DISCUSSION DES QUARTIERS DE ^ANCIENNE JERUSALEM
Josèphe nous donne une idée générale de Jérusalem , en disant ( livre VI de la Guerre des Juifs , ch. 6 ) que cette ville étoit assise sur deux collines en face rune de l’autre , et séparées par une vallée : c|ue ce qui étoit appelé la Haute- Fille occupoit la plus étendue ainsi que la plus élevée de ces collines, et celle que l’avantage de sa situation avoit fait choisir par David pour sa forteresse ; que l’autre colline, nommée Acra, servoit d’assiette à la Basse-Ville, Or, nous voyons que la montagne de Sion, qui est la première des deux collines , se distingue encore parfaitement sur le plan. Son escarpement plus marqué regarde le midi et l’occident , étant formé par une profonde ravine , qui dans l’Ecriture est nommée Ge-hen-Hinnom , ou la Fallée-des- Enfants-d'Hinnom. Ce vallon, courant du couchant au levant, rencontre à l’extrémité du mont de Sion la vallée de Kedron, qui s’étend du nord au sud. Ces circonstances locales, et dont la nature meme décide, ne prennent aucune part aux changements que le temps et la fureur des hommes ont pu apporter à la ville de Jérusalem. Et par là nous sommes assurés des limites de cette ville dans la partie que Sion occupoit. C’est le côté qui s’avance le plus vers le midi ; et non seulement on est fixé de manière à ne pouvoir s’étendre plus loin de ce côté-là , mais encore l’espace que l’emplacement de Jérusalem peut y prendre en largeur se trouve déterminé, d’une part, par la pente ou l’escarpement de Sion qui regarde le couchant, et de l’autre, par son extrémité opposée vers Gédron et l’orient. Celui des murs de Jérusalem que Josèphe appelle le plus ancien , comme étant attribué à David et à Salomon, hordoit la crête du rocher, selon le témoignage de cet historien. A quoi se rapportent aussi ces paroles de Tacite , dans la description qu’il fait de Jérusalem ( Hist.^ liv. v, ch. xi ) :
Duos colles , immcnsum editos , claudehant mûri..., extrema riipis ahrupta. D’où il suit que le contour de la montagne sert encore à indiquer l’ancienne enceinte, et à la circonscrire.
La seconde colline s’ëlevoit au nord de Sion, faisant lace par son coté oriental au mont ]\Joria, sur lequel le Temple étoit assis, et dont cette colline n’étoit séparée que par une cavité, que les Hasmonéens comblèrent en partie, en rasant le sommet d’Acra, comme on l’apprend de .losèphe (au même endroit que ci-dessus). Car, ce sommet ayant vue sur le Temple, et en étant très voisin, selon que .losèphe s’en explique, Antiochus-Epiphanès y avoit construit une forteresse , pour brider la ville et incommoder le Tem])le; laquelle forteresse, ayant garnison grecque ou macédonienne, se soutint contre les .luifs jusqu’au temps de Simon, qui la détruisit, et aplanit en même temps la colline. Comme il n’est même question d’Acra que depuis ce temps-là, il y a toute apparence que ce nom n’est autre chose que le mot grec A/.pa^ qui signifie un lieu élevé, et qui se prend quelquefois aussi pour une forteresse, de la même manière que nous y avons souvent employé le terme de Roca, la Roche. D’ailleurs, le terme d'Haha, avec aspiration, paroît avoir été propre aux Syriens, ou du moins adopté par eux , pour désigner un lieu fortifié. Et dans la paraphrase chaldaïque (Samuel, liv. ii, ch. ii, v. 7 ), Hakra-Dsiun est la forteresse de Sion. Josèphe donne une idée de la figure de la colline dans son assiette, par le terme d’au-cpty-upTo?, lequel, selon Suidas, est propre à la lune dans une de ses phases entre le croissant et la pleine lune, et, selon Martianus-Capella , entre la demi-lune et la pleine. Une circonstance remarquable dans le plan qui nous sert d’original, est un vestige de l’éminence principale d’Acra entre Sion et le Temple; et la circonstance est d’autant moins équivoque que , sur le plan même, en tirant vers l’angle sud-ouest du Temple, on a eu l’attention d’écrire lleudiaut.
