VI. Ponts anciens j rues; places; hôtels et maisons
Les seuls ponis de Paris ([ul aient vraiment une origine ancienne, sont ceux (jui mettent l’île de la Cité en communication avec les deux rives de la Seine , et encore la plupart d’entre eux ont-ils été renouvelés dans les temps modernes, à mesure <[ue la population devenait [)lus nombreuse et la circulation plus active. D’autres se sont élevés peu à peu dans les xvii^ et xviir siècles ; plusieurs ne datent que du siècle présent, et quelques-uns s’achèvent en ce moment môme. Excepté le I‘ont*Neuf, les ponts de la Cité étaient autrefois couverts de maisons, qui leur donnaient l’aspect d’une rue; elles n’ont dis[>aru entièrement que vers l’année 1804. Nous avons déjà dit ailleurs que deux ponts existaient dès les temps les plus reculés, l’un au nord , l’autre au sud de Lutèce, à l’endroit où se trouvent encore le pont au Change et le Petit-Pont.
Au milieu du xii^ siècle, les changeurs de Paris prirent leur domicile sur le Grand-Pont, qui reçut depuis cette époque le nom de Pont au Chamje. 11 fut reconstruit en 1039. C’est le pont le plus large de Paris; on compte environ trente-deux mètres d’un parapet à l’autre. Un monument triomphal en l’honneur de Louis XIV, dont nous avons indiqué les statues dans les salles du Louvre, et rantl(pic forteresse du Grand-Châtelet s’élevaient, à l’extrémité du pont au Change, sur la rive droite de la Seine. Le Petit-Pont, tantôt incendié, tantôt entraîné par les inondations, reconstruit par
PONTS
l’üvêquc Maurice de Sully, à la fin du xii^ siècle, et par Charles VI, au corninencement du xv«, puis une dernière fois, en 1718, vient d’être rebâti complètement. Les travaux ont amené la découverte de quelques restes du pont de Charles Vf, et celle dessubstructions du Pelit-Chalelet, qui formait tête de pont sur la rive gauche du fleuve.
Le Po)d Notre-Dame vient aussi de subir une reconstruction à peu près totale; on n’en a conservé que les parties inférieures des piles et les cintres des arches. Le 10 mai 1413, le roi Charles VI, son fils le duc de Guyenne, le duc de Berri, le duc de Bourgogne et le sire de la Trémouille avaient donné les premiers coups de marteau sur les pieux des pilotis du pont Notre-Dame, appelé auparavant le pont de la Planche de Mibray. Ce pont s’écroula en 1499. Le Parlement fit emprisonner le prévôt des marchands et les éche vins, comme coupables de négligence grave dans cette circonstance. On appela aussitôt, afin d’avoir leur avis sur les moyens à prendre pour prévenir le retour d’un semblable accident, les maîtres ouvriers les plus habiles d’Orléans, de Tours, d’Amboise, de Lyon, d’Amiens, de Nantes, et autres lieux; ils furent chargés de faire un pourlrait du pont projeté. Frère Jean Joconde, de Vérone, présenta un plan et un devis qui furent adoptés. Deux Français, Jean de Félin et Collin Byard , le secondèrent dans son entreprise. Le pont était achevé en 1507. Le 3 juin 1590, le légat du pape passa en revue, sur le pont Notre-Dame, l’armée de la sainte ligue, toute composée de moines en froc et cuirasse, et dont l’évêque de Senlis était le général.
Le Pont Saint-Michel devait son nom au voisinage de l’église Saint-Michel, située dans l’enclos du Palais. Il avait eu déjà quatre, prédécesseurs, quand il fut rétabli dans sa forme actuelle, en 1 618. La structure en est pittoresque. Des niches le décorent, et de chaque côté, au-dessus de la pile médiane, on aperçoit la silhouette d’une figure équestre de Louis XIII, détruite pendant la révolution. Malheureusement, on assure que les quatre arches de ce pont embarrassent la navigation, et que les chevaux ont peine à gravir ses rampes abruptes. 11 s’agit de le remplacer par quelque chose
PONTS
de plus commode peut-être, mais de parfailemént laid, si l’on en juge par les ponts qui viennent d’être refaits sur le même bras de la Seine.
Le Pont-Neuf a d’illustres patrons, Henri III, qui en posa la première pierre en 1578, Henri IV, qui le fit terminer en 1604. Jacques Androuet Ducerceau le commença; Guillaume Marchand y mit la dernière main. L’architeclure de ce grand et bel ouvrage a été modifiée tout récemment d’une manière fâcheuse ; on a cru devoir en abaisser le tablier aux dépens des proportions de l’ensemble, et de nouvelles arches ont été construites en contre -bas des anciennes. Il a fallu aussi reprendre toute la corniche. Des artistes habiles ont du moins reproduit les nombreux masques de faunes et de satyres qui soutenaient la corniche ancienne; les originaux les mieux conservés sont maintenant déposés dans la salle des Thermes, au musée de Cluny, comme des modèles intéressants de sculpture grotesque. L’exécution matérielle n’en est pas moins curieuse que l’invention.
Depuis que Paris est devenu une des villes les plus grandes et les plus peuplées du monde, il a fallu faire de la place à cette masse d’hommes, de chevaux, de voitures et de chars de toute espèce, qui s’y meut jour et nuit. Les rues se sont donc élargies, les anciennes façades sont tombées, les vastes cours et les jardins des hôtels ont été annexés à la voie publique. On chercherait vainement aujourd’hui, dans notre capitale, une rue, comme on en trouve, encore dans quelques villes secondaires de nos départements, qui ait conservé sa physionomie du moyen âge. La rue Hautefeirille elle -même, dont nous mettons un échantillon sous les yeux du lecteur, et qui mieux que toute autre a gardé ses vieilles constructions, ne nous présente qu’une maison du xv® siècle; les autres, avec leurs jolies tourelles angulaires, appartiennent au siècle suivant, et quelques-unes même au xviie siècle. Les rues de la Cité n’ont plus de caractère; elles sont étroites, tortueuses, et voilà tout. H existe encore une panie des rues qui environnaient les ^ halles, et dont les maisons, soutenues par des piliers, formaient au ^ rez-de-chaussée un passage public. Cette disposition était ancienne.
KUES ET PLACES. 375
sans aucun doute; niais les édifices avaient été renouvelés à diverses
époques, et iTolTraient plus aucun intérêt. Si , au lieu de remonter au moyen Age, on voulait s’arrêter aux règnes de Louis XIII et de Louis XIV, on trouverait, dans le quartier du Marais, des rues entières bordées d’hôtels, convertis pour la plupart en maisons d’éducation ou en établissements industriels, mais dont l’apparence extérieure a peu changé depuis deux siècles. Au faubourg Saint-Germain, dans quelques rues que les spéculateurs et les