‹ Itinéraire archéologique de ParisChapitre 7 sur 41 · CLOITRE DU CHAPITRE · texte numérisé non relu

CLOITRE DU CHAPITRE

jamais la forme ordinaire d’une vaste cour quadrangulaire environnée de galeries. Il n’en apparaît aucune trace sur les murs de l’église. Depuis longtemps, ce qu’on appelle le cloître n’est plus qu’un amas de maisons sans caractère, traversé par quelques rues étroites et tortueuses. On y rencontre encore deux ou trois portes en accolade qui peuvent dater du xv^ siècle. Une de ces maisons était restée en possession d’une renommée toute populaire : c’était celle du chanoine Fulbert, l’oncle d’Héloïse. Bien des gens s’imaginaient que rien n’y avait été changé depuis le xiie siècle ; ils y voyaient toujours avec une sensibilité nouvelle quelques sculptures grossières et des vers ridicules. La maison que nous avons vue, et qui n’était pas ancienne, pouvait bien occuper cependant l’emplacement de la demeure de Fulbert; elle a été démolie récemment; on y trouva une cave d’architecture romane. Une enceinte de vieilles murailles, percée de plusieurs portes, séparait le cloître des habitations mondaines. Elle renfermait aussi deux églises, Sainl-Aignan et Saint- Jean le Rond. Les chanoines avaient pour ' lieu de promenade un jardin situé à l’extrémité orientale de l’île, qui était appelé le terrain, mais auquel le peuple, dans son langage original, donnait le nom de Motte aux Papelards. L’aspect de tout ce quartier a bien changé. La place du Parvis-Notre-Dame, aujourd’hui ouverte et dégagée de tous côtés, se trouvait au contraire complètement environnée d’édiflces, au milieu desquels disparaissaient les rares issues qui donnaient accès vers l’église. A l’est, la grande porte du cloître, l’église de Saint-Jean le Rond, la façade de la cathédrale, le logis épiscopal; à l’ouest, les belles constructions de la plus ancienne partie de l’Hôtel-Dieu et l’hôpital des Enfants-Trouvés; au nord, l’église Saint-Christophe et la porte qui ouvrait sur la rue Saint-Pierre aux-Bœufs; enfin au midi, la chapelle, construite dans la seconde moitié du xiv^ siècle, pour l’usage de l’Hôtel-Dieu, par Oudart de Mocreux, changeur et bourgeois de Paris.

ANCIENS ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX, LEUR NOMBRE. — AvaUt IcS

destructions de la fin du dernier siècle , Paris possédait au moins autant d’églises qu’on en compte encore aujourd’hui à Rome, et

ÉGUSES.

dans ce nombre il y en avait bien peu dont la présence ne rappelai quelque grand souvenir de l’histoire civile ou des annales ecclésiastiques. La ville renfermait donc autrefois, avec ses faubourgs et sa banlieue, douze chapitres, cinquante-neuf paroisses, quatre abbayes d’hommes et six de femmes, onze prieurés, cent vingtquatre monastères ou communautés, quatre-vingt-dix chapelles, non compris celles de Notre-Dame, et cinq maladreries, en tout trois cent onze établissements ecclésiastiques. Le nombre des édifices consacrés au culte était un peu moindre, par la raison que plusieurs églises étaient à la fois paroissiales et collégiales ou conventuelles. Le xviiie siècle commença par détruire quelques églises dans la Cité, par supprimer une certaine quantité de couvents. Mais une révolution plus radicale menaçait toutes les institutions religieuses. Elle éclata bientôt; les églises et les monastères furent aliénés au profit de l’État , ou affectés à des services publics. Des spéculateurs vinrent morceler les enclos et démolir les édifices. A l’exception du prieuré de Saint-Martin des Champs, occupé maintenant par le conservatoire des Arts et Métiers, on aurait peine à retrouver dans Paris un monastère qui ait conservé quelque chose de son ancienne physionomie. Parmi les quarante -quatre paroisses qui existent aujourd’hui , trente-deux seulement ont des églises dont la construction soit antérieure au siècle présent, et sur ce nombre il n’y en a pas plus de douze que l’on puisse considérer comme appartenant au moyen âge ou à la renaissance. La destruction s’est, on le voit, largement opérée. A ces douze églises il faut ajouter la Sainte-Chapelle du Palais et la petite église de Saint-Julien le Pauvre, qui a été annexée à l’Hùtel-Dieu. Quant aux autres monuments religieux du moyen âge qui ont échappé à la tempête, ils sont pour la plupart livrés à des usages profanes, et leurs dispositions premières se sont profondément altérées. Les églises conservées ont eu à subir de longues années d’oubli et d’indifférence; aujourd’hui que la faveur populaire leur est revenue, elles commencent à se trouver déjà surchargées d’ornements de toute espèce qui en dénaturent le caractère, ou même dégradées parles exigences de notre délicatesse moderne.

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