Le mont Moria , que le Temple occupoit , n’étant d’abord
(ju’une colline irrégulière, il avoit fallu, pour étendre les dépendances du Temple sur une surface égale et augmenter Taire du sommet , en soutenir les côtés , qui formoient un carré, par d’immenses constructions. Le côté oriental bordoit la vallée de Cédron , dite communément de Josaphat ^ et très profonde. Le'côté du midi, dominant sur un terrain très enfoncé, étoit revêtu de bas en haut d’une forte maçonnerie , et Josèphe ne donne pas moins de trois cents coudées d’élévation à cette partie du Temple : de sorte même que, pour sa communication avec Sion, il avoit été besoin d’un pont, eomme le même auteur nous en instruit. Le côté occidental regardoit Aéra , dont Taspeet pour le Temple est comparé à un théâtre par Josèphe. Du eôté du nord, un fossé creusé, Tacppoç J'è optôpujcTo ^ dit notre historien, séparoit le Temple d’avec une eolline nom niée Bezethüy qui fut dans la suite jointe à la ville par un agrandissement de son enceinte. Telle est la disposition générale du mont Moria dans l’étendue de Jérusalem.
La fameuse tour Antonia flanquoit l’angle du Temple qui regardoit le N. O. Assise sur un rocher, elle avoit d’abord été construite par Hyrean , premier du nom , et appelée terme grec selon Josèphe, mais que saint
Jérôme dit avoir été commun dans la Palestine, et jusqu’à son temps, pour désigner des maisons fortes et eonstruites en forme de tours. Celle-ei reçut de grands embellissements de la part d’Hérode, qui lui fit porter le nom d’Antoine son bienfaiteur ; et avant Taecroissement de Bezetha, l’enceinte de la ville ne s’étendoit pas au delà du côté du nord. 11 faut même rabaisser un peu vers le sud, à une assez petite distanee de la face oeeidentale du Temple, pour exclure de la ville le Golgotha ou Calvaire , qui , étant destiné au suppliée des eriminels , n’étoit point eompris dans Tenceinte de la ville. La piété des chrétiens n’a souffert en aueun temps que ee lieu demeurât inconnu, même avant le règne du grand Constantin. Car Tauroit-il été à ces Juifs eonvertis au christianisme, que saint Epiphane dit avoir repris leur demeure dans les débris de Jérusalem ,
après la desüiiclioii de cette ville par Tite,etquiy menèrent une vie édifiante? Constantin, selon le témoijpia^e d’Eusèfie, couvrit le lieu même d’une basilique, l’an 326^ de laquelle parle très convenablement à ce témoignage l’auteur de V Itinerariani a Burdigala Hierusalem us que , lui qui étoit à Jérusalem en 333 , suivant le consulat qui sert de date à cet Itinéraire : ibidem modo jussu Constantini Imper atoris , Basilica facta est, id est Dominicum , mirœ puchritudinis. Et bien qu’au commencement du onzième siècle, Almansor-Hakimbillâ , kalife de la race des Fatimides d’Egypte , eût fait détruire cette église , pour ne vouloir tolérer la supercherie du prétendu feu saint des Grecs la veille de Pâques ; cependant l’empereur grecGonstantin-Monomaque acquit trente-sept ans après, et en 1048, du petit-fils de Hakim, le droit de réédifier la même église; et il en fit la dépense, comme on rap])rend de Guillaume , archevêque de Tyr (liv. i , ch. vu). D’ailleurs , la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon en 1099 ne laisse pas un grand écoulement de temps depuis l’accident dont on vient de parler. Or, vous remarquerez que les circonstances précédentes qui concernent l’ancienne Jérusalem n’ont rien d’équivoque, et sont aussi décisives que la disposition du mont de Sion du côté opposé.
