V. Ilôpitaux
Quand le moyen âge voulait élever un hôpital, il s’efforcait, sans déployer toutefois un luxe qui n’eût pas été à sa place, de rendre l’édifice digne de ce beau nom de Maison Dieu , que nos pères donnaient à l’asile. des pauvres et des infirmes. De vastes salles, quelquefois divisées en plusieurs nefs par des rangées de colonnes, contenaient les lits des malades. Des cloîtres servaient de promenoirs. La chapelle, parée avec une certaine magnificence, faisait oublier un instant au malheureux le spectacle ordinaire de ses misères, et lui apparaissait comme l’ombre d’un monde meilleur. Quelques-uns de ces monuments de la charité chrétienne existent encore dans les villes d’Angers, de Beaune, de Compiègne , de Provins , de Tonnerre. On en a démoli un grand nombre depuis quelques années. L’hôpital moderne, triste et froid dans sa structure, ne représente que trop bien les formes tout administratives de l’assistance publique.
Le nombre des hôpitaux de Paris était autrefois de vingt-six. Plusieurs ont été conservés, et d’autres établissements hospitaliers, de création nouvelle, se sont installés dans des édifices qui appartenaient précédemment à des communautés religieuses. Les hôpi-
1 L'hôtel de Torpane, situé au quartier Saint-Victor, dans la rue des Bernardins, était l’ancienne maison paternelle des Bignon, qui se sont fait un nom illustre dans la magistrature et dans les lettres.
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taux conservés étaient tous, à l’exception de rHôlel-Dieu, de fondation peu ancienne et de structure moderne, comme la Charité, fondée, au faubourg Saint-Germain, en 1607, par la reine Marie de Médicis; l’hôpital Saint-Louis, remarquable par l’étendue et la disposition de ses édifices, qui furent commencés, en 1608, par ordre de Henri IV ; la Pitié, dont l’origine remonte à la régence de Marie de Médicis, en 1612; la Salpétrière, dont les bâtiments immenses, destinés d’abord par Louis XIII à servir d’arsenal, furent convertis en hospice du temps de Louis XIV, et dont la chapelle, couverte en dôme, a été construite par Libéral Bruant ou par Louis Levau ; la maison des femmes incurables , dont le cardinal de la Rochefoucauld se déclara fondateur, en 1634, et qui possède une jolie chapelle surmontée d’une flèche. L’hôpital des Ménages, autrefois des Petites-Maisons, dans la rue de Sèvres, institué en 1497, restauré en 1557, a été renouvelé au xvii' siècle ; sa chapelle, élevée en 1615, contient plusieurs inscriptions, dont la plus ancienne relate une fondation d’obits faite en 1587.
Parmi les hôpitaux supprimés, celui de Saint-Jacques aux Pèlerins paraît avoir été un des plus intéressants quant à son architecture. Une confrérie de bourgeois de Paris , qui avaient fait le pèlerinage de Saint-Jacques en Galice, le fonda en 1319. Il avait une église et un cloître. Au mois d’avril 1840, on découvrit, sur l’emplacement de l’église , quatorze statues de grandeur naturelle, qui en avaient décoré le portail, xiv^ siècle. Elles représentaient le Christ et les Apôtres ; nous les avons vues encore peintes et dorées. Il s’en trouve cinq au musée de Cluny. D’autres sont restées, comme enseigne, dans un magasin de nouveautés, au coin des rues Saint- Denis et Montorgueil.
