QUATRIÈME PARTIE
Voyage de Jérusalem.
Je m'occupai pendant quelques heures à crayonner des notes sur les lieux que je venais de voir ; manière de vivre que je suivis tout le temps que je demeurai à Jérusalem, courant le jour et écrivant la nuit. Le père procureur entra chez moi, le 7 octobre, de très-grand matin ; il m'apprit la suite des démêlés du pacha et du père gardien : nous convînmes de ce que nous avions à faire. On envoya mes firmans à Abdallah. Il s'emporta, cria, menaça et finit cependant par exiger des religieux une somme un peu moins considérable.
Il fallait tout le désir que j'avais d'être utile aux pères de terre sainte pour m'occuper d'autre chose que de visiter le Saint-Sépulcre. Je sortis du couvent le même jour, à neuf heures du matin, accompagné de deux religieux, d'un drogman, de mon domestique et d'un janissaire. Je me rendis à pied à l'église qui renferme le tombeau de Jésus- Christ.
Tous les voyageurs ont décrit cette église, la plus vénérable de la terre. Ici j'éprouve un véritable embarras. Dois-je offrir la peinture exacte des lieux saints? Mais alors je ne puis que répéter ce que Ton a dit avant moi : jamais sujet ne fut peut-être moins connu des lecteurs modernes, el
toutefois jamais sujet ne fut plus complètement épuisé. Dois-je omettre le tableau de ces lieux sacrés? Mais ne sera-ce pas enlever la partie la plus essentielle de mon voyage et en faire disparaître ce qui en est et la fin et le but ? Après avoir balancé longtemps, je me suis déterminé à décrire les principales stations de Jérusalem.
Deshayes (1621), envoyé par Louis XIII en Palestine, va nous donner le matériel de l'église du Saint-Sépulcre : j'y joindrai ensuite mes observations.
(( Le Saint-Sépulcre et la plupart des saints lieux sont servis par des religieux cordeliers, qui y sont envoyés de trois ans en trois ans; et, encore qu'il y en ait de toutes nations, ils passent néanmoins tous pour Français ou pour Vénitiens, et ne subsistent que parce qu'ils sont sous la protection du roi. Il y a près de soixante ans qu'ils demeuraient hors de la ville, sur le mont de Sion, au même lieu où Notre -Seigneur fit la Cène avec ses apôtres; mais, leur église ayant été convertie en mosquée, ils ont toujours depuis demeuré dans la ville sur le mont Giron, où est leur couvent, que l'on appelle Saint- Sauveur. C'est où leur gardien demeure avec le corps de la famille, qui pourvoit de religieux en tous les lieux de la terre sainte où il est besoin qu'il y en ait.
« L'église du Saint-Sépulcre n'est éloignée de ce couvent que de deux cents pas. Elle comprend le Saint-Sépulcre, le mont Calvaire et plusieurs autres lieux saints. Ce fut sainte Hélène qui en fit bâtir une partie pour couvrir le Saint-Sépulcre ; mais les princes chrétiens qui vinrent après la firent augmenter pour y comprendre le mont Calvaire, qui n'est qu'à cinquante pas du Saint-Sépulcre.
a Anciennement le mont Calvaire était hors de la ville, ainsi que je l'ai déjà dit : c'était le lieu où l'on exécutait les criminels condamnés à mort; et, afin que tout le peuple y pût assister, il y avait une grande place entre le mont et la muraille de la ville. Le reste du mont était environné de
jardins, dont l'un appartenait à Joseph d'Arimathie, disciple secret de Jésus-Christ, où il avait fait faire un sépulcre pour lui, dans lequel fut mis le corps de Notre-Seigneur. La coutume parmi les Juifs n'était pas d'enterrer les corps comme nous faisons en chrétienté : chacun, selon ses moyens, faisait pratiquer dans quelque roche une forme de petit cahinet où l'on mettait le corps, que Ton étendait sur une table du rocher même ; et puis on refermait ce lieu avec une pierre que Ton mettait devant la porte, qui n'avait d'ordinaire que quatre pieds de haut.
« L'église du Saint-Sépulcre est fort irrégulière ; car l'on s'est assujetti aux lieux que l'on voulait enfermer dedans. Elle est à peu près faite en croix, ayant six vingts pas de long, sans compler la descente de l'Invention de la sainte Croix, et soixante et dix de large. Il y a trois dômes dont celui qui couvre le Saint-Sépulcre sert, de nef à L église. Il a trente pas de diamètre et est ouvert par en haut comme la rotonde de Rome. Il est vrai qu'il n'y a point de voûte : la couverture en est soutenue seulement par de grands chevrons de cèdre, qui ont été apportés du mont Liban. L'on entrait autrefois en cette église par trois portes ; mais aujourd'hui il n'y en a plus qu'une, dont les Turcs gardent soigneusement les clefs, de crainte que les pèlerins n'y entrent sans payer les neuf sequins, ou trente-six livres, à quoi ils sont taxés; j'entends ceux qui viennent de chrétienté, car pour les chrétiens sujets du Grand Seigneur, ils n'en payent pas la moitié. Cette porte est toujours fermée, et il n'y a qu'une petite fenêtre traversée d'un barreau de fer, par où ceux de dehors donnent des vivres à ceux qui sont dedans, lesquels sont de huit nations différentes.
« La première est celle des l atins ou Romains, que représentent les religieux cordeliers. Ils gardent le Saint-Sépulcre ; le lieu du mont Calvaire où Notre-Seigneur fut attaché à la croix; l'endroit où la sainte croix fut trouvée; la
pierre de Y onction et la chapelle où Nôtre-Seigneur apparut à la Viërgé après sa résurrection.
« La seconde nation est celle des Grecs, qui ont le chœur de l'église, où ils officient, au milieu duquel il y a un petit cercle de marbre, dont ils estiment que le centre soit le milieu de la terre.
« La troisième nation est celle des Abyssins ; ils tiennent la chapelle où est la colonne (YImpropere.
« La quatrième nation est celle des Cophtes, qui sont les chrétiens d'Egypte; ils ont un petit oratoire proche du Saint-Sépulcre.
« La cinquième est celle des Arméniens ; ils ont la chapelle de Sainte-Hélène et celle où les habits de Notre-Seigneur furent partagés et joues.
« La sixième nation est celle des Nestoriens ou Jacobites, qui sont venus de Chaldée et de Syrie: ils ont une petite chapelle proche du lieu où Notre-Séigneur apparut à la Madeleine, en forme ne jardinier, qui pour cela est appelée la chapelle de la Madeleine.
« La septième nation est celle des Géorgiens, qui habitent entre la mer Majeure et la mer Caspienne; ils tiennent le lieu du mont Calvaire où fut dressée la croix et la prison où demeura Notre - Seigneur* en attendant que l'on eût fait le trou pour la placer.
a La huitième nation est celle des Maronites, qui habitent le mont Liban; ils reconnaissent le pape comme nous faisons.
u En entrant dans l'église, on rencontre la pierre de Y onction, sur laquelle le corps de Notre-Seigneur fut oint de myrrhe et d'aloès avant que d'être mis dans le sépulcre. Quelques-uns disent qu'elle est du même rocher du mont Calvaire, et les autres tiennent qu'elle fut apportée dans ce lieu par Joseph et Nicôdème, disciples secrets de Jésus- Christ, qui lui rendirent ce pieux office, et qu'elle tire sur le vert. Quoi qu'il en soit, à cause de l'indiscrétion de
quelques pèlerins qui la rompaient, Ton a été contraint de la couvrir de marbre blanc et de l'entourer d'un petit balustre de fer, de peur que l'on ne marche dessus. Elle a huit pieds moins trois pouces de long et deux pieds moins un pouce de large ; et au-dessus il y a huit lampes qui brûlent continuellement.
« Le Saint-Sépulcre est à trente pas de cette pierre, justement au milieu du grand dôme dont j'ai parlé : c'est comme un petit cabinet qui a été creusé et pratiqué dans une roche vive, à la pointe du ciseau. La porte qui regarde l'orient n'a que quatre pieds de haut et deux et un quart de large, de sorte qu'il se faut grandement baisser pour y entrer. Le dedans du sépulcre est presque carré. Il a six pieds moins un pouce de long et six pieds moins deux pouces de large; et depuis le bas jusqu'à la voûte, huit pieds un pouce. Il y aune table solide de la même pierre, qui fut laissée en creusant le reste. Elle a deux pieds quatre pouces et demi de haut, et contient la moitié du sépulcre ; car elle a six pieds moins un pouce de long et deux pieds deux tiers et demi de large. Ce fut sur cette table que le corps de Notre-Seigneur fut mis, ayant la tête vers l'occident et les pieds à l'orient : mais, à cause de la superstitieuse dévotion des Orientaux, qui croyent qu'ayant laissé leurs cheveux sur cette pierre, Dieu ne les abandonnerait jamais ; et aussi parce que les pèlerins en rompaient des morceaux, l'on a été contraint de la couvrir de marbre blanc, sur lequel on célèbre aujourd'hui la messe : il y a continuellement quarante-quatre lampes qui brûlent dans ce saint lieu ; et afin d'en faire exhaler la fumée, l'on a fait trois trous à la voûte. Le dehors du sépulcre est aussi revêtu de tables de marbre et de plusieurs colonnes, avec un dôme au-dessus.
« A l'entrée de la porte du sépulcre, il y a une pierre d'un pied et demi en carré, et relevée d'un pied qui est du même roc, laquelle servait pour appuyer la grosse pierre qui bou-
chait la porte du sépulcre : c'était sur cette pierre qu'était l'ange lorsqu'il parla aux Maries; et tant à cause de ce mystère que pour ne pas entrer d abord dans le Saint-Sépulcre, les premiers chrétiens firent une petite chapelle au devant, qui est appelée la chapelle de l'Ange.
a À douze pas du Saint-Sépulcre, en tirant vers le septentrion, l'on rencontre une grande pierre de marbre gris, qui peut avoir quatre pieds de diamètre, que Ton a mise là pour marquer le lieu où Notre- Seigneur se fit voir à la Madeleine, en forme de jardinier.
« Plus avant est la chapelle de l'Apparition, où l'on tient par tradition que Notre-Seigneur apparut premièrement à la Vierge, après sa résurrection. C'est le lieu où les religieux cordeliers font leur office, et où ils se retirent : car de là ils entrent en des chambres qui n'ont point d autre issue que par cette chapelle.
« Continuant à faire le tour de l'église, l'on trouve une petite chapelle voûtée, qui a sept pieds de long et six de large, que l'on appelle autrement la prison de Notre-Seigneur, parce qu'il fut mis dans ce lieu en attendant que l'on eût fait le trou pour planter la croix. Cette chapelle est à Topposite du mont Calvaire ; de sorte que ces deux lieux sont comme la croisée de l'église ; car le mont est au midi, et la chapelle au septentrion.
« Assez proche de là est une autre chapelle de cinq pas de long et de trois de large, qui est au même lieu où Notre- Seigneur fut dépouillé par les soldats avant que d'être attaché à la croix, et où ses vêtements furent joués et partagés.
« En sortant de cette chapelle, on rencontre à main gauche un grand escalier qui perce la muraille de l'église, pour descendre dans une espèce de cave qui est creusée dans le roc. Après avoir descendu trente marches, il y a une chapelle, à main gauche, que l'on appelle vulgairement la chapelle Sainte-Hélène, à cause qu'elle était là en prière
pendant qu' elle faisait chercher la sainte croix. L'on descend encore onze marches jusqu'à l'endroit où elle fut trouvée avec les clous, la couronne d'épines et le fer de la lance, qui avaient été cachés en ce lieu plus de trois cents ans.