Il n’y a aucune ambiguité à l’égard de la ])artie orientale de Jérusalem. Il est notoire et évident que la vallée de Cédron servoit de bornes à la ville , sur la même ligne , ou à peu près, que la face du Temple, tournée vers le même côté , décrivoit au bord de cette vallée. On sait également à quoi s’en tenir pour le côté occidental de la ville , quand on considère sur le plan du local , que l’élévation naturelle du terrain, qui borne l’étendue de Sion de ce côté-là, comme vers le midi, continue, en se prolongeant vers le nord, jusqu’à la hauteur du Temple. Et il n’y a aucun lieu de douter que ce prolongement de pente, qui commande sur un vallon au dehors de la ville, ne soit le côté d’Acra contraire à celui qui regarde le Temple. La situation avantageuse que les murs de la ville conservent sur l’escarpe-
ment justifie pleinement cette opinion. Elle est même appuyée du témoignage formel de Brocardus, religieux dominicain, qui étoit en Palestine Tan 1283, comme il nous l’apprend dans la description qu’il a faite de ce pays. C’est à la partie occidentale de l’enceinte de Jérusalem prolongée depuis Sion vers le nord , que se rapportent ces paroles tirées de la Description spéciale de cette ville : Forago seu vallis, quœ procedehat versus aquilonem, faciehatque fossam civitatis juxta longitudinem ejus, usqiie ad plagam aqullonis ; et super eani erat intrinsecus rupes eminens , quam Josephus Acram appellat, quœ sustinebat murum civitatis superpo^ situm , ciîigentem ab occidente civitatem ; usque ad portarn Ephraïm , ubi curvatur contra orientem. Cet exposé de la part d’un auteur qui a écrit en vertu des connoissances qu’il avoit prises sur le lieu même, est parfaitement conforme à ce que la représentation du terrain, par le plan qui en est donné, vient de nous dicter : rupes imminens voragini , sive fossœ, procedenti versus aquilonem, sustinebat murum civitatis, cingentem eam ab occidente , usque durn curvatur versus orientem. En voilà suffisamment pour connoître les différents quartiers qui composoient l’ancienne Jérusalem , leur
assiette et situation respective.
ENCEINTE DE l’aNCIENNE JERUSALEM.
Le détail dans lequel Josèphe est entré des diverses murailles qui enveloppoient Jérusalem renferme des circonstances qui achèvent de nous instruire sur l’enceinte de cette ville.
Cet historien distingue trois murailles différentes. Celle cfu’il nomme la plus ancienne couvroit non seulement Sion à l’égard des dehors de la ville, mais elle sé])aroit encore cette partie d’avec la ville inférieure ou Acra; et c’est même par cet endroit que Josèphe entame la description de cette muraille. Il dit que la tour nommée Hippicos, appuyant le
côté qui regardoit le nord, popsav àt.r:h tou
ixTcucou, incipiens adhoream ah Hippico ; elle s’étendoit de là jusqu’au portique occidental du Temple, par où nous devons entendre, comme le plan en fait juger, son angle sudouest. On voit clairement que cette partie de muraille fait une sé[)aration de la Haute -Ville d’avec la Basse. Elle paroît répondre à l’enceinte méridionale de la ville moderne de Jérusalem, qui exclut Sion; en sorte qu’il y a tout lieu de présumer que la tour Hippicos , dont on verra par la suite que la j)osition nous importe , étoit élevée vers l’angle sud-ouest de l’enceinte actuelle de Jérusalem. Si on en croit |)lusieurs relations, cette enceinte est un ouvrage de Soliman , qui en 1520 succéda à son ])ère Sélim , au(|uel les Turcs doivent la conquête de la Syrie et de l’Egypte. Cependant El - Edrisi , qui écrivoit sa géographie pour Roger roi de Sicile, mort en 1151 , représente Jérusalem dans un état conforme à celui d’aujourd’hui, en disant qu’elle s’étend en longueur d’occident en orient. 