L’IIôtel-Dieu doit son origine à saint Landry, vingt-huitième évêque de Paris, qui siégea de 652 à 656. Le saint prélat fit construire l’hôpital auprès de son église cathédrale; il y nourrissait lui-même les pauvres malades. Comme à Paris, dans la plupart de nos villes épiscopales, la maison des pauvres s’ouvrait à quelques pas de l’église mère et de la demeure de l’évêque. C’était là une pieuse et respectable coutume, dont les dernières traces s’effacent
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cliaque jour, maintenant que les hôpitaux, considérés comme étahlissements insalubres, sont expulsés du centre de nos villes. Saint Louis était un zélé bâtisseur de maisons hospitalières ; il combla de bienfaits l’Hotel-Dieu de Paris et fit notablement agrandir l’édifice. La plupart de ses successeurs suivirent l’exemple qu’il leur avait laissé. En dernier lieu, les bâtiments se composaient de deux immenses corps de logis , élevés sur les deux rives du petit bras de la Seine, et réunis par un pont. Celui de la rive droite existe encore ; l’autre a subi un retranchement considérable, pour faire place à la continuation des quais. Leur architecture, de la plus complète simplicité, appartient au xvii* siècle. 11 paraît cependant que dans lessubstructions, en descendant versles parties basses qui plongent dans le fleuve, on trouve encore quelques salles, quelques voûtes qui datent du moyen âge. L’Hôtel-Dieu eut à subir, dans le siècle dernier, en 1737 et 1772, deux incendies effroyables. Au commencement du siècle présent, on a consommé la ruine d’une très-belle façade du xiii* siècle, qui se développait à l’entrée de la rue de la Cité, auprès du Petit-Pont. Elle présentait surtout une porte richement sculptée de figures et de feuillages. Il en reste des dessins entre les mains de quelques artistes. Nous avons déjà indiqué l’emplacement de l’ancienne chapelle de l’IIôtel-Dieu , sur un des côtés du parvis Notre-Dame. Un porche, avec colonnes de l’ordre de Pes'um, servant d’entrée principale, s’est élevé, en 1803, sur une partie du sol de cette chapelle ; il contient la statue , sculptée en marbre par Bosio, du baron de Montyon, dont l’inépuisable bienfaisance et l’ingénieuse charité ont assuré , comme le rappelle l’inscription du piédestal, des encouragements aux sciences , des récompenses aux actions vertueuses , des soulagements à toutes les misères humaines.
L’Hôtel-Dieu était privé de sa chapelle. Un oratoire fut disposé dans un bâtiment du temps de Louis XIII , orné de quelques jolies sculptures, que nous avons vu détruire pour l’élargissement du pont au Double. C’est alors que l’antique église priorale de Saint- Julien le Pauvre fut annexée à l’hôpital, pour l’usage des malades et du personnel de la maison. Le vendredi 20 octobre 1826, Par-
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chevêque de Paris vint célébrer solennellement la réconciliation de ce vénérable sanctuaire livré , depuis près de quarante ans, à la profanation. Saint-Julien a été rarement représenté; nous lui avons consacré deux gravures , Tune pour l’extérieur, l’autre pour l’intérieur de l’abside. M. Albert Lenoir a donné une monographie à peu près complète de l’édifice, dans la Stalistique monumentale de Paris.
L’origine de Saint- Julien remonte au premier siècle de notre monarchie. Grégoire de Tours lui donne le titre de basilique, dans le récit qu’il nous a transmis de la mésaventure d’un montreur de fausses reliques , dont les supercheries urent dévoilées par l’archidiacre de Paris. Les Normands dévastèrent l’église. Au commencement du xii** siècle , elle devint la propriété des religieux de Sainte-Marie de Longpont, près Mont- Ihéry. Ceux-ci fondèrent un prieuré à coté de l’église, et la reconstruisirent elle-même bientôt après. Le nombre des moines du nouveau prieuré s’éleva jusqu’à cinquante. Les assemblées générales de l’Université eurent lieu à Saint-Julien du xiii' siècle au xvr, et l’élection du recteur s’y faisait ordinairement, à la même époque. En 1655, le titre prierai fut éteint et réuni à rHôtel-Dieu. Diverses confréries pieuses eurent alors la faculté de disposer de l’église pour leurs cérémonies. En 1787, un seul chapelain, choisi par le clergé de Saint-Séverin, célébrait, à Saint-Julien, deux messes par semaine.
Saint-Julien le Martyr était, dans le principe, le seul patron de
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l’église. Plus tard, vers le xii' siècle, le culte de Saint-Julien le Confesseur, évêque du Mans, surnommé le Pauvre à cause de sa charité envers les malheureux, fut associé à celui du titulaire primitif. Sauvai a remarqué que Saint-Julien et Notre-Dame sont les deux églises de Paris dont les absides regardent avec le plus de précision, le levant d’hiver. L’édifice a été rebâti dans la seconde moitié du xii® siècle, Deux files de colonnes le partagent en trois
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petites nefs, et (rois absides le terminent vers l’orient. En 1675,
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on retrancha cinq ou six toises de la partie antérieure de l’église , pour former la cour qui en précède aujourd’hui l'entrée. Le portail, renversé avec ses sculptures et ses statues, fit place à une façade insignifiante, vêtue de pilastres doriques, et coiffée d’un fronton triangulaire; la tour fut démolie en même temps. Les traces de ces constructions sont encore bien visibles. 11 faut aller chercher dans la rue Galande,no 42, au-dessus d’une porte, un bas-relief de pierre, xiii® siècle, qui provient de la façade de l’église, et qui représente un troisième saint Julien, différent du Martyr et du Confesseur. Ce saint Julien et sa femme avaient fondé un hôpital sur le bord d’un fleuve, dont la traversée était périlleuse ; et, pour faire pénitence, ils s’occupaient, jour et nuit, à porter les voyageurs d’une rive à l’autre. Une fois, le Christ lui-même, sous la forme d’un pauvre lépreux, vint leur demander le passage , et quand il eut éprouvé leur charité, il se fit connaître, leur promettant les récompenses du ciel. Dans notre bas-relief, saint Julien et sa femme conduisent leur barque; Jésus se tient debout au milieu d’eux.