« Proche du haut de ce degré, en tirant vers le mont Calvaire, est une chapelle qui a quatre pas de long et deux et demi de large, sous l'autel de laquelle l'on voit une colonne de marbre gris, marqueté de taches noires, qui a deux pieds de haut et un de diamètre. Elle est appelée la colonne Impr opère, parce que l'on y fit asseoir Notre-Seigneur pour le couronner d'épines.
« L'on rencontre à dix pas de cette chapelle un petit degré fort étroit, dont les marches sont de bois au commencement et de pierre à la fin. Il y en a vingt en tout, par lesquelles onvasur le mont Calvaire. Ce lieu, qui était autrefois si ignominieux, ayant été sanctifié par le sang de Notre- Seigneur, les premiers chrétiens en eurent un soin particulier; et, après avoir ôté toutes les immondices et toute la terre qui était dessus, ils l'enfermèrent de murailles : de sorte que c'est à présent comme une chapelle haute, qui est enclose dans cette grande église. Elle est revêtue de marbre par dedans, et séparée en deux par une arcade. Ce qui est vers le septentrion est l'endroit où Notre-Seigneur fut attaché à la croix. Il y a toujours trente deux lampes ardentes qui sont entretenues par les cordeliers, qui célèbrent aussi tous les jours la messe en ce saint lieu.
« En l'autre partie, qui est au midi, fut plantée la sainte croix. On voit encore le trou qui est creusé dans le roc environ un pied et demi, outre la terre qui était dessus. Le lieu où étaient les croix des deux larrons est proche de là. Celle du bon larron était au septentrion, et l'autre au midi ; de manière que le premier était à la main droite de Notre- Seigneur, qui avait la face tournée vers l'occident, et le dos du côté de Jérusalem, qui était à l'orient. H y a con-
tinuellement cinquante lampes ardentes pour honorer ce saint lieu.
(( Au-dessous de cette chapelle sont les sépulcres de Godefroi de Bouillon et de Baudoin son frère, où on lit ces inscriptions :
HIC JACET INCLYTUS DUX GODEFR1DUS DE ftbÙÔN, QUI TOTAM ISTAM TERRAM ACQUISIYIT CULTUI CHRISTIANO, CUJUS ANIMA REGNET CL' M CHRISTO. AMEN.
REX EALPl'INUS, JUDAS ALTER MACHABEUS, SPES PATRT.E. YIGOR ECCLESI.E, VIRTUS UTRItTSQUE, QUE M FORMIPABANT, CEI POXA TRIBUTA FEREBANT CE BAR ET JEGYPTUS, DAN AC HOMICIDA DAMASCUS, PROU DOLOR ! IN MODICO CL A EDI TER HOC TUMULO.
(( Le mont de (Calvaire est la dernière station de l'église du Samt-Sépulcre; car à vingt pas de là on rencontre la pierre de Y onction, qui est justement à l'entrée de l'église.»
Deshayes ayant ainsi décrit par ordre les stations de tant de lieux vénérables, il ne me reste à présent qu'à montrer l'ensemble de ces lieux aux lecteurs.
On voit d'abord que l'église du Saint- Sépulcre se compose de trois églises : celle du Saint-Sépulcre, celle du Calvaire et celle de l'Invention de la Sainte-Croix.
L'église proprement dite du Saint-Sépulcre est bâtie dans la vallée du mont Calvaire, sur le terrain où l'on sait que Jésus -Christ fut enseveli. Cette église forme une croix ; la chapelle même du Saint-Sépulcre n'est en effet que la grande nef de l'édifice : elle est circulaire comme le Panthéon à Rome, et ne reçoit le jour que par un dôme au-dessous duquel se trouve le Saint-Sépulcre. Seize colonnes de marbre ornent le pourtour de cette rotonde ; elles soutiennent, en décrivant dix-sept arcades, une galerie supérieure, également composée de seize colonnes et de dix-sept arcades, plus petites que les colonnes et les arcades qui les portent, hes niches correspondantes aux arcades s'élèvent au-dessus
de la frise de la dernière galerie, et le dôme prend sa naissance sur l'arc de ces niches. Celles-ci étaient autrefois décorées de mosaïques représentant les douze apôtres, sainte Hélène, l'Empereur Constantin et trois autres portraits inconnus.
Le chœur de l'église du Saint-Sépulcre est à l'orient de la nef du tombeau ; il est double comme dans les anciennes basiliques ; c'est-à-dire qu'il a d'abord une enceinte avec des stalles pour les prêtres, ensuite un sanctuaire reculé, et élevé de deux degrés au-dessus du premier. Autour de ce double sanctuaire régnent les ailes du chœur ; et dans ces ailes sont placées les chapelles décrites par Deshayes.
C'est aussi dans l'aile droite, derrière le chœur, que s'ouvrent les deux escaliers qui conduisent, l'un à l'église du Calvaire, l'autre à l'église de l'invention de la sainte Croix : le premier monte à la cime du Calvaire ; le second descend sous le Calvaire même ; en effet la croix fut élevée sur le sommet du Golgotha, et retrouvée sous cette montagne. Ainsi, pour nous résumer, l'église du Saint-Sépulcre est bâtie au pied du Calvaire : elle touche par sa partie orientale à ce monticule sous lequel et sur lequel on a bâti deux autres églises, qui tiennent par des murailles et des escaliers voûtés au principal monument.
L'architecture de l'église est évidemment du siècle de Constantin : l'ordre corinthien domine partout. Les piliers sont lourds ou maigres, et leur diamètre est presque toujours sans proportion avec leur hauteur. Quelques colonnes accouplées qui portent la frise du chœur sont toutefois d'un assez bon style. L'église étant haute et développée, les corniches se profilent à l'œil avec assez de grandeur ; mais, comme depuis environ soixante ans on a surbaissé l'arcade qui sépare le chœur de la nef, le rayon horizontal est brisé, et l'on ne jouit plus de l'ensemble de la voûte.
L'église n'a point de péristyle : on entre par deux portes latérales ; il n'y en a plus qu'une d'ouverte. Ainsi le monu-
comme on voyage aujourd'hui : effet sensible de notre amour-propre, qui veut nous faire passer pour habiles en nous rendant dédaigneux.
Les lecteurs chrétiens demanderont peut-être à présent quels furent les sentiments que j'éprouvai en entrant dans ce lieu redoutable ; je ne puis réellement le dire. Tant de choses se présentaient à la fois à mon esprit, que je ne m'arrêtais à aucune idée particulière. Je restai près d'une demi-heure à genoux dans la petite chambre du Saint-Sépulcre, les regards attachés sur la terre sans pouvoir les en arracher. L'un des deux religieux qui me conduisaient demeurait prosterné auprès de moi, le front sur le marbre; l'autre, 1 Évangile à la main, me lisait à la lueur des lampes les passages relatifs au saint tombeau. Entre chaque verset il récitait une prière : Domine Jesu Christe, qui in hora diei vespertina de cruce depositus, in brachiis dulcissimx Matris tux reclinatus fûisti, horaque ultima in hoc sanctissimo monumento corpus tuum exanime contulisti, etc. Tout ce que je puis assurer, c'est qu'à la vue de ce sépulcre triomphant je ne sentis que ma faiblesse; et, quand mon guide s'écria avec saint Paul : Ubi est. Mors, Victoria tua? Un est, Mors, stimulus Unis? je prêtai l'oreille, comme si la Mort allait répondre qu'elle était vaincue et enchaînée dans ce monument.
Nous parcourûmes les stations jusqu'au sommet du Calvaire. Où trouver dans l'antiquité rien d'aussi touchant, rien d'aussi merveilleux que les dernières scènes de l'Évangile? Ce ne sont point ici les aventures bizarres d'une divinité étrangère à l'humanité : c'est l'histoire la plus pathétique, histoire qui non-seulement fait couler les larmes par sa beauté, mais dont les conséquences, appliquées à l'univers, ont changé la face de la terre. Je venais de visiter les monuments de la Grèce, et j'étais encore tout rempli de leur grandeur ; mais qu'ils avaient été loin de m'inspirer ce que j'éprouvais à la vue des lieux saints !
L'Église du Saint-Sépulcre, composée de plusieurs églises, bâtie sur un terrain inégal, éclairée par une multitude de lampes, est singulièrement mystérieuse; il y règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l'âme. Les prêtres chrétiens des différentes sectes habitent les différentes parties de l'édifice, hu haut des arcades, où ils se sont nichés comme des colombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du jour et de la nuit; vous respirez l'odeur de l'encens sans apercevoir la main qui le brûle : seulement vous voyez passer, s'enfoncer derrière des colonnes, se perdre dans l'ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis.
Je ne sortis point de l'enceinte sacrée sans m'arrêter aux monuments de Godefroi et de Baudouin : ils font face à la porte de l'église et sont appuyés contre le mur du chœur. Je saluai les cendres de ces rois chevaliers, qui méritèrent de reposer près du grand sépulcre qu'ils avaient délivré. Ces cendres sont des cendres françaises, et tes seules qui soient ensevelies à l'ombre du tombeau de Jésus-Christ. Quel titre d'honneur pour ma patrie !
Je retournai au couvent à onze heures et j'en sortis de nouveau à midi, pour suivre la voie Douloureuse : on appelle ainsi le chemin que parcourut le Sauveur du monde en se rendant de la maison de Pilate au Calvaire.
La maison de Pilate est une ruine d'où Ton découvre le vaste emplacement du temple de Salomon et la mosquée bâtie sur cet emplacement.
Jésus-Christ, ayant été battu de verges, couronné d'épines et revêtu d'une casaque de pourpre, fut présenté aux Juifs par Pilate : Ecce horno, s'écria le juge ; et l'on voit encore la fenêtre d'où il prononça ces paroles mémorables.
Selon la tradition latine à Jérusalem , la couronne de Jésus-Christ fut prise sur l'arbre épineux, hjcium spinosum.
Mais le savant botaniste Hasselquist croit qu'on employa pour cette couronne le nabka des Arabes. La raison qu'il en donne mérite d'être rapportée :
« Il y a toute apparence, dit l'auteur, que le nabka fournit la couronne que l'on mit sur la tête de Notre-Seigneur : il est commun dans l'Orient. On ne pouvait choisir une plante plus propre à cet usage, car elle est armée de piquants; ses branches sont souples et pliantes, et sa feuille est d'un vert foncé comme celle du lierre. Peut-être les ennemis de Jésus-Christ choisirent-ils, pour ajouter l'insulte au châtiment, une plante approchante de celle dont on se servait pour couronner les empereurs et les généraux d'armée. »
Une autre tradition conserve à Jérusalem la sentence prononcée par Pilate contre le Sauveur du monde :
Jesum Nawrerum, subversorem gentis, contemptorem Cœsaris, et falsum Messiam, ut majorum suse gentis testimonio probatum est, ditcite ad communis supplicii locumy et eum in ludibriis vegix majestatis in medio duorum latronum cruci affigite.
A cent vingt pas de l'arc de YEcce Homo, on me montra, à gauche, les ruines d'une église consacrée autrefois à Notre-Dame des Douleurs. Ce fut dans cet endroit que Marie, chassée d'abord par les gardes, rencontra sou Fils chargé de la croix. Ce fait n'est point rapporté dans les Évangiles; mais il est cru généralement, sur l'autorité de saint Boniface et de saint Anselme. Saint Boniface dit que la Vierge tomba comme demi-morte, et qu'elle ne put prononcer un seul mot : Nec verbim dicerepotuit. Saint Anselme assure que le Christ la salua par ces mots : Salve mater! Comme on retrouve Marie au pied de la croix, ce récit des Pères n'a rien que de très-probable; la foi ne s'oppose point à ces traditions : elles montrent à quel point la merveilleuse et sublime histoire de la Passion s'est gravée dans la mémoire des hommes. Dix-huit siècles écoulés, des persécutions
j sans fin, des révolutions éternelles, des ruines toujours croissantes, n'ont pu effacer ou cacher la trace d'une mère qui vint pleurer sur son fils.