11 exclut meme formellement de son enceinte le mont de Sion ; puisqu’aux termes de sa description , pour aller à un temple où les chrétiens prétendoient dès lors que Jésus- Christ avoit célébré la Gène, et qui est situé sur ce mont, il faut sortir de la ville ])ar une porte dite de Sion , Bab- SeiJiun, ce qui s’accorde à l’état actuel de Jérusalem. Benjamin de Tudèle, dont le voyage est daté de l’an 1173 , remarque qu’il n’y avoit alors d’autre édifice entier sur le mont de Sion que cette église. Et ce qui se lit dans le Voyage fait par Willebrand d’Oldenbourg, en 1211, à l’égard du mont de Sion , Niuic^ includitur mûris civitatis , sed tempore Passionis Doininicœ eæcladehatur, doit être pris au sens contraire, quand ce ne seroit que par rapport à ce dernier membre , excludehatur tempore Passionis. Il est très vraisemblable, en général, que, dans les endroits où les parties de l’ancienne enceinte prennent quelque rapport à l’enceinte moderne, la disposition des lieux , les vestiges même d’anciens fondements, ayant déterminé le passage de cette enceinte moderne, elle nous indique par conséquent la
trace de l’ancienne. Il y a même une circonstance particulière qui autorise cette observation générale, pour la séparation de Sion d’avec Acra. C’est ce coude rentrant à l’égard de Sion , que vous remarquerez sur le plan , en suivant l’enceinte actuelle et méridionale de la ville de Jérusalem, dans la partie plus voisine de l’emplacement du Temple, ou du mont Moria. Car, si l’on y prend garde , ce n’est en effet que de cette manière que le quartier de Sion pouvoit être séparé d’Acra ; puisque , comme nous Fayoïis observé eu parlant d’Acra , l’endroit marqué lieu-haut sur le plan , et duquel le coude dont il s’agit paroît dépendre , désigne indubitablement une partie de l’éminence qui portoit le nom àlAcra, et vraisemblablement celle qui dominoit davantage, et qui par conséquent se distinguoit le plus d’avec Sion.
Josèpbe , ayant décrit la partie septentrionale de l’enceinte de Sion, depuis la tour Hippicos jusqu’au Temple, la reprend à cette tour, pour la conduire par l’occident , et ensuite nécessairement par le midi , jusque vers la fontaine de Siloë. Cette fontaine est dans le fond d’une ravine profonde , qui coupe la partie inférieure de Sion prolongée jusque sur le bord de la vallée de Cédron , et qui la sépare d’avec une portion de la ville située le long de cette vallée, jusqu’au pied du Temple. A cette ravine venoit aboutir l’enfoncement ou vallon qui distinguoit le mont de Sion d’avec la colline d’Acra, et que Josèpbe appelle twv rupoTrotwv, caseariorum , ou des fromagers. Edrisi fait mention de ce vallon, et très distinctement, disant qu’à la sortie de la porte dont il a fait mention sous le nom de Sion, on descend dans un creux ( in fossam , selon la version des Maronites ) qui se nomme, ajoute-t-il, la vallée cV enfer, et dans laquelle est la fontaine Seluan ( ou Siloan ). Cette fontaine n’étoit pas renfermée dans l’enceinte de la ville : saint Jérôme nous le fait connoître par ces paroles ( in Matth. xxiii , 25 ) : In portarum exitihus , quœ Siloam ducunt. Le vallon dans l’enfoncement duquel est Siloë remontant du sud-est au nord-ouest, Josèpbe doit nous paroître très exact lorsqu’il
(lit que la muraille qui domine sur la fontaine de Siloe court d’un côté vers le midi , et de l’autre vers l’orient. Car cest ainsi, selon le plan meme du local, et ])res(ju’à la ri^pieur, que cette muraille suivoit le bord des deux escar- [)ements qui forment la ravine. \] Itinéraire de Jérusalem s’explique convenablement sur la fontaine de Siloë. Denr~ sam in valle, juxta murum, est pisciiia , quœ dicitiir Siloa. Remarquons meme la mention qui est faite de ce mur dans un écrit de l’age du grand Constantin. On en ])eut inférer <{ue le rétablissement de Jérusalem, après la destruction de cette ville par Tite, rétablissement qu’on sait être l’ouvrage d’Adrien, sous le nouveau nom àé Ælia-Capitolina, s’étendit à Sion comme au reste de la ville. De sorte que la ruine de Sion, telle qu’elle paroît aujourd’hui, ne peut avoir de première cause que dans ce que souffrit cette ville de la part de Chosroës, roi de Perse, qui la prit en 614. Ce seroit donc à tort qu’on prendroit à la lettre ce qu’a dit Abulpbarage ( Djnast. 