L’ÉGLISE DE PARIS; SES ÉTÉQUES, SES MONUKENTS
Les origines de l’Église de Paris sont enveloppées d’épaisses ténèbres. Les controverses les plus vives et les plus prolongées se sont élevées sur la question de savoir si saint Denis, son premier évêque, était le Denis Aréopagite, converti dans Athènes par les prédications de saint Paul , et si , dès le premier siècle , il avait reçu du pape saint Clément, le troisième successeur de saint Pierre, la mission d’annoncer l’Évangile aux Parisiens ; ou s’il ne serait pas un autre personnage du même nom, envoyé dans les Gaules vers le milieu du me siècle seulement, et martyrisé pendant la persécution exercée par l’ordre de Décius.
Mais au milieu de ces graves incertitudes, ce qui demeure incontesté, c’est que le fondateur et le premier évêque de l’Église de Paris portait le nom de Denis, qu’il fut assisté dans ses travaux apostoliques par deux compagnons , le prêtre Rustique et le diacre Éleulhère, et que tous trois, après avoir courageusement confessé la foi de Jésus-Christ, scellèrent de leur sang la mission qu’ils avaient accomplie. Si leur histoire ne se trouvait pas dans les livres, elle était écrite dans les monuments et dans les traditions populaires. On montrait encore , il n’y a pas un siècle , à Notre-Dame des Champs, une crypte où ils avaient réuni les premiers fidèles ; à Saint-Benoît , une chapelle élevée sur l’emplacement d’un oratoire, où, comme le disait une inscription, saint Denis avait commencé à invoquer le nom de la très -sainte Trinité; à Saint-Denis de la Chartre, la prison où le Christ était
ÉVÊCHÉ DE PARIS, venu lui-même forlilier les généreux confesseurs, en leur administrant son corps et son sang; à Saint-Denis du Pas, l’endroit où ils avaient souffert les premières tortures ; enfin sur la cime de Montmartre , le lieu où leurs têtes étaient tombées sous le glaive. Des croix érigées dans la plaine marquaient la route que saint Denis aurait suivie dans sa marche miraculeuse vers le lieu où son corps devait reposer. Une antique église couvrait la première sépulture des trois martyrs, et la grande basilique, si célèbre par les tombeaux des rois de France, conservait précieusement leurs reliques depuis la translation qui en avait été faite dès le règne de Dagobert
LES ÉVÊQUES. — Sous la domination romaine, la cité de Paris, comprise dans la quatrième lyonnaise , dépendait de la métropole de Sens. On sait que les premières circonscriptions religieuses furent déterminées d’après les circonscriptions politiques. Les prélats parisiens n’eurent donc que le rang d'évêques; ils reconnaissaient l’archevêque de Sens pour leur métropolitain. Mais , en 1622, sur les demandes instantes du roi Louis XllI, le pape Grégoire XV érigea Paris en siège archiépiscopal par sa bulle du XIII des calendes de novembre. Saint Denis a eu jusqu’à nos jours cent vingt-quatre successeurs, dont les quinze derniers seulement ont porté le titre d’archevêques. Parmi les évêques on en compte sept qui sont xénérés comme saints : saint Denis; saint Marcel au ve siècle; saint Germain au vi®; saint Céran, saint Landry et saint Agilbert au vii^ ; saint Hugues au viii®. Trois évêques et cinq archevêques ont été revêtus de la pourpre romaine.
ENTRÉE DES ÉVÊQUES. — De magnifiques cérémonies accompagnaient autrefois la première entrée de l’évêque de Paris dans sa ville épiscopale. Le prévôt des marchands, les échevins et les autres officiers de la ville allaient tous à cheval chercher le nouveau prélat jusqu’à l’abbaye de Saint-Victor. L’évêque montait alors sur un cheval blanc , et le cortège qui était venu le recevoir le conduisait à l’église abbatiale de Sainte-Geneviève. Au moment où l’évêque sortait de celte église, son procureur fiscal , entouré des autres officiers du siège, appelait à haute voix les vassaux de l’évêché, qui étaient tenus de porter la chaise du prélat. 'Deux de
ÉVÊCHÉ DE PARIS, nos rois, Philippe-Auguste et saint Louis, obligés à ce devoir en raison de certaines terres dont ils avaient la possession , se firent, exactement remplacer par des chevaliers de leur maison. Dans les derniers temps, les quatre vassaux de l’évêché qui devaient ce service au prélat, étaient les barons de Massy, de Montgeron, de Chevreuse et de Luzarches. Ces quatre barons, précédés par l'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève, portaient leur évêque jusqu’en la rue Neuve-Nolre-Dame, devant l’église de Sainte-Geneviève des Ardents. En cet endroit, l’abbé de Sainte-Geneviève présentait le prélat aux doyen et chanoines de Notre-Dame, qui se trouvaient là pour le recevoir, et qui le conduisaient à la grande porte de leur église. L’évêque ne pouvait passer le seuil de sa cathédrale qu’après avoir juré sur les saints Évangiles de conserver les privilèges , exemptions , immunités de l’Église de Paris et les concordats conclus entre ses prédécesseurs et le chapitre. A la suite de la prise de possession et de la messe solennelle , l’évêque était enfin conduit à son palais, où il devait un repas à tous les corps constitués qui avaient assisté à la cérémonie.
En 1674, pour rehausser l’éclat du siège archiépiscopal de Paris, Louis XIV érigea en duché-pairie, sous le titre de Saint- Cloud, les terres de Saint-Cloud , de Creteil, d’Ozouer-la-Ferrière et d’Armentières, en faveur de l’archevêque François de Harlay et de ses successeurs. On évaluait à cent quarante mille livres, au siècle dernier, le revenu ordinaire de l’archevêché.
LE PALAIS ÉPISCOPAL. — De temps immémorial les évêques de Paris avaient pour résidence un vaste édifice construit entre la cathédrale et le b/as méridional de la Seine. Nous voyons par d’anciennes gravures que ce logis épiscopal présentait une masse imposante. De hautes tours lui donnaient l’apparence d’un château féodal; des salles d’une vaste étendue servaient à la réunion des grandes assemblées ecclésiastiques L Au commencement
1 Le témoignage de Pierre le Chantre, de Paris, qui écrivait vers Tan 1180, nous apprend qu’alors certains duels judiciaires avaient lieu dans la première cour de l’évêché.
ÉVÊCHÉ HE PARIS, de ce siècle, lorsque le gouvernemenl fil dégager les abords de l’Hôtel-Dieu et de la cathédrale, le palais de l’archevêque fut dépouillé de tout ce qui lui restait encore de constructions anciennes. Voici quel en était l’aspect vers la fin du siècle dernier.
Les bâtiments qui existaient, il y a vingt ans, ne dataient pour la plupart que du wiii® siècle. On ne voyait plus qu’un fragment défiguré de la chapelle , que l’évêque Maurice de Sully avait consacrée vers la fin du xii^ siècle , en l’honneur de la bienheureuse Marie , des saints martyrs Denis, Vincent, Maurice, et de tous les saints. L’inscription qui constatait celte consécration, donnait à la chapelle le titre de basilique. Aujourd’hui il ne reste pas vestige de l’ancienne demeure des évêques : la sacristie neuve de Notre- Dame et un jardin public en ont pris la place. Nous assistions, en février 1831, au sac du palais archiépiscopal, et jamais nous ne pourrons oublier l’horrible spectacle que nous avons eu sous les yeux. L’édifice, envahi par une foule innombrable et furieuse, n’était plus qu’une ruine au bout de quelques instants. Tout à la fois on déracinait les grilles et les rampes des escaliers, on sapait