Cinquante pas plus loin, nous trouvâmes l'endroit où Simon le Cyrénéen aida Jésus-Christ à porter sa croix.
« Comme ils le menaient à la mort, ils prirent un homme de Cyrène, appelé Simon, qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix, la lui faisant porter après Jésus. »
Ici le chemin, qui se dirigeait est et ouest, fait un coude et tourne au nord ; je vis à main droite le lieu où se tenait Lazare le pauvre, et en face, de l'autre côté de la rue, la j maison du mauvais riche.
« 11 y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui se traitait magnifiquement tous les jours.
« Il y avait aussi un pauvre appelé Lazare, tout couvert d ulcères, couché à sa porte, qui eût bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais personne ne lui en donnait, et les chiens venaient lui lécher | ses plaies.
« Or il arriva que le pauvre mourut, et fut emporté par les ailles dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et eut l'enfer pour sépulcre. »
Saint Chrysostome, saint Ambroise et saint Cyrille ont cru que l'histoire du Lazare et du mauvais riche n'était point une simple parabole, mais un fait réel et connu. Les Juifs mêmes nous ont conservé le nom du mauvais riche, qu'ils appellent Nabal.
Après avoir passé la maison du mauvais riche, on tourne à droite et l'on reprend la direction du couchant. A l'entrée de cette rue qui monte au Calvaire, le Christ rencontra les saintes femmes qui pleuraient.
« Or il était suivi d'une grande multitude de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et qui le pleuraient.
« Mais Jésus, se tournant vers elles, leur dit : Filles de
S Be>-';
Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vousmêmes et sur vos enfants. »
A cent d'x pas de iâ, un montre l'emplacement de la maison de Véronique ei le lien où cette pieuse femme essuya le visage du Sauveur. Le premier nom de cette femme était Bérénice; il fut changé dans la suite en celui de Vera-lcon, vraie image, parla transposition de deux lettres : en outre, la transmutation du b en v est très-fréquente dans les langues anciennes.
Après avoir fait une centaine de pas, on trouve la porte Judiciaire : c'était la porte par où sortaient les criminels qu'on exécutait sur le Golgotha. Le Golgotha, aujourd'hui renfermé dans la nouvelle cité, était hors de l'enceinte de ranci enne Jérusalem.
De la porte Judiciaire au haut du Calvaire, on compte à peu près deux cents pas : là se termine la voie Douloureuse, qui peut avoir en tout un mille de longueur. Nous avons vu que le Calvaire est maintenant compris dans l'Église du Saint-Sépulcre. Si ceux qui lisent la Passion dans l' Evangile sont frappés d'une sa rite tiistesse et d'une admiration profonde, qu'est-ce donc que d'en suivre les scènes au pied de la montagne de Sion, à la vue du Temple, et dans les murs mêmes de Jérusalem!
Après la des ription de la voie Douloureuse et de l'église du Saint-Sépulcre, je ne dirai qu'un mot des autres lieux de dévotion que l'on trouve dans l'enceinte de la ville. Je me contenterai de les nommer dans Tordre où je les ai parcourus pendant mon séjour à Jérusalem.
1° La maison d'Anne le pontife, près de la porte de David, au pied du mont Sion, en dedans du mur de la ville : les Arméniens possèdent l'église bâtie sur les ruines de cette maison.
2° Le lieu de l'apparition du Sauveur à Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, et Marie Salomé, entre le château et la porte du mont Sion.
5° La maison de Simon le pharisien Madeleine y confessa ses erreurs. C'est une église totalement ruinée, à l'orient de la ville.
4° Le monastère de saine Anne, mère delà sainte Vierge ; et la grotte de la Conception immaculée, sous l'Église du monastère. Ce monastère est converti en mosquée, mais on y entre pour quelques médins. Sous les rois chrétiens, il était habité par des religieuses. Il n'est pas loin de la maison de Simon.
5° La prison de saint Pierre, près du Calvaire. Ce sont de vieilles murailles, où l'on montre des crampons de fer.
6° La maison de Zébédée, assez près de la prison de saint Pierre, grande église qui appartient au patriarche grec.
7° La maison de Marie, Mère de .Jean-Marc, où saint Pierre se retira lorsqu'il eut été délivré par l'ange. C'est une église desservie par les Syriens.
8° Le lieu du martyre de saint Jacques le Majeur. C'est le couvent des Arméniens. L'église en esl fort riche et fort élégante. Je parlerai bientôt du patriarche arménien.
Le lecteur a maintenant sous les yeux le tableau complet des monuments chrétiens dans Jérusalem. Nous allons à présent visiter les dehors de la ville sainte.
J'avais employé deux heures à parcourir à pied la voie Douloureuse. J'eus soin chaque jour de revoir ce chemin sacré, ainsi que l'église du Calvaire, afin qu'aucune circonstance essentielle n'échappât à ma npémoire. Il était donc deux heures quand j'achevai, le 7 octobre, ma première revue des saints lieux. Je montai alors à cheval avec Ali- Aga, le drogman Michel et mes domestiques. Nous sortîmes par la porle de Jaffa, pour faire le tour complet de Jérusalem. Nous étions couverts d'armes, habillés à la française, et très- décidés à ne souffrir aucune insulte. On voit que les temps sont bien changés, grâce au renom de nos victoires : car l'ambassadeur Deshayes, sous Louis XIII, eut toutes les
peines du monde à obtenir la permission d'entrer à Jérusalem avec son épêe.
Nous tournâmes à gauche en sortant de la porte de la ville ; nous marchâmes au midi, et nous passâmes la piscine de Bersabée, fossé large et profond, mais sans eau; ensuite nous gravîmes la montagne de Sion, dont une partie se trouve hors de Jérusalem.
Je suppose que ce nom de Sion réveille dans la mémoire des lecteurs un grand souvenir ; qu'ils sont curieux de connaître cette montagne si mystérieuse dans l'Écriture, si célèbre dans les cantiques de Salomon; cette montagne objet des bénédictions ou des larmes des prophètes, et dont Racine a soupiré les malheurs.
C'est un monticule d'un aspect jaunâtre et stérile, ouvert en forme de croissant du côté de Jérusalem, à peu près de la hauteur de Montmartre, mais plus arrondi au sommet. Ce sommet sacré est marqué par trois monuments ou plutôt par trois ruines : la maison de Caïphe, le Saint-Cénacle et le tombeau ou le palais de David. Du haut de la montagne, vous voyez au midi la vallée de Ben-Hinnon; par delà cette vallée le Champ-du-Sang acheté des trente deniers de Judas, le mont du Mauvais-Conseil, les tombeaux des juges et tout le désert vers Habron et Bethléem. Au nord, le mur de Jérusalem, qui passe sur la cime de Sion, vous empêche de voir la ville ; celle-ci va toujours en s'inclinant vers la vallée de Josaphat.
La maison de Caïphe est aujourd'hui une église desservie parles Arméniens ; le tombeau de David est une petite salle voûtée, où l'on trouve trois sépulcres de pierres noirâtres; le Saint-Cénacle est une mosquée et un hôpital turc : c'étaient autrefois une église et un monastère occupés par les pères de terre sainte. Ce dernier sancluaire est également fameux dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament : David v bâtit son palais et son tombeau ; il y garda pendant trois mois l'arche d'alliance; Jésus-Christ y fit la dernière pâque
et y institua le sacrement d'Eucharistie; il y apparut à ses disciples le jour de sa résurrection ; le Saint-Esprit y descendit sur les apôtres. Le Saint-Cénacle devint le premier temple chrétien que le monde ait vu ; saint Jacques le Mineur y fut consacré premier évêque de Jérusalem, et saint Pierre y tint le premier concile de l'Église ; enfin ce fut de ce lieu que les apôtres partirent, pauvres et nus, pour monter sur tous les trônes de la terre : Docete omîtes g entes!
L'historien Josèphe nous a laissé une description magnifique du palais et du tombeau de David. Benjamin de Tudèle fait au sujet de ce tombeau un conte assez curieux.
En descendant de la montagne de Sion du côté du levant, nous arrivâmes à la vallée, à la fontaine et à la piscine de Siloé, où Jésus-Christ rendit la vue à l'aveugle. La fontaine sort d'un rocher ; elle coule en silence, cum silentio, selon le témoignage de Jérémie, ce qui contredit un passage de saint Jérôme ; elle a une espèce de flux et de reflux, tantôt versant ses eaux comme la fontaine de Vaucluse, tantôt les retenant et les laissant à peine couler. Les lévites répandaient Leau de Siloé sur l'autel à la fête des Tabernacles, en chantant : Haarietis aqiias in gaudio de fontibus Salvatoris. Milton invoque cette source au commencement de son poëme, au lieu de la fontaine Castalie :
Or if Sion-hill
Delight tirée more, and Siloa's brook thatflow'd Fast by the oracle of God, etc.;
beaux vers que Delille a magnifiquement rendus :
Toi donc qui, célébrant les merveilles des cieux, Prends loin de THélicon un vol audacieux; Soit que, te retenant sous ses palmiers antiques, Sion avec plaisir répète tes cantiques ;
Soit que, chantant le jour où Dieu donna sa loi. Le Sina sous tes pieds tressaille encor d'effroi ; Soit que, près du saint lieu d'où partent ses oracles,
Les flots de Siloé te disent ses miracles : Muse sainte, soutiens mon vol présomptueux!
Les uns racontent que cette fontaine sortit tout à coup de la terre pour apaiser la soif d'Isaïe, lorsque ce prophète fut scié en deux avec une scie de bois, par l'ordre de Manas- , sès; les autres prétendent qu'on la vit paraître sous le règne d'Ézéchias, dont nous avons l'admirable cantique :
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant, etc.
Selon Josèphe, cette source miraculeuse coulait pour l'armée de Titus et refusait ses eaux aux Juifs coupables. La piscine, ou plutôt les deux piscines du même nom, sont tout auprès delà source.
Nous avançâmes jusqu'à l'angle oriental du mur de la ville, et nous entrâmes dans la vallée de Josaphat. Elle court du nord au midi, entre la montagne des Oliviers et le mont Moria. Le torrent de Cédron passe au milieu.