7 ), que l’Ælia d’Adrien étoit auprès de la Jérusalem détruite. Cela ne doit signifier autre chose, sinon que l’emplacement de cette ville , conforme à son état présent du temps de cet historien , et depuis l’établissement du mahométisme, ne répond pas exactement à celui d’un âge plus reculé. Il ne faut pas imaginer que l’usage du nom à'Ælia , employé par Abulpharage, se renferme étroitement dans la durée de la puissance romaine, puisque les écrivains orientaux emploient quelquefois la dénomination à' Ilia pour désigner Jérusalem.
Mais , pour reprendre la trace du mur à la suite de Siloë, ce mur étoit prolongé au travers d’Ophla , venant aboutir et se terminer à la face orientale du Temple, ce qui nous conduit en effet à son angle entre l’orient et le midi. Il est mention d’Olph’l ou Ophel en plusieurs endroits de l’Écriture. Ce terme est même employé métaphoriquement, mais sans qu’on puisse décider par le sens de la phrase du texte original , s’il signifie plutôt présomption ou orgueil qu’aveuglement. Les commentateurs sont partagés, les uns voulant qu’Ophel désigne un lieu élevé, les autres un lieu
profond. La contrariété de cette interprétation n’a, au reste, rien de plus extraordinaire que ce qu’on observera dans l’usage du mot latin altus, qui s’emploie quelquefois pour profondeur comme pour élévation. La version grecque \Re^. IV, V, 24) a traduit Opliel ajtoreivÿiv ^ lieu couvert, et ])our ainsi dire ténébreux ; et en effet , si l’on remarque qu’Opbla, dans Josèphe , se rencontre précisément au passage de la muraille dans ce terrain si profond , sur lequel il a été dit, en parlant du mont Moria, que dominoit la face méridionale du Temple, on ne pourra disconvenir que l’interprétation du nom Opliel comme d’un lieu enfoncé , ne soit justifiée par une circonstance de cette nature, et hors de toute équivoque.
L’emplacement que prend Ophel paroîtra convenable à ce que dit Josèpbe (liv. Vi de la Guerre des Juifs, c. Vii ) parlant des factions ou partis qui tenoient Jérusalem divisée ; savoir, que l’un de ces partis occupoit le Temple , et Ophla et la vallée de Cédron. Dans les Paralipomènes ( ii , xxxiii , 14 ) 7 le roi Manassé est dit avoir renfermé Ophel dans l’enceinte de la ville; ce qui est d’autant plus remarquable qu’il s’ensuivroit que la cité de David n’avoit point jusque là excédé les limites naturelles de la montagne de Sion , qui est réellement bornée par la ravine de Siloë. Voici la traduction littérale du texte : Ædificavit murum exteriorem cwitati David, ab occidente Gihon , in torrente , procedendo usque ad portam Piscium, et cireuivit Ophel , et munivit eum. Ces paroles : murum exteriorem civitati David, feroient allusion à la conséquence que l’on vient de tirer de l’accroissement d’Ophel , cireuivit. Gihon, selon les commentateurs , est la même chose que Siloë ; et, en ce cas , ab occidente doit s’entendre depuis ce qui est au couchant de Siloë, c’est-à-dire depuis Sion, dont la position est véritablement occidentale à l’égard de cette fontaine, jusqu’au bord du torrent, in torrente, lequel il est naturel de prendre pour celui de Cédron. Je ne vois rien que la disposition du lieu même puisse approuver davantage que cette interprétation, laquelle nous apprend à mettre une distinction entre ce qui étoit proprement
Cité de David et ce qui a depuis été compris dans le même quartier de Sion. Nous avons donc suivi la trace de l’enceinte qui renfermoit ce quartier tout entier, et avec ce qui en dépendoit jusqu’au pied du Temple.
