OPINIONS PRECEDENTES SUR L ETENDUE DE JERUSALEM
La mesure de l’eneelnte de Jérusalem ayant tiré sa détermination de la comparaison du local meme, avec toutes et chacune des anciennes mesures qui sont données, il n'est pas hors de ])ropos de^considérer jusqu'à quel point on s'étoit écarté du vrai sur ce sujet. Villalpando a prétendu que les trente-trois stades marqués ])ar Josèphe se rapportoient à l'étendue seule de Sion, indépendamment du reste de la ville. J’ai combiné ([u'il s'ensuivroit d’une pareille hypothèse que le circuit de Jérusalem consumeroit ])ar proportion soixante-quinze stades. Et sans prendre d’autre mesure de stade que celle qui paroi t propre aux trente-trois stades en question, la supputation donnera cinq mille se])t cents toises. Ce sera pis encore, si l’on ne fait point la distinction des stades, et qu’on y emploie le stade ordinaire, d’autant que les autres ont été peu connus jusqu’à présent. La mesure de ce stade fera monter le calcul à près de sept mille deux cents toises, ce (jui triple ])resque la vraie mesure. Or, je demande si la disposition du local , et la mesure d’espace qui y estproj)re, peuvent admettre une étendue analogue à de pareils déeom])tes ? Pouvons-nous déborder l’emplacement de Sion ? IXe sommes-nous pas arretés d’un côté par la vallée de Cédron, de l’autre par le lieu du Calvaire ? D’ailleurs , Josèphe ne détruit-il ])as cette opinion , comme le docte et judicieux Réland l’a bien remarqué , en disant que le circuit des lignes dont Tite investit Jérusalem entière , étoit de trente-neuf stades .^ Dans un juste calcul de l’ancienne enceinte de cette cité , on ne se trouve point dans le besoin de recourir au moyen d’op])ositions qui s’emploie d’ordinaire , lorsque les mesures données ])ar les anciens démentent une liypothèse , qui est de vouloir qu’il y ait erreur de chiffres dans le texte.
Le père Lami , dans son grand ouvrage De sancta Cwitatc et Templo , conclut la mesure du circuit de Jérusalem à soixante stades ; se fondant sur la supposition que cette enceinte contenoit cent vingt tours, dont chacune, avec sa courtine , fourniroit deux cents coudées, ou un demi-stade. Il est vrai que ce nombre de coudées d’une tour à l’autre se tire de Josèplie. Mais, comme le meme historien parle de cent soixante - quatre tours , distribuées en trois murailles différentes; que dans l’étendue de ces murailles est comprise une séparation de Sion d’avec Acra; qu’Acra étoit divisée par un mur intérieur, et avoit sa séparation d’avec Bezetha , il est difficile de statuer quelque chose de positif sur un pareil fondement; et il resteroit toujours beaucoup d’incertitude sur ce point , quand même la mesure actuelle des espaces n’y feroit aucun obstacle. On peut encore observer que le savant auteur que nous citons ne se trouve point d’accord avec lui-même , quand on compare avec son calcul le plan qu’il a donné de Jérusalem. Car il y a toute apparence que les stades qu’il emploie sont les stades ordinaires , puisque , dans le Traité des Mesures ^ qui sert de préliminaire à son ouvrage, il ne donne point de définition de plus d’une espèce de stade. Sur ce pied, l’enceinte de Jérusalem, dans le calcul du père Lami , s’évalue cinq mille six cent soixante et quelques toises. Or, selon le plan dont je viens de parler , le circuit de Jérusalem est aux côtés du carré du Temple comme quarante et un est à deux; et l’échelle qui manque à ce ])lan se supplée par celle que l’auteur a appliquée à son Ichnograpbie ])articulière du Temple, dont les côtés sont évalués environ mille cent vingt pieds françois. Conséquemment le circuit de la ville, dans le plan, ne peut aller qu’à environ vingt-trois mille pieds, ou trois mille huit cent trente et quelques toises, qui n’équivalent qu’à quarante et un stades au plus. Si même on a égard à ce que le plan du père Lami semble conformé à une sorte de perspective, et que la ])artie du Temple s’y trouve dans le reculement, il doit s’ensuivre (jue ce qui est sur le devant prend moins d’espace, ce qui
réduit encore par conséquent le calcul de renceinle. Le |)lan de M. Desliayes étoit donné au ])ère Laini ; la mesure prise sur le lieu par Maundrell avoit été ])ubliée. Seroit-ce (jue les savants veulent devoir tout à leurs recherches, el ne rien admettre que ce qui entre dans un genre d’érudition (pii leur est réservé ?