La vallée de Josaphat est encore appelée dans l'Écriture vallée du Savé, vallée du Roi, vallée de Melchisédec. Ce fut dans la vallée de Melchisédec que le roi de Sodome chercha Abraham, pour le féliciter de la victoire remportée sur les cinq rois. Moloch et Béelphégor furent adorés dans cette même vallée. Elle prit dans la suite le nom de Josaphat, parce que le roi de ce nom y fit élever son tombeau. La vallée de Josaphat semble toujours avoir servi de cimetière à Jérusalem, on y rencontre les monuments des siècles les plus reculés et des temps les plus modernes : les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poid de l'or un peu de terre pour couvrir leur corps dans le champ de leurs aïeux, l es cèdres dont Salomon planta cette vallée, l'ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qui la traversait^ les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit en-
tendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux. En commençant sa passion dans ce lieu solitaire, Jésus-Christ le consacra de nouveau aux douleurs : ce David innocent y versa, pour effacer nos crimes, les larmes que le David coupable y répandit pour expier ses propres erreurs. Il y a peu de noms qui réveillent dans l'imagination des pensées à la fois plus touchantes et plus formidables que celui de la vallée de Josaphat, vallée si pleine de mystères, que, selon le prophète Joël, tous les hommes y doivent comparaître un jour devant le juge redoutable : Congregabo omîtes g entes, et deducam eas in vallem Josaphat, et disceptabo cam eis ibi. « 11 est raisonnable, dit le père Nau, que l'honneur de Jésus-Christ soit réparé publiquement dans le lieu où il lui a été ravi par tant d'opprobres et d'ignominies, et quil juge justement les hommes où ils l'ont jugé si injustement. »
L'aspect de la vallée de Josaphat est désolé : le côté occidental est une haute falaise de craie qui soutient les murs gothiques de la ville, au-dessus desquels on aperçoit Jérusalem ; le côté oriental est formé par le mont des Oliviers et par la montagne du Scandale, mons Offensionis, ainsi nommée de l'idolâtrie de Salomon. Ces deux montagnes, qui se touchent, sont presque nues et d'une couleur ronge et sombre : sur leurs flancs déserts on voit çà et là quelques vignes noires et brûlées, quelques bouquets d'oliviers sauvages, des friches couvertes d'hysope, des chapelles, des oratoires et des mosquées en ruine. Au fond de la vallée on découvre un pont d'une seule arche, jeté sur la ravine du torrent de Cédron. Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale, sous le village arabe de Siloan ; on a peine à distinguer les masures de ce village des sépulcres dont elles sont environnées. Trois monuments antiques, les tombeaux de Zacharie, de Josaphat et d'Àbsalon, se font remarquer dans ce champ de destruction. A la tristesse de Jérusalem, dont il ne s'élève aucune fumée, dont il ne sort
aucun bruit ; à la solitude des montagnes, où Ton n'aperçoit pas un être vivant ; au désordre de toutes ces tombes fracassées, brisées, demi-ouvertes, on dirait que la trompette du jugement s'est déjà fait entendre, et que les morts vont se lever dans la vallée de Josaphat.
Au bord même, et presque à la naissance du torrent de Cédron, nous entrâmes dans le jardin des Oliviers; il appartient aux pères latins, qui Font acheté de leurs propres deniers : on y voit huit gros oliviers d'une extrême décrépitude. L'olivier est pour ainsi dire immortel, parce qu'il renaît de sa souche : on conservait dans la citadelle d'Athènes un olivier dont l'origine remontait à la fondation de la ville. Les oliviers du jardin de ce nom à Jérusalem sont au moins du temps du Bas-Empire; en voici la preuve : en Turquie, tout olivier trouvé debout par les musulmans, lorsqu'ils envahirent l'Asie, ne paye qu'un médin au fisc, tandis que l'olivier planté depuis la conquête doit au Grand Seigneur la moitié de ses fruits : or les huit oliviers dont nous parlons ne sont taxés qu'à huit médius.
Nous descendîmes de cheval à l'entrée de ce jardin pour visiter à pied les stations de la montagne. Le village de Gethsémam était à quelque distance du jardin des Oliviers. On le confond aujourd'hui avec ce jardin.
Nous entrâmes d'abord dans le sépulcre de la Vierge. C'est une église souterraine, où l'on descend par cinquante degrés assez beaux : elle est partagée entre toutes les sectes chrétiennes : les Turcs mêmes ont un oratoire dans ce lieu ; les catholiques possèdent le tombeau de Marie. Quoique la Vierge ne soit pas morte à Jérusalem, elle fut (selon l'opipion de plusieurs Pères) miraculeusement ensevelie à Gethsémani par les Apôtres. Euthymius raconte l'histoire de ces merveilleuses funérailles. Saint Thomas ayant fait ouvrir le cercueil, on n'y trouva plus qu'une robe virginale, simple et pauvre vêtement de cette reine de gloire que les anges avaient enlevée aux cieux. Les tombeaux de saint
Joseph, de saint Joachim et de sainte Anne se voient aussi dans cette église souterraine.
Sortis du sépulcre de la Vierge, nous allâmes voir, dans le Jardin des Oliviers, la grotte où le Sauveur répandit une sueur de sang, en prononçant ces paroles : Pater , si possibile est, transeat a me calix iste.
Cette grotte est irrégulière; on y a pratiqué des autels. A quelques pas en dehors, on voit la place où Judas trahit son maître par un baiser. A quelle espèce de douleur Jésus- Christ consentit à descendre! A l'instant où un ange est obligé de sortir du ciel pour soutenir la Divinité défaillante sous le fardeau des misères de l'homme, cette Divinité miséricordieuse est trahie par l'homme !
En quittant la grotte du calice d'amertume et gravissant un chemin tortueux semé de cailloux, le drognian nous arrêta près d'une roche d'où l'on prétend que Jésus-Christ regarda la ville coupable, en pleurant sur la désolation prochaine de Sion. Baronius observe que Titus planta ses tentes à l'endroit même où le Sauveur avait prédit la ruine de Jérusalem. Doubdan, qui combat cette opinion sans citer Baronius, croit que la sixième légion romaine campa au sommet de la montagne des Oliviers, et non pas sur le penchant de la montagne. Cette critique est trop sévère, et la remarque de Baronius n'en est ni moins belle ni moins juste.
Dç la roche de la Prédiction, nous montâmes à des grottes qui sont à la droite du chemin. On les appelle les Tombeaux des prophètes ; elles n'ont rien de remarquable, et Ton ne sait trop de quels prophètes elles peuvent garder les cendres.
Un peu au-dessus de ces grottes, nous trouvâmes une espèce de citerne composée de douze arcades : ce fut là que les apôtres composèrent le premier symbole de notre croyance. Tandis que le monde entier adorait à la face du soleil mille divinités honteuses, douze pêcheurs, cachés
dans les entrailles de la terre, dressaient la profession de foi du genre humain, et reconnaissaient l'unité du Dieu créateur de ces astres à la lumière desquels on n'osait encore proclamer son existence. Si quelque Romain de la cour d'Auguste, passant auprès de ce souterrain, eût aperçu les douze Juifs qui composaient cette œuvre sublime, quel mépris il eût témoigné pour cette troupe superstitieuse! Avec quel dédain il eût parlé de ces premiers fidèles î Et pourtant ils allaient renverser les temples de ce Romain, détruire la religion de ses pères, changer les lois, la politique, la morale, la raison, et jusqu'aux pensées des hommes. Ne désespérons donc jamais du salut des peuples. Les chrétiens gémissent aujourd'hui sur la tiédeur de la foi : qui sait si Dieu n'a point planté dans une aire inconnue le grain de sénevé qui doit multiplier dans les champs? Peut-être cet espoir de salut est-il sous nos yeux sans que nous nous y arrêtions; peut-être nous parait-il aussi absurde que ridicule. Mais qui aurait jamais pu croire à la folie de la Croix?
On monte encore un peu plus haut, et l'on rencontre les ruines ou plutôt l'emplacement désert d'une chapelle : une tradition constante enseigne que Jésus-Christ récita dans cet endroit YOraison dominicale.
« Un jour, comme il était en prière en un certain lieu, après qu'il eut cessé de prier, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, ainsi que Jean l'a appris à ses disciples.
« Et il leur dit : Lorsque vous prierez, dites : « Père, v que votre nom soit sanctifié, etc. »
Ainsi furent composées presque au même lieu la profession de foi de tous les hommes et la prière de tous les hommes.
A trente pas de là, en tirant un peu vers le nord, est un olivier au pied duquel le Fils du souverain Arbitre prédit le jugement universel.
Enfin, on fait encore une cinquantaine de pas sur la montagne, et l'on arrive à une petite mosquée de forme octogone, reste d'une église élevée jadis à l'endroit même où Jésus-Christ monta au ciel après sa résurrection. On distingue sur le rocher l'empreinte du pied gauche d'un homme; le vestige du pied droit s'y voyait aussi autrefois : la plupart des pèlerins disent que les Turcs ont enlevé ce second vestige, pour le placer dans la mosquée du Temple ; mais le père Roger affirme positivement qu'il n'y est pas. Je me tais, par respect, sans pourtant être convaincu, devant des autorités considérables : saint Augustin, saint Jérôme, saint Paulin, Sulpice Sévère, le vénérable Bède, la tradition, tous les voyageurs anciens et modernes, assurent que cette trace marque un pas de Jésus-Christ. En examinant cette trace, on en conclut que le Seigneur avait le visage tourné vers le nord au moment de son ascension, comme pour renier ce midi infesté d'erreurs, pour appeler à la foi les barbares qui devaient renverser les temples des faux dieux, créer de nouvelles nations et planter l'étendard de la croix sur les murs de Jérusalem.
Plusieurs Pères de l'Église ont cru que Jésus-Christ s'éleva aux cieux au milieu des âmes des patriarches et des prophètes, délivrés par lui des chaînes de la mort : sa mère et cent vingt disciples furent témoins de son ascension. Il étendit les bras comme Moïse, dit saint Grégoire de Nazianze, et présenta ses disciples à son Père; ensuite il croisa ses mains puissantes, en les abaissant sur la tête de ses bien-aimés, et c'était de cette manière que Jacob avait béni les fils de Joseph ; puis, quittant la terre avec une majesté admirable, il monta lentement vers les demeures éternelles, et se perdit dans une nue éclatante.
Sainte Hélène avait fait bâtir une église où l'on trouve aujourd'hui la mosquée octogone. Saint Jérôme nous apprend qu'on n'avait jamais pu fermer la voûte de cette église à l'endroit où Jésus-Christ prit sa route à travers les
airs. Le vénérable Ëède assure que, de son temps, la veille de l'Ascension, on voyait, pendant la nuit, la montagne des Oliviers couverte de feux.
Telle est l'histoire évangélique expliquée par les monuments. Nous l'avons vue commencer à Bethléem, marcher au dénotaient chez Pilate, arriver à la catastrophe au Calvaire, et se terminer sur la montagne des Oliviers. Le lieu même de l'ascension n'est pas tout à fait à la cime de la montagne, mais à deux ou trois cents pas au-dessous du plus haut sommet.
Nous descendîmes de la montagne des Oliviers, et, remontant à cheval, nous continuâmes notre route. Nous laissâmes derrière nous la vallée de Josaphat, et nous marchâmes par des chemins escarpés jusqu'à l'angle septentrional de la ville ; de là, tournant à l'ouest, et longeant le mur qui fait face au nord, nous arrivâmes à la grotte où Jérémie composa ses Lamentations. Nous n'étions pas loin des sépulcres des rois ; mais nous renonçâmes à les voir ce jour-là, parce qu'il était trop tard. Nous revînmes chercher la porte de Jaffa, par laquelle nous étions sortis de Jérusalem. Il était sept heures précises quand nous rentrâmes au couvent.
Notre course avait duré cinq heures. A pied, et en suivant l'enceinte des murs, il faut à peine une heure pour faire le tour de Jérusalem.
Le 8 octobre, à cinq heures du matin, j'entrepris avec Ali-Aga et le drogman Michel la revue de l'intérieur de la ville. Il faut nous arrêter ici pour jeter un regard sur l'histoire de Jérusalem.
Jérusalem fut fondée Tan du monde 2025, par le grand prêtre Melchisédech : il la noimna Salem, c'est-à-dire la Paix ; elle n'occupait alors que les deux montagnes de Mora et d'Acra.