Le second mur dont parle Josèplie n’intéresse point notre sujet, par la raison qu’il étoit renfermé dans la ville même. Il commençoit à la porte appelée GenatJi, ou des Jardins f comme ce mot peut s’interpréter; laquelle ])orte étoit ouverte dans le premier des murs, ou celui qui séparoit Sion d’avec Acra. Et ce second mur, s’avançant vers la partie septentrionale de la ville, se replioit sur la tour Anlonia, où il venoit aboutir. Donc ce mur n’étoit qu’une coiq)ure dans l’étendue d’Acra, appuyée d’un côté sur le mur de Sion, de l’autre sur la tour qui couvroit l’angle nord-ouest du Temple. La trace de ce mur pourroit répondre à une ligne ponctuée que l’on trouvera tracée sur le plan, dans l’espace qu’Acra occupe. 11 est naturel de croire qu’il n’existoit que parce qu’il avoit précédé un mur ultérieur, ou tel que celui qui donne plus de grandeur au quartier d’Acra , et dont il nous reste à parler. J’ajoute seulement que c’est à ce mur moins reculé qu’il convient de s’attacher par préférence , si l’on veut suivre le détail de la réédification de l’enceinte de Jérusalem par Néhémie ; étant plus vraisemblable d’attribuer aux princes Has' monéens , et au temps même de la plus grande prospérité de leurs affaires, l’ouvrage d’un nouveau mur qui double celui-là, et qui embrasse plus d’espace.
Le troisième mur qui, joint au premier, achèvera la circonscription de l’enceinte de Jérusalem, se prend, en suivant Josèphe, à la tour Hippicos. La description de la première muraille nous a déjà servi à connoître le lieu de cette tour. Ce que le même historien dit de la muraille dont il s’agit à présent confirme cet emplacement. Commençant donc à la tour Hippicos , cette muraille s’étendoit en droiture vers le septentrion jusqu’à une autre tour fort considérable, nommée Psephina. Or, nous voyons encore (|ue l’enceinte actuelle de Jérusalem , conservant l’avantage
d’ètre élevée sur la pente de la colline qui servoit d’assiette à la Basse-Ville ancienne, s’étend du midi au sep~ tentrion , depuis l’angle boréal de Sion , où il convient de placer l’Hippicos , jusqu’au château qu’on nomme des Pistijis. La tour Psephina, selon que Josèphe en parle ailleurs, ne cédoit à aucune de celles qui entroient dans les fortifications de Jérusalem. Le Castel-Pisano est encore aujourd’hui une espèce de citadelle à l’égard de cette ville. C’est là que logent l’aga et la garnison qu’il commande. Le Grec Phocas, qui visita les saints lieux de la Palestine l’an 1185, et dont le Voyage a été mis au jour par Allatius, in Symmictis sive OpascuUs ^ dit que cette tour, ou plutôt ce château , pour répondre aux termes dont il se sert,
; Tarris insigni admodum magnitudine ^ étoit appelée par ceux de la tour de Daifid. Il la place