Ce qu’on vient d’ohserver dans deux célèbres auteurs, (pii sont précisément ceux qui ont emjiloyé le ])lus de savoir et de recherches sur ce qui concerne l’ancienne Jérusalem, justifie, ee semble, ce qu’on a avancé dans le préambule de ce Mémoire, que l’étendue de cette ville n’avoit point été déterminée jusipi’à présent avec une sorte de précision, et qu’on avoit surtout exagéré beaucoup en ce point.
MESURE DE l’ÉTENDUE DU TEMPLE.
Maundrell, qui a donné la longueur et la largeur du terrain compris dans l’enceinte de la fameuse mosf[uée qui occupe rem])lacement du Temple, ne paroît ])as avoir fait une juste distinction entre ces deux espaces , à en juger par le plan de M. Desliayes. Il donne à la longueur cinq cent soixante-dix de ses pas , qui , selon l’estimation |)ar lui appliquée à la mesure de l’enceinte, reviendroient à cinq cent treize verges angloises, dont on déduit deux cent quarante toises. Cependant on n’en trouve qu’environ deux cent quinze sur le plan. L’erreur pourroit ])rocéder, du moins en partie, de ce que Maundrell auroitjugé l’encoignure de cet emplacement plus voisine de la porte dite de Saint-Étienne. Mais ce qu’il y a d’essentiel, cette erreur ne tire point du tout à conséquence pour ce qui regarde l’enceinte de la ville. Car, dans la mesure de Maundrell , la partie de cette enceinte comprise entre la porte dont on vient de parler et l’angle sud-est de la ville, cpii est en meme temps celui du terrain de la mosquée, se trouve
employée pour six cent vin^^t des pas de ce voyaj^eur; et, selon son estimation, ce sont cinq cent cinquante - huit verbes angloises, dont le calcul produit deux cent soixantedeux toises, à quelques pouces près. Or, réchelle du plan paroît fournir deux cent soixante-cinq toises , qui en valent environ deux cent soixante, en se servant à la rigueur de la proportion reconnue entre cette échelle et la mesure de Maundrell.
Dans des extraits tirés dés Géographes orientaux, par Fabbé Renaudot, et qui sont manuscrits entre mes mains , la longueur du terrain de la mosquée de Jérusalem est marquée de sept cent quatre-vingt-quatorze coudées. C’est de la coudée arabique qu’il est ici question. Pour ne nous point distraire de notre objet actuel par la discussion particulière que cette coudée exigeroit, je m’en tiendrai, quant à présent , à ce qui en feroit le résumé ; et ce que j’aurois à exposer en détail pour y conduire et lui servir de preuve peut faire la matière d’un article séparé à la suite des mesures hébraïques. Qu’il suffise ici qu’un moyen non équivoque de connoître la coudée d’usage chez les Arabes est de la déduire du mille arabique. Il étoit composé de quatre mille coudées : et, vu que, par la mesure de la terre prise sous le calife Al-Mamoim, le mille ainsi composé s’évalue sur le pied de cinquante-six deux tiers dans l’espace d’un degré, il s’ensuit que ce mille revient à environ mille six toises, à raison de cinquante-sept mille toises par degré, pour ne point entrer dans une délicatesse de distinction sur la mesure des degrés. Donc mille coudées arabiques sont égales à deux cent cinquante toises , et de plus neuf pieds qui se peuvent négliger ici. Et, en supposant huit cents coudées de compte rond au lieu de sept cent quatre-vingt-quatorze, il en résulte deux cents toises de bonne mesure. Ainsi le compte de deux cent quinze toises, qui se tire du plan de Jérusalem figuré dans toutes ces circonstances , est préférable à une plus forte supputation.