Cinquante ans après sa fondation, elle fut prise par les Jébuséens, descendant de Jébus, fils de Chanaan. Ils bâ-
tirent sur le mont Sion une forteresse à laquelle ils donnèrent le nom de Jébus, leur père : la ville prit alors le nom de Jérusalem, ce qui signifie Vision de paix. Toute TÉcriture en fait un magnifique éloge : Jérusalem, civitas Dei, luce splendida fulgebis. Omnes nationes terrx ador ahurit te, etc.
Josué s'empara de la ville basse de Jérusalem, la première année de son entrée dans la terre promise : il fit mourir le roi Adonisédech et les quatre rois d'Ébron, de Jérimol, de Lachis et d'Églon. Les Jébuséens demeurèrent les maîtres de la ville haute, ou de la citadelle de Jébus. Ils n'en furent chassés que par David, huit cent vingt-quatre ans après leur entrée dans la cité de Melchisédech.
David fit augmenter la forteresse de Jébus, et lui donna son propre nom. Il fit aussi bâtir sur la montagne de Sion un palais et un tabernacle, afin d'y déposer l'arche d'alliance.
Salomon augmenta la Cité sainte : il éleva ce premier temple dont l'Écriture et l'historien Josèphe racontent les merveilles, et pour lequel Salomon lui-même composa de si beaux cantiques.
Cinq ans après la mort de Salomon, Sésac, roi d'Égypte, attaqua Roboam, prit et pilla Jérusalem.
Elle fut encore saccagée cent cinquante ans après par Joas, roi d'Israël.
Envahie de nouveau par les Assyriens, Manassès, roi de Juda, fut emmené captif à Babylone. Enfin, sous le règne de Sédécias, Nabuchodonosor renversa Jérusalem de fond en comble, brûla le temple, et transporta les Juifs à Babylone. Sion quasi ager arabatur, dit Jérémie; Hierusalem
ut lapidum erat. Saint Jérôme, pour peindre la solitude
de cette ville désolée, dit qu'on n'y voyait pas voler un seul oiseau.
Le premier temple fut détruit quatre cent soixante-dix ans, six mois et dix jours après sa fondation par Salomon,
l'an du monde 55 J 5, environ six cents ans avant Jésus- Christ.
Après les soixante-dix ans de captivité, Zorobabel commença à rebâtir le temple et la ville. Cet ouvrage, interrompu pendant quelques années, fut successivement achevé par Esdras et Néhémie.
Alexandre passa à Jérusalem l'an du monde 5583, et offrit des sacrifices dans le temple.
Ptolémée, fils de Lagus, se rendit maître de Jérusalem ; mais elle fut très-bien traitée par Ptolémée Philadelpbe, qui fit au temple de magnifiques présents.
Antiochus le Grand reprit la Judée sur les rois d'Egypte, et la remit ensuite à Ptolémée Évergète. Antiochus Épiphane saccagea de nouveau Jérusalem, et plaça dans le temple l'idole de Jupiter Olympien.
Les Machabées rendirent la liberté à leur pays, et le défendirent contre les rois de l'Asie.
Malheureusement Aristobule et Hircan se disputèrent la couronne; ils eurent recours aux Romains, qui, par la mort de Mithridate, étaient devenus les maîtres de l'Orient. Pompée accourut à Jérusalem : introduit dans la ville, il assiège et prend le temple. Crassus ne tarda pas à piller ce monument auguste, que Pompée vainqueur avait respecté.
Hircan, protégé de César, s'était maintenu dans la grande sacrificature. Antigone, fils d'Aristobule, empoisonné par les Pompéiens, fait la guerre à son oncle Hircan et appelle les Parthes à son secours. Ceux-ci fondent sur la Judée, entrent dans Jérusalem et emmènent Hircan prisonnier.
Hérode le Grand, fils d'Antipater, officier distingué de la cour d'Hircan, s'empare du royaume de Judée par la faveur des Romains. Antigone, que le sort des armes fait tomber entre les mains d'Hérode, est envoyé à Antoine. Le dernier descendant des Machabées, le roi légitime de Jérusalem, est attaché à un poteau, battu de verges et mis à mort, par Tordre d'un citoyen romain.
Hérode, demeuré seul maître de Jérusalem, la remplit de monuments superbes, dont je parlerai dans un autre lieu. Ce fut sous le règne de ce prince que Jésus-Christ vint au monde.
Archélaùs, fils d'IIérode et de Mariamne, succéda à son père, tandis qu'Hérode Antipas, fils aussi du grand Hérode, eut la tétrarchie de la Galilée et de la Pérèe. Celui-ci fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste, et renvoya Jésus- Christ à Pilate. Cet Hérode le tétrarque fut exilé à Lyon par Caligula.
Agrippa, petit-fils d'Hérode le Grand, obtint le royaume de Judée; mais son frère Hérode, roi de Chalcide, eut tout pouvoir sur le temple, le trésor sacré et la grande sacrificature.
Après la mort d'Agrippa, la Judée fut réduite en province romaine. Les Juifs s'étant révoltés contre leurs maîtres, Titus assiégea et prit Jérusalem. Deux cent mille Juifs moururent de faim pendant ce siège. Depuis le 14 avril jusqu'au 1er de juillet de l'an 71 de notre ère, cent quinze mille huit cent quatre-vingis cadavres sortirent par une seule porte de Jérusalem. On mangea le cuir des souliers et des boucliers ; on en vint à se nourrir de foin et des ordures que l'on chercha dans les égouts de la ville : une mère dévora son enfant. Les assiégés avalaient leur or; le soldat romain, qui s'en aperçut, égorgeait les prisonniers et cherchait ensuite le trésor recélé dans les entrailles de ces malheureux. Onze cent mille Juifs périrent dans la ville de Jérusalem, et deux cent trente-huit mille quatre cent soixante dans le reste de la Judée. Je ne comprends dans ce calcul ni les femmes, ni les enfans, ni les vieillards emportés par la faim, les séditions et les flammes. Enfin, il y eut quatre-vingt-dix-neuf mille deux cents prisonniers de guerre ; les uns furent condamnés aux travaux publics ; les autres furent réservés aux triomphes de Titus : ils parurent dans les amphithéâtres de l'Europe et de l'Asie, où ils
s'entre-tuèrent pour amuser la populace du monde romain. Ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de dix-sept ans furent mis à l'encan avec les femmes; on en donnait trente pour un denier. Le sang du Juste avait été vendu trente deniers à Jérusalem, et le peuple avait crié : Sanguis ejus super nos et super filiosnostros. Dieu entendit ce vœu des Juifs, et pour la dernière fois il exauça leur prière : après quoi il détourna ses regards de la terre promise, et choisit un nouveau peuple.
Le Temple fut brûlé trente-huit ans après la mort de Jésus-Christ; de sorte qu'un grand nombre de ceux qui avaient entendu la prédiction du Sauveur purent en voir l'accomplissement.
Le reste de la nation juive s'étant soulevé de nouveau, Adrien acheva de détruire ce que Titus avait laissé debout dans l'ancienne Jérusalem. Il éleva sur les ruines de la cité de David une autre ville, à laquelle il donna le nom à'JElia Capitolina : il en défendit l'entrée aux Juifs sous peine de mort, et fit sculpter un pourceau sur la porte qui conduisait à Bethléem. Saint Grégoire de Nazianze assure cependant que les Juifs avaient la permission d'entrer à ;Elia une fois par an, pour y pleurer ; saint Jérôme ajoute qu'on leur vendait au poids de l'or le droit de verser des larmes sur les cendres de leur patrie.
Cinq cent quatre-vingt-cinq mille Juifs, au rapport de Dion, moururent de la main du soldat dans cette guerre d'Adrien. Une multitude d'esclaves de l'un et de l'autre sexe fut vendue aux foires de Gaza et de Membre; on rasa cinquante châteaux et neuf cent quatre-vingt-cinq bourgades.
Adrien bâtit sa ville nouvelle précisément dans la place qu'elle occupe aujourd'hui ; et, par une providence particulière, comme l'observe Doubdan, il enferma le mont Calvaire dans l'enceinte des murailles. A l'époque de la persécution de Dioclétien, le nom même de Jérusalem était si
totalement oublié, qu'un martyr ayant répondu à un gouverneur romain qu'il était de Jérusalem, ce gouverneur s'imagina que le martyr parlait de quelque ville factieuse bâtie secrètement par les chrétiens. Vers la fin du septième siècle, Jérusalem portait le nom d'JElia, comme on le voit par le Voyage cFArculfe, de la rédaction d'Adamannus, ou de celle du vénérable Bède.
Quelques mouvements paraissent avoir eu lieu dans la Judée, sous les empereurs Antonin, Septime Sévère et Caracalla. Jérusalem, devenue païenne dans ses vieilles années, reconnut enfin le Dieu qu'elle avait rejeté. Constantin et sa mère renversèrent les idoles élevées sur le sépulcre du Sauveur, et consacrèrent les saints lieux par des édifices qu'on y voit encore.
Ce fut en vain que Julien, trente-sept ans après, rassembla les Juifs à Jérusalem, pour y rétablir le Temple : les hommes travaillaient à cet ouvrage avec des hottes, des bêches et des pelles d'argent ; les femmes emportaient la terre dans le pan de leurs plus belles robes : mais des globes de feu, sortant des fondements à demi creusés, dispersèrent les ouvriers et ne permirent pas d'achever l'entreprise.
Nous trouvons une révolte des Juifs sous Justinien, l'an 501 de Jésus-Christ. Ce fut aussi sous cet empereur que l'Église de Jérusalem fut élevée à la dignité patriarcale.
Toujours destinée à lutter contre l'idolâtrie et à vaincre les fausses religions, Jérusalem fut prise par Cosroës, roi des Perses, l'an 613 de Jésus-Christ. Les Juifs répandus dans la Judée achetèrent de ce prince quatre-vingt-dix mille prisonniers chrétiens et les égorgèrent.
Héraclius battit Cosroës en 627, reconquit la vraie croix que le roi des Perses avait enlevée, et la reporta à Jérusalem.
Neuf ans après, le calife Omar, troisième successeur de Mahomet, s'empara de Jérusalem, après l'avoir assiégée
pendant quatre mois : la Palestine, ainsi que l'Égypte, passa sous le joug du vainqueur.
Omar fut assassiné à Jérusalem, en 6io. L'établissement de plusieurs califats en Arabie et en Syrie, la chute de la dynastie des Ommiades et l'élévation de celle des Abassides remplirent la Judée de troubles et de malheurs pendant plus de deux cents ans.
Ahmed, Turc Toulounide, qui de gouverneur de l'Egypte en était devenu le souverain, fit la conquête de Jérusalem en 8G8 ; mais, son fils ayant été défait par les califes de Bagdad, la Cité sainte retourna sous la puissance de ces califes l'an 905 de notre ère.
Un nouveau Turc, nommé Mahomet-Ikhschid, s'étant à son tour emparé de l'Égypte, porta ses armes au dehors, et soumit Jérusalem l'an 956 de Jésus-Christ.
Les Fatimites, sortis des sables de Cyrène en 968, chassèrent les Ikhschidites de l'Egypte, et conquirent plusieurs villes de la Palestine.
Un autre Turê, du nom à'Ortok, favorisé parles Seljoucides d'Alep, se rendit maître de Jérusalem en 984, et ses enfants y régnèrent après lui.
Mostali, calife d'Égypte, obligea les Ortokides à sortir de Jérusalem.
îlakem ou Hequem, successeur d'Aziz, second calife fatimite, persécuta les chrétiens à Jérusalem vers l'an 996, comme je l'ai déjà raconté en parlant de l'église du Saint- Sépulcre. Ce calife mourut en 1021 .