au nord de la ville; Epiphane l’hagiopolite , près de la porte qui regarde le couchant, ce qui est plus exact, eu égard surtout à la ville moderne de Jérusalem. Selon la relation du moine Brocard, que j’ai citée précédemment, la tour de David auroit été comprise dans l’étendue de Sion, et élevée vers l’encoignure que le vallon qui séparoit ce mont d’avec Acra faisoit avec l’escarpement occidental de Sion , situation plus convenable à l’Hippicos qu’à Psephina. Mais cela n’empêche pas que, dans cette même relation, on ne trouve une mention particulière du lieu qui se rapporte au Castel-Pisano. On lereconnoît distinctement dans ces paroles : Rupes ilia , super quant ex parte occidentis erat exstructus murus civitatis, erat valde eminen s ^ prœ sertira in angulo y uhi occidentalis mûri pars connectehatur aquilonari ; ubi et turris^ehXosdidictay et propugnaculum valde firmumy cujus ruinœ adhuc visuntur, unde tota Ârabiay Jordanis, mare Mortuum , et alla plurima loca , sereno cœlo videri possunt. Cette dernière circonstance, qui fait voir tout l’avantage de la situation du lieu, est bien propre à déterminer notre opinion sur l’emplacement qui peut mieux convenir à l’ancienne tour Psephina, comme au Castel-Pisano d’aujourd’hui. Disons plus : ce que Brocard nous rapporte ici est conforme à ce qu’on
lit dans Josèphe (1. vi de la Guerre des Juifs, c. vi), qu’au lever du soleil, la tour Pse])lnna découvroit l’Arabie, la mer, et le pays plus reculé de la Judée, Et, quoiqu’il n’y ait point de vraisemblance que le château, de la manière dont il existe, soit encore le même que celui dont il tient la place, et qu’on eut tort, comme Phocas l’a bien remarqué, de le ra])porter à David meme, cependant il ne s’ensuit pas qu’il fut différent quant au lieu et à l’assiette. Benjamin de Tudèle prétend meme que les murailles construites par les Juifs ses ancêtres subsistoient encore de son temps , c’està-dire dans le douzième siècle , à la hauteur de dix coudées.
S’il paroît déjà tant de convenance entre Castel-Pisano et la tour Psepbina , voici ce qui en décide d’une manière indubitable. Josèphe dit formellement que cette tour flanquoit l’angle de la ville tourné vers le nord et le couchant, et comme on vient de voir que Brocard s’explique sur le lieu que nous y faisons correspondre , uhi occideiitalis mûri pars conneetehatur aquilonari. Or, vous remarquerez qu’à la bauteur de la face se])tentrionale de Castel-Pisano, ou de la porte du couchant qui joint cette face, on ne peut exclure de l’ancienne ville le lieu du Calvaire , sans se replier du cote du levant. Donc le Castel-Pisano, auquel nous avons été conduits par le cours de la muraille depuis la tour Hippicos , ou par une ligne tendante vers le nord , prend précisément cet angle de l’ancienne enceinte. 11 faut ensuite tomber d’accord que, si le lieu de l’Hippicos avoit besoin de confirmation , il la trouveroit dans une détermination aussi précise de Psepbina, en conséquence du rapport de situation.