La largeur du terrain de la mosquée est ^ selon Maun-
drell, de trois cent soixante-dix jjas, dont on déduit ceni cinquante-six toises quatre ])ieds et demi. Or, la mesure du plan revient à environ cent soixante-douze. Et ce qu’oii ol)serve ici est que la mesure de Maundrell perd en lar- <|eur la plus grande partie de ce qu’elle avoit de tro]) sur sa loiqjueur. D’où l’on ])eut conclure que le défaut de précision en ces mesures consiste moins dans leur produit en j^énéral que dans leur distrilmtion. D y a toute apparence que les édifices adhérents à l’enceinte de la mosquée, dans l’intérieur de la ville, ont rendu la mesure de cette enceinte plus difficile à bien prendre que celle de la ville. Maundrell avoue meme que c’est d’une sup])utation faite sur les dehors qu’il a tiré sa mesure. Et le détail dans lequel nous n’avous point évité d’entrer sur cet article fera voir que , notre examen s’étant porté sur toutes les circonstances qui se trouvoient données, il n’y a rien de dissimulé ni d’ajusté dans le com])te qu’on en rend.
La mosquée qui remplace le temple est sinj^ulièrement respectée dans l’islamisme. Omar, ayant pris Jérusalem la <[uinzième année de l’hé^ire (de J. G. 637 ) , jeta les fondements de cette mosquée, qui reçut de grands embellissements de la ])art du calife Abd-el-Melik, fils de Mervân. Les mahométans ont porté la vénération pour ce lieu jusqu’au point de le mettre en parallèle avec leur sanctuaire de la Mecque, le nommant Alacsa , ce qui signifie extremiim sive ulterius , par opj)Osilion à ce sanctuaire ; et il y a toute ayjparence qu’ils se sont fait un objet ca])ital de renfermer dans son enceinte tout l’emplacement du Tem])le judaïque, totum antiqid Sacri fiuidum , dit Golius dans ses notes savantes s\xv V Astronomie de l’Alfergane, pag. 136. Phocas, que j’ai déjà cité, et qui écrivoit dans le douzième siècle , est précisément de cette opinion , que tout le terrain qui environne la mosquée est l’ancienne aire du Temple, 'TraXaiov toü vaou <5'oc7vs<5'ûv. Quoique ce temple
eût été détruit, il n’étoit pas possible qu’on ne retrouvât des vestiges, qu’on ne reconnût pour le moins la trace de ces bâtisses prodigieuses (jui avoient été faites pour éga-
1er les eôtés du Temple et son aire entière, au terrain du Temple même, placé sur le sommet du mont Moria. Les cpiatre côtés qui parta^eoient le circuit du Temple étoient tournés vers les points cardinaux du monde; et on avoit eu en vue que Fouverture du Temple fût exposée au soleil levant, en tournant le Sancta Saiictoram vers le côté opposé. En cela on s’étoit conformé à la disposition du tabernacle; et ces circonstances ne souffrent point de difficultés. Or, la disposition des quatre faces se remarque encore dans l’enceinte de la mosquée de Jérusalem , dont les côtés sont, à treize ou quatorze degrés près, orientés conformément à la boussole placée sur le plan de M. Desliayes. Su])posé même que la disposition de cette boussole dépende du nord de l’aimant, et qu’elle doive souffrir une déclinaison occidentale ; que de plus cette ])osition ne soit pas de la ]j1us grande justesse, il peut s’ensuivre encore ])lus de précision dans l’orientement dont il s’agit. On trouve dans Sandys, voyageur anglois, un petit plan de Jérusalem qui, ne pouvant être mis en parallèle pour le mérite avec celui de M. Desliayes, tire néanmoins beaucoup d’avantage d’une conformité assez gé^iérale avec ce plan; et, selon les airs de vent marqués sur le ])lan de Sandys, chaque face du carré du Temple répond exactement à ce qui est indiqua N., S., E. , W.