Meleschab, Turc Seljoucide, prit la sainte cité en 1076, et fit ravager tout le pays. Les Ortokides, qui avaient été chassés de Jérusalem par le calife Mostali, y rentrèrent et s'y maintinrent contre Redouan, prince d'Alep. Mais ils en furent expulsés de nouveau par les Fatimites, en 1076: ceux-ci régnaient encore lorsque les croisés parurent sur les frontières de la Palestine.
Les écrivains du dix-huitième siècle se sont plu à repré-
senter les croisades sous un jour odieux. J'ai réclamé un des premiers contre cette ignorance ou cette injustice. Les croisades ne furent des folies, comme on affectait de les appeler, ni dans leur principe, ni dans leur résultat. Les chrétiens n'étaient point les agresseurs. Si les sujets d'Omar, partis de Jérusalem, après avoir fait le tour de l'Afrique, fondirent sur la Sicile, sur l'Espagne, sur la France même, où Charles-Martel les extermina, pourquoi des sujets de Philippe Ier, sortis de France, n'auraient-ils pas fait le tour de l'Asie pour se venger des descendants d'Omar jusque dans Jérusalem? C'est un grand spectacle sans doute que ces deux armées de l'Europe et de l'Asie marchant en sens contraire autour de la Méditerranée, et venant, chacune sous la bannière de sa religion, attaquer Mahomet et Jésus-Christ au milieu de leurs adorateurs. N'apercevoir dans les croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c'est montrer une vue très-bornée en histoire. Il s'agissait non -seulement de la délivrance de ce tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre, ou d'un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage, ou d'un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité et aboli la servitude. Il suffit de lire le discours du pape Urbain II au concile de Clermont, pour se convaincre que les chefs de ces entreprises guerrières n'avaient pas les petites idées qu'on leur suppose, et qu'ils pensaient à sauver le monde d'une inondation de nouveaux barbares. L'esprit du mahométisme est la persécution et la conquête; l'Évangile, au contraire, ne prêche que la tolérance et la paix. Aussi les chrétiens supportèrent-ils pendant sept cent soixantequatre ans tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut faire souffrir; ils tâchèrent seulement d'intéresser en leur faveur Charlemagne : mais ni les Espagnes soumises, ni la France envahie, ni la Grèce et les deux Siciles
ravagées, ni l'Afrique entière tombée dans les fers, ne purent déterminer pendant près de huit siècles les chrétiens à prendre les armes. Si enfin les cris de tant de victimes égorgées en Orient, si les progrès des barbares, déjà aux portes de Constantinople, réveillèrent la chrétienté et la firent courir à sa propre défense, qui oserait dire que la cause des guerres sacrées fut injuste? Où en serions-nous si nos pères n'eussent repoussé la force par la force? Que l'on contemple la Grèce, et l'on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s'applaudissent tant aujourd'hui du progrès des lumières auraientils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts?
Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l'Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. Elles ont fait plus: ellesnous ont sauvés de nos propres révolutions: elles ont suspendu, par la paix de Dieu , nos guerres intestines; elles ont ouvert une issue à cet excès de population qui tôt ou tard cause la ruine des États : remarque que le père Hambourg a faite, et que M. de Bonald a développée.
Quant aux autres résultats des croisades, on commence à convenir que ces entreprises guerrières ont été favorables au progrès des lettres et de la civilisation. Robertson a parfaitement traité ce sujet dans son Histoire du commerce des anciens aux Indes orientales. J'ajouterai qu'il ne faut pas, dans ces calculs, omettre la renommée que les armes européennes ont obtenue dans les expéditions d'outre-mer. Le temps de ces expéditions est le temps héroïque de notre histoire; c'est celui qui a donné naissance à notre poésie épique. Tout ce qui répand du merveilleux sur une nation ne doit point être méprisé par cette nation même. On voudrait en vain se le dissimuler, il y a quelque chose dans
notre cœur qui nous fait aimer la gloire : l'homme ne se compose pas absolument de calculs positifs pour son bien et pour son mal, ce serait trop le ravaler; c'est en entretenant les Romains de Y éternité de leur ville qu'on les a menés à la conquête du monde, et qu'on leur a fait laisser dans l'histoire un nom éternel.
Godefroy parut donc sur les frontières de la Palestine l'an 1099 de Jésus-Christ; il était entouré de Baudoin, d'Eustache, de Tancrède, de Raimond de Toulouse, des comtes de Flandre et de Normandie, del'Étolde, qui sauta le premier sur les murs de Jérusalem: de Guicher, déjà célèbre pour avoir coupé un lion par la moitié, de Gaston de Foix, de Gérard de Roussillon, de Raimbaud d'Orange, de Saint- Pol, de Lambert: Pierre l'ermite marchait avec son bâton de pèlerin à la tête de ces chevaliers. Ils s'emparèrent d'abord de Rama : ils entrèrent ensuite dans Emmaùs, tandis que Tancrède et Baudoin du Bourg pénétraient à Bethléem. Jérusalem fut bientôt assiégée, et l'étendard de la croix flotta sur ses murs un vendredi 15, et, selon d'autres, 12 de juillet 1099, à trois heures de l'après-midi.
Je parlerai du siège de cette ville lorsque j'examinerai le théâtre de la Jérusalem délivrée. Godefroy fut élu par ses frères d'armes roi de la cité conquise. C'était le temps où de simples chevaliers sautaient de la brèche sur le trône : le casque apprend à porter le diadème ; et la main blessée qui mania la pique s'enveloppe noblement dans la pourpre. Godefroy refusa de mettre sur sa tête la couronne brillante qu'on lui offrait , « ne voulant point, dit-il, porter une couronne d'or où Jésus-Christ avait porté une couronne d'épines. »
Naplouse ouvrit ses portes, l'armée du soudan d'Egypte fut battue à Ascalon. Robert, moine, pour peindre la défaite de cette armée, se sert précisément delà comparaison employée par J. B. Rousseau ; comparaison d'ailleurs empruntée de la Bible :
La Palestine enfin, après tant de ravages.
Vit fuir ces ennemi* comme on voit les nuages
Dans le vague des airs fuir devant l'aquilon.
Il est probable que Godefroy mourut à Jaffa, dont il avait fait relever les murs. 11 eut pour successeur Baudoin son frère, comte d'Edesse. Celui-ci expira au milieu de ses victoires, et laissa, en 1118, le royaume à Baudoin du Bourg, son neveu.
Mélisandre, fille aînée de Baudoin If, épousa Foulques d'Anjou, et porta le royaume de Jérusalem dans la maison de son mari, vers l'an 1150. Foulques étant mort dune chute de cheval en 1140, son fils Baudoin III lui succéda. La deuxième croisade, prêchée par saint Bernard, conduite par Louis VII et par l'empereur Conrad, eut lieu sous le règne de Baudoin 111. Après avoir occupé le trône pendant vingt ans, Baudoin laissa la couronne à son frère Amaury, qui la porta onze années. Amaury eut pour successeur son fils Baudoin, quatrième du nom.
On vit alors paraître Saladin, qui, battu d'abord et ensuite victorieux, finit par arracher les lieux saints à leurs nouveaux maîtres.
Baudoin avait donné sa sœur Sibylle, veuve de Guillaume Longue-Épée, en mariage à Gui de Lusignan. Les grands du royaume, jaloux de ce choix, se divisèrent. Baudoin IV, ayant fini ses jours en 118-4, eut pour héritier son neveu Baudoin V, fils de Sibylle et de Guillaume Longue-Épée. Le jeune roi, qui n'avait que huit ans, succomba en 1186 sous une violente maladie. Sa mère Sibylle fit donner la couronne à Gui de Lusignan, son second mari. Le comte de Tripoli trahit le nouveau monarque, qui tomba entre les maius de Saladin à la bataille de Tibériade.
Après avoir achevé la conquête des villes maritimes de la Palestine, le Soudan assiégea Jérusalem; il la prit l'an 1188 de notre ère. Chaque homme fut obligé de donner pour rançon dix besants d'or : quatorze mille habitants demeu-
rèrent esclaves, faute de pouvoir payer cette somme. Une seule église fut épargnée, et ce fut l'église du Saint-Sépulcre : les Syriens la rachetèrent pour une grosse somme d'argent.
La couronne de ce royaume à demi perdu passa à Isabelle, fille d'Amaury Ier, sœur de Sibylle décédée, et femme d'Eufroy de Turenne. Philippe-Auguste et Richard Cœurde-Lion arrivèrent trop tard pour sauver la ville sainte ; mais ils prirent Ptolémaïs ou Saint-Jean d'Acre. La valeur de Richard fut si renommée, que longtemps après la mort de ce prince, quand un cheval tressaillait sans cause, les Sarrasins disaient qu'il avait vu l'ombre de Richard. Saladin mourut peu de temps après la prise de Ptolémaïs: il ordonna que l'on portât un linceul au bout d'une lance le jour de ses funérailles, et qu'un héraut criât à haute voix :
SALADIN DOMPTEUR DE 1/ASIE DE TOUTES LES RICHESSES QU'lL A CONQUISES n'eîIPOUTE QUE CE LINCEUL.
Richard, rival de gloire de Saladin, après avoir quitté la Palestine, vint se faire renfermer dans une tour en Allemagne. Sa prison donna lieu à des aventures que l'histoire a rejetées, mais que les troubadours ont conservées dans leurs ballades.
L'an 1242, l'émir de Damas Saleh-Ismaël, qui faisait la guerre à Nedjmeddin, soudan d'Egypte, et qui était entré dans Jérusalem, remit cette ville entre les mains des princes latins. Le soudan envoya les Karismiens assiéger la capitale de la Judée. Ils la reprirent et massacrèrent tous les habitants : ils la pillèrent encore une fois l'année suivante, avant de la rendre au soudan Saley-Ayoub, successeur de Nedjmeddin.
Pendant le cours de ces événements, la couronne de Jérusalem avait passé d'Isabelle à Henri, comte de Champagne, son nouvel époux; et de celui-ci à Amaury, frère de
Lusignan, qui épousa en quatrièmes noces la même Isabelle. Il en eut un fils qui mourut en bas âge. Marie, fille d'Isabelle et de son premier mari Conrad, marquis deMontferrat, devint l'héritière d'un royaume imaginaire. Jean, comte de Brienne, épousa Marie. Il en eut une fille, Isabelle- Yolande, mariée depuis à l'empereur Frédéric II. Celui-ci, arrivé à Tyr, fit la paix avec le Soudan d'Egypte. Les conditions du traité furent que Jérusalem serait partagée entre les chrétiens et les musulmans. Frédéric II vint en conséquence prendre la couronne de Godefroy sur l'autel du Saint-Sépulcre, la mit sur sa tête et repassa bientôt en Europe. Il est probable que les Sarrasins ne tinrent pas les engagements qu'ils avaient pris avec Frédéric, puisque nous voyons, vingt ans après, en 1242, Nedjmeddin saccager Jérusalem, comme je l'ai dit plus haut. Saint Louis arrive en Orient sept ans après ce dernier malheur. Il est remarquable que ce prince, prisonnier en Égypte, vit massacrer sous ses yeux les derniers héritiers de la famille de Saladin.
Il est certain que les mameluks baharites, après avoir trempé leurs mains dans le sang de leur maître, eurent un moment la pensée de briser les fers de saint Louis, et de faire de leur prisonnier leur Soudan, tant ils avaient été frappés de ses vertus !