L’architecture extérieure , surtout vers l’abside , est d’un style mâle et sévère. Deux rangs de fenêtres, en ogives simples, éclairent le chevet; des contre-forts lui servent de points d’appui; des moulures énergiques lui font une triple ceinture; des modillons soutiennent la corniche. D’autres fenêtres, partagées en deux baies par des colonnettes , s’ouvrent sur les cotés du chœur. Un peu en arrière de l’absidiole septentrionale, se trouve le puits de Saint- Julien, dont l’eau passait autrefois pour être douée d’une vertu miraculeuse.
La nef de l’édifice se divisait dans sa longueur en six travées; les deux premières ont été supprimées à l’époque de la reconstruction du portail, et les quatre autres ont éprouvé, en même temps, des modifications qui en ont dénaturé le style. Mais les deux travées du chœur, l’abside médiane et les deux absidioles latérales n’ont rien perdu de leur ajustement primitif. Elles conservent leur élégantes colonnes, les unes monostyles, les autres groupées en faisceaux, leurs chapiteaux à feuillages, leurs voûtes portées sur des nervures toriques, leurs clefs historiées. Des colonneltes
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et des moulures décorent les fenêtres. L’aspect de cette partie de l’église est d’un noble caractère. Avec les moyens les plus simples et sur des dimensions très-restreintes, l’architecte qui Ta construite a obtenu un grand effet. C’est une preuve de plus en faveur des ressources que présente l’art du moyen âge.
La sculpture de tous les détails a été traitée avec le plus grand soin. Nous avons compté plus de cent cinquante chapiteaux, tous variés dans leur ornementation. Le plus curieux est placé sur le côté méridional du chœur. Des feuillages perlés l’enveloppent; à ses angles, se dressent sur les volutes quatre figures à têtes de femmes, corps emplumés, ailes étendues, pattes armées de griffes. Un chapiteau presque semblable existe dans l’église de Notre- Dame, et comme à Saint-.Julien , il surmonte une colonne dans la partie méridionale du rond-point.
L’église de Saint-Julien possède quelques objets intéressants qu’un prêtre, ami des arts, a pieusement recueillis. En voici l’indication :
Un Calvaire, bas-relief en pierre, seconde moitié du xiv' siècle, encliàssé dans la boiserie de l’autel. La Vierge et saint Jean l’Evangéliste pleurent au pied de la croix. Un bourgeois et sa femme prient avec ferveur, agenouillés et mains jointes. Il serait possible que ces deux figures fussent celles du changeur Oudard de Mocreux et de sa femme, les fondateurs de l’ancienne chapelle de r Hôtel-Dieu. Oudard était changeur et homme de bon renom ; il mourut en 1383.
Le bas-relief funéraire d’honorable homme et sage maître Henri Rousseau, jadis avocat en parlement, seigneur en partie deChaillot et de Compans, qui trépassa le neuvième jour de novembre 1445. Le défunt sort à moitié de son sépulcre, le corps enveloppé d’un suaire, et récite, en levant les yeux vers un crucifix, des versets de psaume sur les misères du péché. Ses armoiries sont sculptées aux angles de la pierre. Une très -longue inscription gothique rappelle ses fondations de messes à l’autel de saint Louis, moyennant une rente à percevoir sur une maison située à Paris, devant le Palais, à l’image de Saint-Michel. Elle rapporte aussi qu’il
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donna cent francs, pour avoir sa sépulture dans la chapelle de rilôtel-Dieu.
Une inscription , autrefois posée au-dessous d’une statue de Louis XI, au pignon de l’iiopltal le plus rapproché du Petit-Pont.
Quehjues chapiteaux de rancien portail; un saint Landry, en pierre, xviic siècle; une Vierge eu marbre, de travail moderne. On a décoré du nom de Charlemagne une statue en terre cuite, qui n’est pas ancienne, et dont le travail est pitoyable; elle a été trouvée enfouie dans l’église.