Mais il semble qu’il y ait une égalité établie entre les côtés du Temple judaïque, ce qui forme un carré plus régulier que le terrain actuel de la mosquée mahométane. On convient généralement que la mesure d’Ezéchiel donne à chacun des côtés cinq cents coudées. Quoique dans l’iiébreu on lise des verges pour des coudées , et dans la F uF gâte calamos pour cuhitosl la méprise saute aux yeux, d’autant que le calamus ne comprenoit pas moins de six coudées ; et d’ailleurs la version grecque, faite apparemment sur un texte plus correct, dit précisément TTTixeiç 77£VTaxoaiou;. Rabbb Jeliuda, auteur de la Misna, et qui a ramassé les traditions des Juifs sur le Tem])le, dans un temps peu éloigné de sa destruction (il vivoit sous Antonin-Pie ), s’accorde sur le
même point, dans le traité parliculier intitulé Mlddoth on la Mesure. On ne peut donc révoquer en doute que telle étoit en effet rétendue du Temple.
Nous avons une seconde observation à faire, qui est que cette mesure ne remplira point’ non seulement la lonjpieur, mais même la largeur ou plus courte dimension du terrain de la mosquée , quelque disposé que l’on ])uisse être à ne ])oint épargner sur la longueur de la coudée. Ezécbiel doit nous ])orter en effet à su])poser cette mesure de coudée plutôt forte que foible, disant aux Juifs ca])tifs en Babylone ( xl, 5, et xlhi, 13), que, dans la construction d’un nouveau Tem])le , dans le rétablissement de l’autel, ils doivent em])loyer la coudée sur une mesure plus forte d’un travers de main , ou d’une palme , que la coudée, èv Tzrciti Toü 'KTijjii.ùç xîù TzcLkcLiçyi' , dit la vcrsioii grecque , in euhito euhiti etpahni. Plusieurs savants , et entre autres le P. Lami , ont pensé que la coudée bébraïque pouvoit être la même mesure, ou à peu près, que le dérah ou la coudée égyptienne, dont l’emploi dans la mesure du débordement du Nil a du maintenir dans tous les temps la longueur sans altération (vu. les conséquences ), et la rendre invariable, malgré les cbangements de dominations. Greaves, mathématicien anglois, et Cumberland, évêque de Peterborougb, trouvent dans l’application drPdérab à divers espaces renfermés dans la grande Pyramide, où cette mesure s’emploie complète et convient sans fraction , une preuve de sa haute antiquité. 11 est fort probable, au surplus, que les Israélites, qui ne devinrent un peuple, par la multiplication d’une seule famille, que pendant leur demeure en Egypte, • et qui furent même employés aux ouvrages publics dans ce pays , en durent tirer les mesures dont on se servoit dans ces ouvrages. Auparavant cela, les patriarches de cette nation ne bâtissant point, n’étant même point attachés à des possessions d’héritages , il n’y a pas d’apparence qu’ils eussent en partage, et pour leur usage propre, des mesures particulières assujetties à des étalons arrêtés et fixés avec grande précision, puisque les choses de cette espèce
iTont pris naissance qu'avec le besoin qu’on s’en est fait. Moïse, élevé dans les sciences des Egyptiens, a du naturellement tirer de leur mathématique ce qui pouvoit y avoir du rapport dans les connoissances qu’il avoit acquises. Quoi qu’il en soit, une circonstance hors de toute équivoque dans l’emploi du dérah est qu’on ne peut donner plus d’étendue à ce qui prend le nom de coudée. Greaves , ayant pris sur le nilomètre du Caire la mesure du dérah, en a fait la comparaison au pied an^lois ; et, en supposant ce pied divisé en mille parties , le dérah prend mille huit cent vingt- quatre des memes parties. Par la comparaison du pied anglois au pied françois, dans laquelle le pied anglois est d’un sixième de ligne plus fort qu’on ne l’avoit estimé par le passé, le dérah équivaut à vingt pouces et demi de bonne mesure du pied françois. Partant, les cinq cents coudées, sur la mesure dudérah, font dix mille deux cent cinquante pouces , qui fournissent huit cent cinquante-quatre pieds, ou ce'nt quarante-deux toises deux pieds. Ainsi, on a été bien fondé à dire que la mesure du Temple est inférieure à l’espace du terrain de la mosquée, puisque cette mesure n’atteint pas meme celle des dimensions de ce terrain qui prend moins d’étendue , ou sa largeur. Que seroit-ce si on refusoit à la coudée hébraïque, considérée étroitement comme coudée, a-utant de longueur que le dérah en contient ?