Quant au nom de Castel-Pisano ( car on peut vouloir savoir la raison de cette dénomination ) , j’avoue n’avoir point rencontré dans l’histoire de fait particulier qui y ait un rapport direct. 11 est constant néanmoins , qu’en vertu de la part que les Pisans , très puissants autrefois , prirent aux guerres saintes , ils eurent des établissements et concessions à Acre, Tyr, et autres lieux de la Palestine. L’auteur des Annales de Pise, Paolo Tronci ( pag. 35 ) , attribue
même à deux de ses compatriotes riionneur d'avoir escaladé les premiers la muraille de Jérusalem, lors de la prise de cette ville par Godefroy de Bouillon. On peut encore remarquer que le premier prélat latin qui fut installé dans la chaire patriarcale de Jérusalem après cette conquête, fut un évêque de Pise nommé Daibert. Je pense, au reste , qu’il a pu suffire de trouver quelques écussons aux armes de Pise en quelque endroit du château , pour lui faire donner dans les derniers temps le nom qu’il porte. Du temps que Brocard étoit en Palestine, c’est-à-dire vers la fin du treizième siècle , nous voyons que ce château se nommoit Nehlosa, qui est la forme que le nom de Neapolis prend communément dans le langage des Levantins. Il n’est pas surprenant que ce religieux en parle comme d’un lieu ruiné ou fort délabré , puisqu’il est vrai qu’environ trentetrois ans après la prise de Jérusalem par Saladin, et en l’an de l’hégire 616, de Jésus-Christ 1219, Isa, neveu de ce prince, et régnant à Damas, fit démolir les fortifications de Jérusalem, et que David, fils de celui-ci, détruisit, vingt ans après, une forteresse que les François avoient rétablie en cette ville.
A la suite de Psephina, Josèphe achève de tracer l’enceinte de Jérusalem dans sa partie septentrionale. Avant que Bezetha fît un agrandissement à la ville, il n’eût été question, pour terminer l’enceinte de ce coté-lâ, que de se rendre à la tour Antonia , près de l’angle nord-ouest du Temple. Aussi n’est-il fait aucune mention de cette tour dans ce qui regarde la troisième muraille. Josèphe y indique un angle pour revenir à la ligne de circonférence sur le bord du Cédron ; et nous voyons en effet que l’enceinte moderne, dans laquelle le terrain de Bezetha est conservé, donne cet angle, et même à une assez grande distance de l’angle nord-est du Temple, où il convient d’aboutir. L’enceinte actuelle de Jérusalem, par son reculement à l’égard de la face septentrionale du Temple, fournit à Bezetha une étendue qui ne cède guère à celle de la Basse-Ville, ce qui a tout lieu de paroître convenable et
Ijien suffisant. Josèphe nous indique les Grottes-Royales eomme un lieu situé yis-à-vis du passage de Tenceinte, dans cette partie qui regarde le septentrion. Ces grottes se retrouYent dans le voisinage de celle que Ton nomme de Jérémie ; et on ne peut serrer de plus près cette grotte qu’en prenant la trace de l’enceinte actuelle, comme il s’ensuit du plan de Jérusalem. Josèphe prétend que le nom de Bczetha revient à la dénomination grecque de JcaivYi-TroXiç , la Nouvelle-Ville, ce qui lui est contesté par Villalpando et par Lami , qui produisent d’autres interprétations. Agrippa, le premier qui régna sous ce nom, commença sous l’empire de Claude l’enceinte qui renfermoit ce quartier; et ce (ju’il n’avoit osé achever, qui étoit d’élever ce nouveau mur à une hauteur suffisante pour la défense, fut exécuté dans la suite par les Juifs.
C’est ainsi que non seulement les différents quartiers qui composoient la ville de Jérusalem dans le plus grand espace qu’elle ait occupé, mais encore que les endroits mêmes par lesquels passoit son enceinte se font reconnoître. Avant que toutes ces circonstances eussent été déduites et réunies sous un point de vue, qu’elles fussent vérifiées par leur application à la disposition même du local, un préjugé d’incertitude sur les moyens de fixer ses idées touchant l’état de l’ancienne Jérusalem, pouvoit induire à croire qu’il étoit difficile de conclure son étendue, d’une comparaison avec l’état actuel et moderne. Bien loin que cette incertitude puisse avoir lieu, on verra, par la suite de cet écrit, que les mesures du circuit de l’ancienne Jérusalem qui s’empruntent de l’antiquité même ne prennent point d’autre évaluation que celle qui résulte d’une exacte combinaison avec la mesure actuelle et fournie par le local. Il est clair qu’une convenance de cette nature suppose nécessairement qu’on ne se soit point mépris en ce qui regarde l’ancienne Jérusalem.
ni.