Les mameluks changèrent de sentiment : Moas, Almansor-Nuradin-Ali, Sefeidin-Modfar, succédèrent tour à tour au trône d'Egypte, et le fameux Bibars-Bondoc-Dari devint soudan en 1265. Il ravagea la partie de la Palestine qui n'était pas soumise à ses armes, et fit réparer Jérusalem Kelaoun, héritier de Bondoc-Dari en 1281, poussa les chrétiens de place en place, et Kahil, son fils, leur enleva Tyr Ptolémaïs; enfin, en 1291, ils furent entièrement chassés de la terre sainte, après être maintenus cent-quatre-vingtdouze ans dans leurs conquêtes et après avoir régné quatrevingt-huit ans à Jérusalem.
Le vain titre de roi de Jérusalem fut transporté dans la maison de Sicile par le frère de saint Louis, Charles, comte de Provence et d'Anjou, qui réunit sur sa tête les droits du roi de Chypre et de la princesse Marie, fille de Frédéric, prince d'Antioche. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenus les chevaliers de Rhodes et de Malte, les chevaliers teutoniques, conquérants du nord de l'Europe et fondateurs du royaume de Prusse, sont aujourd'hui les seuls restes de ces croisés qui firent trembler l'Afrique et l'Asie, et occupèrent les trônes de Jérusalem, de Chypre et de Constantinople.
Les chrétiens ayant donc perdu ce royaume en 1291, les soudans baharites demeurèrent en possession de leur conquête jusqu'en 1382. A cette époque les mameluks circassiens usurpèrent l'autorité en Egypte et donnèrent une nouvelle forme de gouvernement à la Palestine. Sélim mit fin à tant de révolutions en s'emparant, en 1716, de l'Egypte et de la Syrie.
C'est cette Jérusalem des Turcs que nous allons maintenant examiner.
En sortant du couvent, nous nous rendîmes à la citadelle. On ne permettait autrefois à personne de la visiter ; aujourd'hui qu'elle est en ruine, on y entre pour quelques piastres. D'Anville prouve que ce château, appelé par les chrétiens le château ou la tour des Pisans, est bâti sur les ruines de l'ancien château de David, et qu'il occupe la place de la tour Psephina. Il n'a rien de remarquable : c'est une forteresse gothique, telle qu'il en existe partout, avec des cours initérieures, des fossés, des chemins couverts, etc.
Nous sortîmes du château après l'avoir examiné pendant une heure ; nous primes une rue qui se dirige de l'ouest à l'est, et qu'on appelle la rue du Bazar ; c'est la grande rue et le beau quartier de Jérusalem. Mais quelle désolation et quelle misère ! N'anticipons pas sur la description générale. Nous ne rencontrions personne, car la plupart des habi-
tants s'étaient retirés dans la montagne, à l'arrivée du pacha. La porte de quelques boutiques abandonnées était ouverte ; on aperçoit par cette porte de petites chambres de sept ou huit pieds carrés, où le maître, alors en fuite, mange, couche et dort sur la seule natte qui compose son ameublement.
A la droite du bazar, entre le temple et le pied de la montagne de Sioti, nous entrâmes dans le quartier des Juifs.
Du quartier des Juifs nous nous rendîmes à la maison de Pilate, afin d'examiner par une fenêtre la mosquée du Temple ; il est défendu à tout chrétien, sous peine de mort, d'entrer dans le parvis qui environne cette mosquée : je me réserve à en faire la description lorsque je parlerai des monuments de Jérusalem. A quelque distance du prétoire de Pilate, nous trouvâmes la piscine Probatique et le palais d'Flérode : ce dernier est une ruine dont les fondations appartiennent à l'antiquité.
Nous traversâmes de nouveau la ville, et, revenant chercher la porte de Sio», Ali-Aga me fit monter avec lui sur les murs : le clrogman n'osa pas nous y suivre. Je trouvai quelques vieux canons de vingt-quatre ajustés sur des affûts sans roues, et placés aux embrasures d'un bastion gothique. Un garde qui fumait sa pipe dans un coin voulut crier ; Ali le menaça de le jeter dans le fossé s'il ne se taisait, et il se tut : je lui donnai une piastre.
Le mur d'enceinte qui existe aujourd'hui est l'ouvrage de Soliman, fils de Sélim, comme le prouvent les inscriptions turques placées dans ce mur. On prétend que le dessein de Soliman était, d'enclore la montagne de Sion dans la circonvallation de Jérusalem, et qu'il fit mourir l'architecte pour n'avoir pas suivi ses ordres. Ces murailles flanquées de tours carrées, peuvent avoir à la plate-forme des bastions une trentaine de pieds de largeur, et cent vingt pieds d'élévation ; elles n'ont d'autres fossés que les vallées qui environnent la ville. Six pièces de douze^ tirées à barbette, en
poussant seulement quelques gabions, sans ouvrir de tranchées, y feraient dans une nuit une brèdie praticable.
J'entrai dans l'église du Saint-Sépulcre ; le Turc qui en ouvre les portes avait été prévenu de se tenir prêt à me recevoir : je payai de nouveau à Mahomet le droit d'adorer Jésus-Christ. J'étudiai une seconde fois, et plus à loisir, les monuments de cette vénérable église. Je montai dans la galerie, où je rencontrai le moine cophte et Févêque abyssin : ils sont très-pauvres, et leur simplicité rappelle les beaux temps de l'Évangile. Ces prêtres, demi-sauvages, le teint brûlé par les feux du tropique, portant pour seule marque de leur dignité une robe de toile bleue, et n'ayant point d'autre abri que le Saint-Sépulcre, me touchèrent bien plus que le chef des papas grecs et le patriarche arménien. Je défierais l'imagination la moins religieuse de n'être pas émue à celte rencontre de tant de peuples au tombeau de Jésus-Christ, à ces prières prononcées dans cent langages divers, au lieu même où les apôtres reçurent du Saint-Esprit le don de parler toutes les langues de la terre.
Je sortis à une heure du Saint-Sépulcre, et nous rentrâmes au couvent. Les soldats du pacha avaient envahi l'hospice, ainsi que je l'ai déjà raconté, et ils y vivaient à discrétion. En retournant à ma cellule et traversant le corridor avec le drogman Michel, je rencontrai deux jeunes spahis armés de pied en cap et faisant un bruit étrange : il est vrai qu'ils n'étaient pas bien redoutables, ils étaient ivres à tomber. Aussitôt qu'ils m'aperçurent, ils me fermèrent le passage en jetant de grands éclats de rire. Je m'arrêtai pour attendre la fin de ce jeux. Jusque-là il n'y avait point de mal ; mais bientôt un de ces Tartares, passant derrière moi, me prit la tête, me la courba de force, tandis que son camarade, baissant le collet de mon habit, me frappait le cou avec le dos de son sabre nu. Le drogman se mit à beugler. Je me débarrassai des mains des spahis ; je sautai à la gorge de celui qui m'avait saisi par la
tête : d'une main lui arrachant la barbe et de l'autre l'étranglant contre le mur, je le fis devenir noir comme mon chapeau ; après quoi je le lâchai, lui ayant rendu jeu pour jeu et insulte pour insulte. L'autre spahi, chargé de vin et étourdi de mon action, ne songea point à venger la plus grande avanie que l'on puisse faire à un Turc, celle de le prendre par la barbe. Je me retirai dans ma chambre, et je me préparai à tout événement ; nous n'entendimes plus parler de rien.
Je dinai à deux heures, et je sortis à trois avec ma petite troupe accoutumée. Je visitai les sépulcres des rois : de là, faisant à pied le tour delà ville, je m'arrêtai aux tombeaux d'Absalon, de Josaphat et de Zacharie, dans la vallée de Josaphat. J'ai dit que les sépulcres des rois étaient en dehors de la porte d'Éphraïm, vers le nord, à trois ou quatre portées de fusil de la grotte de Jérémie. Parlons des monuments de Jérusalem.
Il est difficile de se faire une idée nette du premier et même du second temple, d'après ce qu'en dit l'Écriture et d'après la description de Josèphe : mais on entrevoit deux choses : les Juifs avaient le goût du sombre et du grand dans leurs édifices, comme les Égyptiens; ils aimaient les petits détails et les ornements recherchés, soit dans les gravures des pierres, soit dans les ornements en bois, en bronze ou en or.
Le temple de Salomon ayant été détruit par les Syriens, le second temple, rebâti par Hérode l'Ascalonite, rentra dans l'ordre de ces ouvrages moitié juifs, moitié grecs, dont je vais bientôt parler.
Il ne nous reste donc rien de l'architecture primitive des Juifs à Jérusalem, hors la piscine Probatique. On la voit encore près de la porte Saint-Étienne, et elle bornait le temple au septentrion. C'est un réservoir long de cent cinquante pieds et large de quarante. L'excavation de ce réservoir est soutenue par des murs, et ces murs sont ainsi composés : un lit de grosses pierres jointes ensemble par
des crampons de fer ; une maçonnerie mêlée, appliquée sur ces grosses pierres ; une couche de cailloutage collée sur cette maçonnerie; un enduit répandu sur ce cailloutage.
Cette piscine est maintenant desséchée et à demi comblée ; il y croît quelques grenadiers et une espèce de tamarin sauvage, dont la verdure est bleuâtre : l'angle de l'ouest est tout rempli de nopals. On remarque aussi dans le côté occidental deux arcades qui donnent naissance à deux voûtes : c'était peut-être un aqueduc qui conduisait l'eau dans l'intérieur du temple.
Josèphe appelle cette piscine Stagnum Salomonis ; l'Évangile la nomme Probatiqae, parce qu'on y purifiait les brebis destinées aux sacrifices. Ce fut au bord de cette piscine que Jésus-Christ dit au paralytique :
« Levez-vous, et emportez votre lit. »
Voilà tout ce qui reste aujourd'hui de la Jérusalem de David et de Salomon.
Les monuments de la Jérusalem grecque et romaine sont plus nombreux et forment une classe nouvelle et fort singulière dans les arts. Je commence par les tombeaux de la vallée de Josaphat et de la vallée de Siloé.
Quand on a passé le pont du torrent de Cédron, on trouve au pied du mons Offensioyis le sépulcre d'Absalon. C'est une masse carrée, mesurant huit pas sur chaque face; elle est formée d'une seule roche, laquelle roche a été taillée dans la montagne voisine, dont elle n'est séparée que de quinze pieds. L'ornement de ce sépulcre consiste en vingt-quatre colonnes d'ordre dorique sans cannelure; six sur chaque front du monument. Ces colonnes sont à demi engagées et forment partie intégrante du bloc, ayant été prises dans l'épaisseur de la masse. Sur les chapitaux règne la frise avec le triglyphe. Au-dessus de cette frise s'élève un socle qui porte une pyramide triangulaire, trop élevée pour la hauteur totale du tombeau. Cette pyramide est d'un autre morceau que le corps du monument.
Le sépulcre de Zacbarie ressemble beaucoup à celui-ci ; il est taillé dans le roc de la même manière et se termine en une pointe un peu recourbée, comme le bonnet phrygien ou comme un monument chinois. Le sépulcre de Josapbat est une grotte dont la porte, d'un assez bon goût, fait le principal ornement. Enfin le sépulcre où se cacha l'apôtre saint Jacques présente sur la vallée de Siloé un portique agréable.
S'il fallait absolument fixer l'époque où ces mausolées ont été construits, je la placerais vers le temps de l'alliance des Juifs et des Lacédémoniens, sous les premiers Mâchabées. Le dorique dominait encore dans la Grèce: le Corinthien n'envahit l'architecture qu'un demi-siècle après, lorsque les Romains commencèrent à s'étendre dans le Péloponèse et dans l'Asie.