Cependant, quand on fait réflexion que le sommet du mont Moria n’a pris l’étendue de son aire que par la force de l’art, on a peine à se persuader qu’on ait ajouté à cet égard aux travaux du peuple juif; travaux qui, à diverses reprises , ont coûté plusieurs siècles, comme Josèphe l’a remarqué. L’édifice octogone de la mosquée étant contenu dans l’espace d’environ quarante-cinq toises, selon l’échelle du plan, l’espèce de cloître intérieur qui renferme cette mosquée n’ayant qu’environ cent toises en carré, on ne présume pas que les mahométans eussent quelque motif pour étendre l’enceinte extérieure au delà des bornes que les Juifs n’avoient prises qu’en surmontant la nature. Ces
ITIIV. T. II.
considérations donnent tout lieu de croire que le terraiîi que l’on voit dépendant de la mos(juée ap))artenoit en entier au Temple; dinjuel terrain la superstition maliométane a l)ien pu ne vouloir rien ])erdre, sans vouloir s’étendre plus loin. Le père Lami, dans la distribution des paj ties du Tem])le, distinp^uaut et séj)arant V Atrium Gentium d’avec celui des Israélites, en ([uoi il diffère de \ illal])ando, a ju,q'é que cet Atriiini des Gentils étoit extérieur au lieu mesuré par Ezécbiel. Or, il semljle que la discussion dans laquelle nous venons d’entrer favorise cette opinion, et que cette meme opinion fournisse l’emploi convenable du terrain qui se trouve surabondant. Li|jbtfoot, dans ce (ju’il a écrit sur le Temple, cite un endroit du Talmud ajouté au Middoth, qui dit que le mont Moria surpassoit la mesure des cinq cents coudées; mais ce (|ui sortoit de cette mesure n’étoit ])as réputé saint comme ce qui y étoii renfermé. Cette tradition juive prouveroit deux choses; l’une, que l’aire du mont Moria avoit été accrue au delà même de ce qui se renferme dans la mesure d’Ezécbiel, ainsi qu’en effet nous remarquons que res])ace actuel est ])lus ^p'and; l’autre, que l’excédant de cette mesure ne ])eut mieux s’entendre que du lieu destiné ou ])ermis aux Gentils qu’un motif de vénération pour le Dieu d’Israël conduisoit à son Temple, mais qui n’étoient pas rejjardés comme de véritables adorateurs. Ces circonstances ont une singulière convenance à ee qui est dit au cliap. xi de V Apocalypse, où saint Jean, ayant reçu ordre de mesurer le Temple de Dieu, datas est mild calanms similis virgœ, et dictum est mihi : Metire Templum Dei, altare, et adorantes in eo , ajoute : Atrium vero quod est foris Templum... ne metiaris illud, quoniam datum est Gentibus. Cet article, ne metiaris , nous donne à entendre que , dans la mesure du Temple, on a pu et dû même se renfermer dans un espace plus étroit que l’aire entière du Temple ; et ce qui précède , savoir. Atrium quod est foris , nous fait néanmoins connoître un supplément d’espace à cette mesure, et nous ajjprend en même temps sa destination , quoniam datum est Gentibus. Cet en-
droit de V Apocalypse peut avoir un fondement absolu et de comparaison ( indépendamment de tout sens mystique ou figuré ) sur la connoissance que saint Jean avoit' conservée du Temple meme de Jérusalem. Josè|)he, qui attribue au Temple une triple enceinte, désigne indubitablement par là trois espaces différents. De manière qu’outre V Atrium Saccrclotain et X Atrium Israël itariim y desquels on ne peut disputer , il faut de nécessité admettre un troisième espace, tel en effet qu’il se manifeste ici.
