honorables, une au Châtelet, une autre au lieu du forfait, la dernière à la place Maubert. Ils devaient être en chemise , sans chaperon, nu-jambes et nu-pieds, tenant chacun en sa main une torche de quatre livres ardente, et requérant à tous merci et pardon. {Du Brcul, Antiquités de Paris.)
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Cérion, Tliélis, Paris, Hélène, le riche, le pauvre. Flore, Sylvain, Faune, un nègre, l’Avarice, l’Ivresse, le singe, le bélier, le loup, Diane, l’Eau, le Feu, l’Air, Neptune, Gérés, Bacchus, Pan et Vénus.
Sur les côlés du grand bâtiment carré, au sud, les ateliers de moulage de l’École; au nord, un emplacement où se trouvent relégués, en société de quelques autres œuvres de moindre valeur, les bas-reliefs extraits des frontons qui ont été suprimés dans Pattique du vieux Louvre, et l’étage inférieur de l’hôtel de Torpane, dont les sculptures allégoriques sont datées de 1567U