Mais, en naturalisant à Jérusalem l'architecture de Corinthe et d'Athènes, les Juifs y mêlèrent les formes de leur propre style. Les sépulcres de la vallée de Josaphat, et surtout les tombeaux dont je vais bientôt parler, offrent l'alliance visible du goût de l'Egypte et du goût de la Grèce. 11 résulta de cette alliance une sorte de monuments indécis qui forment pour ainsi dire le passage entre les Pyramides et le Parthénon ; monuments où l'or^ distingue un génie sombre, hardi, gigantesque, et une imagination riante, sage et modérée. On va voir un bel exemple de cette vérité dans les sépulcres des rois.
En sortant de Jérusalem par la porte d'Éphraïm, on marche pendant un demi-mille sur le plateau d'un rocher rougeâtre où croissent quelques oliviers. On rencontre ensuite au milieu d'un champ une excavation assez semblable aux: travaux abandonnés d'une ancienne carrière. Un chemin large et en pente douce vous conduit au fond de cette excavation, où l'on entre par une arcade. On se trouve alors au milieu d'une salle découverte, taillée dans le roc. Cette salle a trente pieds de long sur trente pieds de large, et les
parois du rocher peuvent avoir douze à quinze pieds d'élévation.
Au centre de la muraille du midi, vous apercevez une grande porte carrée, d'ordre dorique, creusée de plusieurs pieds de profondeur dans le roc. Une frise un peu capricieuse, mais d'une délicatesse exquise, est sculptée audessus de la porte : c'est d'abord un triglyphe, suivi d'une métope ornée d'un simple anneau; ensuite vient une grappe de raisin entre deux couronnes et deux palmes. Le triglyphe se représente, et la ligne se reproduisait sans doute de la même manière le long du rocher ; mais elle est actuellement effacée. A dix-huit pouces de cette frise règne un feuillage entremêlé de pommes de pin et d'un autre fruit que je n'ai pu reconnaître, mais qui ressemble à un petit citron d'Égypte. Cette dernière décoration suivait parallèlement la frise et descendait ensuite perpendiculairement le long des deux côtés de la porte.
Dans l'enfoncement et dans l'angle à gauche de cette grande porte s'ouvre un canal où l'on marchait autrefois debout, mais où l'on se glisse aujourd'hui en rampant. 11 aboutit par une pente assez roide, ainsi que dans la grande pyramide, à une chambre carrée, creusée dans le roc avec le marteau et le ciseau. Des trous de six pieds de long sur trois pieds de large, sont pratiqués dans les murailles, ou plutôt dans les parois de cette chambre, pour y placer des cercueils. Trois portes voûtées conduisent de cette première chambre dans sept autres demeures sépulcrales d'inégale grandeur, toutes formées dans le roc vif, et dont il est difficile de comprendre le dessein, surtout à la lueur des flambeaux. Une de ces grottes, plus basse que les autres, et où l'on descend par six degrés, semble avoir renfermé les principaux cercueils. Ceux-ci étaient généralement disposés de la manière suivante : le plus considérable était au fond de la grotte, en face de la porte d'entrée, dans la niche ou dans r étui qu'on lui avait préparé ; des deux côtés de la
porte, deux petites voûtes étaient réservées pour les morts les moins illustres, et comme pour les gardes de ces rois qui n'avaient plus besoin de leur secours. Les cercueils, dont on ne voit que les fragments, étaient de pierre et ornés d'élégantes arabesques.
Ce qu'on admire le plus dans ces tombeaux, ce sont les portes des chambres sépulcrales ; elles sont de la même pierre que la grotte, ainsi que les gonds et les pivots sur lesquels elles tournent.
Une question s'élève sur ces sépulcres nommés Sépulcres des rois. De quels rois s'agit-il? D'après un passage des Paralipomènes, et d'après quelques autres endroits de l'Écriture, on voit que les tombeaux des rois de Juda étaient dans la ville de Jérusalem. Dormiitqne Achaz cum patribus suis, et sepelierunt eam in civitate Jérusalem. David avait son sépulcre sur la montagne de Sion; d'ailleurs, le ciseau grec se fait reconnaître dans les ornements des sépulcres des rois.
Nous passons maintenant à la troisième sorte des monuments de Jérusalem , aux monuments du christianisme avant l'invasion des Sarrasins. Je n'en ai plus rien à dire, puisque je les ai décrits en rendant compte des saints lieux. Je ferai seulement une remarque : comme ces monuments doivent leur origine à des chrétiens qui n'étaient pas Juifs, ils ne conservent rien du caractère demi-égyptien, demigrec que j'ai observé dans les ouvrages des princes asmonéens et des Hérodes ; ce sont de simples églises grecques du temps de la décadence de l'art.
La quatrième espèce de monuments à Jérusalem est celle des monuments qui appartiennent au temps de la prise de cette ville par le calife Omar, successeur d'Abubeker et chef de la race des Ommiades. Les Arabes qui avaient suivi les étendards du calife s'emparèrent de l'Egypte; de là, s'avançant le long des côtes de l'Afrique, ils passèrent en Espagne, et remplirent de palais enchantés Grenade et Cor-
DE PARTS À JÉRUSALEM
doue. C'est donc au règne d'Omar qu'il faut faire remonter 1 origine de cette architecture arabe dont PAlhambra est le chef-d'œuvre, comme le Parthénon est le miracle du génie de la Grèce. La mosquée du temple, commencée à Jérusalem par Omar, agrandie par Abd-el-Maleck, et rebâtie sur un nouveau plan par El-Oulid, est un monument très-curieux de l'art chez les Arabes.
Mais quelle est l'architecture de cette mosquée, type ou modèle primitif de l'élégante architecture des Maures? C'est ce qu'il est très-difficile de dire. Les Arabes, par une suite de leurs mœurs despotiques et jalouses, ont réservé les décorations pour l'intérieur de leurs monuments ; et il y a peine de mort contre tout chrétien qui non-seulement entrerait dans Gâmeat-el-Sakhra, mais qui mettrait seulement le pied dans le parvis qui l'environne. Quel dommage que l'ambassadeur Deshayes, par un vain scrupule diplomatique, ait refusé de voir cette mosquée, où les Turcs lui proposaient de l'introduire! J'en vais décrire l'extérieur :
On voit la grande place de la mosquée, autrefois la place du temple, par une fenêtre de la maison de Pilate.
Cette place forme un parvis qui peut avoir cinq cents pas de longueur sur quatre cent soixante de largeur. Les murailles de la ville ferment ce parvis à l'orient et au midi. 11 est borné à l'occident par des maisons turques, et au nord par les ruines du prétoire de Pilate et du palais d'Hérode.
Douze portiques, placés à des distances inégales les uns des autres, et tout à fait irréguliers comme les cloîtres de l'Alhambra, donnent entrée sur ce parvis. Ils sont composés de trois ou quatre arcades, et quelquefois ces arcades en soutiennent un second rang; ce qui imite assez bien l'effet d'un double aqueduc. Le plus considérable de tous ces portiques correspond à l'ancienne Porta Speciosa, connue des chrétiens par un miracle de saint Pierre. 11 y a des lampes sous ces portiques,
Au milieu de ce parvis on en trouve un plus petit, qui s'élève de six à sept pieds, comme une terrasse sans balustres, au-dessus du précédent. Ce second parvis a, selon l'opinion commune, deux cents pas de long sur cent cinquante de large ; on y monte de quatre côtés par un escalier de marbre; chaque escalier est composé de huit degrés.
Au centre de ce parvis supérieur s'élève la fameuse mosquée de la Roche. Tout auprès de la mosquée est une citerne qui tire son eau de l'ancienne fontaine Scellée, et où les Turcs font leur ablution avant la prière. Quelques vieux oliviers et des cyprès clair-semés sont répandus ça et là sur les deux parvis.
Le temple est octogone : une lanterne, également à huit faces et percée d'une fenêtre sur chaque face, couronne le monument. Cette lanterne est recouverte d'un dôme. Ce dôme était autrefois de cuivre doré, il est de plomb aujourd'hui; une flèche d'un assez bon goût, terminée par un croissant, surmonte tout l'édifice, qui ressemble à une tente élevée au milieu du désert.
Les murs sont revêtus extérieurement de petits carreaux ou de briques peintes de diverses couleurs ; ces briques sont chargées d'arabesques et de versets du Coran écrits en lettres d'or. Les huit fenêtres de la lanterne sont ornées de vitraux ronds et coloriés. Ici nous trouvons déjà quelques traits originaux des édifices moresques de l'Espagne : les légers portiques des parvis et les briques peintes de la mosquée rappellent diverses parties du Généralife, de l'Àlhambra et de la cathédrale deCordoue.
Quant à l'intérieur de cette mosquée, je ne l'ai point vu. Il est plus que temps de passer aux monuments gothiques de Jérusalem.
Ceux-ci se réduisent à quelques tombeaux. Les monuments de Godefroy et de Baudoin sont deux cercueils de pierre portés sur quatre petits piliers. Les épitaphes qu'on a lues dans la de?cr"ption de Deshayes sont écrites sur ces
cercueils en lettres gothiques. Tcmt cela en soi-même est fort peu de chose ; cependant je fus très-frappé par l'aspect de ces tombeaux, en entrant au Saint-Sépulcre : leurs formes étrangères, sur un sol étranger, m'annoncèrent d'autres hommes, d'autres mœurs, d'autres pays; je me crus transporté dans un de nos vieux monastères : j'étais comme l'O-Taïtien quand il reconnut en France un arbre de sa patrie. Je contemplai avec vénération ces mausolées gothiques qui renfermaient des chevaliers français, des pèlerins devenus rois, des héros de la Jérusalem délivrée ; je me rappelai les paroles que le Tasse met clans la bouche de Godefroy :
Chi sia di noi, ch' esser sepulto schivi, Ove i merabri di Dio fur già sepulti?
Quant aux monuments turcs, derniers témoins qui attestent à Jérusalem les révolutions des empires, ils ne valent pas la peine qu'on s'y arrête.
Le lecteur connaît maintenant les divers monuments de la cité sainte.
En revenant de visiter les sépulcres des rois qui ont donné lieu aux descriptions précédentes, je passai par la vallée de Josaphat. Le soleil se couchait derrière Jérusalem : il dorait de ses derniers rayons cet amas de ruines et les montagnes de la Judée. Je renvoyai mes compagnons par la porte Saint-Étienne, et je ne gardai avec moi que le janissaire. Je m'assis au pied du tombeau de Josaphat, le visage tourné vers le temple : je tirai de ma poche un volume de Racine, et je relus Athalie.
À ces premiers vers :
Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel, etc.,
il m'est impossible de dire ce que j'éprouvai. Je crus entendre les cantiques de Salomon et la voix des prophètes ;
l'antique Jérusalem se leva devant moi : les ombres de Joad, d'Athalie, de Josabeth, sortirent du tombeau; il me sembla que je ne connaissais que depuis ce moment le génie de Racine. Quelle poésie, puisque je la trouvais digne du lieu où j'étais ! On ne saurait s'imaginer ce qu'est Âthalie lue sur le tombeau du saint roi Josaphat, au bord du torrent de Cédron et devant les ruines du temple. Mais qu est-il devenu ce temple, orné partout de festons magnifiques?
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé? Quel est dans ce lieu saint ce pontife égorgé? Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide.
Des prophètes divins malheureuse homicide : De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé, Ton encens à ses yeux est un encens souillé
Où menez-vous ces enfants et ces femmes? Le Seigneur a détruit la reine des cités : Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejelés; Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités : Temple, renverse-toi; cèdres, jetez des flammes.
Jérusalem, objet de ma douleur.
Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes? Qui changera mes yeux en deux sources de larmes, Pour pleurer ton malheur?