Le père Lami, que l’iiabileté en architecture a beaucoup servi dans sa description du Temple, appliquant la mesure des cinq cents coudées à l’enceinte de X Atrium des Israélites, et pratiquant un Atrium extérieur avec une sorte de combinaison dans les proportions des parties du Temple, se trouve conduit par là à attribuer environ deux mille six cent vin^t coudées hébraïques au pourtour de son Ichnographie du Temple. Ce nombre de coudées , sur le même pied que ci-dessus , revient à sept cent quarante-six toises. Or, rappelons-nous que la longueur du terrain de la mosquée de Jérusalem, déduite du plan de cette ville, a été donnée d’environ deux cent quinze toises ; la largeur, d’environ cent soixante-douze. Multipliez chacune de ces sommes par deux, vous aurez au total sept cent soixantequatorze toises. Sur quoi on peut vouloir rabattre un cin- •quantième, ou quinze à seize toises, pour mettre l’échelle du plan au niveau de ce qui a paru plus convenable dans la mesure totale de l’enceinte de Jérusalem. Et sur ce pied, il n’y aura que treize ou quatorze toises de plus ou de moins dans la supputation du circuit du terrain qui appartient au Temple. Tl est vrai que le père Lami a employé en quatre côtés égaux la quantité de mesure qui a quelque inégalité départagé dans ce que fournit le local. Mais qui ne voit que la parfaite égalité dans le ])ère Lami n’a d’autre fondement qu’une imitation ou répétition de ce qui étoit propre au corps du Temple, isolé de X Atrium extérieur des Gentils? Et, vu qu’aucune circonstance de fait ne sert de preuve à une semblable répétition, plus aisée vraisem-
hlablement à inia^ïiiier que propre au terrain, elle ne peut être re{;ardée comme positive.
A])rès avoir reconnu quelle étoit rétendue du Temple, on ne ])eut s’em])écl)ier d’étrc extrêmement surpris que ce (pi’on trouve dansJosêplie sur ce sujet soit ])eu conforme au vrai. On ne comprend pas ([ue cet historien, qui, dans les autres circonstances, cherche avec raison à donner une haute idée de cet édifice, ait ])u se tenir fort au dessous de ce qu'il convient d’attrihuer à son étendue. Les cotés du carré du Temple sont comparés à la longueur d’un stade, en quoi il paroît s’être mépris comme du rayon au diamètre; et, dans un autre endroit, le circuit du terrain entier, y comjiris même la tour Antonia, qui tenoit à l’angle nord-ouest de l’enceinte du Tem])le, est estimé six stades. llauroit pu écrire (5'éxot au lieu d’e^, en usant du stade qui lui yiaroît propre dans la mesure de l’enceinte de Jérusalem, et dont les dix fournissent sept cent soixante toises , ce qui prend le juste milieu des supputations qu’on vient de voir.